CHAPITRE 18
Dobby
– Est-ce qu'on peut vraiment lui faire confiance ? demanda Peter innocemment. Elle est fiancée à un Malfoy.
– Sans elle, je serais encore coincé au 12 Square Grimmaurd, argua Sirius prêt à défendre bec et ongles sa cousine. Elle est digne de confiance.
– Alors quoi ? Intervint Remus en se saisissant du carton d'invitation. Elle n'a envoyé qu'une seule invitation. On ne peut pas tous y aller.
– C'est moi qui irait, répondit James.
– On ne va pas te laisser te jeter dans la gueule du loup, répliqua Remus. Si Narcissa dit vrai, les protections autour de Lily seront doublées ce jour-là pour éviter que les invités ne tombent sur elle par mégarde.
– Vous n'aurez qu'à m'attendre aux grilles et en cas de problème, commença James avant d'être interrompu par le jeune loup.
– Le manoir Malfoy fonctionne comme celui de tes parents ou encore celui de la famille de Sirius. On ne pourra entrer t'aider que si Malfoy nous laisse entrer.
– Non, répondit Sirius.
– Non ? répéta Remus.
– On ne peut entrer que si un membre de la famille Malfoy nous y autorise, le corrigea le rusé sang pur. Cissy va devenir une Malfoy. Elle pourra nous faire entrer en cas de problème.
– On ne peut pas être sûrs qu'elle est de notre côté, intervint Peter tentant de les dissuader, terrifié à l'idée d'être démasqué et souhaitant discréditer la sang pur au cas où celle-ci révélerait son double jeu.
– Elle a aidé Andy à s'échapper. Elle aidera Evans. Elle n'est pas ce que tu crois, répondit-il à Peter.
– Bien, alors j'entrerai le premier, seul avec la carte d'invitation. Je descendrais dans la cave où Narcissa dit qu'elle est retenue, je la libère et je vous rejoins. Si vous ne me voyez pas revenir après disons deux heures…
– Une heure, le corrigea Remus.
– Moony, tu as vu la taille de ce manoir ! lâcha James excédé.
– Une heure, répéta le maraudeur catégorique. Ce n'est pas négociable.
– Ok. Après une heure, alors vous pouvez me rejoindre.
Ils peaufinèrent les détails de leur plan, calculant l'heure où seraient prononcés les vœux des mariés, étudiant les plans du manoir et vérifiant encore et encore qu'ils n'avaient rien laissé de côté. Il ne s'agissait pas d'une farce cette fois. La punition s'ils se faisaient attraper ne serait pas des heures de colles mais bel et bien la mort.
Le jour du mariage, ils transplantèrent à bonne distance du manoir de peur de déclencher des sorts disséminés çà et là autour de celui-ci. Ils parcoururent les quelques kilomètres qui les séparaient de celui-ci, crapahutant dans les bois à couvert. Alice et Frank s'étaient joints à eux. Le professeur McGonagall avait également contribué à la mission, améliorant sensiblement le sort de métamorphose de James pour que celui-ci soit méconnaissable. Ce dernier passa sans problèmes les grilles pour le plus grand soulagement de ses camarades dissimulés dans les fourrés. Il fallait d'abord qu'il trouve Cissy pour lui remettre la note qui lui disait de se rendre aux grilles pour permettre aux autres d'entrer en cas de problème. Mais trouver la mariée se révéla être une tâche plus ardue que prévu. Il fallait qu'il demande de l'aide à quelqu'un. Mais à qui ? À qui pouvait-il s'adresser sans éveiller les soupçons ? Quelqu'un qui connaissait tous des allées et venues des maîtres de maison. Maître ? Mais oui les Maîtres ! C'est là qu'il les remarqua. Des elfes de maison. Partout.
– Eh toi là, l'elfe, dit-il adoptant un ton faussement hautain dans une veine tentative d'imiter un sang pur.
– Moi ?
– Oui toi ! Comment tu t'appelles ?
– Dobby Monsieur.
– Dobby est-ce que tu pourrais me rendre un service ?
– Oui Monsieur ! Bien sûr Monsieur ! Dobby vit pour servir les sorciers. Dobby n'a pas d'autre raison de vivre.
– C'est triste, répondit James oubliant partiellement la raison de sa présence. Tu devrais te trouver un truc qui te plait à toi pour t'occuper pendant ton temps libre.
– Dobby n'as pas de temps libre, répondit l'elfe avant d'être saisi par la panique. Dobby ne voulait pas avoir l'air de se plaindre ! Dobby ne veut pas de temps libre ! Dobby aime servir les Malfoy.
– Moi j'aimerai pas, Lucius est un connard et son père ne vaut pas mieux. Tu devrais te faire des amis et aller quelque part avec eux ! Tout parait plus beau avec des amis tu sais… Dis Dobby tu peux donner ça à Narcissa, discrètement ? Personne ne doit te voir. Tu es capable de faire ça ?
– Oh oui ! Dobby peut faire ça ! Dobby va donner ça à Miss Narcissa Black.
– Merci Dobby ! Dit le garçon.
– Monsieur… votre visage. Il a changé.
– Oh ! C'est le moment de disparaitre, répondit James en sortant la cape d'invisibilité. Ne parle de moi à personne s'il te plait, ajouta-t-il avant de se volatiliser.
Dobby serra le petit mot dans sa paume. C'était la première fois qu'un sorcier faisait preuve d'autant de déférence à son égard. Il l'avait remercié et lui avait dit "s'il te plait", comme s'il s'adressait à un égal. Il se promit de ne pas oublier le visage de celui-ci. Les cheveux en bataille d'un beau brun sombre, des lunettes rondes et un regard aussi doré que le soleil. Il transplana dans la chambre de la mariée, n'exécutant pas un ordre cette fois mais rendant service… à un ami ?
James descendit les marches menant à la grille de la cave à vins. Lorsqu'il la vit, gisant inconsciente au sol, son cœur se retourna. Perdant toute retenue et en oubliant toute prudence, il dégaina sa baguette et détruisit la grille avant de foncer vers elle, priant pour qu'elle soit encore en vie.
– Evans… Evans… Evans je t'en supplie… Non… supplia-t-il en ne sentant pas son pouls. Lily, dit-il pour la première fois depuis qu'elle était partie. Lily, répéta-t-il en voyant les paupières de la jeune fille battre doucement.
– James, répondit-elle en souriant, convaincue de rêver encore.
– C'est moi, je suis là. Je suis là. Je vais te sortir de là Evans. Tiens bon.
Les mêmes mots que ceux qu'avaient prononcé Narcissa quelques jours plus tôt. Lily se raccrocha à cet espoir. Peut-être qu'elle ne rêvait pas. Peut-être qu'il était vraiment là. Qu'il était venu pour elle, malgré ce qu'elle lui avait fait subir. Peut-être qu'il était venu la chercher comme elle avait souvent espéré qu'il fasse quand elle était partie après la mort de Marlène. Peut-être qu'il l'aimait encore. Peut-être qu'il l'aimait suffisamment pour lui pardonner. Elle laissa ses larmes couler. C'était une belle mort que lui offrait son subconscient. Dans les bras de celui qu'elle avait toujours aimé et qu'elle aimerait toujours.
– Je t'aime. Pardonne-moi, dit-elle avant de sombrer de nouveau dans l'inconscient.
