Petit mot de l'auteure (Almayen) : Bonsoir ! Me voilà avec la suite... et non la fin, puisqu'il y aura un troisième chapitre, prévu pour le 12 mars.

Merci à Lassa, Brigitte26, Marina et AngeLunaBlack pour leurs reveiws sur le premier chapitre !

Et un énorme merci à Coraline, pour ses conseils avisés à propos de cette suite.


Le souffle court, Harry tentait de reprendre sa respiration, chose qui ne semblait pas gagnée à en juger par son cœur qui tambourinait fort contre sa poitrine. En face de lui, l'autre adolescent n'avait pas l'air d'être dans un meilleur état. Difficilement, Harry parvint à rassembler suffisamment de souffle pour demander :

- Tu... tu crois qu'on les a semé ?

D'ordinaire, Harry ne se serait jamais permis de tutoyer quelqu'un qu'il venait à peine de rencontrer, mais il supposait que de fuir la police ensemble faisait partie des événements qui pouvait conduire à tutoyer quelqu'un. L'autre ne sembla pas se formaliser de sa familiarité car répondit en se redressant péniblement :

- Je crois.

Un moment de silence passa, où chacun termina de calmer sa respiration heurtée, avant qu'Harry ne le brise pour dire :

- Merci. Pour tout à l'heure.

Le blond haussa les épaules l'air de dire « c'était absolument rien ». Maintenant qu'ils avaient arrêtés de courir et qu'Harry n'avait plus à craindre pour sa main, il put observer plus attentivement l'adolescent à ses côtés. Un peu plus grand que lui (et Harry tâcha d'ignorer la petite voix en lui qui lui disait « en même temps, ce n'est pas bien compliqué »), les cheveux d'un blond presque blanc et une carrure finement dessinée, il était particulièrement beau. Mais ce qui était le plus fascinant chez lui, c'était ses yeux, qu'il avait d'un étrange gris hypnotisant et dont il ne parvenait à détacher le regard. Au bout de longs instants, Harry pris conscience de la fixade qu'il venait de faire et se détourna, rougissant. Il demanda pour dissiper sa gêne :

- Et alors... tu t'appelles comment ?

- Drago, répondit-il. Et toi ?

- Ha... Albert. Albert Runcorn.

L'autre leva un sourcil, manifestement peu convaincu par son mensonge, mais ne posa pas plus de question, ce dont Harry lui fut reconnaissant. À la place, il se contenta de dire :

- Tu as faim ?

Ce fut lorsqu'il posa la question qu'Harry réalisa que oui, il avait faim. Il fit un sourire hésitant en répondant par l'affirmative, et suivi Draco dans les rues sombres. Après s'être engagés dans une demeure étriquée et montés quelques escaliers, ils arrivèrent à un étage sombre où s'entassaient sur le sol sale quelques vêtements et livres. Dans un coin trônait un lit qui semblait autrefois avoir été doté de baldaquins, et le long de l'autre mur était occupé par deux chaises et une table.

La politesse aurait qualifié l'ensemble de spartiate ou austère, tandis que la neutralité aurait préféré le très juste « misérable ».

Et pourtant Harry se sentait étrangement bien dans cette ruine qui ne mériterait même pas le nom d'appartement. La pièce était en effet bien loin des fastes et du confort de sa propre chambre, mais elle en était paradoxalement plus chaleureuse. La chambre d'Harry, comme le reste du palais, était chaudement impersonnelle – alors que le nid de Draco était intime. Sur la couverture trouée était disposée un petit ensemble qui était manifestement destiné à la fouine – Abu si Harry avait bien entendu – qui servait de compagnon au blond. Sur la table branlante prenaient place quelques dessins, et au-delà de la forte odeur d'humidité et de misère propre aux bas-fonds, régnait dans la pièce l'odeur chaleureusement inimitable que traduisait le sentiment d'être chez soi.

Harry aurait donné n'importe quoi pour trouver un endroit qui lui procurerait la même sensation.

Sentant une montée de nostalgie pour quelque chose qu'il n'avait pourtant jamais connu, il se racla la gorge, et demanda, assez bêtement :

- Donc... c'est ici que tu vis ?

- Et oui ! répondit Drago en tournant sur lui même assez théâtralement. Bienvenue à la Cabane Hurlante, mon humble chez moi.

- La cabane hurlante ? répéta Harry.

Pour tout réponse, Drago se dirigea vers un reste d'une teinture qui avait été sans nulle doute autrefois précieuse et à laquelle il n'avait tout d'abord prêté attention. De ce qu'il pouvait en voir, celle-ci représentait un arbre dont les longues branches tortueuses abritait des médaillons, dont certains étaient brûlés. Ceux intacts abritaient des portraits. S'agissait-il de la famille ou de l'entourage de Drago ? Le blond n'accorda en tout cas guère d'importance à l'ouvrage puisqu'il le souleva sitôt arrivé à sa hauteur pour dévoiler une porte. Ils montèrent alors une nouvelle volée de marches, qui débouchèrent finalement sur un toit terrasse.

Harry resta bouche-bée par la vue qu'il avait sous les yeux. Ainsi en hauteur, la ville s'offrait à lui, une ville différente de celle qui connaissait, toute propre, rangée, sécurisée, oppressante de règles. La version qu'il en avait ici était étrange, presque étrangère, remplie de bâtiments curieux et bancals, de bruits, d'agitations, de coins et recoins.

Alors qu'il allait ouvrir la bouche pour exclamer son ravissement, une bourrasque de vent s'engouffra sur le toit, produisant un son comme Harry n'avait jamais entendu. Les cheveux définitivement emmêlés, il se tourna vers Drago qui l'observait, moqueur :

- La Cabane Hurlante, répondit-il alors.

Comme pour appuyer sa démonstration, le vent se leva de nouveau, hurlant une nouvelle fois sur les toits, si fort qu'il fit presque s'envoler Harry qui, contrairement à Drago, n'était pas resté à couvert. Alors qu'il était projeté vers le blond, le jeune roi se mit à rire en répétant :

- La cabane hurlante, en effet...

.

Assit sur une des deux chaises de la cambre, cela faisait deux bonnes minutes qu'il mastiquait le même morceau de pain dans l'espoir de le faire ramollir et de pouvoir le manger sans se casser une dent. Drago, qui était dans le même cas de lui, le regardait faire en étant visiblement amusé par la situation.

- J'imagine que ça doit te changer par rapport à tes repas habituels, finit-il par lancer en riant. Vous devez manger des trucs plus comestibles dans vos palais de nobles.

- Ça se voit tant que ça ? grimaça Harry avant de préciser : que je suis noble ?

- Oui. Ça se voit à peu près autant que la beauté de mes cheveux.

Harry ne put déterminer s'il était sérieux ou non en vantant ainsi sa chevelure – dans tous les cas, il devait bien admettre que celle-ci était en effet magnifique.

Mais qu'est-ce qui lui prenait d'avoir ce genre de pensées ?

C'est toujours perdu dans ses pensées qu'il rajouta :

- Mais crois le où non, ça ne change pas beaucoup de mes repas habituels. Enfin, ceux que je prenais enfant.

- Quoi, tes parents étaient radins ? railla Drago.

- Pas tout à fait. Ils sont morts quand j'étais enfant. Ce sont mon oncle et ma tante qui m'ont élevé. Et eux sont radins. Entre autres choses. Comme le fait qu'ils ne m'aiment pas du tout et qu'ils m'ont souvent nourri au pain sec à l'eau.

- Je vois. Je suis désolé.

Harry leva les épaules dans sa un geste qui se voulait nonchalant mais Drago ne fut guère dupe.

- C'est pour ça que tu t'es enfuit ? demanda-t-il finalement.

- Non, ce n'est pas à cause d'eux. Maintenant, je me fiche bien de ces deux personnes.

- J'avoue que j'ai dû mal à comprendre. Si ton oncle et ta tante te font ni chaud ni froid et que ce n'est pas pour eux que tu es parti, pourquoi ?

- Pour avoir un peu de liberté.

À cela, Drago éclata de rire.

- De liberté ? répéta-t-il, incrédule. Mais tu as de l'argent et l'argent est le moteur de ce monde. Grâce à ça tu peux avoir ce que tu veux, et faire ce que tu veux.

- Au contraire. Je... j'étouffe. L'argent... c'est quelque chose d'extrêmement utile, il serait idiot de dire le contraire. Mais cela ne fait pas tout dans la vie. Et la mienne me donne l'impression... d'étouffer. On attend de moi des choses qui m'écrase complètement.

Harry ne savait pas ce qui le poussait à se confier à l'adolescent ainsi. Ce dernier lui avait certe sauvé la main – et probablement la vie – avant de le nourrir, mais quand même ! À peine trois heures auparavant, il ne le connaissait pas, et voilà qu'il lui confiait des choses qu'il n'avait jamais dit à personne, pas même à ses plus proches conseillers comme Dumbledore.

Mais peut-être était-ce parce que ces derniers étaient proches de lui qu'ils ne pouvaient libérer son cœur. Même ses meilleurs amis, Hermione et Ron, n'oubliaient jamais qu'ils s'adressaient au roi Harry, le Survivant de la dynastie Potter. Alors qu'ici, avec Drago, il n'était rien d'autre qu'un anonyme, certes noble, mais noble comme tant d'autres. Ici et maintenant, il pouvait se permettre de parler comme l'adolescent perdu qu'il était, et non comme un roi.

Alors Harry continua de se confier, presque en chuchotant à mesure qu'il prenait conscience de la véracité des propos qu'il tenait :

- Toute ma vie, j'ai été élevé pour reprendre le domaine familial, me comporter en noble. Je fais ce que l'on attend de moi, tout simplement. Mais je n'ai jamais pris le temps de me demander ce que moi, je voulais de moi. De ma vie. Et je crois qu'il devenait urgent que je commence à vivre par moi-même. Pour savoir ce que je voulais. Je... j'étais écrasé de l'intérieur de ne pas savoir.

- Et maintenant... tu sais ? demanda Drago doucement en voyant que le brun avait terminé son monologue.

- Je crois oui. Même si c'est un rôle que l'on m'a imposé, je l'aime. Je veux veiller sur les gens dont j'aurais la responsabilité. Mais je crois que je referai quelques fugues nocturnes de temps en temps, pour ne plus jamais oublier qu'au delà de ce que je représente, j'existe moi aussi.

Drago hocha la tête, semblant comprendre ce qu'il voulait dire par là – du moins, Harry l'espérait. Bizarrement, il ne voulait pas paraître ingrat de la vie devant le blond. Celui-ci se racla la gorge :

- J'imagine que ça veut dire que tu vas partir, alors.

- Oui, confirma Harry. Mais encore une fois... merci. Pour... pour la main et... le reste. Je ne sais pas comment te remercier.

Drago mourait d'envie de répondre « en m'embrassant ». D'ordinaire, il l'aurait très certainement fait - il n'était pas du genre à tourner autour du pot. Quand il voulait quelque chose, il le prenait. Quand il était intéressé par quelqu'un, il le lui disait. Si la personne était intéressée également, cela promettait un joyeux moment. Si non, et bien Drago acceptait cette réponse, et se remettait bien rapidement de cette déconvenue passagère. Mais il avait la désagréable sensation qu'Albert lui aurait refusé un baiser, et que son cœur se serait brisé de l'entendre.

Alors à la place, il répondit :

- Ne t'inquiète pas, je trouverai quelque chose quand on se reverra.

Il avait l'air si confiant qu'Harry n'eut pas le cœur de lui faire remarquer qu'ils ne se reverraient très certainement plus jamais. Il se contenta d'accepter que Drago le raccompagne jusqu'à des rues « plus sécurisées ». Là, ils échangèrent une poignée de main, et Harry observa la silhouette fluette redevenir une ombre parmi les autres.

Lorsque celle-ci disparu totalement, il inspira pour se donner du courage, et se dirigea vers le palais, où il fut accueillit par les Aurors (Armée Ultra Royale Obligée du Roi), manifestement furieux de son escapade mais qui se contentèrent d'un poli « majesté, vous êtes de retour » et de s'incliner devant lui.

Il brûlait d'envie de répondre "manifestement", mais se contenta d'un "oui" terriblement las.

oOoOo

Une semaine était passée depuis son aventure, et si Dumbledore l'avait longuement sermonné sur la dangerosité de son geste (et si quelque chose vous était arrivé?), les choses avaient repris leur cours normal - peut-être en mieux. Harry se trouvait beaucoup plus efficace dans ses tâches, comme si avoir enfin pu prendre du temps pour lui lui permettait de se concentrer maintenant pleinement à ces activités royales. Le fait de savoir qu'il pourrait s'éclipser une nouvelle fois du palais lorsque les choses deviendraient trop oppressantes l'aidaient également beaucoup à tenir le coup.

A vrai dire, il n'y avait qu'un seul point négatif.

Drago.

Harry n'arrivait pas à se sortir l'adolescent de la tête. Il se demandait sans cesse ce qu'il faisait, s'il trouvait de quoi manger, si ses couvertures trouées parvenaient à protéger son corps de l'hiver qui arrivait. Il avait même parfois d'avoir l'impression de le voir - comme ce soir où, regardant distraitement le dehors allongé dans son lit, les ombres nocturnes des arbres prenaient la silhouette de l'objet de toutes ses préoccupations et qui...

Attendez.

Harry devait être en train de rêver. Mais... est-ce... Il se leva précipitamment pour sortir sur la large terrasse donnant sur sa chambre, et réalisa l'impensable : les ombres nocturnes des arbres ne prenaient pas la forme de Drago.

Drago était bel et bien là, devant lui, négligement appuyé sur la rambarde de marbre, flottant dans le vide. Harry ne savait pas ce qui le choquait le plus : voir le blond devant lui, ou que celui-ci flotte sous ses yeux.

Voyant qu'il ne parviendrait pas à balbutier autre chose qu'un « que... ? » incrédule, Drago leva les yeux au ciel et s'éleva pour le rejoindre sur son côté de terrasse. Harry put alors voir qu'il s'était trompé : le blond de flottait par dans le vide, mais sur un tapis.

Ce qui n'était guère plus censé.

- Bon, tu viens ?

- Hein ?

Bien. Au moins il avait dépassé le stade du « que...? ». Mais Drago allait manifestement devoir prendre les devants :

- Tu as dit que tu voulais fuguer de temps en temps. Tu sais, pour pas t'oublier, ce genre de truc. Donc je te propose une fugue. Mais attention. Une fugue de première catégorie, je ne fais pas les choses à moitié.

Harry était à peu près sûr qu'il devrait demander quelque chose du genre de « comment es-tu arrivé ici ? », « comment tu m'as retrouvé ? » ou bien « comment arrives-tu à rendre normal le fait que tu débarques devant ma chambre en volant pour me proposer de fuguer avec toi alors qu'on s'est vu cinq heures il y a une semaine ? », mais tout ce qui sorti de sa bouche fut :

- Une fugue sur... sur une carpette ?

- Hé ! s'indigna Drago (et Harry aurait pu jurer que la carpette s'indigna également. Mais les carpettes ne pouvaient pas s'indigner, non?). C'est un tapis volant. Un peu de respect.

- Désolé. Désolé. Tapis volant.

Il n'était pas sûr de savoir pourquoi il s'excusait. De même qu'il n'était pas sûr de comprendre ce qui le poussa à s'assoir aux côtés de Drago sur la carpette.

Pardon. Tapis volant.

Tapis volant.

Il devait être en train de rêver.

- Tu... tu es sûr que ça va... s'envoler ?

- Bien sûr que oui. Tu me fait confiance ? demanda Drago, plongeant son regard gris dans le sien.

- Oui, répondit Harry, surpris par sa propre assurance.

- Bien. Alors accroche toi.

- Pourq... aaaaaaaaah !

La carpette – tapis volant – venait de démarrer et en un instant, Harry se retrouva à voler dans les airs.

Drago avait raison.

Ça, c'était une fugue de première catégorie.


Note (de fin) : pour celles et ceux qui ne l'auraient pas replacés, Albert Runcorn c'est le nom de l'employé dont Harry prend l'identité pour infiltrer le Ministère dans le septième tome.

Aller, la carpet... herm, le tapis magique est enfin arrivé, nous irons chanter du rêve bleu au prochain chapitre. J'espère vous y revoir ! Et n'oubliez pas : vous pouvez passer commande à tout moment ! Pour cela il vous suffit de le dire en review, ou bien sur le forum.

Bonne soirée !