CHAPITRE 43
Not drunk

Lily n'était pas du genre à prendre parti et elle aurait préférait ne pas avoir à le faire maintenant mais elle ne pouvait décemment pas laisser Sirius seul. Les choses s'étaient tant et si bien dégradées entre lui et Remus, qu'il avait débarqué avec la totalité de ses affaires pour s'installer avec elle. Elle le sentait à bout et son instinct lui soufflait qu'il ne s'agissait pas simplement des « soupçons » de Remus à son égard. C'était autre chose. Quelque chose de bien plus grave. Elle refusait de croire que Sirius était le traître. Tout comme elle refusait d'envisager que le véritable coupable soit Remus. Mais elle sentait que Sirius cachait un secret bien trop lourd pour lui. Tout comme elle peinait à cacher le sien maintenant qu'elle partageait son quotidien avec le garçon. Leur situation aurait pu être comique en d'autres circonstances. Ils se lançaient les mêmes regards interrogateurs sans oser demander à l'autre ce qu'il dissimulait si précieusement de peur que la question ne leur soit retourner. C'était un respect imposé en quelque sorte. Si elle avait été plus honnête envers James, elle aurait pu s'atteler à la tâche de découvrir ce qui grignotait peu à peu la moindre étincelle de joie chez Sirius. Mais elle était une menteuse. À son image.

Une occasion se présenta néanmoins sous les traits d'une bonne bouteille de Whisky Pur Feu. C'était inespéré et assez risqué. Si Sirius remarquait qu'il ne buvait pas avec elle mais avec la plante verte de salon dans laquelle elle avait versé shoot après shoot, nul doute qu'il devinerait ce qui la rendait si peu encline à boire… Bien heureusement pour elle, l'alcool avait rapidement embué l'esprit du garçon qui semblait incapable d'aligner deux phrases cohérentes. Elle l'écouta parler de Marlène. Ce fut douloureux pour elle… Beaucoup moins pour lui. Il employait le présent comme si elle eut été encore vivante. La soirée n'avait pas été bien constructive.

– Je suis pas un traître Lily, lâcha le garçon en cachant son visage dans ses bras après avoir croisé ces derniers sur la table basse.

– Bien sûr que tu n'es pas un traître, répondit-elle en passant une main dans les cheveux du garçon, son cœur se brisant à l'idée de ce qu'il devait ressentir.

– Je sais qu'ils ne me la rendront jamais mais c'est tellement tentant.

– Sirius je ne comprends pas…

– Ils ont Marlène, lâcha-t-il en relevant la tête vers elle.

Il ne mentait pas. Ou tout du moins il était convaincu de la véracité de ce qu'il disait. C'était absurde. Il avait trop bu. Elle décida de ne pas le contredire. S'il se sentait mieux en se convaincant que Marlène était la captive des mangemorts alors qui était-elle pour le juger ? Elle lui sourit donc tristement sans répondre.

– Tu ne me crois pas, ajouta-t-il avec une lucidité qui la terrifia.

– Elle me manque aussi Sirius, répondit-elle sans essayer de nier le fait qu'elle ne prêtait que peu d'attention à ses divagations.

– Qu'est-ce que tu serais prête à faire pour qu'elle revienne ? Pour qu'elle soit là de nouveau ? demanda-t-il en agitant la main vers un coin de la pièce comme si Marlène se tenait là en l'instant même.

– Sirius c'est impossible… répondit-elle avec autant de douceur que possible. Tu te fais du mal.

Nul doute que le désamour de Remus était responsable de l'attitude obsessionnel de Sirius à l'égard de Marlène. Elle avait eu l'impression qu'après l'épisode chez les vampires, il avait fait son deuil mais c'était comme s'il était de nouveau de retour à la case départ, se raccrochant au souvenir de la jolie sorcière comme un naufragé à une bouée.

– Si je te disais que c'était possible ? insista-t-il d'une voix presque fébrile, son excitation presque palpable.

– Je te dirais que tu as trop bu, et qu'il est temps de te mettre au lit.

– Tu feras une super maman tu sais.

– Quoi ? s'étrangla-t-elle.

– Tu comptes le dire à James ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles Sirius.

– Je sais que tu penses que j'ai trop bu, poursuivit-il en se servant un énième verre. Mais la vérité c'est que je n'ai pas assez bu pour me sortir de la tête le fait qu'il y a peut-être une chance de la sauver.

– Sirius, je pense vraiment que tu devrais arrêter de boire.

– Et moi je pense que tu devrais boire un coup pour te détendre un peu mais on sait tous les deux que tu ne peux pas, n'est-ce pas ?

Elle ne trouva rien à répondre. Elle avait été démasqué comme une novice. Elle se demandait ce qui l'avait trahi. Il semblait être au courant depuis un certain temps. Mais ce n'était pas vraiment la question en cet instant. S'il était assez lucide pour tenir un discours cohérent sur sa vaine tentative de dissimuler sa grossesse à son entourage… serait-il possible que ce qu'il disait sur Marlène…

– Impossible, murmura-t-elle.

– C'est ce que j'ai dit en la voyant parmi eux mais Lily… c'était elle. Je l'ai vu.

Elle couvrit sa bouche de ses mains, les larmes embrumant sa vision. Marlène était-elle vraiment vivante ? Les questions se bousculèrent dans son esprit. Quand ? Où ? Comment ? Mais aucune d'elle ne franchit la barrière de ses lèvres. Elle ne pouvait pas y croire. C'était trop gros… Ça serait bien trop insupportable si tout cela n'était qu'un mensonge des mangemorts pour les manipuler… Elle ne pouvait pas se laisser aller à espérer. La chute serait trop douloureuse. Sirius n'était pas aussi terrifié qu'elle. Peut-être parce qu'il avait l'impression d'être déjà au fond du gouffre. Délaissé par Remus. Peut-être qu'il considérait qu'il n'avait plus rien à perdre. Personne si ce n'est James. La seule raison qui l'avait empêché de foncer tête baissée dans le piège tendu par le camp adverse était le garçon.

– On ne peut pas être sûr, lui dit-elle.

– On ne peut pas être sûr, répondit-il docilement.

– Qu'est-ce qu'ils veulent ? demanda-t-elle… dans un but purement informatif.

– La pierre.

– C'est le Professeur Dumbledore qui l'a.

– Je sais.

Ils échangèrent un regard qui une fois encore était d'une similarité rare. Elle savait que c'était une mauvaise idée. Elle aurait dû être la voix de la raison. Mais elle en était incapable. S'il y avait une infime chance que Marlène soit vivante… alors elle mettrait tout en œuvre pour la sauver.

– On va devoir la voler.

– J'ai un plan, répondit-il.

Bien sûr qu'il avait un plan. Il était après tout, un maraudeur.