Créon, la secoue
Te tairas-tu, enfin ?
Antigone
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.
Créon
Le tien et le mien, oui, imbécile !
Antigone
Vous me dégoutez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite ou mourir.
Créon
Allez, commence, commence, comme ton père !
Antigone
Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre sale espoir !"
Antigone de Jean Anouilh
Jaejoong sourit en sortant de la salle de bain.
Une serviette autour de la taille, qui ne cachait pas grand chose et une, encore plus petite, autour du cou, il s'arrêta non loin du lit.
Irene s'était levée depuis un moment et avait filé rejoindre sa compagne, pour se rendormir une heure ou deux avec elle, comme à chaque fois qu'elle "découchait.
Mais les deux autres, n'avaient pas profité de la place libérée.
Jung Kook était toujours collé contre père, son visage sous sa gorge, fermement serré dans ses bras.
Ils dormaient encore profondément, se sentant assez en sécurité, pour ne pas être dérangés par la maison qui s'éveillait peu à peu.
S'imprégnant de l'aura apaisante de l'image offerte par les deux hommes de sa vie, Jaejoong resta un moment sans bouger, profitant simplement de ce moment.
Avec le temps, il avait appris à apprécier chaque seconde, à ne jamais hésiter à laisser le monde tourner sans lui, pour savourer, le mieux possible, des instants comme celui-ci.
Qui n'avaient pas de prix et lui rappelaient la chance qu'il avait.
Qui lui offraient de la force dans les moments difficiles, lui permettant de tenir, lorsqu'il voulait abandonner face à ses nombreuses responsabilités.
Plus jeune, il ne prenait jamais le temps de rien.
Il courait sans s'arrêter, vivant à cent à l'heure, se répétant que "plus tard", il aurait l'occasion de profiter de la vie.
Ainsi, il était passé à côté de beaucoup de choses et raté des instants qu'il ne pourrait jamais revivre.
Perdu des personnes qu'il avait trop peu vues et qu'il ne pourrait, hélas, jamais retrouver.
Ce "plus tard" qui avait, si longtemps régi son existence, lui avait fait plus de mal que de bien.
Heureusement, Yunho, en entrant dans sa vie, lui avait appris ce que "maintenant" voulait dire.
L'importance de l'instant présent, qu'on ne revit jamais deux fois et dont il faut profiter au maximum, quand on a la chance d'en avoir l'occasion.
Souriant, lorsqu'il entendit Jung Kook grogner légèrement, gêné dans son sommeil, par son téléphone qui vibrait sur la table de nuit, il saisit rapidement l'appareil pour rejoindre la pièce d'à côté.
Un appel de son petit frère, si tôt le matin, c'était inhabituel.
Changmin n'était pas du genre à simplement "donner des nouvelles".
- Tout va bien ? S'enquit-il directement en décrochant.
ღ
Yoongi resta allongé sur le dos, cherchant à calmer son rythme cardiaque.
Il venait de se réveiller dans un lieu totalement inconnu, avec aucun souvenir de la veille, en dehors de quelques bribes de sa tentative pour quitter le club.
Il avait récupéré ses affaires derrière le bar, mais après ?
Avait-il trouvé quelqu'un chez qui passer la nuit ?
Non.
Il n'avait couché avec personne, c'était évident.
Loin de le rassurer, le constat l'angoissa un peu plus.
S'il n'avait pas joué les substituts, pourquoi se réveillait-il au chaud, dans un lit moelleux, qui sentait la lavande ?
L'espace d'une seconde, il songea aux Stellaires, son cœur s'emballant de plus belle, mais rapidement, il réalisa l'absurdité de ses pensées.
Jamais son ancienne meute ne l'aurait installé dans un tel endroit.
Même dans l'obscurité, Yoongi sentait que la pièce était luxueuse.
Où était-il ? Avec qui ? Pourquoi ?
Ses doigts se crispèrent sur le drap et sa bouche s'ouvrit, dans un cri silencieux.
Bien qu'aucun son n'échappa à ses lèvres, il eut l'impression de hurler.
Et, comme s'il l'avait réellement fait, quelqu'un déboula dans la chambre, les rideaux s'ouvrant en grand, laissant la lumière du jour éclairer la pièce.
Yoongi couina en se redressant brusquement, la couette contre lui, les sens en alerte
L'odeur l'avait tout de suite frappé,
Avant même de le voir, il sut de qui il s'agissait.
L'inconnu de la veille avança doucement vers lui, comme s'il approchait un animal effrayé.
Ce qui était le cas.
- Hey... Tout va bien... Souffla-t-il.
Il était presque au pied du lit et le platine couina, le son pitoyable, l'embarrassant au point de colorer ses joues.
- Non, non... Je... Regarde, je n'avance plus ! Tenta le brun. Je reste là, d'accord ?
Yoongi ne dit rien, son cœur tambourinant dans sa poitrine, le son arrivant aussi bien à ses oreilles, qu'à celles de l'homme en face de lui.
Son corps entier exprimait la peur.
Et l'inconnu, semblait un peu perdu, pas sûr de savoir comment réagir.
Rien à avoir avec son comportement de la veille.
L'argenté ne s'en rendit pas compte tout de suite.
Mais, après avoir choisi de fixer son regard sur lui, pour se calmer, tout en le surveillant, il finit par le réaliser.
Un peu plus maître de son cœur et de sa respiration, il nota des différences.
Sourcils froncés, il remarqua, par exemple, qu'il avait les yeux verts et non bleus, que ses cheveux étaient moins foncés et un peu plus longs.
Puis, il ne dégageait plus du tout la même chose.
L'aura dangereuse, le petit côté James Dean et les promesses d'aventures et de frissons, avaient disparues.
Là, il ressemblait plus à un acteur médiocre de série pour adolescents, qu'on a choisi pour sa gueule d'ange, son sourire éclatant et dans le but de lui faire porter le moins de vêtement possible.
Reste qu'il était toujours aussi beau.
Toujours aussi non humain.
Et surtout, un total étranger chez qui il se réveillait sans souvenir de la veille !
Remarquant que son otage/invité s'était calmé, le brun osa reprendre la parole.
- Je m'appelle Sean. Se présenta-t-il. Et je t'assure que je n'ai pas abusé de toi, ou quoique ce soit du genre !
L'autre hocha inconsciemment la tête.
- Les souvenirs vont te revenir peu à peu, tu dois être embrouillé à cause de l'injection !
L'argenté tressaillit.
- Hey, pas la mienne ! Se défendit immédiatement Sean. Celle de l'aralıq avec qui tu étais !
Yoongi fronça les sourcils.
- Oui, le roux avec qui tu... Bref ! L'éclaira le brun. Il avait sans doute prévu de faire ça discrètement, mais ta soudaine fuite l'a forcé à changer de méthode.
Le platine grimaça, fermant les yeux en se massant les tempes.
- Tu l'as tué... Souffla-t-il.
Des bribes d'images floues, dansaient sous ses paupières closes.
Il se revoyait dans la ruelle, ses affaires à ses pieds, se retenant au mur, l'impression que son sang était en train de se transformer en lave.
L'homme qu'il avait envisagé comme placebo était là aussi, ou plutôt, ses restes.
Sean lui avait arraché la gorge, plongeant sa main sans la moindre difficulté, ses ongles ressemblant à des espèces de griffes acérées.
Ce n'était pas très clair et un filtre rouge semblait recouvrir son peu de souvenir, mais il en était certain, le roux l'avait bien drogué, dans le but de le vendre.
Les aralıq étaient des humains, qui ne craignaient pas de chasser des créatures, répondant à des contrats divers.
Ils étaient rares, de plus en plus même, mais il était quand même tombé sur l'un d'entre eux.
Était-ce vraiment un hasard ?
- Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas avec lui ! S'offusqua Sean. Jamais je ne vendrais l'un des nôtres !
- Tu n'es pas un loup. Rétorqua machinalement l'argenté.
- Non, mais c'est pareil.
Le brun attendit, mais Yoongi ne dit plus rien, évitant son regard, l'ignorant presque, pour se concentrer sur la pièce.
- Le café doit être prêt, viens manger dès que tu veux !
ღ
Yunho, bien que réveillé depuis un moment, n'avait pas quitté le lit.
Ses lunettes tombant un peu sur le bout de son nez, un livre dans sa main libre et son autre bras servant d'oreiller à son fils, il n'aurait bougé pour rien au monde.
La famille s'était retrouvée dans la chambre parentale la veille, pour réconforter le "bébé" de la fratrie.
Et comme à chaque fois, ils s'étaient tous endormis les uns contre les autres, transmettant par le toucher et l'odeur, toute l'affection dont Jung Kook avait besoin.
De toute façon, ce genre de moment leur faisaient à tous du bien.
Particulièrement à lui et l'adolescent, il fallait l'avouer.
Yunho ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir, persuadé que c'était forcement de sa faute si son fils était aussi différent.
Sa meute prônait que la différence n'était pas une tare, et il le pensait réellement.
Seulement, dans le cas de Jung Kook, les choses étaient plus compliquées et il avait l'impression, de lui faire porter le poids de ses erreurs.
L'adolescent le sortit de ses sombres pensées, émergeant doucement, sans ouvrir les yeux.
Inspirant simplement l'odeur de son père, il laissa les bruits de la meute percer leur bulle.
Peu à peu, sans violence.
Yunho sentait comme les pages usés de ses livres favoris, vieux de plusieurs siècles parfois.
Comme son latte à la vanille, accompagné de son fraisier adoré, spécialité de Jaejoong.
Et cette encre particulière, qu'il était le seul à utiliser.
Mais pour son fils, son odeur était, avant tout, celle du réconfort.
Celle qu'il associait aux bobos soignés, cauchemars éloignés et chagrin effacés.
S'il y a bien une chose que Jung Kook n'enviait pas aux humains, c'était cette absence de lien.
La disparition de beaucoup de contacts physiques avec l'âge.
Même presque adulte, le brun pouvait encore se blottir contre ses parents, sa sœur, ou les membres de sa meute, sans que ça ne soit bizarre.
Les loups avaient besoin du toucher, presque autant que l'odorat, pour transmettre leur affection, réconfort et soutien.
Les membres blessés physiquement ou mentalement, étaient toujours, presque noyés, sous une pile de corps, le contact aidant énormément à la guérison.
S'il était humain, collé ainsi contre son père, Jung Kook aurait été considéré comme étrange.
Il n'aurait d'ailleurs, jamais cherché à se retrouver dans une telle position, fuyant toute forme de câlins.
Mais il était un loup, alors il inspira simplement plus fort, ouvrant enfin les paupières.
La première chose qu'il vit, fut les yeux menthe à l'eau de son père, qui brillaient toujours, animés par une espèce d'innocence, que toutes les horreurs vécues, n'avaient pas réussi à détruire.
- Je me demandais si tu allais émerger ! Sourit le châtain, déposant son livre sur ses genoux.
Jung Kook saisit rapidement le titre, se demandant si ça avait un rapport avec l'Oméga banni, dont on lui avait parlé la veille.
Il ne comprenait pas plus de quelques mots de түстер, mais vu la couverture et les symboles, il n'était pas difficile de comprendre qui avait écrit l'ouvrage.
Un Aқ.
Fronçant les sourcils, cherchant un rapport entre ce qu'il savait de ces anciens et ce qu'on lui avait expliqué sur le "rebelle" des Stellaires, il se sentit un peu perdu.
- Bien dormi ? Demanda Yunho, réajustant ses lunettes.
Quittant à regret le flanc de son père, Jung Kook oublia le livre, grognant légèrement en se redressant en position assise.
Il se souvenait s'être calmé, retransformé, rhabillé rapidement, puis d'être tombé comme une masse.
Effectivement, il avait très bien dormi.
Le châtain rit, passant une main dans ses cheveux bruns décoiffés, dégageant son visage.
- Tu as quand même cours dans deux heures ! Lui rappela-t-il. Hors de question de sécher encore !
L'adolescent grimaça, songeant à son professeur de physique et ses leçons infernales.
- Papa... Gémit-il.
- Ah non, non ! N'y pense même pas !
N'abandonnant pas, le jeune homme plongea ses yeux sombres dans ceux de son père, prenant sa plus adorable mine de chiot malheureux.
- Papa, s'il te plait ! Insista-t-il. Je sais déjà tout ce qu'on va étudier aujourd'hui ! Pourquoi aller supporter cette torture, entouré d'une foule bruyante et étouffante ?!
Yunho ne répondit pas tout de suite, il détailla simplement le visage de son fils un moment, comme il le faisait si souvent.
Dans ces moments là, son expression tendre devenait peu à peu sérieuse, soucieuse et l'air semblait se charger de quelque chose de lourd.
Quelque chose qui planait de plus en plus au dessus de leur famille.
Jung Kook ne disait jamais rien non plus, se demandant toujours, si le moment était venu.
Si son père allait enfin laisser échapper, ce qui pesait tant sur son cœur.
Mais ça n'arrivait jamais.
Aujourd'hui encore, Yunho se reprit, secouant la tête en riant.
- Bà va être absolument contre ! Lança-t-il en quittant le lit.
L'adolescent, lui aussi, fit comme si de rien n'était.
- S'il te plaît, je sais parfaitement que tu peux le convaincre d'absolument tout ce que tu veux ! Rétorqua-t-il.
Le châtain eut un sourire niais et son fils roula des yeux.
- Dans tous les cas, ne pense pas pouvoir échapper au prochain тоқу ! Le prévint Yunho. Sur ce point là, tu sais que je partage son opinion !
Jung Kook grogna, se laissant retomber sur le matelas, les bras écartés.
- Des semaines au lycée me semblent plus réjouissantes qu'une minute, non, une seconde, à un тоқу ! Siffla-t-il.
- C'est une tradition Kook, tu ne peux pas l'ignorer.
- On est une meute progressiste ! Se plaignit le brun. Pourquoi doit-on encore suivre ces...
L'adolescent ne finit pas sa phrase, sentant, comme à chaque fois, toutes les émotions négatives que dégageait son père.
La culpabilité, le malaise, l'angoisse, les regrets.
- On peut progresser sans renier le passé et ce que nous sommes Kook. Expliqua le châtain, s'installant sur le rebord du lit. Le тоқу n'est pas là pour le folklore, c'est quelque chose de vital !
Il posa sa main sur la sienne.
- Un jour, toi aussi tu...
Jung Kook brisa le contact, se redressant brutalement.
- Un jour moi aussi quoi ? Cria-t-il. Je me retrouverai collé à quelqu'un pour qui je ne ressens rien et qui ne sait rien de moi ?! Quelqu'un qui en ce moment même me hait peut-être ou que je méprise depuis toujours ?! C'est ce que je dois espérer ?!
Il rejeta la couverture, bondissant du lit.
- Parce que ça a miraculeusement fonctionné pour Bà et toi, je dois me dire que tout ira bien ?! Continua-t-il. Mais est-ce que vous vous aimez seulement ?! Est-ce que vous seriez ensemble sans ce putain d'erë qui dicte et pourrit nos vies ?!
Le brun détestait faire du mal à son père.
Il détestait tout ce qu'il provoquait en lui, l'odeur de sa douleur et sa détresse qui le frappait violemment, écrasant sa cage thoracique, ajoutant, malgré tout, à sa colère.
Mais c'était plus fort que lui.
Si Jung Kook détestait être un loup, s'il haïssait l'amour malgré sa nature fleur bleu, jalousait autant les humains et ne voyait son avenir qu'en noir, c'était à cause de ça.
Tout tenait dans ce mot.
Erë.
Ce nom qui ne voulait pas dire grand chose et qui contrôlait pourtant la vie de toute son espèce.
Si l'odorat était une chose magique, c'était aussi une malédiction.
Chez les loups, la notion de compagnon était primordiale, mais, loin de ce qu'on pouvait lire dans la littérature humaine, elle n'avait rien de magique.
Rien de romantique ou de passionné.
Le destin n'y jouait aucun rôle et les sentiments encore moins.
Non, tout était basé sur l'odeur.
Une fois la majorité atteinte, vous pouviez, à tout moment, tomber sur votre moitié.
Peu importe son physique, son caractère, ce que vous ressentiez ou non pour cette personne avant.
Tout s'effaçait, du moment que vos odeurs étaient compatibles, qu'elles s'attiraient mutuellement.
Et alors, enchaîné par un lien aussi mensonger qu'un filtre d'amour, vous vous retrouviez en couple.
Et il fallait juste faire avec.
Espérer que ça se passe pour le mieux.
Parce qu'il y a une éternité, des gens qui avaient presque conduit leur espèce à sa perte, en avait décidé ainsi, sois disant, guidés par Isil.
Les ақ et қара n'existaient plus, venaient presque d'un autre monde, tant leur époque était différente de celle-ci et pourtant, le Erë imposait toujours sa loi.
Détruisait toujours la vie d'un bon nombre de loups.
Les privant du bonheur d'être aimé et d'aimer en retour.
Combien de loups, fuyant leur si "spéciale" moitié avaient-ils accueillis et accueillaient-il encore ?
Combien avaient mis fin à leurs jours, supportaient le pire ou vivaient, "simplement" malheureux et sans espoir ?
Tout ça à cause de cette condition ridicule qu'ils laissaient tous prendre le dessus ?
Et malgré ça, son père osait lui sortir ce genre de propos ?!
Alors qu'il sentait toute l'aversion que lui même avait pour ce système ? Alors qu'il savait pertinemment qu'il n'y croyait pas ?!
Alors qu'il cherchait à convaincre les membres de la meute, qu'ils pouvaient décider seuls de leur avenir, même concernant leurs amours ?!
Ignorant la douleur provoquée par les propos de son fils, Yunho tenta de se reprendre, de calmer les choses.
- J'aime ton père et ça n'a rien à voir avec son odeur ou...
- Oh, alors vous vous êtes rencontrés où, quand ? L'interrompit Jung Kook, croisant les bras. Vous êtes tombés amoureux comment ? Ça a été long ou alors un coup de foudre ?! Hein?!
Face au silence du châtain, l'adolescent, s'emporta encore plus, frustré.
- Tu vois ! C'est toujours pareil ! Cria-t-il. Dès que le sujet est abordé, vous gardez tous les deux le silence en faisant des têtes d'enterrement et en puant la peur et la honte !
Yunho se leva, encaissant, encore une fois.
- Kook, s'il te plait, calme toi... Souffla-t-il.
- Pourquoi tu me parles comme ça d'un coup ? Siffla son fils. Tu as peur que je pète encore un plomb et me transforme en bête sauvage incontrôlable, c'est ça ?! Tu as peur de moi aussi ? C'est pour ça que vous espérez tous que je trouve quelqu'un avec qui finir ? Vous me voyez aussi comme une putain d'anomalie ?!
Le coup partit avant qu'ils ne puissent réellement réaliser.
Même l'Oméga était sous le choc, peinant à croire qu'il venait vraiment de gifler son fils.
C'était la première fois en presque dix huit ans qu'il levait la main sur lui.
Il s'était juré de ne jamais le faire.
Mais son corps avait comme bougé de lui même, réagissant automatiquement et beaucoup trop vite, à ses derniers propos.
Le coup n'était pas fort et malgré la légère rougeur, ce n'était pas l'impact qui faisait réellement mal.
Non, c'était le geste en lui même.
Les yeux grands ouverts et choqués de Jung Kook, qui ne bougeait plus, plongeant simplement dans son regard clair, comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.
Que ça venait vraiment de se produire.
Le cœur battant, Yunho déglutit, expirant bruyamment et son fils recula.
- Kook je...
Il tendit le bras, mais l'adolescent lui tourna le dos, sautant par la fenêtre ouverte.
Le châtain se précipita, juste à temps pour voir son époux plaquer leur enfant au sol.
Le plus jeune se débattit violemment, mais Jaejoong ne broncha pas, sa main ferme sur sa nuque, le maintenant, face contre terre.
Le temps que mit Jung Kook à reprendre le contrôle, parut interminable.
Yunho était à la fenêtre, observant la scène avec l'impression qu'on lui arrachait les entrailles et le blond était déchiré par la douleur de son mari et son fils.
Lorsque le brun sanglota doucement, murmurant des excuses en boucle, Jaejoong relâcha toute pression, sa main caressant ses cheveux, tout en cherchant à le tourner vers lui.
Assez vite, Jung Kook bascula sur le côté, en position fœtale, son corps secoué par le chagrin.
Son père se pencha à son oreille, chuchotant des mots de réconfort, tout en frottant sa tête contre la sienne.
Relevant les yeux lorsque son mari sauta à son tour, il se mordit la lèvre, face à l'expression détruite de ce dernier.
Malgré sa vue brouillée par les larmes, Yunho observa leur fils, cherchant douloureusement de l'air pour respirer.
Hésitant, il fit un pas vers eux, avant de finalement se raviser et partir en courant vers les bois.
Impuissant, Jaejoong le vit disparaître, tout en serrant Jung Kook, plus fort, contre lui.
