CHAPITRE 7
Vampires

Elle était… "sympa".

C'était peut-être ça le pire. Le fait qu'Hestia Jones soit une fille "sympa". Le genre qu'on ne peut pas détester. Quoi que si. Elle la détestait mais ce n'était pas possible de le justifier par une autre raison que par "elle sort avec le garçon dont je suis amoureuse". C'était frustrant de ne pas pouvoir lui trouver le moindre point négatif en dehors de ça. Il serait plus aisé de haïr Hestia si elle avait pu se dire que peu importe les circonstances elles ne se seraient pas entendues. Mais Lily savait au fond qu'il ne s'agissait que de jalousie maladive.

Les voir rire ensemble, se tenir la main, parfois s'embrasser ou même tout simplement se regarder. Les voir faire toutes ces choses auxquelles elle avait eu le droit autrefois, c'était ça le plus difficile. Cette complicité, cette tendresse… cet amour. Elle voulait que tout cela soit de nouveau à elle. Elle le désirait si fort, elle le désirait à s'en faire mal.

Il fallait qu'elle se reprenne. Elle ne pouvait pas se laisser distraire. Ce qui comptait pour le moment était la mission. Le repère des vampires n'était pas du tout ce qu'elle avait imaginé. Elle avait cru -à tort– qu'il s'agirait d'un vieux château à l'image de celui du célèbre Comte Dracula. Le joli cottage au bord du lac n'avait rien de lugubre. Moderne, élégant et chaleureux étaient les adjectifs qui le désignaient le mieux. Leurs hôtes en revanche l'étaient beaucoup moins. Leur méfiance était évidente et les négociations n'allaient pas être une partie de plaisir. Ce qui frappa Lily fut que l'hostilité n'émanait pas uniquement des vampires mais aussi de ses coéquipiers. James, Hestia et Peter étaient tendus et sur leur garde. Elle était la seule qui n'affichait pas une animosité évidente à l'égard des vampires. James avait qualifié cela de "totale inconscience". Elle ne comprenait pas cette intolérance. Ça ne lui ressemblait pas.

Elle se redressa en entendant quelqu'un frapper à sa porte. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Il était trois heures du matin. Ils allaient vite devoir se faire aux horaires dans le cottage. À leur arrivé, les vampires s'apprêtaient à sortir dîner ou prendre leur petit déjeuner. James s'était montré d'une impolitesse monstrueuse, leur rappelant qu'ils n'étaient pas "autorisés à planter leurs petites canines dans quoi que ce soit d'autre que des animaux". La réponse de la "reine" des vampires leur avait à tous fait froid dans le dos.

– Nul besoin de nous le rappeler et puis… j'ai une préférence pour les cerfs.

En ouvrant la porte, elle se retrouva face à une jeune femme qu'elle avait vu aux côtés de la reine quelques heures plus tôt.

– Bonsoir.

– N'est-ce pas le matin pour vous les diurnes ? demanda la vampire.

– Diurnes ? C'est comme ça que vous nous appelez ? la questionna Lily oubliant de répondre ce qui tira un sourire à la jeune femme.

– Oui. Vous nous appelez vampires.

– Comment vous appelez vous… entre vous je veux dire ? Les nocturnes ? Demanda encore Lily maladroitement, se demandant si elle allait trop loin.

– Le terme Lamie est moins insultant que vampire, répondit la jeune femme qui semblait toujours amusé par ses questions. Mais tu peux m'appeler Alana.

Lily ne pouvait s'empêcher de trouver les vampires -les lamies– différentes de ce à quoi on l'avait préparé à Poudlard ou même durant les dernières semaines. Ils étaient décrits comme d'une susceptibilité rare.

– Katia voudrait s'entretenir avec toi, si tu es d'accord ?

– Votre reine ? s'enquit Lily surprise.

– Reine ? pouffa doucement Alana. Qu'est-ce qu'on vous apprend dans vos écoles de magie sérieusement.

– Elle n'est pas votre reine ?

– Tu as vu une couronne sur sa tête ? Ou l'un d'entre nous s'incliner devant elle ? Elle n'est pas plus reine que toi. Elle est juste très très très vieille.

– Elle fait plutôt jeune, plaisanta Lily oubliant sa gêne.

– Avantage d'immortelle ! répondit Alana tout aussi à l'aise.

– Vous n'êtes pas comme je l'avais imaginé.

– Toi non plus. Tu n'es pas comme les autres diurnes.

– Appelle moi Lily.

– Suis moi Lily ! lui ordonna Alana avec un entrain bien éloigné de la prétendue froideur des créatures décrite dans ses manuels.

Le cottage était bruyant. Il était trois heures du matin et seule la lueur de la lune rappelait à Lily qu'elle n'était pas au beau milieu de l'après-midi. Ils n'étaient pas si pâles que ça. Ils n'étaient pas aussi beau qu'on le prétendait, et quand Alana lui prit la main, elle n'était pas froide. Etaient-ils vraiment chez des vampires ? Katia était installé dehors dans l'herbe et l'accueillit avec un sourire chaleureux.

– Lily c'est ça ? Ça ne te dérange pas si on reste ici ? Je suis enfermée toutes la journée alors quand vient la nuit j'aime rester dehors.

– Pas du tout ça me va ! répondit Lily en s'installant à côté de la reine… à côté de Katia.

– Je vois qu'Alana n'a pas su tenir sa langue, lâcha la jeune -très très très vieille– femme amusé. J'aimais l'idée d'être considérée comme une reine.

– Pardon Kat ! lâcha Alana pas le moins du monde désolé.

– Tu as faim Lily ? Alana peut aller t'acheter quelque chose à grignoter si tu veux.

– À cette heure-ci ? Ne put s'empêcher de demander Lily.

– Dieu bénisse McDonald et ses horaires ! s'exclama Katia.

– Vous pouvez dire "dieu" ? demanda Lily fascinée, en oubliant ses bonnes manières. Et vous mangez à Mcdo ?

– Tout le monde mange à Mcdo ! Et avant que tu ne le demande, j'aime bien l'ail même si comme toi je l'évite si j'ai un rendez-vous galant.

– Les pieux en bois ? L'eau bénite ?

– C'est douloureux de se faire planter un pieux en bois dans le cœur. Pour tout le monde. Mais je suis immortelle alors ça ne me tuera pas. Et pour l'eau… bénite ou pas, l'effet sera le même, je serais mouillée et probablement vexée qu'on m'ait lancé ça à la figure.

– Alors qu'est-ce qui est vrai ? S'enquit Lily fascinée.

– Le sang. On a vraiment besoin de sang. Notre cœur ne bat plus, tout est figé en nous. C'est pour ça que j'aurais éternellement trente-deux ans. J'ai besoin de sang pour "respirer". Sinon je me dessécherai. Je ne serais pas morte. Juste asphyxiée encore et encore.

– C'est horrible…

– C'est comme si tu devais te faire transfuser une fois par jour pour que l'oxygène circule dans tes veines, ce n'est pas si terrible.

– Le sang des animaux… vous suffit-il ? demanda Lily.

– Oui mais… c'est comme si tu devais manger de la pâtée pour chat. Ce n'est pas fait pour toi mais si tu n'as rien d'autre ça apaisera ta faim. Le problème c'est…

– C'est qu'il n'y a pas rien d'autre.

– Oui et parfois la tentation est trop forte. Tu imagines entrer dans une pièce remplie de pâtisseries et devoir te contenter de croquettes pour chien ?

– Je suis un éclair au chocolat pour vous alors ? demanda Lily à la fois terrifiée et amusée.

– Je dirais plutôt une tarte aux fraises. J'aimais les fraises autrefois.

Le regard de Katia se perdit dans les étoiles.

– Vous savez pourquoi nous sommes ici n'est-ce pas ? demanda Lily. Vous lisez dans nos pensées.

– Ce n'est pas toujours agréable. Les tiennes ne me déplaisent pas autant que celles de ton partenaire.

– Partenaire ? S'enquit Lily

– James Potter.

– Il n'est pas mon…

– Oh que si, il l'est, l'interrompit Katia.

– C'est votre super instinct de lamie qui vous le dit ? demanda Lily toujours aussi intriguée. Vous avez lu quelque chose dans ses pensées ?

– La seule chose à laquelle il pensait en ma présence était à quelle point mon apparence était trompeuse, que j'étais un monstre qui n'avait qu'une idée, le vider de son sang ou pire, le priver de sa si précieuse magie en le transformant en l'un des nôtres.

– Je suis désolée.

– Ne soit pas désolée. Tu n'as rien fait.

– Il n'est pas comme ça d'habitude.

Lily ne comprenait pas les réserves de James à l'égard de leur hôte. Il n'était pas quelqu'un d'intolérant. Bien au contraire ! L'un de ses meilleurs amis venait d'une famille de mangemort, et l'autre était un loup garou. Il se battait pour les nés moldus et les Sang-Mêlés.

– Il est plus intéressant qu'il n'y parait, ajouta Katia qui avait de toute évidence jeté un coup d'œil à son monologue intérieur.

– Il l'est… laissez-lui une chance.

– De me convaincre de me battre pour vous ? ironisa la matriarche du clan vampire.

– Pas pour nous ! Avec nous ! Pour vous !

– Votre mage noir ne semble pas s'intéresser à nous. Il nous a fait moins de mal que votre Ministère et ses décrets de restrictions.

– Je suis désolée mais ici on ne parle plus de territoires confisqués ou d'interdiction de vous nourrir, je vous parle d'un taré qui veut réduire à l'esclavage tous ceux qui ne sont pas "pur". Où pensez-vous que cela vous place dans la hiérarchie établie par son esprit élitiste de détraqué ? Des hybrides sans magie.

Lily se demanda un instant si elle n'était pas allée trop loin. Si elle ne venait pas en une seconde de gâcher toutes leurs chances de rallier les lamies à leur cause. Elle venait de les qualifier d'hybrides sans magie. Elle ne les considérait pas du tout comme cela. Elle appréciait sincèrement Katia.

– Il ne me convaincra pas.

– Mais Katia… protesta Lily.

– Il ne me fera pas changer d'avis.

– Je vous en prie… Tenta-t-elle presque désespérément.

– Parce que tu l'as déjà fait. Tu as réussi. Je vais y réfléchir.

– Vraiment ? Vraiment ! s'exclama Lily, ne pouvant s'empêcher de lui sauter au cou.

Katia après une légère hésitation lui rendit son étreinte en riant. Mais ce moment de paix fut de courte durée, interrompu par la voix furieuse de James Potter.

– Ne la touche pas ! cria-t-il la baguette pointée vers Katia qui s'écarta.

– James qu'est-ce que tu fais, elle n'est pas… commença Lily avant d'être interrompue.

– Éloigne toi ! ordonna-t-il sans quitter des yeux celle qu'il considérait comme une dangereuse créature suceuse de sang.

– Ne sois pas idiot, s'agaça Lily, c'est moi qui me suis jeté à son cou, pas elle !

– Elle a utilisé son charme sur toi ! Ne la laisse pas te manipuler !

– Non mais sérieusement, qu'est-ce qu'ils vous apprennent dans vos écoles de magie, lâcha Katia en passant une main dans ses cheveux visiblement ennuyée par l'échange.

– Vous pouvez faire ça ? demanda Lily, se laissant de nouveau emporter par sa curiosité et oubliant complètement la situation.

– Et bien en fait, lorsque mes crocs se plantent dans ton cou, je libère ce qu'on appelle l'hormone de l'amour : l'ocytocine, expliqua Katia sans se soucier du jeune homme. Mais je ne peux pas le faire à distance.

– Je ne vous dérange pas ? demanda James vexé par leur manque d'attention.

– Un petit peu. Tu ferais mieux d'aller te coucher, lui répondit Lily. Les cercueils ?

– Mythe. Je n'ai pas vaincu la mort pour la revivre tous les jours, répondit Katia en levant les yeux au ciel.

– Vraiment ? Ça fait des heures que Peter et moi on cherche vos cercueils, avoua James visiblement déçu.

Lily ne put s'empêcher de sourire. De vrais enfants. Katia quant à elle, semblait surprise par le brusque changement d'humeur du sorcier qui s'installa dans l'herbe avec elle. Il affichait désormais la même curiosité que Lily.

– Vous avez quel âge ? demanda-t-il en la dévisageant.

– C'est impoli ! s'exclama Lily.

– Elle lit dans mes pensées ! Je peux bien lui demander son âge ! répliqua le jeune homme.

– Je suis née en 262 avant votre ère, en Macédoine.

– Vous êtes née dans une salade ? demanda James en écarquillant les yeux.

– Elle parle pas de la salade ! C'est en Grèce !

– La salade c'est pas gras ! répondit James n'ayant visiblement toujours pas compris.

– C'est une région espèce de crétin ! Pas une salade !

Katia les observait silencieusement se chamailler. Ils ne se doutaient de rien. Ils avaient baissé leur garde. La normalité, la banalité, la faiblesse. C'était ce qui rassurait les diurnes.

– Moi aussi j'ai rencontré César, l'informa le jeune Peter qui les avait rejoints à son tour.

– N'importe quoi ! Répliqua James. Tu n'es pas assez vieux !

– Ma mère sait très bien les faire et elle n'est pas si vieille ! rétorqua Peter.

– Faire quoi ? demanda Lily perdue.

– Les salades césar.

– Katia parlait de Jules César pas de la salade ! pouffa James.

– Tu peux parler ! Tu croyais qu'elle était née dans une macédoine ! lui rappela Lily.

Elle était la reine des vampires et elle avait une vengeance à perpétrer au nom de son peuple tout entier. Elle les regarderait se détruire, s'entretuer. Ils étaient destinés à mourir. Ils étaient mortels.