CHAPITRE 53
Infinite
Sirius s'efforçait de ne pas laisser son regard dériver vers Remus. Il se concentra sur Lily qui ouvrait ses cadeaux. Il remarqua que la jolie rousse semblait s'atteler à la tâche avec bien moins d'entrain que ne le requerrait cette activité. James ne lui avait pas tout expliqué mais il avait cru comprendre que le couple ne vivait pas ses plus beaux jours. Il doutait même que l'on puisse encore parler de couple à ce stade. Autrefois, il aurait apprécié cette situation. Avoir James pour lui tout seul n'était pas pour lui déplaire. Mais aujourd'hui, la signification de leur situation lui minait le moral. Si même les choses qu'il avait cru immuables ne l'étaient pas, alors en quoi pouvait-il encore croire. James avait toujours aimé Lily et il aurait dû l'aimer pour toujours. Pourtant ce n'était plus le cas. Si un amour aussi fort pouvait s'étioler, alors il ne devrait pas être vraiment étonné du fiasco qu'était devenue sa relation avec Remus.
Il avait vu le garçon discuter avec Marlène un peu plus tôt dans la soirée et il avait dû se faire violence pour ne pas simplement les séparer et empêcher Remus d'empoisonner l'esprit de la jolie blonde avec ses accusations mirobolantes. Mais il semblait que Remus avait échoué et il semblait même changer de stratégie, abandonnant l'hostilité déclarée pour une attitude plus… amicale. C'était un retour à la normal qu'il accueillait avec méfiance. Principalement parce qu'il n'était pas convaincu de l'innocence du loup garou et surtout par rancœur.
Ils s'étaient promis de ne pas s'accuser. De se faire confiance. Remus était censé l'aimer et lui faire confiance. Il n'était peut-être pas la taupe mais il l'avait trahi lui en le pensant capable d'être le coupable. Walburga et Orion avaient détruit bien des choses. Sirius lui en voulait d'avoir brisé ce qu'il avait mis bien du temps à réparer. Du temps et les maraudeurs. Lorsque Remus lui avait tourné le dos, il avait perdu pied. C'était comme si une digue avait lâché et laissé échapper toutes ses insécurités. Mais il avait tenu bon sans lui. Il avait appris à vivre sans lui et il n'était pas prêt à le laisser reprendre sa place sur le barrage de fortune qu'il avait réussi à reconstruire au cours des derniers mois.
– Sirius…
Il s'écarta-autant que le lui permettait les cartons-de Remus qui s'était sournoisement frayer un chemin jusqu'à lui profitant de son bref moment d'inattention. Sirius n'ouvrit pas la bouche. Il n'avait rien à lui dire.
– Est-ce qu'on peut parler ? demanda le maraudeur, son ton prudent à l'image du reste de sa personne.
– Non, répondit Sirius en essayant de le contourner pour rejoindre les autres.
– S'il te plait… le supplia Remus en le retenant par le bras.
– Lâche-moi, gronda Sirius, la menace tacite qu'impliquait cette injonction, assez évidente.
– Tu dois m'écouter !
– Je ne te dois rien du tout, rétorqua-t-il hargneusement. Je me fiche de ce que tu veux me dire.
– Je suis désolé !
– Tu es désolé ? répéta Sirius en lâchant un rire d'incrédulité presque sincère.
– Je n'aurais pas dû t'accuser sans preuves.
– Non tu n'aurais pas dû, acquiesça le garçon. Maintenant lâche moi.
– Tu ne peux pas m'en vouloir. Toi aussi tu pensais que c'était moi, argua Remus en désespoir de cause.
– Oh que si je peux, répondit le maraudeur, sa fureur presque palpable. Et je pense toujours que c'est toi le coupable ! Je ne sais pas ce que t'as dit Marlène pour que tu décides de changer de tactique mais ça ne prend pas !
– Je ne change pas de tactique. Sirius je sais que tu m'as accusé uniquement parce que je l'ai fait…
– Et alors ? le coupa-t-il.
– Je ne t'accuse plus…
– Tu l'as fait !
Sirius se rendit compte qu'il avait crié en sentant les regards de James, Lily, Marlène, Alice et Frank se poser sur eux. Il bouscula Remus sans ménagement pour se dégager de l'emprise du garçon et attrapa sa veste de cuir aussi noire que son humeur.
– Sirius… l'interpella Lily mais Marlène lui fit signe de la main de ne pas intervenir.
– Je suis désolé, s'excusa-t-il avant de sortir de l'appartement.
Il détestait le fait que Remus ait parfaitement conscience qu'il ne l'avait accusé que pour se « venger » de lui. Il aurait eu l'impression d'être quitte si Remus avait ressenti le même désarroi que lui. Si tout comme lui, il avait cette certitude qu'il le croyait coupable d'une chose qu'il n'avait pas faite. Au fond-très profondément enfoui sous une pile de mauvaise foi-Sirius savait que Remus était innocent. Et c'était ce qui rendait cette situation aussi difficile.
Il n'aurait su dire combien de temps il erra sans but dans les rues de Londres mais son esprit semblait toujours aussi embrumé que lorsqu'il avait quitté l'appartement qu'il partageait avec Lily. Il appréhendait son départ… Il n'était pas certain d'être capable d'aider Marlène seul. Il sentait qu'elle était bien plus brisée que ce qu'elle ne laissait paraitre. Il n'était pas un exemple d'équilibre. Il était tout aussi détruit qu'elle. Ses pas le portèrent de nouveau vers le petit immeuble et il se figea lorsqu'il vit que Remus l'attendait sur les marches menant à l'entrée de celui-ci. Il enfonça ses mains dans ses poches et avança d'une démarche faussement assurée vers le garçon, avec la ferme attention de l'ignorer.
– Sirius… l'implora le garçon d'une voix brisée par l'émotion qui le fit flancher.
– Je t'ai dit que je ne voulais pas te parler.
– Alors écoutes moi au moins, le supplia Remus avant de poursuivre en comprenant qu'il avait, pour un temps limité, l'attention de son interlocuteur bien que celui-ci ait décidé de garder le silence. Je n'aurais pas dû t'accuser. Je ne sais pas ce qui m'a pris de penser que c'était toi. Ça me semble complètement absurde maintenant que je sais… que ce n'est pas toi.
– Maintenant que Marlène t'as dit que ce n'est pas moi, le corrigea Sirius avec une amertume qu'il ne tenta pas de dissimuler.
– Tu ne peux pas continuer de m'en vouloir. Tu dois m'aider ! Peter il…
– Peter ? le coupa-t-il. C'est lui que tu accuses maintenant ?
– Oui, avoua Remus.
– Comme c'est pratique, ironisa Sirius. J'en ai assez entendu.
– Je…
– À bien y réfléchir, je n'aurais pas dû être étonné que tu m'accuses. Tu ne m'as jamais fait confiance. Tu n'as jamais cru en mon amour pour toi et tu as toujours attendu que je fasse quelque chose qui confirmerait tes soupçons. Tu as sauté sur la première occasion qui s'est présentée. À tes yeux, il était plus probable que je sois le coupable plutôt que mes sentiments pour toi soient réels.
– Non, protesta faiblement Remus… trop faiblement.
– Tu as raison. Je ne suis pas le coupable. Mais tu as aussi raison sur le fait que je ne t'aime plus. Quand cette guerre sera finie… je ne veux plus jamais te revoir.
Sirius ne tira aucune satisfaction à la détresse qu'il lut dans le regard de Remus puisqu'elle était le reflet de la sienne. Il se précipita presque sur la porte et lorsqu'il referma celle-ci derrière lui, il lui fallut de longues minutes avant de finalement entreprendre de monter les escaliers vers l'appartement. Il ne remarqua qu'il pleurait que lorsqu'il eut rejoint Marlène dans sa chambre et que celle-ci, effleura sa joue pour recueillir l'une de ses larmes.
– Sirius… qu'est-ce que tu as fait, lui reprocha-t-elle d'un ton aussi réprobateur que tendre.
Il ne pouvait pas pardonner à Remus. Sa rancune était à la hauteur de son amour pour le garçon : infini.
