Oh bon sang. Sinon beaucoup de John Murphy et d'électro.
Hostis Humani Generis
Chapitre six (seconde partie), Dirty Harry
- Putain. Putain, mais putain, Derek.
Stiles dérapa sur l'asphalte luisant de pluie, quand il voulut atteindre le bâtiment dans lequel venait de disparaître Derek. Il jeta un bref coup d'œil aux environs, à sa voiture parquée en plein milieu du carrefour bitumé et désert, évidente, comme un joyau turquoise sur une peau grise.
- On peut foutre le camp – maintenant. S'il te plaît.
Stiles en avait cultivé des impressions : des drôles, des mauvaises, des pas cool. Celle-ci était ténue et visqueuse, à gargouiller au creux de son ventre, et à le rendre doucement malade.
- Je te jure quelque chose sent pas bon, genre très mauvais.
Derek lui jeta un regard lourd par-dessus son épaule et Stiles soupira :
- Sans espèce de mauvais jeux de mots, mec. Je parle pas des morceaux non-identifiés qui se décomposent sous nos semelles. T'es pas possible.
Hale continua d'avancer prudemment, son arme en joue, sans lui répondre.
L'adolescent avait rattrapé Derek dans l'arrière boutique de la station-service-épicerie, qui ressemblait davantage à un garage ou à l'un des décors d'un film horrifique, pour personnes avertis, si on voulait son avis. L'endroit était sombre et encombré, sans oublier qu'ils avaient croisé deux cadavres et demi en chemin. Stiles arrondissait parce qu'il y avait bien eu une main, quelques pas plus loin.
- Si tu voulais arrêter de soupirer et me donner un coup de main, finit par dire Derek, en s'immobilisant devant lui, avec du défi dans ses drôles de yeux pâles.
Stiles agita ses joues, en serrant ses paupières :
- Naaan, gargouilla-t-il. Je préfère rester près de toi.
Le rictus de Hale l'agaça prodigieusement.
- Je te répète que j'ai un foutu pressentiment, pesta-t-il. Prends pas tes rêves pour des réalités.
- Pourquoi j'ai l'impression que, depuis que je suis avec toi, on ne fait que visiter des endroits noirs et morbides ?
Derek lui jeta vaguement un coup d'œil par-dessus son épaule.
Ils avaient inspecté les lieux de fond en comble mais il n'avaient rien trouvé. Bredouilles, ils revenaient sur leurs pas. Stiles traînait des pieds derrière, la tête fixée sur le bout de ses Converses.
- C'est bizarre quand même, reprit-il, sans relever son visage. C'est bizarre de se dire que le monde est mort, que plus rien ne fonctionne et qu'on erre. Juste là. C'est – je veux dire tout s'est mangé la tronche en même pas deux semaines et pourtant on avait pas l'air si fragile. On avait l'air plus costaud que ça. Mais la civilisation est quand même partie en fumée. Et je – parfois j'ai même pas l'impression que ça ait existé. Avant.
Derek avait toujours l'habitude d'être relativement silencieux, alors Stiles ne prit pas ombrage qu'il ne lui réponde pas, cependant il n'entendait même plus ses pas devant. Alors, il releva – enfin – la tête.
Derek Hale le fixait. Sa silhouette épaisse se découpait contre la lumière. Et Stiles trouva l'instant quelque peu irréel. Parce que tout était d'un calme doux et le regard de Derek vraiment intense. Il sentit le bout de ses oreilles et ses joues se réchauffer, alors il carra un peu les épaules et dépassa le plus vieux :
- Tu viens.
Le soleil paraissait encore sur l'horizon, son corps commençant à fondre. La luminosité lui fit plisser davantage ses paupières, mais Stiles observa tranquillement le spectacle tandis qu'il avançait. Alors, il eut dû mal à contenir son cri quand on l'empoigna de façon brusque.
Il fit volte-face vers Derek, qui ne faisait pas vraiment attention à lui, mais fixait un point devant eux, sa main toujours serrée autour de son bras. Il tourna les yeux à son tour.
Il y avait des yeux. Sur le capot de la Jeep, une paire de yeux les contemplaient d'un regard mort, tâchaient la carrosserie d'un peu de sang.
Stiles sentit l'adrénaline et la peur épingler tous ses nerfs. Il jeta un regard à Derek, confus, mais surtout terrifié; « on fait quoi putain c'est quoi ce foutu délire » saisi dans ses yeux de biche.
Il y eut un bruit de taule se fracassant derrière eux, et Derek eut soudainement une expression de bête furieuse. Stiles le vit en quelques secondes considérer les alentours, avant de prendre une décision.
Ce pouvait être n'importe qui. N'importe quoi. N'importe où. Les yeux morts le narguaient. On jouait avec eux.
Le mauvais pressentiment de Stiles, qui était resté lové dans son ventre, à lui gargouiller de tendres sentiments, ricana salement.
Derek serra davantage sa prise autour de son bras et le tira soudainement vers l'opposé des bâtiments et de la Jeep, juste là où la route était ceinturée par une plaine boisée, loin du carrefour où ils étaient à découvert.
Tout se passa très vite. Ils dévalèrent le fossé – Stiles dérapa, mal assuré sur ses pieds, mais Derek le maintenait très fermement – et s'engouffrèrent sous le couvert des arbres. Stiles voulut protester, mais Hale l'empoigna encore plus fort et allongea son pas.
L'homme les enfonçait toujours davantage dans les bois. Puis Stiles comprit. L'angoisse referma ses lèvres monstrueuses sur son corps.
Il pensa à sa mère.
Il pila net et balança son épaule en arrière pour se dégager.
- Oh pas moyen, putain ! Oh non putain Derek, j'abandonne pas ma foutue voiture !
Stiles eut l'impression de s'embourber dans le temps, il eut conscience que tout allait très vite, mais sa perception spatio-temporelle – elle – se fractura. Il vit l'incompréhension tâchée les iris de Derek avant que de la colère ne fasse rougir le falun – qui bordait ses yeux pâles. Il le vit se jeter contre lui, le clouer contre un arbre et presser son corps furieux contre le sien.
- Stiles, articula-t-il, ses mâchoires étroitement bandées, on ne peut pas y retourner. On est piégé. Alors, bouge ton cul.
- Pas moyen, Hale. J'abandonne pas ma voiture.
Une myriade d'émotions étreignit le regard du plus vieux. Stiles ne put qu'espérer rester assez hermétique. Puis, Derek balança soudainement son poings contre le tronc avant de se dégager, agité comme un fauve. L'instant suivant, il saisissait de nouveau Stiles par le bras et le tirait à sa suite, toujours vers les profondeurs du bois.
- Putain ! J'ai dis : pas moyen !
Stiles se rejeta en arrière avant de donner un coup dans le genou de Derek. Il sentit son bras être libérer et ne réfléchit pas davantage, il se propulsa sur ses jambes en direction du carrefour. Derrière lui, le plus âgé eut une exclamation étouffée.
Putainmaisputaindebordeldemerde!putain!putain
Tu cours pourquoi putain ? Pour quoi ? Ta Jeep sera toujours là. Derek est pas derrière toi. Dans les bois. Peut être qu'il ne va pas te suivre. Peut être qu'il va se barrer. Se barrer sans toi. Putain y'a putain d'aucunes raisons qu'il te suive. Tu viens de le frapper. Peut être que tu l'as blessé. Il voulait vous mettre à l'abri. Putain. Putain, t'as tellement merdé. Merde, t'as tellement paniqué. Merde. Putain.
Tout filait incroyablement vite dans la tête de Stiles. Et soudainement, il surgissait juste derrière le petit hameau. Il eut à peine le temps de distinguer une silhouette au coin du bâtiment, qu'un corps le percutait durement et les projetait au sol, dans un angle mort. Stiles cessa de se débattre et eut un regard bête, halluciné. C'était Derek.
- Pardon, fit-il dès que celui-ci retira sa main de sa bouche. Pardon.
Derek lui jeta un drôle de regard, en tendant son visage vers l'extrémité du bâtiment de laquelle ils se cachaient.
- Il a failli te voir, finit-il par murmurer. Putain, Stiles.
- Je – pardon.
Hale l'ignora encore une fois. Il s'accroupit et se rapprocha des bennes qui les abritaient. Stiles était toujours contre le mur.
- C'est le gars de la station, celui qui t'a poursuivis.
Le cœur du fils du shérif se coinça quelque part, cependant il ne laissa rien transpirer. À la place, il se rapprocha de Derek et chuchota :
- Il est tout seul ?
Il essaya de voir la moindre chose, mais Derek appuya sur son crâne pour qu'il re-disparaisse derrière la benne.
- Je sais pas, grogna ce dernier.
Stiles allait reprendre la parole quand il se figea. Ses yeux cherchèrent ceux de Derek.
- C'est la chanson que je -
- Je sais, fit abruptement le plus vieux.
Gars s'était mis à chantonner « Dirty Harry ».
C'était un voyage ! Genre assez laborieux.
Une partie était écrite depuis que je vous avais posté la première de ce chapitre, mais je n'arrivais pas à le boucler. Genre rien sortait. Puis - là - j'ouvre le fichier et je rédige tout ce qu'il manque et c'était cool et j'avais jamais autant écris d'un coup depuis des mois.
J'espère véritablement que cela vous a plût, du fond du cœur. J'ai aimé l'écrire, et je pensais à vous, et je voulais pas faire de chose qui fasse trop peur ou quoi parce que je sais que certains parmi vous en sont pas carrément friands. Je voulais aussi vous poster plus, mais je me suis dis que: non. Parce que le prochain chapitre sera plus long et plus palpitant, avec beaucoup (vraiment beaucoup) de péripéties.
Je voulais aussi vous remercier, spécialement ceux qui prennent le temps de me laisser des reviews. Vous êtes des créatures précieuses. Et vous n'imaginez sans doute pas à quel point. Vous me donnez du fouet. Et vous êtes vraiment géniaux pour ça. Même si je ne respecte pas mes délais, jamais. Je pense toujours à vous, à cette histoire, à comment je pourrais la poursuivre, la manier, fasse qu'elle vous plaise encore.
Je vous le dis et redis: je ne l'abandonne sûrement pas. Peste ! nan ! sûrement pas !
Affectueusement,
Charlie.
