CHAPITRE 29
His Exception

Voilà des jours que plus personne ne tenait en place dans le manoir Potter. On disait que la prochaine « mission » allait être décisive. Ils allaient enfin faire ce qu'ils avaient tous toujours voulu : sauver des vies. Aucun d'eux n'était fait pour tuer. Si ça avait été le cas, ils seraient dans le camps adverse. Il y avait eu beaucoup de combat depuis le début du conflit entre les partisans du Maître des Ténèbres et la Résistance. Et surtout beaucoup de morts. Dans leurs rangs, dans ceux de l'ennemi et dans ceux des « civils ».

Maugrey n'était pas un héros et James savait au fond que son mentor avait raison. Il n'y pas de place pour ça. Ils étaient en guerre. Ils se battaient pour gagner et non pour sauver qui que ce soit. Le camp qui subissait le plus de dégâts seraient déclaré vainqueur. Les vies perdues n'étaient que des dommages collatéraux, seul comptait l'aliénation complète du camp adverse. Si Voldemort parvenait à tuer tous les membres de l'Ordre, plus rien ne s'opposerait à lui et à son nouveau régime. En revanche, s'ils étaient ceux qui réduisait en charpie les mangemorts, il n'y aurait plus de victimes. Il n'y aurait plus de morts. James ne parvenait pas à réfléchir ainsi. Sacrifier des vies aujourd'hui pour celle de demain lui semblait inhumain. Qu'est ce qui différenciait une famille moldue morte pendant le conflit de celle qui aurait réussi à s'en sortir ? Comment pouvait-il se résoudre à ignorer ce qui se passait autour de lui et à se focaliser uniquement sur ce qui y mettrait un terme.

Voldemort n'était pas simplement un fou furieux. Il était une idéologie qu'une partie de la population approuvait. Il n'était pas seul et chaque jour, de nouveau sorcier grossissaient ses rangs. Pour beaucoup, il représentait le futur. Un avenir où les sorciers n'auraient plus à se cacher. Il voulait renverser l'ordre établie. L'ignorance était le fléau de cette guerre. Il était aisé de dépeindre une image négative des moldus. La séparation entre les deux mondes était telle que les mensonges les plus farfelus pouvaient être crédible. De nouvelles armes plus performantes que les buchers de l'Inquisition, capable de les tuer tout aussi facilement qu'un sort. La communauté magique avait été plus terrifiée par la « menace moldue » que par la montée au pouvoir de ce sorcier inconnu soutenu par l'élite sang pure. Dumbledore avait tenté de prévenir leurs dirigeants du danger mais ils n'avaient rien fait. Lorsqu'ils s'étaient enfin décidé à agir, il était déjà trop tard. Il n'était plus un inconnu, il était le Maître des Ténèbres, ils n'étaient plus de simple sang purs, ils étaient des mangemorts.

– Comme vous le savez tous, Gid' et Fabian sont parvenus à voler les plans du Ministère chez les Lestrange, annonça James qui attendit que tous aient fini d'applaudir leur camarade avant de poursuivre. Hestia et Em' étaient quant à elles chargées de vérifier la véracité d'une certaine information qui nous a été donnée par un informateur au sein du ministère.

Il s'écarta, cédant la parole à Dorcas. Elle annonça que quelques mois plus tôt, un « nouveau » service avait été ouvert au Ministère. Celui-ci était chargé de réactiver la Trace sur les nés moldus. Lily ainsi que les quelques nés moldus membres de l'Ordre s'agitèrent à cette annonce. Hestia intervint pour les rassurer, ils étaient intervenus et avaient fait en sorte que leurs noms soient « par mégarde » effacés des fichiers de recensement. Malheureusement les autres n'avaient pas pu bénéficier du même privilège. La bonne nouvelle était que les nés moldus majeurs et mineurs n'étaient pas exécutés bien qu'on ne pouvait en dire autant de leur famille. D'après leur informateur, des centaines de nés moldus étaient enfermés à l'heure actuelle dans les geôles du Ministère. La mauvaise nouvelle était qu'ils allaient être déplacé à Azkaban. Une fois que cela serait fait, une fois qu'ils seraient gardés par les détraqueurs, l'Ordre ne pourrait plus rien faire pour eux.

– C'est quoi le plan ? demanda Sirius avec un enthousiasme contagieux.

– On entre, on les libère et on leur fait quitter le pays, répondit James.

– Où iront-ils ? demanda Frank sans se soucier de la partie du plan qui mettait sa propre vie en danger.

– En France, en Allemagne, aux État Unis, répondit le chef des maraudeurs.

– Les frontières sont fermés James, lui rappela Benjy Fenwick.

– Les frontières « magiques » oui, le corrigea James, ils ne peuvent pas utiliser de portoloins, ou de cheminées mais rien ne les empêchent de quitter le pays par bateau ou en avion.

– Il y a beaucoup d'enfants ? Le questionna Alice.

– Oui. Tous orphelins, l'informa Hestia, provoquant une vague d'agitation.

– On doit agir vite, ils seront déplacés dans la nuit de lundi à mardi.

– Mais… c'est le jour de Noël, fit remarquer Peter.

– Oh je suis certain que le Maître des Ténèbres va annuler leur déportation quand il se rendra compte de ça Pete, ironisa Sirius.

– Tu n'as pas besoin d'être désagréable, intervint Remus.

– Et si tu t'occupais de tes affaires, répliqua Sirius.

– Les gars… murmura Peter mal à l'aise.

– Si tu t'attaques à lui c'est mes affaires, continua Remus.

– Et quand tu t'attaques à moi, qui est ce que ça regarde ? Le contrat Sirius.

Un silence pesant s'instaura dans l'assistance. C'était pour beaucoup une première. Remus et Sirius ne se disputaient jamais. Tout le monde était habitué à l'agacement de Sirius face à certaine des interventions de Peter. C'était également normal pour Remus d'intervenir. Ce qui ne l'était pas était la réaction de l'ancien héritier des Blacks. Sirius se contentait généralement de râler, et de fournir de piètres excuses à Peter.

– C'est par ici que ça se passe, intervint James en tapotant les plans éparpillés sur la gigantesque table de la salle à manger du manoir. Les geôles se situent au dernier sous-sol du Ministère.

– Je ne savais pas qu'il y avait une prison au Ministère, intervint Edgar Bones.

– Parce qu'elle est inutilisée depuis qu'Azkaban a été mise en service, répondit Dorcas. La plupart des entrées ont été détruites ou scellé. Une partie sert aux stockages des archives et la dernière… dit-elle en désignant les cercles rouges sur les parchemins, sont actuellement pleines de nés moldus.

– Qui fera partie de l'expédition de sauvetage, demanda Sturgis Podmore.

– J'aurais besoin de tout le monde. Fabian et Gideon vous resterez ici.

– On est en état de venir, intervint l'un des jumeaux.

– Vous venez de rentrer de mission, reposez-vous, leur ordonna-t-il d'un ton sans appel. Pareil pour Dorcas et Hestia, ajouta-t-il ce qui fit grogner les deux jeunes filles qui ne protestèrent néanmoins pas.

Les nés moldus étaient retenus dans quatre sections de la prison, James assigna ces dernières à des équipes de quatre. Il détailla la procédure, répétant plusieurs fois qu'ils n'auraient pas le droit à l'erreur. La réunion dura plus longtemps qu'aucune autre auparavant. Chacun apportant sa pierre à l'édifice, peaufinant et corrigeant le plan de James. Lily demeurait en revanche silencieuse et James devinait sans peine la raison de son silence. Il l'ignora tant qu'il le put mais une fois que tous eurent quitté la pièce et qu'il ne resta qu'eux deux, il n'eut d'autre choix que de s'en soucier.

– Evans… commença-t-il mais elle le coupa immédiatement.

– Je viens.

– Tu n'es pas en état, argua-t-il bien qu'il ne s'agisse en réalité que d'un prétexte pour la tenir à l'écart du danger.

– Je suis parfaitement remise, rétorqua-t-elle. Et tu le sais. Je viens.

– Les équipes sont déjà formées et…

– Je viens, répéta-t-elle.

– Evans…

– J'ai dit je viens. Compris ? dit-elle en appuyant son doigt contre son torse.

– Tu viens.

– Bien, conclut-elle avant de tourner les talons, le plantant là.

Les choses n'avaient pas changé. Il avait toujours été considéré comme un « leader né » et c'était vrai dans la plupart des cas. Lily Evans n'était pas « la plupart des cas ». Alors que tous lui obéissaient aveuglément, elle était celle qui pouvait faire plier sa volonté. Il se retrouvait incapable de la moindre autorité quand il s'agissait d'elle. Il ne pouvait rien lui refuser. Elle était comme toujours une exception. Son éternelle exception.