Quelques possibles
Charlie n'avait pas spécialement l'habitude de prêter attention à ce qui l'entoure. Et sûrement pas à la fille en face de lui trois heures par semaine en cours d'espagnol. Ça faisait partie des choses que Jessica Davis avait définitivement changé.
C'était peut-être stupide mais apprendre que ça avait même pu toucher un de ses coéquipiers avait remis en cause pas mal de ses certitudes. Il n'était plus aussi confiant − autant en lui qu'envers les autres.
Ça avait commencé en décembre ; il faisait pas trop froid et la fille en face était prête à se gratter jusqu'au sang.
— Faut pas mettre de la crème ?
Elle avait froncé les sourcils, baissé sa manche et ses yeux. Elle n'avait rien dit.
C'était un peu bizarre, Charlie était un beau gars mais pas si intimidant qu'on n'ose pas lui répondre. Et puis cette façon de baisser les yeux comme s'il suffisait d'être silencieuse pour disparaître.
Alors il avait commencé à lui dire bonjour. Une sorte de je-t'ai-vu enfantin auquel elle réagissait à peine. Charlie ne savait pas vraiment quoi faire. Il était persuadé que ces plaques rouges sur ces bras n'étaient qu'un reflet. Mais franchement, être persuadé à quoi ça servait ? C'est pas comme si lui tout seul il allait la sauver.
D'ailleurs il n'avait pas envie d'être un sauveur.
Il voulait juste ne pas être un sale con.
Il devait bien exister un entre-deux.
Nouvelle journée, toujours ces plaques rouges. Cette fois, il était prêt. Il passa l'heure et demi à plier et replier sa feuille blanche jusqu'à lui tendre un magnolia en papier. Cette fois, elle le regarda dans les yeux pour murmurer :
— Merci.
Il la vit quelques semaines plus tard au cinéma avec ses amies. Morte de rire.
Cet OS a été écrit dans le cadre de la nuit du Fof avec comme thème "magnolia" et du défi des mini-fandom de la Gazette aux Citrons avec comme thème "dartre".
