CHAPITRE 15
This is war
La semaine suivante fut éprouvante pour Remus. James et Sirius s'évitaient soigneusement et aucun des deux ne semblaient vouloir mettre sa fierté de côté. Il n'était pas dans les habitudes des deux amis de se disputer et encore moins de s'excuser. Les choses s'étaient compliqués lorsque Sirius avait basculé dans sa légendaire mesquinerie, provoquant James en passant ses journées avec Lily. Hestia semblait avoir été mise au courant du petit écart de conduite de son petit ami puisqu'elle gratifiait généreusement Lily d'œillades meurtrières à chaque fois qu'elle avait le malheur de croiser leur route. Le manoir des Potter, où l'Ordre avait installé ses quartiers, semblait soudain bien trop petit pour tout ce joli monde. Peter était aux abonnés absents et ne semblait pas se sentir concerné par quoi que ce soit. Le petit rat aurait, en temps normal, été du côté de James mais il semblait en vouloir aussi à l'ancien Capitaine. Le jeune loup tenta d'en savoir plus, mais Peter refusait de dire quoi que ce soit.
Les choses se corsèrent lorsqu'Alastor les convoqua tous pour leur confier une nouvelle "mission". La plus désagréable de toutes les tâches dont se chargeait l'Ordre. Le ministère était si corrompu qu'il ne se chargeait plus de dissimuler les meurtres des moldus et les autres crimes commis par les mangemorts. C'était donc aux membres de l'Ordre de s'en charger. Le Maître des Ténèbres ne pouvait révéler l'existence du monde magique sans s'attirer les foudres de la communauté magique internationale qui ne le considérait par encore comme une menace réelle. Tout du moins il ne pouvait pas le faire de manière frontale, mais il pouvait distiller la peur chez les moldus et les mener sur la piste. Ainsi il parsemait des "indices" un peu partout dans le pays. Les corps des victimes étaient bien souvent intacts ce qui laissait planer un doute quant à la cause de la mort, la marque des ténèbres surplombant les maisons était certes un nuage grisâtre et peu de moldus levaient les yeux vers le ciel éternellement pluvieux de l'Angleterre, mais un serpent s'échappant de la bouche d'un crâne ne pouvait passer pour une coïncidence bien longtemps. Ils devaient donc se rendre sur les lieux et effacer les traces. "Couvrir" de tels crimes n'était jamais agréable mais ils avaient découvert avec le temps que faire partie de la Résistance ne signifiait pas toujours de faire ce qui était juste mais ce qui était nécessaire. Il aurait été juste d'informer les familles de la véritable raison de la mort de leur proche. Il aurait été juste de mettre les moldus au courant de la menace qui pesait sur eux. Mais ce qui était nécessaire était de préserver le secret magique, préserver leur monde, limiter l'ascension déjà fulgurante de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Ils devaient se salir les mains pour "le plus grand bien". C'étaient les mots de Dumbledore. C'étaient également, s'il se souvenait bien de ses cours d'Histoire de la Magie, ceux de Grindelwald. Cela déplaisait profondément à Remus mais il ne pouvait refuser. Il s'était engagé. Ils étaient en guerre.
– Une manifestation organisée par des étudiants de l'Université moldue d'Oxford a eu lieu ce matin. Elle a mal tourné. Très mal tourné. Arrangez-vous pour qu'on pense qu'il s'agit des casseurs et non des mangemorts.
– Comment on est censé faire ça ? demanda Sirius qui supportait plus mal que les autres ce genre de tâche. Leur éclater le crâne avec des pavés ?
– C'est exactement ça Black ! répondit Alastor supportant de plus en plus mal les insubordinations du jeune homme.
– Vous vous foutez de nous ? s'insurgea le ténébreux Gryffondor. On n'est pas à la botte du Maître des Ténèbres, on devrait pas avoir à couvrir ses traces ! On est censé le combattre !
– Qu'est-ce que vous suggérez ? Que nous devons le laisser révéler notre existence ? Et de la pire manière qui soit ! Que penserez-vous que les moldus feront ? Vous pensez qu'ils nous aideraient ? Ils nous extermineraient !
– Les temps ont changés ! On ne pourra pas se cacher éternellement ! Si nous les informions, ils nous en seraient reconnaissants, ils combattraient à nos côtés !
– Les moldus sont impuissants face à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Ils seraient tués par dizaines de milliers.
– N'est-ce pas déjà ce qui arrive ? Et si vous ne les craignez pas, alors pourquoi devons-nous nous cacher ? Si vous les pensez si faibles et si peu dignes de confiance alors… alors vous ne valez pas mieux que Lui.
– Sirius ! intervint Remus, qui bien que partageant l'opinion de son amant ne désirait pas voir la situation s'envenimer davantage.
– Vous êtes assigné à résidence Black, jusqu'à nouvel ordre. Evans, vous le remplacerez.
– C'est ça, répliqua Sirius mauvais. Faites passer ça comme une sanction due à mon insubordination alors que vous ne me voulez plus dans l'Ordre. Je sais pertinemment ce que vous pensez de moi Alastor. Continuez à chercher votre traître là où il ne faut pas. Un jour, il sera trop tard.
Il claqua la porte en sortant du bureau de l'ancien chef des Aurors. Aucun silence ne suivit le départ de Sirius, Alastor Maugrey poursuivant ses explications comme s'il ne venait pas d'être interrompu. Remus lança un regard à James qui fixait l'Auror avec colère, les poings serrés. Il savait ce qu'il devait lui en coûter de ne pas en mettre une à leur chef. Lui-même sentait une démangeaison dans ses doigts à l'idée de faire payer ses insinuations à Alastor. Mais il ne broncha pas. Il ne s'agissait pas de justice. Il s'agissait de faire ce qu'il fallait. Le répéter ne l'aida pas à rendre la situation plus supportable mais cela lui donnait d'autant plus d'ardeur à mettre un terme à cette guerre. La victoire ou la mort.
– Lupin, vous resterez ici pour garder un œil sur Black.
– Je ne pense pas qu'il fera quoi que ce soit… commença Remus avant d'être interrompu par le mage.
– C'est un ordre Lupin, ne discutez pas. Jones, vous prendrez sa place.
Remus se leva, un sourire cynique aux lèvres. Il était tout aussi suspect que Sirius. Après tout il était le "loup garou". Même ici, il ne serait jamais plus qu'un monstre indigne de confiance. Il se battait pour un monde où la tolérance serait une valeur et non une simple qualité mais comment pouvait-il encore y croire lorsque son propre camp faisait preuve d'une telle intolérance. Il quitta la pièce sans faire de scène mais la colère qu'il avait ressentie était semblable à celle de Sirius. Il était mis de côté et jugé pour ce qu'il était.
– C'est la dernière fois, gronda James, une fois que tous eurent quitté le bureau.
– Quoi donc ? demanda Maugrey soutenant difficilement le regard du Maraudeur.
– Que vous remettez en doute leur loyauté. Encore une fois et vous devrez vous trouver quelqu'un d'autre pour mener votre saleté de guerre.
– Elle vous concerne tout autant pourtant, lui fit remarquer l'Auror.
– Si vous basez votre jugement sur de telles futilités… commença James.
– Un rejeton de la famille Black et un lycanthrope… l'interrompit Alastor.
– Alors vous êtes comme lui ! continua le jeune homme, hurlant cette fois pour couvrir la voix de son supérieur. Vous les jugez sur des choses sur lesquelles ils n'ont aucun pouvoir ! Je vous combattrai aussi s'il le faut ! C'est pour eux que je me bats ! Pour qu'ils aient le droit au bonheur ! Si vous êtes un obstacle, je vous détruirai.
Il lança un sort qui carbonisa le mur derrière Maugrey, réduisant le tout en cendre en à peine quelques secondes avant que l'Auror ait pu esquisser le moindre geste. Il quitta la pièce laissant le mage en état de choc, soufflé par la puissance destructrice du sort.
