CHAPITRE 4
Snames

– Non.

Non. Non. Non !

C'était le seul qu'il avait à la bouche. Ce qu'elle faisait n'était jamais assez son goût. Ce n'était jamais assez bien. Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il ne s'agissait pas seulement d'exigence mais plutôt d'une vengeance mesquine. Malheureusement cela ne tenait pas la route. James Potter ne voulait pas se venger. Désirer une telle chose aurait signifié qu'il ressentait quelque chose, ne serait-ce que de la colère… hors, ce n'était pas le cas.

– Non. Concentre-toi s'il te plait, lâcha-t-il affichant cette constante indifférence qui allait finir par la rendre dingue.

Cette négation systématique qui suivait chacune de ses actions lui rappelait douloureusement le temps où elle était celle qui lui faisait subir cela. Avait-elle aussi paru si froide ? Si distante ? Elle en doutait. Elle se souvenait avoir montré des signes d'agacements, parfois de colère. Plus tard elle ne parvenait que bien difficilement à dissimuler les rougeurs que provoquaient les déclarations enflammées du garçon qui se montrait de plus en plus téméraire dans ses démarches pour la faire craquer.

Mais cette époque était belle et bien terminée. Il avait toujours réussi à la faire se sentir forte. Ses yeux n'étaient emplis que d'admiration. Aujourd'hui, elle ne pouvait y lire que de la déception. Elle savait ne pas être à la hauteur. Elle le voyait à la facilité avec laquelle il la désarmait. Elle ne pouvait le nier lorsqu'il l'envoyait au tapis sans fournir le moindre effort. Oh bien sûr, elle parvenait parfois à contrer un sort. Mais pas une seule fois elle n'avait réussi à le toucher. Ce n'était pas suffisant. James n'envoyait que des sorts mineurs, parfois douloureux mais jamais mortels. Les mangemorts ne feraient pas preuve de la même clémence à son égard. Elle n'était plus à Poudlard. En cas d'attaque il n'y aurait pas de deuxième essai. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. L'échec ne signifiait plus la perte de quelques points pour sa maison… l'échec signifiait la mort.

– Non. Encore, dit-il en lui tendant sa baguette après l'avoir désarmé pour la énième fois.

Elle la prit en se relevant un peu trop brusquement peut être, titubant légèrement. C'était terriblement cliché. Elle devait ressembler à l'une de ses cruches qui font mines de ne pas tenir sur leurs jambes dans le seul but de se rattraper au garçon de leurs rêves. Elle tenta donc de ne pas le toucher ce qui ne fit qu'accentuer son déséquilibre. Elle vit le sol se rapprocher dangereusement, mais l'impact ne se produisit pas. Il l'avait rattrapé.

C'était la première fois qu'il la touchait. La première fois que ses bras l'entouraient. Inconsciemment elle retint son souffle, son cœur se figea un instant dans sa poitrine avant d'entamer une brusque embardée en sentant la prise de son premier amour se resserrer autour de sa taille. Ce fut si rapide… il la relâcha si vite qu'elle douta que cela se soit réellement passé. N'avait-elle pas imaginé cette courte étreinte ? Peut-être que l'utilisation du mot "encore" quelques secondes plus tôt avait ranimé les souvenirs douloureux de leur ébats d'autrefois ponctué de cette demande de ne jamais y mettre un terme. "Encore". C'était ce qu'elle aurait aimé dire avant qu'il ne s'écarte.

Si Lily s'était retournée elle aurait vu que le masque d'indifférence du jeune homme s'était fissuré. Mais elle n'en fit rien. Elle était bien trop occupée à dissimuler son propre trouble. Il fallait qu'elle trouve quelque chose à dire. N'importe quoi qui briserait ce silence insupportable. Elle devait se contrôler. Il était avec Hestia désormais. Elle détestait se retrouver dans cette situation. Celle de la fille qui désirait quelque chose qu'elle ne devrait pas. Qui enviait quelqu'un. Elle ne ferait pas les même erreurs une seconde fois. Ils n'étaient plus des adolescents gouvernés par leurs hormones.

– Encore, dit-il brisant le silence après être parvenu à calmer son cœur, se promettant de ne plus se laisser avoir.

Elle avait besoin d'une pause. Elle était épuisée mais elle n'osa pas demander un instant de répit. La dernière fois qu'elle avait tenté de suggérer une courte pause elle avait été cruellement remise à sa place. Le Maître des Ténèbres ne se repose pas. Le Maître des Ténèbres ne prend pas comme elle une année sabbatique. Il n'avait pas tort mais elle doutait qu'elle ait des chances de survivre face à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom dans un tel état de fatigue.

Ce n'était pas seulement physique. Moralement il la poussait à bout.

– James, commença-t-elle, le simple fait de prononcer son prénom la troublait au possible.

Ne rien laisser paraître.

Ne rien laisser paraître.

James du se répéter une dizaine de fois cette phrase avant de parvenir à décrocher le moindre mot. L'entendre dire "James" l'avait transporté un an plus tôt. De nouveau il était cet idiot. Cet imbécile convaincu de vivre la plus belle histoire d'amour du siècle. Aveuglé par ses sentiments, il avait refusé de voir l'évidence. Sa fierté en avait pris un coup. Lily Evans n'était pas faite pour lui et elle ne l'avait jamais été. Âme sœur ? Tu parles d'une connerie. La colère l'envahi de nouveau au souvenir du temps qu'il avait perdu à courir après la jeune femme, ce qui lui permit d'afficher de nouveau cette indifférence qu'il savait dévastatrice pour elle, attendant qu'elle poursuive.

– Je pense qu'on devrait parler.

– Parler ? C'est pas vraiment au programme, crois-moi, les mangemorts ne peuvent pas être raisonnés.

– Je voulais dire parler de nous… toi et moi.

James dut se faire violence pour ne pas serrer les poings. "Nous". Elle venait de dire "nous" comme s'il s'agissait de quelque chose de naturel. Elle avait dit cela avec une aisance à la limite de l'injure. Elle avait perdu le droit de dire "nous", le jour où elle lui avait tourné le dos pour retourner dans sa famille. Il parvint néanmoins à se contenir, poursuivant la conversation en affichant toujours une parfaite neutralité.

– Je sais que je peux paraître dur avec toi mais tu n'as pas le niveau, et tant que tu ne l'auras pas tu ne pourras pas être envoyée en mission. On n'a pas beaucoup de temps, mais dis-toi que plus vite tu progresseras, plus vite tu seras débarrassée de ses entraînements.

– Ce n'est pas de ça que je parlais et tu le sais très bien !

Elle ne voulait pas être débarrassée. C'était un comportement à la limite du masochisme mais elle ne remercierait jamais assez Maugrey de lui avoir choisi James Potter comme entraîneur. S'il ne l'avait pas fait, il est fort probable qu'il ne lui aurait pas adressé un mot et l'aurait soigneusement évité. Elle s'apprêtait à poursuivre mais fut interrompue par l'arrivée de Fol Œil venu assister à leur entrainement et du reprendre les exercices imposés par le garçon. Puis le célèbre Auror interpella le garçon et ce dernier s'éloigna la plantant là.

– Elle n'est pas prête, entendit-elle James dire à Fol Œil.

– J'ai besoin de toi ailleurs, le coupa l'Auror. Elle apprendra comme vous tous. Sur le tas.

– Vous ne pouvez pas juste l'envoyer se battre ! Elle va se faire tuer ! Protesta le jeune homme oubliant l'indifférence et la neutralité à l'idée que la vie de la jeune fille soit mise en danger.

– Une fois de plus tu discutes mes ordres Potter. Ce n'était pas une question. Elle ira avec toi puisque tu sembles si soucieux. Tu la protégeras.

– Je ne veux pas avoir une incompétente dans mes pattes. C'est moi qui vais me faire tuer si je dois la surveiller aussi !

– Peter ne te dérange pourtant pas. Il est loin d'avoir le niveau requis et ne l'auras probablement jamais. Evans était brillante, elle manque de pratique c'est tout.

Le ton de l'Auror n'admettait aucune contradictions et James accepta le parchemin contenant l'ordre de mission abandonnant l'idée de le faire changer d'avis. Pour la première fois, il souhaita que la mission ne soit pas trop périlleuse. Ses espoirs furent rapidement réduits à néant.

"Infiltrer le repaire des vampires dans le but de connaître leur position concernant le conflit"

Il survola rapidement du regard le parchemin qui indiquait les lieux mais aussi les informations déjà récoltées, incapable de retenir quoi que ce soit, son esprit ne lui fournissant que des images de la jolie rousse au milieu d'un repaire de vampires. Et si elle mourrait ? Ou pire… si elle se faisait mordre ?

Pour les humains, la morsure d'un vampire constituait une promotion importante. Tout du moins s'ils y survivaient. Ils devenaient plus rapides, plus forts. Leur durée de vie s'allongeait sensiblement. Mais pour un sorcier, cela signifiait perdre sa magie. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua ni le départ de Maugrey, ni le fait que la jeune femme s'était approchée curieuse de savoir les aboutissements de l'échange enflammé des deux hommes.

– James ?

Un frisson le parcouru de nouveau en l'entendant dire son prénom. C'était la fois de trop. Il sentit son sang bouillonner et il posa sur elle un regard noir de haine. Il la vit reculer d'un pas. Il avait essayé l'indifférence, et cela ne fonctionnait pas de toute évidence. En tolérant sa présence, il lui permettait de franchir plus facilement ses protections qu'il avait mises tant de temps à ériger au cours de l'année passée. Il avait voulu rester correct pour Sirius et Remus. Ils le lui avaient demandé mais il n'y arrivait pas. Il était incapable de dissimuler ses émotions de cette manière.

Sirius y était habitué, il avait développé ça petit, bridé par sa famille qui voyait toutes formes de sentiments comme le reflet d'un manque de savoir vivre et une exposition volontaire de faiblesses. Faiblesses que les membres de la famille Black n'auraient pas hésité à exploiter.

Remus lui aussi était habitué à dissimuler ce qu'il ressentait. Il avait dû le faire pour ne pas montrer à ses parents qu'il était malheureux, qu'il souffrait, il voulait les préserver, ne pas accroître d'avantage la culpabilité qui les rongeait déjà.

Mais James n'avait jamais eu à dissimuler quoi que ce soit. Sa mère l'appelait son "livre ouvert". Le manoir avait toujours raisonné de ses colères, ses joies et ses tristesses. Aujourd'hui il s'agissait de haine. Une haine qu'il n'avait que trop refoulée.

– C'est Potter pour toi Evans, répliqua-t-il hargneusement. Ton entrainement est terminé. Tu pars en mission. Demain. Le départ est prévu à dix-neuf heures.

– Il faut qu'on parle ! le supplia-t-elle.

– Je n'ai rien à te dire. Je t'avais dit de ne plus apparaître devant moi.

– Tout ne tourne pas autour de toi ! s'écria-t-elle. Je ne voulais pas te faire souffrir, ni même partir, je n'avais pas le choix.

– Oh si tu l'avais !

– Tu ne peux pas comprendre ! hurla-t-elle, regrettant immédiatement ses paroles.

– Pourquoi je ne comprendrais pas ? Parce que je n'ai pas de famille ? Parce que je n'ai plus personne pour qui m'inquiéter ?

– Non ce n'est pas ce que… commença-t-elle avant d'être interrompue.

– Si. C'est tout à fait ce que tu voulais dire. Mais ça n'a aucune importance. Ce que tu dis, ce que tu penses, ce que tu veux. Ça ne m'intéresse pas.

– James… tenta-t-elle une fois de plus adoptant un ton plus doux dans l'espoir de le calmer.

– Ne m'appelle pas comme ça ! hurla-t-il.

– Potter…

– Non. Même Potter. Je ne le supporte pas, dit-il d'une voix que la colère avait abandonnée.

Et sans un mot de plus il tourna les talons la plantant là. Refusant de lui pardonner, refusant de l'écouter. Elle le regarda s'éloigner d'elle, comme il avait dû la voir s'éloigner un an plus tôt. Impuissante et le cœur brisé. C'était si douloureux, presque insupportable mais elle ne pouvait se laisser abattre. Elle avait déjà baissé les bras une fois, elle ne ferait pas la même erreur une seconde fois. Elle se montrerait forte. Elle ne décevrait plus qui que ce soit. Elle avait eu une seconde chance et ne comptait pas la laisser passer.

CHAPITRE 5
Wolfstar

Le réveil fut rude. Son corps lui rappela douloureusement son entrainement musclé de la veille. Chaque muscle la tiraillait. Elle donnerait tout pour un massage mais elle dû se contenter d'un sort atténuant les courbatures. Le départ était prévu pour dix-neuf heures, ce qui lui laissait largement le temps de se préparer. Elle se demandait quel genre de mission nécessitait d'être effectuée de nuit. La plupart du temps les départs se faisaient à l'aube mais cette fois le crépuscule semblait avoir été préféré. Comme toujours, elle se prépara bien trop tôt. Elle aurait pu se rendre au manoir mais elle préférait éviter de mettre en colère Celui-Dont-Elle-N'avait-Plus-Le-Droit-De-Prononcer-Le-Nom.

Elle décida donc de rester dans son appartement. Non pas qu'elle ait le choix. Elle n'appréciait pas vraiment d'être seule. Elle l'avait rarement été. Sa sœur et elle étaient inséparables et quand ce lien fut brisé, Severus prit la relève, ne la quittant pas d'une semelle. La perte de ce dernier fut compensé par la présence exubérante des maraudeurs. Vivre dans un dortoir commun raisonnant de commérages et de gloussements n'avait pas aidé à la familiariser avec la solitude. Une fois préfète en chef, ce fut son lit qu'elle partagea… et rien ne pouvait se substituer à cela. Il n'était pas remplaçable.

Lorsque des coups furent portés à sa porte, elle se précipita avec une impatience presque désespérée, prête à accueillir comme il se doit la personne qui avait eu l'excellente idée de venir rompre sa monotonie solitaire. Elle sauta au cou de Sirius qui, bien que surpris par ce brusque excès d'enthousiasme, lui rendit son étreinte.

– Je vois que James t'a mené la vie dure, fit-il remarquer son ton amusé dissimulant une véritable inquiétude.

– Je le mérite un peu… répondit-elle sans le relâcher.

– Bien sûr que non. Personne ne mérite les mauvais traitements de James… à part Servilus.

– Sirius ! Vous n'aviez aucune raison de vous comporter ainsi avec lui ! Il ne vous avait rien fait !

– Tu plaisantes ? Il était détestable !

– Parce que vous l'étiez ! le réprimanda-t-elle.

– C'est son problème s'il a décidé de choisir James comme ennemi !

– Tu parles comme s'il s'agissait d'un duel entre deux gentlemen d'une autre époque !

– C'était le cas ! Un duel pour l'honneur et le cœur d'une femme ! lâcha-t-il en adoptant un ton grandiloquent et dramatique.

– Severus et moi étions amis, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Rien de plus.

– Tu penses que James était le plus cruel avec Servilus mais tu sais quoi… je pense que tu es celle qui l'a le plus été. Si j'avais été amoureux de mon meilleur ami et que celui-ci ne le remarquait pas, je serais blessé. Tu es censée être celle qui le connait le plus et pourtant tu n'as rien vu.

– Ou peut-être que vous vous faites des idées et que je suis celle qui a raison parce que c'est mon meilleur ami et je le connais. Il n'était pas amoureux de moi. Et Moony n'a jamais remarqué que tu étais amoureux de lui ! Encore aujourd'hui il pense être un simple substitut pour Marley.

Un silence s'installa après cette déclaration. Sirius pour la première fois n'avait rien à répliquer mais Lily n'y trouva aucune satisfaction. Le doute et la douleur qu'elle vit apparaitre dans le regard d'un beau gris du jeune Black lui fit regretter ses paroles.

– Je suis désolé Sirius, ce que je voulais dire c'est que…

– Non, l'interrompit-il. Tu as raison. Mais ça ne change rien tu sais. Ton comportement est d'autant plus cruel car tu choisis de ne pas voir. C'est volontaire.

– Je… non…

– Lily, dit-il avec une douceur qui lui était peu commune, je comprends… C'est normal de ne pas vouloir briser une amitié pour un sentiment aussi éphémère que l'amour mais tu as déjà perdu cette amitié alors fait preuve d'un peu de courage, par respect pour ce que vous aviez. Severus Snape était fou de toi, il était amoureux de toi.

Une part d'elle savait qu'il avait raison mais une autre ne pouvait s'empêcher de penser que parler d'amour était exagéré. Severus l'aimait certes mais il n'avait jamais dit ou fait la moindre chose qui confirme cela. Aucun signe d'une quelconque attirance mais peut-être avait-elle refusé de les voir. Comment savoir que cette tendresse avec laquelle il la regardait était celle d'un garçon amoureux ? Comment différencier un câlin amical d'une étreinte qui n'avait pour but que de la toucher ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Pourquoi ne lui avait-il pas tout simplement dit ? Comment avait-t-il été capable de vivre avec un secret pareil ?

Elle préférait de loin la théorie de Marlène qui affirmait que Severus était fou de James. Sa meilleure amie avait monté toute une histoire à ce sujet. La haine que ressentait Severus à l'égard de James n'était là que pour dissimuler un désir violent et inassouvi. La Serpentard était même allé jusqu'à affirmer qu'elle était la rivale du taciturne garçon et que c'était pour cette raison qu'il l'avait traité de sang de bourbe. Il suivait les garçons partout, s'intéressait à tous ce qu'ils faisaient. Severus était obsédé par le jeune Capitaine.

L'incident dans le tunnel du Saule Cogneur n'avait fait qu'aggraver la conviction de son amie en l'existence de ce qu'elle avait décidé d'appeler "Snames". Severus avait été envoyé par Sirius dans le tunnel menant à la Cabane Hurlante où Remus s'apprêtait à subir sa douloureuse transformation mensuelle. Il avait voulu lui faire peur, il n'avait pas réfléchi. C'était typique de l'héritier Black mais cela ne ressemblait pas à Severus. Ce dernier était plus réfléchi. Il avait des doutes concernant la lycanthropie du jeune Lupin. Pourquoi y être allé alors ? A cette question, Marlène avait la réponse. Severus était tombé sur Sirius. Sirius seul sans James. Il lui avait demandé où était le "reste de la bande". Sirius avait répondu que James et Peter étaient avec Remus. Il ne faisait aucun doute, d'après elle, que Severus terrifié à l'idée que son amant secret ait décidé de rester avec son ami, se fichant du danger, dans son inconscience typique et qui n'était plus à prouver, s'était précipité dans le tunnel, convaincu que celui qu'il aimait était en danger.

Lily ne put s'empêcher de sourire. Marlène avait toujours des théories délirantes pour tout. C'était l'une des choses qui lui manquait le plus. Elle se demandait ce qu'aurait dit la jeune femme devant l'accomplissement de l'une de ses théories les plus célèbres : Wolfstar. La rumeur s'était répandue comme une trainée de poudre à Poudlard. Remus le loup solitaire et Sirius Black l'étoile la plus brillante du firmament. A l'époque, personne ne savait à quel point l'appellation de "loup" convenait à Remus. La plupart des groupies des maraudeurs préféraient imaginer leurs idoles ensemble plutôt qu'avec l'une d'entre elle. C'est ainsi que des histoires plus folles les unes que les autres avaient commencé à circuler. La plupart prenaient place dans les dortoirs, Sirius se glissait systématiquement dans le lit de Remus, cédant à un trop grand désir et Remus, amoureux transi, incapable de refuser quoi que ce soit au ténébreux sang pur, se laissait aller aux pratiques les plus folles. La vérité n'était finalement pas si éloignée de la fiction même si les deux garçons étaient assez secrets à ce sujet.

– Tu veux boire quelque chose ? demanda-t-elle en le poussant vers le canapé, ne pouvant s'empêcher de le voir rester.

– Tout ce que tu veux mais pas de chocolat chaud ! lâcha-t-il feignant le désespoir à la perfection.

– Remus doit te rendre fou. Il est toujours aussi passionné de chocolat ? répondit-elle en préparant du thé.

– Ce n'est pas une passion c'est une maladie ! la corrigea-t-il. Il est convaincu que le chocolat est nocif pour son "petit problème de fourrure". C'est ridicule ! J'en consomme aussi et Padfoot va parfaitement bien !

– Il essaye de s'empoisonner ?

– Je déteste le voir faire ça !

– Vous vivez ensemble ?

Sirius la regarda amusé. Elle n'avait pas été très subtile quant à son approche pour lui soutirer des informations. Sa curiosité l'emportait toujours sur son tact.

– Moony te répondrait que non. Cet idiot refuse de s'installer avec moi sous prétexte qu'il ne peut pas participer pour le loyer. Je n'ai pas non plus gagné cet argent ! C'est un héritage ! Je n'ai pas travaillé pour l'obtenir. Du coup il dort chez moi six jours sur sept parce que passer la semaine signifierait qu'il vit avec moi. Merlin seul sait où il disparait le septième jour !

Lily n'eut pas besoin d'insister plus. Sirius s'emportait tout seul, se plaignant et lui révélant à peu près tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en l'écoutant. Elle était heureuse qu'ils se soient trouvés.

– Quand on a un tiroir à chaussettes chez quelqu'un c'est qu'on vit chez elle, tu n'es pas d'accord ? Il pense sans cesse que je l'aide parce que j'ai pitié de sa situation ! Comme si j'étais capable de faire preuve d'empathie. Je veux juste coucher avec lui sept jours sur sept !

– Dis-le-lui !

– Il ne me croit jamais ! Il ne me croit jamais… répéta-t-il avec moins d'entrain. Tu avais raison tout à l'heure mais ça ne date pas de la mort de Marley. Il ne m'a jamais cru. À Poudlard, il pensait que je venais le voir quand je n'avais personne d'autre sous la main.

– Mais ce n'était pas le cas n'est-ce pas…

– Bien sûr que ça ne l'était pas ! Moony est spécial ! s'écria-t-il. C'est de pire en pire, je le perds de plus en plus.

– Ne dis pas de bêtises, tu ne le perdras jamais.

– Tu n'en sais rien. Il pense à des choses qu'il n'avait jamais envisagées auparavant. Comme le fait qu'on ne peut pas avoir d'enfants.

– L'adoption…

– Je lui ai dit mais il ne veut rien entendre ! la coupa-t-il. Lily il pense être un monstre. Il ne voit presque plus ses parents parce qu'il est convaincu qu'ils seront plus heureux s'ils n'ont plus à subir sa condition. Il ne veut pas de son ancienne famille, et encore moins d'une nouvelle. Combien de temps lui faudra-t-il avant qu'il ne commence à penser qu'il est un poids pour nous ? Pour moi… Combien de temps avant qu'il ne disparaisse de nos vies, convaincu d'être dangereux pour nous ?

Lily n'avait pas de réponse. Elle savait que les inquiétudes du garçon étaient fondées.

– J'en viens même à souhaiter que cette guerre ne prenne jamais fin parce que le jour où tout sera fini, qu'il n'aura plus de raison de se battre… il disparaitra.

– Il t'aime, il ne t'abandonnera pas.

– Tu aimais James… pourtant tu es partie.

– Je suis revenue. Je serais revenue un jour ou l'autre.

– Et si je ne parviens pas à lui pardonner son départ ? Si… s'il nous arrivait la même chose qu'à toi et James.

– Il se battra pour toi.

– C'est ce que tu comptes faire ? demanda-t-il sans la lâcher du regard. Tu vas te battre pour James ?

Il l'avait piégé. C'est Sirius après tout. Il l'avait emmené là où il le voulait sans même qu'elle le ressente. Petit manipulateur qu'il était. Elle avait deux possibilités. Dire qu'elle ne se battrait pas ce qui équivaudrait à renier tout ce qu'elle venait d'affirmer et reviendrait à affirmer que Remus ne se battrait pas pour lui. Ou alors elle pouvait répondre par l'affirmative…

– Sirius… commença-t-elle.

– Oui ou non ?

– Il est avec Hestia…

– Alors il y a des conditions. Aucune certitude.

– Sirius…

– Je serais plus qu'avec une seule fille si Moony m'abandonnait.

– Ce n'est pas la même chose.

– Toi et Moony vous vous ressemblez beaucoup trop. Lui aussi il est convaincu que je pourrais être heureux sans lui. Hestia le rend heureux mais elle ne le rendra jamais aussi heureux que toi.

– Et je l'ai rendu plus malheureux que n'importe qui.

– Tu ne comprends pas ! s'emporta-t-il. C'est comme si tu te contentais de manger de la nourriture en boîte après avoir gouté à de la gastronomie !

– Il ne veut plus de gastronomie ! Il veut de la nourriture en boite ! Bon sang je ne peux pas croire que tu m'aies fait traiter Hestia de nourriture en boite ! ajouta-t-elle, s'en voulant de s'être laissé emporter.

– Te battras-tu ?

– Non parce qu'il ne veut pas que je me batte pour lui.

– Tu ne voulais pas qu'il se batte pour toi quand on était à Poudlard. Est-ce que tu regrettes qu'il l'ait fait ?

– Non bien sûr que non…

– Alors bats-toi ! Rappelle-lui ce que c'est que la gastronomie ! Redeviens la Lily Evans pour laquelle il voulait se battre !

– Et si j'échoue ?

– Tu ne peux pas échouer parce que tu ne peux pas te contenter de nourriture en boîte.

Il savait. Pour Richard.

– Dis-moi au moins que tu essayeras Lily…

– J'essayerais, céda-t-elle.