CHAPITRE 47
Death Eater
Sirius était dépassé par la situation. Il n'avait pas la moindre idée de comment il devait se comporter. Elle n'avait pas dit un mot, elle n'avait pas avalé quoi que ce soit et la seule chose qui indiquait qu'elle dormait était le fait qu'elle se réveillait systématiquement en hurlant d'horreur. Il se précipitait alors dans la chambre de la jeune femme mais une fois sa terreur passée, elle adoptait de nouveau cette expression d'imperturbable absence. Il avait besoin d'aide. Lily était la seule au courant pour le moment et rien de ce qu'elle avait essayé n'était parvenu à tirer Marlène de l'état presque végétatif où elle était plongée.
– Sirius… l'interpella Lily, le tirant de ses pensées.
– Hm ? demanda-t-il en détournant le regard de la silhouette endormie de la jolie blonde.
– Je suis de garde cette nuit, l'informa la jolie rousse en finissant d'enfiler sa veste. Tu vas t'en sortir tout seul ?
– Ça devrait aller, répondit-il bien que cela fut un mensonge.
– Essaye de te reposer, ajouta-t-elle avec douceur en déposant un baiser sur sa joue.
– Vas-y doucement toi aussi.
– Je suis enceinte Sirius. Pas mourante.
– Si James savait, tu foutrais pas les pieds dehors.
– Et c'est pour ça qu'il ne doit rien savoir, lui rappela-t-elle.
– T'es certaine que c'est la véritable raison ?
Elle ne répondit pas. Lily était mauvaise menteuse. Elle ne disait rien à James parce ça rendrait tout ça trop concret. Ça l'obligerait à faire face au problème plutôt que de l'ignorer comme elle le faisait en cet instant. Elle ne voulait pas être une obligation, une contrainte ou un frein pour James. C'était absurde. James adorerait l'idée d'être lié à elle pour toujours. Ce masochiste. Lorsqu'elle ferma la porte derrière elle et qu'il l'entendit transplaner, il reporta son regard sur Marlène. Il était tout aussi masochiste que James. Si ce n'est plus même. James n'était pas conscient de ce à quoi il renonçait. Il suivait son instinct tout simplement. Lily était la bonne à ses yeux et rien d'autre n'importait. Il n'était pas James et pourtant il était prêt à renoncer à tout pour peu qu'elle pose de nouveau son regard sur lui et qu'il y lise, comme autrefois, son amour pour lui.
Il se précipita vers elle lorsqu'elle se réveilla en sursaut. Un hurlement de douleur raisonna dans la seconde qui suivit. Elle tenait son avant-bras et semblait prête à l'arracher. Sans réfléchir, il écarta sa main, effleurant sa peau et le tatouage des mangemorts qui la marquait comme sienne. Sa possessivité s'éveilla à cette pensée. Marlène était à lui, pas à un stupide mage noir sans nez. Il passa son pouce sur le serpent qui s'enroulait autour du poignet de la jeune fille. Il ne pouvait imaginer la souffrance que lui causait chaque convocation du Maître à laquelle elle ne répondait pas. Sans les protections de Lily qui empêchaient tout transplanage dans l'appartement, nul doute qu'elle aurait déjà cédé à l'appel. Il ne pouvait pas risquer de la perdre. Pas encore. Il ne le supporterait pas.
– Sirius.
Il n'osait plus bouger un seul muscle. Avait-elle vraiment prononcé son prénom ou était-ce son propre esprit qui lui fournissait le miracle tant espéré qui l'empêchait de sombrer dans le plus profond désespoir ? Sa vision se brouilla, les larmes l'empêchant de déceler quoi que ce soit. Il n'esquissa pas le moindre geste, terrifié à l'idée de briser ce mirage. Ce fut à ce moment-là, qu'il sentit ses doigts effleurer sa joue, son index recueillant cette ultime preuve de son désarroi. Lorsqu'il trouva enfin le courage de la regarder, elle s'était de nouveau enfermée dans cette forteresse d'indifférence. Avait-il rêvé ?
Il fallait la débarrasser de cette chose. Il passa inconsciemment son pouce sur la tête de mort et la sentit tressaillir. Il fut assez prompt à relever les yeux vers elle cette fois, décelant non pas de la terreur mais… du désir ? Il ne s'était pas autorisé à la toucher depuis son retour quelques jours plus tôt. Ses sentiments pour elle n'avaient pas été altéré par le temps, bien au contraire, mais il ne pouvait être certain de ce qu'elle ressentait ou ne ressentait plus. Il n'avait pas la moindre idée de ce par quoi elle était passée. Il ne pouvait pas simplement reprendre là où ils s'étaient arrêtés comme si de rien n'était. Pourtant, cette flamme qui avait illuminé son regard, il était presque certain de ne pas l'avoir imaginé. Il ne la connaissait que trop bien. C'était ce qu'il faisait de mieux : être une source de tentation et de plaisir.
Il fit délicatement remonter ses doigts le long de l'avant-bras de la jeune fille et celle-ci entrouvrit les lèvres, bouleversante de vulnérabilité lorsque ses lèvres laissèrent échapper, bien malgré elle, un soupire de plaisir. Elle avait toujours été trop sensible à son contact. C'était comme ça qu'il s'était frayé un chemin au travers de ses défenses la première fois. Ce serait également son ticket d'entrée cette fois ci. Il la repoussa délicatement contre les oreillers qu'elle avait abandonnés lorsque le Mage Noir l'avait appelé. Il fit courir ses doigts sur sa peau à mesure qu'il la débarrassait de ses vêtements. Une fois de plus, elle prononça son prénom. Plus distinctement que la première fois. Il pouvait presque déceler dans son intonation les vestiges de son autorité passée. Sa princesse des glaces n'était définitivement pas loin et maintenant il savait comment la ramener à lui.
Ses lèvres prirent le relais, explorant et redécouvrant chaque parcelle de ce corps qu'il n'avait que trop imaginé depuis qu'il en avait été privé. Elle se laissa aller dans ses bras, répondant avec une passion teintée d'un désespoir qu'il ne pouvait ignorer mais qu'il se jura de faire disparaître même s'il devait y consacrer une éternité qu'il ne possédait pas.
– Sirius, chuchota-t-elle et malgré la pénombre il sut qu'elle pleurait. Je porte la marque.
– Tu n'es pas l'une des leurs. Ce n'est qu'un stupide tatouage.
– Tu ne sais pas ce que j'ai fait…
– Je me fiche de ça ! s'écria-t-il, refusant d'en entendre davantage, refusant de faire face à la réalité.
– Tu ne t'en fiche pas. Sinon tu ne me cacherais pas ici. Je suis…
– Ne le dis pas. Je t'en prie, supplia-t-il.
– Je suis une mangemort.
Il ne savait que trop bien ce que cela signifiait. On ne cesse jamais d'être un mangemort…
