CHAPITRE 10
The truth

James s'était plutôt bien remis de "son" départ. Tout du moins, c'était ce qu'il aimait faire croire. Et il était finalement parvenu à y croire aussi. Il s'était convaincu qu'il était passé autre chose, qu'elle n'était plus qu'un lointain souvenir, un amour d'enfance, qui, comme beaucoup de premier amour, finissait par s'effacer. C'était ce que Lily Evans était : une occurrence de son passé, rien de plus. Pourtant, en cet instant, rien ne parvenait à faire taire cette petite voix qui refusait désormais de se laisser ensevelir sous ses mensonges.

La vérité c'était qu'elle lui manquait chaque jour un peu plus, et davantage encore depuis qu'elle était revenue. Quelques semaines après qu'elle ait décidé de disparaître de sa vie, il s'était "repris", comme disait son entourage. Il avait retrouvé l'appétit, le sommeil, recommencé à sortir, à voir du monde. Il s'était peu à peu "remis". Pourquoi parlait-on toujours des ruptures comme d'une maladie ? Il ne se sentait pas malade. Peut-être était-ce cela le pire. Il avait tous les symptômes du mourant et nul remède.

La vérité, c'était qu'il faisait semblant. Semblant de vivre. Parce qu'il n'avait jamais imaginé qu'un jour il devrait vivre sans elle. Certains doivent attendre de mourir pour voir défiler devant leurs yeux leurs vies mais lui, ou plutôt le garçon de onze ans qu'il était alors, avait vu la sienne s'étaler sous ses yeux au moment où ces derniers s'étaient posés sur Lily pour la première fois. Sirius plaisantait souvent à ce sujet, le comparant à ces filles qui connaissent chaque détail concernant leurs mariages, de la couleur de la nappe à la forme des serviettes, en passant par la musique.

Mais lui, ce qu'il avait imaginé n'était pas un décor ou une ambiance où il suffisait d'insérer une personne. Lily Evans était déjà là, dans chaque détail. C'était autour d'elle qu'il avait tout construit et quand elle était partie, tout s'était effondré. Et à l'instant où ses lèvres avaient touché les siennes, c'était comme si elle n'était jamais partie. Comme si elle ne l'avait jamais laissé au milieu des ruines de ce qu'aurait pu être leur avenir ensemble.

La vérité c'était qu'il aimait encore Lily Evans de tout son cœur, de toute son âme.

Elle avait été son premier rêve, un rêve qu'il voulait encore réaliser. Non, il ne la repousserait pas. Il en était incapable. Tout le monde l'avait vu poursuivre la jeune fille inlassablement pendant plus de six ans. Mais seuls les Maraudeurs avaient vu l'envers du décor. Ces jours où il baissait les bras, affirmant qu'il en avait eu assez. Qu'il arrêtait de courir après "une fille qui n'en valait pas la peine". Le truc, c'était qu'elle en valait la peine. Tellement la peine. Encore aujourd'hui. Rien ne pouvait atténuer la sensation familière de ses doigts frôlant sa mâchoire tandis que ses lèvres se pressaient un peu plus contre les siennes. Il était de nouveau cet adolescent qui après une nuit de sommeil oubliait ses résolutions de la veille. Cette année d'absence n'avait été qu'une nuit. Une nuit qu'il avait cru interminable.

Et soudain, alors qu'il s'apprêtait à tout abandonner, ses résolutions et son amour propre, elle entra dans son esprit, le noyant sous un flot d'informations confuses. Il aurait voulu qu'elles le soient encore davantage. Que cet instant ne soit pas gâché, souillé, comme le reste de leur histoire. Et pourtant la vérité était imprégnée dans son esprit. Gravée par celle qui ne semblait avoir de cesse que de lui briser le cœur encore et encore. Elle ne l'avait embrassé que pour faire diversion. Faire croire aux vampires qu'ils étaient des humains aux pulsions destructrices et irrésistibles. Elle voulait qu'ils ne voient que deux êtres cédant à la tentation, à leurs hormones. Il avait été le seul à ressentir ça. La rage qui remplaça le désir aurait pu être dévastatrice si la situation que lui présentait la jeune fille n'avait pas été aussi critique. Ils étaient tous en danger. Il fallait qu'ils se tirent d'ici. Mais comment ? Toutes les issues avaient été scellées pour les "protéger" d'après leur pseudo reine. Ils avaient accepté de se défaire de leurs baguettes comme preuve de bonne foi. Ils étaient enfermés et désarmés. À la merci de leurs "hôtes", ces créatures sanguinaires et malfaisantes.

Il la fit basculer sous lui sans rompre leur baiser. Bien que "baiser" n'était pas vraiment approprié pour désigner ce simple acte de diversion. Tout comme elle avait envahi son esprit quelques secondes auparavant, il força les barrières du sien. Il le fit sans douceur, ses dents mordant à sang les lèvres de la jeune fille. Intrusion psychique et douleur physique. Il aurait voulu lui faire encore plus mal mais ce n'était pas le moment. Il se délecta cependant de la sentir se tendre de douleur.

– Il faut qu'on remette la main sur nos baguettes.

– Comment ?

– Je ne sais pas Evans !

– Pas la peine de me hurler dessus ! répliqua-t-elle, ses ongles s'enfonçant dans son dos comme pour ponctuer ses pensées.

– Techniquement je suis en train de t'embrasser, je ne hurle donc pas.

– Garde tes sarcasmes pour plus tard. On doit trouver le moyen de sortir.

– Comment ? demanda-t-il l'imitant à la perfection.

– S'il te plait, on est dans le même camp.

– Ils dorment, on peut fouiller la maison.

– Je ne crois pas qu'ils dorment. Je crois qu'ils nous ont menti. Sur tout.

– Ok.

Non pas "ok". Rien de tout cela n'était ok. Ses lèvres n'en pouvaient plus d'embrasser encore et encore celles de la jeune fille. Il l'aurait fait durant des heures si cela n'avait pas été un mensonge. Il voulait qu'elle sorte de sa tête. Il ne voulait plus entendre raisonner sa voix dans son esprit. Il ne voulait plus évoluer dans le sien.

– J'ai une idée. Entre dans mon jeu, lui ordonna-t-il avant de se retirer de sa tête.

Lily n'aurait su dire comment il avait fait cela. Inverser la situation de manière à être celui qui détient le contrôle. Ses baisers s'étaient fait plus insistants, ses mains plus aventureuses. Le plaisir qui découlait de chacune de ses caresses était incommensurable, familier et pourtant si nouveau. La maladresse et la timidité d'autrefois avaient disparu au profit d'une expérience certaine et une habilité indéniable. Elle ne put retenir bien longtemps les soupirs qui se bousculaient contre ses lèvres. Lèvres qui s'entrouvrirent les libérant dès que celles du jeune homme décidèrent de se frayer un chemin dans son cou jusqu'à sa poitrine désormais dénudée. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il avait en tête en faisant cela. Pour être franche, elle se fichait pas mal du plan qu'avait concocté l'esprit tordu du maraudeur. Rien n'avait d'importance si ce n'est le corps brûlant de son amant de toujours enfin pressé contre le sien.

– Il faut qu'on trouve nos baguettes ! chuchota-t-il à haute voix.

– Quoi ? demanda-t-elle à bout de souffle tentant de reprendre le contrôle.

– Le sort contraceptif Evans.

Mais de quoi est-ce qu'il parlait ? Ils n'allaient pas… Soudain elle comprit. Il leur fallait un prétexte pour chercher leurs baguettes. Quelque chose de futile comme un sort de contraception. Elle le regarda se redresser et enfiler de nouveau son t-shirt, dissimulant de nouveau ce corps parfaitement sculpté, non par le Quidditch cette fois mais par les entraînements de l'Ordre.

– Allez vite ! Il faut qu'on trouve ça avant qu'ils ne se réveillent ! dit-il jouant à la perfection l'insouciance et l'euphorie.

– Oui… oui, répondit-elle tout en prenant cette main qu'il lui tendait, peinant à dissimuler sa gêne et à imiter le parfait jeu d'acteur de son coéquipier.

Traverser les couloirs vides, sa main dans celle de l'ancien gryffondor la transporta de nouveau à Poudlard. C'était comme de remonter le temps jusqu'à ces moments de bonheur qu'elle chérissait désormais plus que tout. Cette époque où briser les règles n'avait pour conséquence que de faire perdre quelques points à sa maison. Elle aurait tout donné pour se retrouver de nouveau dans l'un de ces étroits placards à balai, coincée entre deux seaux et une serpillière, à s'embrasser comme s'il n'y avait pas de lendemain. Elle aurait aimé que tout cela ne soit pas une théâtrale mise en scène de ce qu'avait été leur relation. Elle aurait aimé que leurs sourires soient sincères. Elle aurait aimé que cette main ne lâche plus jamais la sienne. Pas même pour retrouver ces baguettes.

Elle sentit brusquement une tentative d'intrusion de son esprit. De toute évidence James la senti également puisqu'il la plaqua sans douceur contre le mur, ses lèvres de nouveau écrasées contre les siennes. C'était la pire idée qu'elle avait eu de toute son existence. Une idée qui allait trop loin et qui allait se retourner contre elle. Bravo Lily, super idée d'embrasser le garçon dont tu es toujours amoureuse. Le résultat était un franc succès. Elle était incapable de penser à autre chose.

– James… Lily… Mais qu'est-ce que vous foutez ? demanda Sirius incrédule.

Planté devant eux, Sirius et Remus les regardaient avec un air ahuri. Probablement la première expression sincère de toute la mascarade qu'avait été cette journée. Tellement de mensonges et de faux semblant et tout ça pour quoi ? Pour dissimuler cette vérité que jamais elle n'énoncerait.

La vérité c'était qu'elle aimait encore James Potter. De tout son cœur, de toute son âme.