CHAPITRE 16
Augustus

Dissimulés sous l'apparence d'agents des forces de l'ordre moldus, ils évoluaient entre les débris et les corps. Ils étaient arrivés à temps. Les enquêteurs déjà présents n'avaient pas commencé à examiner les victimes, ils s'étaient contentés de sécuriser la zone, l'encerclant et empêchant les badauds de s'approcher. Merlin bénisse les procédures interminables des moldus pour désigner qui était "habilité" pour enquêter. Ils pouvaient ainsi, systématiquement, se saisir de l'affaire, effacer les pistes avant de transférer le dossier à une autre circonscription ou un autre service. Ils avaient donc quelques heures devant eux avant pour faire passer un meurtre de masse pour l'œuvre de casseurs.

– James… ils n'ont laissé aucun survivant, lâcha Hestia, la voix tremblant sous le coup de l'émotion. C'est impossible de faire passer ça pour des altercations.

– Non. Il va falloir construire une bombe sale, dit-il en observant l'étendue des dégâts. Peter efface-moi ça ! ordonna-t-il en désignant les centaines de marques des ténèbres qui s'étendaient au-dessus d'eux. Evans entoure nous d'un dôme repousse moldu. Les autres, apportez-moi tout ce que vous trouverez en terme de débris.

– James, tu ne vas pas faire exploser la zone, tenta de le dissuader Hestia paniquée.

– Je n'ai pas le choix. Ils privilégieront la thèse d'un attentat. Va aider Evans maintenant.

Sans un regard pour elle, il commença à construire l'arme moldu. Elle l'observa une longue minute avec de se résoudre à rejoindre sa rivale. Celle-ci était en train de lancer un sort d'une puissance qu'Hestia ne pût qu'envier. Elle s'était souvent demandé ce que Lily avait de si spéciale. Elle avait désormais la réponse sous les yeux. Sa magie était unique. Elle ressemblait à celle des enfants qui sans baguette produisait des sorts d'une perfection rare car il s'agissait d'instinct plus que de technique à proprement parlé. Le sortilège émanait tant de sa personne que de sa baguette. Elle façonnait le dôme de sa main libre.

– Comment est-ce que… commença Hestia avant de se raviser, elle n'allait pas adresser la parole à cette briseuse de ménage, elle se contenta donc d'observer les alentours, attentives à une éventuelle attaque surprise comme le voulait la procédure.

Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de jeter de discrets regards à la jolie rousse de temps à autre. Celle-ci maintenait sans problème le sort de manière à ce que les passants moldus ne voient que des policiers penchés au-dessus de corps, recensant et prélevant des preuves. James quant à lui avançait rapidement, petit génie qu'il était. Bon sang, ils étaient vraiment assortis. Une jalousie insoutenable s'empara d'elle et lorsqu'elle vit apparaître les mangemorts, elle hésita. Cette hésitation dura une seconde… peut être un peu plus. Mais c'est tout ce dont avait besoin ceux-ci pour attaquer. Les autres avaient eu le temps de les voir et de se protéger. Mais pas Lily. Tournant le dos à la scène, concentrée sur son sort, elle ne les vit pas fondre sur elle. Hestia aurait pu contrer le sort du mangemort. Elle aurait pu mais elle avait hésité et celui-ci avait atteint sa cible. Elle regarda sa rivale s'effondrer et être emportée. Le dôme commençait à disparaitre. James cria des ordres. Repli. Elle eut tout juste le temps de transplaner au manoir avant que l'explosion ne souffle le théâtre des affrontements.

– Que s'est-il passé ? hurla Alastor en s'approchant du groupe encore sous le choc.

– Une embuscade, répondit James noir de suie, la main brûlée. J'ai eu le temps d'actionner la bombe, le dôme a tenu assez longtemps pour que les moldus ne remarquent rien.

– Bien. Tout le monde est là ? demanda l'Auror son regard parcourant les rangs.

– Evans, lâcha James remarquant immédiatement l'absence de la jeune femme, se tournant vers Hestia à la recherche de réponse, une lueur de folie dans le regard. Tu ne l'as pas fait transplaner avec toi ?

– Elle a été capturé pendant l'attaque, expliqua Hestia faiblement, évitant soigneusement le regard du jeune homme.

– Où est-elle ! hurla-t-il hors de lui.

– Je viens de te le dire, ils l'ont prise. Je n'ai eu le temps de rien faire je… répéta-t-elle avant d'être interrompue, incapable de poursuivre, le souffle coupé par la violence du choc, plaquée contre la grille du manoir.

– C'était ta mission ! Tu devais surveiller ses arrières !

– Potter lâchez-la. Ce genre de chose arrive, vous le savez mieux que personne. D'autres tâches nous attendent.

– Il faut aller la chercher, monter une équipe ! S'écria James relâchant la jeune femme.

– Ce n'est pas la procédure. Elle est probablement déjà morte à l'heure qu'il est. Nous devrions nous estimer chanceux qu'il se soit agi d'Evans et non de quelqu'un d'autre. Les informations qu'elle possédait sur l'Ordre sont partielles et peu nombreuses. Les dégâts seront donc minimes dans le cas où ils la tortureraient pour lui arracher des renseignements. Son calvaire sera bref, ils comprendront rapidement qu'elle n'est pas importante.

– Enfoiré. murmura le Gryffondor en serrant les poings.

– Qu'est-ce que vous venez de dire ? demanda Alastor d'un ton glacial qui en aurait terrifié plus d'un. Pas James.

– J'ai dit, répondit James plus fort et prenant bien soin d'articuler. Enfoiré.

– Le favoritisme de Dumbledore ne vous donne pas tous les droits Potter, c'est la dernière fois que vous parlez ainsi à votre supérieur.

– Supérieur ? Ricana James. On est pas au Ministère ici, ce n'est pas le Département des Aurors et vous n'êtes pas le chef de la Résistance. Je ne me laisserai pas traiter comme de la chair à canon. Sa vie vaut autant que la vôtre.

– Si ça avait été moi, la procédure aurait été la même, répliqua Alastor durement. On n'est pas ici pour faire du sentimentalisme. Evans n'est pas une demoiselle en détresse. C'est une prisonnière de guerre.

– Je la libérerai dans ce cas ! répliqua James.

– Vos obéirez aux ordres.

– Sortez de chez moi.

– Je vous demande pardon ? s'insurgea Alastor.

– J'ai dit sortez de chez moi !

– Vous vous comportez comme Black lorsqu'il a perdu cette fille. Vous êtes aveuglé par la tristesse. Reprenez-vous.

– Marlène McKinnon, lâcha James.

– Comment ?

– Cette fille avait un prénom. Elle s'appelait Marlène McKinnon.

Un dragon de fumée se forma derrière le garçon. Son corps n'était pas solide mais les flammes qui s'échappait de sa gueule étaient belles et bien réelles.

– Qu'est-ce que…

– Je vous présente Augustus, esprit frappeur et protecteur de ma famille depuis un peu plus de six cent ans. Il chasse les intrus du domaine. J'ai révoqué votre droit à fouler mes terres. Il est là pour… comment vous dîtes déjà ? Ah… Obéir.

– Dumbledore ne vous laissera pas vous en tirer !

– Disparaissez ou brûlez.

Alastor Maugrey disparu quelques secondes à peine avant qu'Augustus ne déverse sa colère sur les grilles du manoir. Un silence pesant suivit le départ de l'Auror. Des murmures approbateurs parcoururent les rangs. Frank donna une puissante tape dans le dos de son camarade.

– On est avec toi James. Dis-nous ce que tu veux qu'on fasse.

– Allons sauver Lily, ajouta Alice en glissant une main dans celle de son fiancé.

– Menteur, lâcha quelqu'un derrière lui.

James se tourna vers le perron près à chasser quiconque se mettrait en travers de son chemin. Sirius se tenait là, nonchalamment appuyé contre l'une des colonnes. Remus était assis sur les marches, souriant légèrement.

– Ta mère t'as déjà dit qu'Augusta était une dragonne, poursuivit le garçon en souriant.

– Sirius, murmura James, l'émotion le gagnant.

– C'est sexiste de ta part.

– Désolé, répondit le garçon, ne s'excusant visiblement pas pour le dragon.

– Pas de ça entre nous… on a des choses plus importantes à faire non ?

– Ensemble ? demanda James en lui tendant la main.

– Jusqu'à la fin, répondit Sirius s'en emparant avant de l'attirer dans ses bras, lui chuchotant. On va la sauver et tu pourras lui dire que tu l'aimes.

James ne fut pas surpris par ces paroles. Sirius avait toujours été capable de lire en lui comme un livre ouvert. Lorsqu'il avait remarqué l'absence d'Evans, la colère n'avait été qu'un sentiment apparent, le regret était ce qui l'animait réellement. Si elle mourrait, s'il lui arrivait quoi que ce soit, alors il la perdrait sans lui avoir dit quoi que soit. Elle ne saurait pas qu'il l'avait aimé, et qu'il l'aimait encore. Il ne pourrait plus la serrer dans ses bras ou sentir ses lèvres se presser contre les siennes. Il ne pourrait plus la voir rire, il ne pourrait plus la voir vivre. Cette pensée lui était insupportable. Il ne pouvait pas l'accepter. Il la sauverait, dut-il en mourir.