Jure que c'est vraiment un nouveau chapitre, peste !
Hostis Humani Generis
Chapitre sept, Morning, Fear
- On va regagner les bois.
- Je – non. Ma voiture.
Derek le regarda, puis soudainement il le poussa contre le mur.
- Putain, s'écria-t-il entre ses dents serrées. Qu'est-ce qui rentre pas dans ta tête ?
Qu'est ce qui tourne pas rond chez toi ? Stiles avait envie de lui présenter que c'était le monde, en fait, qui tournait pas rond. Vraiment pas très rond.
Le gamin du shérif soutenait son regard emporté, tout à fait prêt à tenir ses positions. Il fronça les sourcils et il avança son menton, défiant.
- Je t'ai rien demandé, répondit-il alors sur le même ton. Tu peux partir, ça fait rien.
En fait, c'était faux, ça ne faisait pas rien; il avait le bluff et l'impudence facile, et la tension silencieuse qui anticipa la réponse de Derek, lui donna la nausée. Il avait envie de hurler, de balancer des trucs, de mettre au tapis Gars, puis de récupérer sa voiture et de rentrer chez lui. Il ne voulait pas de l'apocalypse ou de la présence doucereuse de la mort à ses côtés, ni moins de la faim ou de la crainte éternelle. Il voulait son père. Il voulait son père et Scott, sa chambre, les photos de sa mère qu'il avait planqué pour ne plus avoir à les voir; il voulait avoir à râler pour ne pas aller en cours ou aux entraînements de lacrosse. Mais, dans l'immédiat, il ne voulait pas de crise de nerfs, alors il préférait que Derek ne le laisse pas, qu'ils retrouvent les gens nécessaires, qu'ils aillent aussi bien dans cette sphère funèbre qu'était devenu le monde.
Des mots arrangeants au meilleur allaient sortir de la bouche des Stiles, quand :
- Ferme ta putain de gueule.
Ils échangèrent un drôle de regard, et l'esprit de Stiles polarisa sur la poigne ferme de Derek sur ses bras. Ce n'était définitivement pas Gars qui venait de parler, ni de se dire à lui-même de la fermer, ni rien du tout.
Derek se déporta un peu vers la droite, histoire de mieux voir, et Stiles s'inclina dans le mouvement.
Au début, il ne vit pas grand chose. Il y avait toujours sa Jeep parquée en plein milieu du carrefour avec son regard sanglant, la silhouette ridiculement longue de Gars, puis un vieux buggy sale et plein de rouille. Ses sourcils commençaient à grimper sur son front, parce que tout ça le rendait un tantinet perplexe, quand un corps se dressa derrière le tout-terrain pourri. Un homme grand et gras, énorme. Ses cheveux étaient ras et très blond, quasiment pâles, sur son gros crâne. Son menton et son cou semblaient couler sur le haut de son torse, enveloppé dans une chemise sale. Il avait de petits yeux, vifs et pénétrants, et Stiles ne pu s'empêcher de penser à ceux d'un rat. Mais peut-être que c'était méchant pour les rats. Puis Stiles pensa qu'il ressemblait à une créature des marais, ou à l'idée qu'il se faisait d'une créature des marais.
Et, alors qu'il l'observait avec une abîme un peu malsaine, se diriger vers Gars, tout son corps menaçant, Derek saisit Stiles en arrière.
Stiles percuta une cloison juste alors que ses yeux capturaient Derek – Derek et un rôdeur. Mais, apparemment, ce devait être une sortie de groupe, genre un truc de famille recomposée – non non décomposée, comprends ! – puisque trois autres suivirent le moove. Stiles observa, avec une certaine absence, Derek perdre l'équilibre sous l'assaut du premier et finir au sol dans une exclamation étouffée, alors que les suivants se traînaient dans sa direction.
Ok. Puisqu'il ne fait absolument que ça, il t'a encore sauvé la peau.
Stiles bondit sur ses pieds et fit siffler sa batte. Le dernier Zach tournait juste sa tête putréfiée vers lui quand l'acier percuta sa tempe. Le vagissement gargouilla à peine dans la gorge ouverte alors que déjà le corps tombait, définitivement raide.
- Stiles !
Il tourna ses yeux vers Derek. Son cœur faisait battre son sang au rythme des tambours des rituels sacrés d'avant le monde. L'adrénaline excitait son corps.
- Derrière-toi !
Les yeux étranges de Derek le hantaient encore quand il se retourna pour frapper l'autre Zach. Sous l'action précipitée, la batte cogna la nuque pourrie. Zach fit une drôle d'embardée sur le côté, et Stiles le regarda – avec un peu d'horreur perdue sur ses rétines – tituber de nouveau vers lui. Ses mains blanchirent sur le manche et il swingua. Le choc chanta un bruit écœurant, et bien avant que le mort est pu se relever, il lui écrasa le front.
Derek était toujours au sol, maintenant au prise avec deux rôdeurs. La perception de l'espace-temps de Stiles était infernale, mais il enregistra clairement, quelque part, la torsion de son estomac.
Il s'apprêtait à lui venir en aide quand un coup de feu retentit. Stiles s'immobilisa, interdit : Derek, les deux Zach avaient arrêté de bouger, et, planté à un mètre, Gars, son revolver encore levé.
- Derek, croassa Stiles.
Mais il n'y eut aucune réponse, sinon le sang épais, quasi noir, qui s'épanchait doucement sur le bitume.
Gars fit un bruit de gorge, et Stiles comprit qu'il bougeait vers lui, seulement il n'arrivait pas à détacher son regard de l'enchevêtrement de corps, sous lequel dépassait à peine Derek, peut-être mort.
Ou comment les choses pouvaient escalader en moins de deux minutes.
Un étourdissement enflait à l'intérieur de son corps, près à le faucher.
- Bordel de merde, Sullivan.
Gars se retourna. Stiles loucha sur l'arrière de sa tête avant de se focaliser sur Créature des marais.
Gars haussa des épaules, fit claquer sa langue et balada mollement son flingue dans l'air. L'autre vissa ses petites yeux de rat sur Stiles.
- C'est le gamin que tu voulais ?
Gars se retourna, avec un drôle de regard et un sourire :
- La petite biche qui m'a assommé avec son copain.
Créature des marais eut un mouvement bizarre, sa tête rentra dans ses épaules et il ouvrit de grands yeux :
- Son copain ? Comment ça son copain, Sullivan ? Il m'a l'air plutôt seul, le gamin.
- Son copain, fit Gars, et il pointa du doigts le corps de Derek sous les deux Zach.
Créature des marais se pencha, posa deux énormes mains sur ses genoux et sembla observer un truc très important. Stiles remarqua alors qu'il avait une machette. Et tandis qu'il observait l'arme sale, Créature des marais s'avança, saisit une cheville dans l'enchevêtrement de corps et tira dessus. Il traîna Derek hors de sa prison de chairs pourries, avant de laisser retomber son pied brusquement.
- Il m'a l'air mort.
Une bile acide remonta dans la gorge du gamin du shérif. Derek était immobile, tout couvert d'un sang noir.
- Je sais pas. Vérifie. La dernière fois que je l'ai rencontré il me paraissait quasiment fumé aussi.
Créature des marais se pencha bizarrement, empêché par son propre corps. Stiles observa, son cœur battant aussi fort qu'après une injection d'adrénaline, pas qu'il n'ait jamais essayé une injection d'adrénaline. Les drôles yeux de Derek s'ouvrirent subitement. En un quart de temps, il balança son pied dans le genou de Créature des marais. Celui-ci plia sous l'impact. Puis Derek se dressa sur ses jambes et, sans laisser aucun répit, balança son poing dans sa tempe. Créature des marais s'affaissa. Gars avait réagit à peine Hale s'était-il redressé. Il essayait de lui tirer correctement dessus.
- Putain, enfoiré ! Bien sûr que t'étais pas fumé !
Stiles réagit. Il essaya de le bousculer avant qu'un des coups de feu ne soient létales. Gars se tourna vers lui deux secondes, juste assez pour que Derek approche et le désarme.
- Je vous jure que –
Et, un second coup sur la tempe !
- À ta putain de voiture !
Pas le temps pour les rôdeurs putréfiés au sol, pour le corps de Gars et celui de Créature des marais, inconscients. Pas le temps pour mesurer la peur et la présence de la mort, encore à tanguer des hanches dans les environs.
Ils s'engouffrèrent dans la Jeep, et Stiles pensa qu'il ne s'était jamais aussi vite précipiter, pas même les fois où son père venait vérifier s'il dormait et qu'il se jetait sous les couvertures, en abonnant l'écran fraîchement en veille de son ordinateur.
Il démarra et manœuvra la voiture si brutalement que la Jeep gémit en filant sur la route.
- Putain Derek, souffla-t-il, alors que son aîné lui indiquait un chemin de terre qui disparaissait sous le couvert des arbres, après quelques minutes de route.
Son regard alternait entre l'échine de la route devant lui et celle dans son rétroviseur. Il sentait l'intérêt silencieux de Derek couvé sur lui.
Il allait lui dire quelque chose quand la voiture se mit à cahoter avant de s'immobiliser totalement.
Stiles jeta un regard d'horreur à Derek, avant de le suivre, parce que Hale venait de s'extraire du véhicule.
- Ils ont coupé le putain de tuyau d'arrivée d'essence !
Stiles embrassa le paysage autour d'eux, les traces de sang sur le capot, la fureur campée dans les chairs de Derek. Ça empestait l'essence.
- Je – on fait quoi ?
Hale cessa de rôder. Il fit le tour de la Jeep et vint près de Stiles. Il ne parla pas tout de suite, la ligne de ses épaules si tendue qu'un dieu aurait pu y trancher des rêves, saccager des mondes avec ses poings.
Il s'apprêtait à dire quelque chose quand des bruits de moteur leur parvinrent. Et, soudainement, ils étaient tenus en joue.
Gars et Créature des marais s'extirpèrent de leur vieux buggy.
- Putain, connard, tu vas te mettre sur tes putains de genoux maintenant !
Bonsoir ? Belle tombée de nuit ?
Si vous êtes comme des images, j'ai déjà le chapitre suivant bouclé. Si, je vous assure; puis n'ai-je pas dit que j'allais remédier au mieux à mes absences ? Bah si, bien sûr.
Je vous embrasse,
Charlie.
