CHAPITRE 6
Ex

La présence de Sirius la rassurait. Elle se sentait capable de faire face à l'impétueux capitaine. Partir en mission avec lui était une véritable opportunité d'arranger les choses mais s'ils avaient été seul, cela se serait transformé en catastrophe. James avait admis faire des efforts parce que Remus et Sirius le lui avait demandé. Il était donc fort probable qu'il soit « cordial » si les deux maraudeurs les accompagnaient. Malheureusement, sa joie fût de courte durée. Une autre personne avait décidé de se joindre à eux. Hestia. Lily s'en voulu d'être si méchante même si elle ne l'était qu'en pensées. Après tout, on n'était pas "volontaire" mais "assigné" par Maugrey à une mission. Ce n'était donc pas un choix de la jeune fille de les accompagner même s'il ne faisait aucun doute qu'elle fût plus que rassurée d'être du voyage. Aucune fille avec un tant soit peu de jugeote ne laisserait son petit ami partir avec son ex.

"Ex"... ce mot lui était si peu familier. Elle ne s'était jamais senti en couple avec Diggory et ne s'était par conséquent jamais définie comme son ex. Pour ce qui était de Richard, c'était similaire. Son incapacité à se considérer comme un couple avec qui que ce soit d'autre que James Potter était le reflet d'un déni absolu. Etre avec quelqu'un puis ne plus l'être faisait de vous une ex. Ce n'était pas plus compliqué que cela. Mais elle était incapable de réfléchir ainsi. Sûrement parce qu'elle n'est jamais vraiment "avec" la personne. Son cœur ne l'était pas. Son âme ne l'était pas. Etait-ce pour cette raison qu'elle ne pouvait envisager un échec pour ce qui concernait sa relation avec James ? Etait-ce la peur de devoir adopter ces simulacres de relations ? Elle n'était elle-même qu'avec lui, elle n'était entière qu'avec lui.

Sirius les fit transplaner au manoir et elle s'agrippa à son bras comme à une bouée de sauvetage. Ce dernier la laissa faire ressentant de toute évidence son anxiété. Il n'avait jamais été très tactile quand il s'agissait d'elle. Pourtant Merlin seul sait à quel point le garçon pouvait se montrer envahissant. Remus en faisait quotidiennement les frais. L'évolution du jeune sang pur avait été fulgurante. Lorsqu'il était arrivé à Poudlard, il semblait posséder la bulle intime la plus développée de l'histoire. Pouvait-on vraiment parler de bulle lorsqu'il s'agissait d'une véritable forteresse érigée par une enfance sans la moindre marque d'affection.

Il avait ensuite rencontré James, véritable bulldozer ambulant. Le jeune garçon avait tout détruit à coup de claques amicales dans le dos et d'étreintes joyeuses de victoire. Après avoir adopté les convictions de son meilleur ami, il avait aussi adopté son comportement. Mais pour Sirius il s'agissait d'un besoin réel de toucher l'autre, de se sentir aimé. James était juste habitué, Sirius essayait de combler un manque. C'est probablement pour cette raison que l'héritier des Blacks étaient allé au-delà de son petit groupe d'amis. Beaucoup le pensait "précoce" en matière de rapport avec la gente féminine mais la raison en était tout autre. Ce n'était pas le "sexe" qu'il recherchait, il recherchait l'affection… même s'il ne niait pas apprécier et même adorer ce petit "bonus".

Et il y avait eu Moony. Moony qui était comme lui. Peu habitué aux marques d'affection si ce n'est de la part de ses parents. Marques qui s'étaient peu à peu espacé à mesure que les cicatrices apparaissaient sur son corps. Ce n'était pas du dégout de leur part, il s'agissait plus d'une peur de lui faire mal. La brusquerie de James n'avait pas aidé. Son corps souvent endolori supportait difficilement les tapes dans le dos et autre coups de son impétueux meilleur ami. James avait fini par se rendre compte que Moony n'était pas comme Sirius. Les sourires heureux de celui-ci étaient l'opposé des grimaces de douleur du louveteau. Alors il avait cessé ses assauts répétés.

Mais Sirius n'avait pas abandonné. Moony avait besoin de tendresse comme tout le monde. Il y avait le droit et il avait décidé que c'était son devoir de la lui procurer. La douceur s'était substituée à la virilité. La violence avait dû disparaitre au profit d'étreinte plus prudente, de caresses et parfois même de baisers.

Chaque jours, Sirius entourait doucement Remus de ses bras en se réveillant le matin, ses bras enlaçant la taille du craintif gryffondor. Il ne le relâchait qu'une fois que celui-ci après un temps d'hésitation de plus en plus court, lui ait rendu cette étreinte, entourant timidement son coup de ses bras. James voyait alors s'étirer sur les lèvres de leur timide ami, un sourire heureux. Il avait laissé Sirius faire, ne faisant pas le moindre commentaire quand les baisers sur la joue, sur le nez, sur le front, puis dans le cou avaient fait leur apparition. Si Moony avait besoin de ça, alors au diable la pseudo virilité.

Et puis Sirius en avait tout autant besoin. Moony dans son infini douceur le lui rendait bien. Il ne repoussait jamais le désir incessant de contact du capricieux sang pur. Il le touchait sans cesse, caressant ses cheveux, le laissant dormir avec lui. Lily ne se souvenait pas d'un seul instant ou les deux garçons ne se touchaient pas.

Sirius l'entraina vers Remus qui était assis dans le confortable petit salon du manoir Potter. Elle le relâcha en souriant, le regardant se blottir dans les bras de son amant. Leur bonheur était évident et cela lui rappelait douloureusement ce qu'elle avait perdu.

– Je suis sûr que ça va bien se passer, tu vas assurer ! assura un Remus qui de toute évidence avait perçu son inquiétude et semblait penser qu'il s'agissait d'une appréhension à l'idée de partir en mission.

– Je pense qu'elle s'inquiète plutôt pour "celui-qui-ne-se-coiffe-jamais"… fit remarquer Sirius en glissant une main sous le t-shirt du jeune loup, ce qui lui valut une tape de réprimande qui ne sembla pas l'arrêter le moins du monde.

– Sirius arrête ça, soupira Remus en tentant de tirer sur le poignet de l'insupportable sang pur.

– Je l'encourage ! protesta Sirius feignant de ne pas comprendre que son meilleur ami parlait de ses assauts répétés.

– Je parlais du fait que ta main glisse dans mon pantalon ! s'agaça le garçon avant de fixer son amant qui affichait un grand sourire. Tu voulais juste que je décrive ce que tu fais !

– J'aime bien t'entendre dire ce que tu veux que je fasse.

– Tu ne me laisse même pas avoir envie de quoi que ce soit ! Tu le fais avant même que j'y pense ! S'emporta Remus, dissimulant sa gêne derrière une fausse colère, ses joues virant au rouge le trahissant.

– T'entends ça Lily-jolie ? Je réponds à toutes ses attentes, se vanta fièrement l'ancien gryffondor, caressant les rougeurs du louveteau en souriant satisfait.

– Je pense qu'il voulait parler de viol, répliqua Lily en se laissant tomber à côté d'eux.

Peter transplana devant les grilles du manoir et les rejoignit rapidement. Il fallait qu'il parle à Maugrey. Il ne pouvait pas ne pas faire partie de cette mission. Le Maître des Ténèbres lui avait confié une tâche importante. Celle de faire capoter les négociations avec les vampires. Comment pouvait-il le faire s'il était assigné à résidence. Il ne comprenait pas comment il avait pu être écarté. Ils fonctionnaient en quatuor.

– Pourquoi est-ce que je ne viens pas avec vous ? demanda Peter feignant à la perfection une déception sincère.

– Tu imagines ? Un loup garou s'introduisant dans le repère des vampires ? La seule chose qu'on risque de provoquer c'est une guerre. Et puis c'est bientôt la pleine lune, lui fit remarquer Sirius. Quelqu'un doit rester avec Moony.

– Pourquoi tu ne restes pas toi ? insista le petit rat.

– Parce que N'a Qu'un Oeil a dit non, répliqua Sirius visiblement ennuyé.

– Ne l'appelle pas comme ça, soupira Remus.

– J'arrêterai de l'appeler comme ça quand il arrêtera de m'appeler "Black" !

– Est-ce que je ne peux pas venir quand même ? lâcha anxieusement Peter, tentant de faire en sorte que la conversation ne dévie pas.

– Quatre personnes sont déjà assigné à cette mission Wormy. Tu participeras à la suivante, le rassura Remus.

– Mais…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Maugrey accompagné de James et Hestia firent leur entrée dans le petit salon.

– Pettigrow qu'est-ce que vous faîtes ici ? lui demanda le chef des Aurors menaçant.

– Rien je… au revoir ! couina le rat abandonnant son idée et filant aussi loin que possible de l'agressif mage.

– Pas si vite Pettigrow. Vous remplacez Black pour cette fois.

Sirius poussa un cri de joie, ne remarquant même pas l'emploi de son nom de famille. Remus fronça les sourcils sans commenter l'annonce, mais ses yeux se posèrent sur James qui semblait tout aussi contrarié. Il était comme une rivière qui menaçait de sortir de son lit. Les deux garçons se fixèrent un moment. Ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Le chef des maraudeurs était en colère. Une colère indignée.

Sirius l'entraina hors de la pièce. Les membres ne participant pas à la mission n'avaient pas le droit d'entendre les détails de celle-ci. Cela évitait les fuites en cas de capture par le camp ennemi. Moins on en savait moins on avait à révéler.

– Il nous soupçonne, lâcha Remus. Il pense que l'un de nous est la taupe.

– Je suis bien trop beau pour être une taupe, protesta Sirius en se regardant dans le miroir.

– Sirius c'est sérieux ! Concentre-toi.

– Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, asséna Sirius en abandonnant son reflet pour lui faire face. Je viens de la famille qui a produit le plus de mangemorts de l'histoire ! Une famille qui baigne tellement dans la magie noire qu'elle porte son nom ! Bien sûr qu'il me soupçonne d'être le ouistiti !

– Taupe, le corrigea Remus.

– Je préféré être un ouistiti ! C'est plus mignon !

– Il me soupçonne parce que je suis un loup garou.

– Je pense qu'il te soupçonne parce que tu te fais sauter par le garçon issu de la famille de détraqués.

Sirius s'approcha de lui, l'obligeant à reculer jusqu'au mur. Les yeux du sang pur brillaient d'une lueur sombre qui ne laissait aucuns doutes sur ses intentions peu chastes.

– Et si j'étais le ouistiti ? demanda Sirius. Si je vous trahissais.

– Tu ne ferais jamais ça ! protesta Remus sans hésiter.

– Toi non plus, répliqua Sirius avec la même assurance. Peu importe que tu sois un loup garou et que tu te fasses sauter par un Black.

– Tu es Sirius juste… Sirius.

– Et toi tu es Moony. Juste Moony.

Lily se retrouva brusquement dépouillée de ses deux alliés. Peter était un garçon adorable, attachant mais il était également complètement aveugle pour tout ce qui concernait les rapports humains. Et la plupart du temps, après que quelqu'un ait prit la peine de lui expliquer la situation, il adoptait pile poil l'attitude inadéquate qui ne fait qu'aggraver la situation. Elle se demandait bien pourquoi Maugrey l'avait préféré à Sirius qui aurait été un élément plus qu'appréciable dans cette mission diplomatique qui impliquait de posséder du tact et de la délicatesse. En posant son regard sur Hestia Jones, elle ne put s'empêcher de penser que peut-être que l'atout charme de leur groupe était la jeune femme.

– Tu viens Lily ? lui demanda cette dernière en lui tendant la main affichant un sourire poli.

Lily prit la main de sa rivale tandis que celle-ci glissait la sienne dans celle de son seul "ex" : James Potter