CHAPITRE 55
Storm

– C'est un peu osé, fit remarquer Remus en piochant un chocolat dans la boite entrouverte sur la coiffeuse de Lily avant de s'installer en tailleur sur le lit de celle-ci.

– Tu trouves ? S'enquit-elle en agitant la nuisette d'un vert sombre qui semblait composer de bien peu de tissus.

– Oui…

– Tant mieux ! répondit-elle, ce qui le fit s'étouffer.

– Comment ça tant mieux ? l'interrogea-t-il après avoir réussi à récupérer sa trachée.

– J'essaye de le faire craquer, admit-elle en rougissant un peu.

– Oh… Oh ! s'exclama-t-il en comprenant de quoi il s'agissait.

– C'est la première fois qu'on part en mission tous les deux.

– Et t'es certaine que le distraire à ce moment-là est une bonne idée ? s'enquit-il en jetant un coup d'œil vers la boite de chocolat.

– C'est diplomatique, répondit-elle, allant chercher la boite pour la lui donner, ayant parfaitement remarquée le regard gourmand qu'il lançait à celle-ci.

– Les vampires aussi c'était censé être diplomatique, lui rappela-t-il en attrapant un chocolat. Et on a failli mourir.

– Oui mais ça s'est bien fini ! s'exclama-t-elle.

– Lily, si tu commences à raisonner comme eux… soupira Remus en essayant de cacher son amusement.

– Du coup ? demanda-t-elle en lui mettant un ensemble d'un rouge satiné sous le nez.

– Osé.

– Parfait !

Remus plaignait presque James même si une part de lui l'enviait. Non pas qu'il eut des vues sur Lily ! Il n'avait pas la moindre envie d'être la cible des tentatives de séductions de son amie. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser à une autre époque où Sirius le « torturait » ainsi. Il se souvenait de ses longues soirées à la bibliothèque à essayer tant bien que mal de rester concentré alors que l'insupportable maraudeur faisait tout pour le détourner de son travail. Remus avait toujours été convaincu que rien ne valait le chocolat. C'était avant d'avoir gouté aux lèvres de Sirius. Bien avant d'avoir senti les mains du garçon parcourir sa peau et effleurer son âme. Il attrapa un énième chocolat et l'enfourna rapidement dans sa bouche, tentant de faire disparaitre la sensation de manque, la remplaçant par une autre addiction.

– Ça ne s'est toujours pas arrangé n'est-ce pas ? S'enquit Lily en remplissant sa valise de tenue plus scandaleusement affriolantes, les unes que les autres.

– Il m'évite…

– Il est blessé. Il finira par te pardonner, le rassura-t-elle.

– Il a été assez clair. Une fois que cette guerre sera finie…

– Tu connais Sirius, l'interrompit-t-elle. Il a dit ça sur le coup de la colère. Je suis certaine qu'il ne le pensait pas.

– Il avait l'air de le penser, soupira-t-il.

– C'est ce qu'il veut que tu croies.

Remus ne parvenait pas à raisonner de manière aussi rationnelle que Lily. Ou tout du moins, pas lorsqu'il s'agissait de Sirius. Ses sentiments prenaient le dessus et il se retrouvait à la merci de ses peurs les plus profondes. La vérité était que Sirius lui manquait. Il avait été aisé de ne pas y penser lorsque la colère obscurcissait son jugement. Son absence ne s'était pas faite autant ressentir lorsqu'il le croyait coupable. C'était bien plus compliqué maintenant que plus rien ne l'empêchait de l'aimer… si ce n'est Sirius lui-même.

– Le peuple de l'eau hein ? s'enquit Remus en parcourant rapidement du regard les livres qu'emportaient Lily.

– Il semblerait, répondit-elle. James ne m'a pas donné beaucoup de détails.

– Probablement parce que tu n'es jamais assez vêtue pour qu'il s'attarde, plaisanta-t-il.

– Ha. Ha. Ha. Très drôle, répondit-elle en lui balançant sans ménagement un oreiller qui se trouvait à portée de main.

– Ce n'est pas dangereux pour toi ? Vu ton état.

– Je suis enceinte Remus. Pas mourante. Mais non ce n'est pas dangereux, au contraire, être dans l'eau calmera surement mon mal de dos ! Ce truc commence à peser une tonne ! ajouta-t-elle en lançant un regard noir à son ventre.

– L'instinct maternelle est demandé en caisse trois, la taquina Remus en esquivant agilement cette fois ci, l'oreiller qu'elle lui lança.

Il la vit poser une main sur son ventre, et rire sincèrement avant de se plonger dans la contemplation de cette vie qui se développait en elle. Il ne pouvait imaginer l'état d'esprit dans lequel elle se trouvait. Peut-être devrait-il toucher deux mots à James au sujet de l'importance de l'état d'esprit de la mère pendant la grossesse afin d'assurer le bon développement du fœtus. Elle semblait plus joyeuse mais nul doute que derrière cette façade d'entrain, se cachait une inquiétude et probablement une certaine peur.

– Evans ! cria James du rez-de-chaussée.

– Je déteste quand il fait ça ! s'exclama Lily après avoir sursauté.

Elle abandonna sa valise et descendit en hurlant que ce n'était pas nécessaire de hurler. Les voir interagir ainsi le conforta dans l'idée que les choses finiraient par s'arranger pour eux. Concernant son propre cas, il n'était pas aussi optimiste. Il entendit la voix de Sirius se mêler à celle de James et Lily. Il était là. Il le voyait si peu souvent ces derniers temps.

La chambre de Lily donnait directement sur l'escalier qui faisait lui-même face à la porte d'entrée. Sirius se tenait près de la porte. Son rire le réchauffa et lorsque son regard se posa sur lui, il sentit un frisson lui parcourir l'échine. C'était une parfaite représentation de leur relation. Sirius avait toujours été celui qui soufflait le chaud et le froid, tandis qu'il se contentait de subir ces intempéries en espérant que le beau temps succède à la tempête. Celle-ci continuait à faire rage dans le regard d'un gris orageux du ténébreux maraudeur.

– Je vais y aller… balbutia Remus en descendant l'escalier, prenant appui sur la rambarde de bois blanc pour ne pas perdre l'équilibre et se ridiculiser d'avantage, bien qu'il douta que ce fut possible.

– Reste manger avec nous ! s'exclama Lily qui n'avait aucune envie de le voir partir contrairement à une certaine personne…

– Je vais y aller aussi, intervint Sirius.

– Tu viens d'arriver, lui fit remarquer James qui semblait appréhender un peu trop de rester seul avec la nouvelle incarnation de la tentation qui partageait sa vie.

– Je suis fatigué, j'ai passé la journée à filer… quelqu'un.

Remus enfila sa veste en se retenant de poser la moindre question. Il ne voulait pas aggraver son cas en ayant l'air de glaner des informations. Sirius risquait d'interpréter ça comme une énième preuve qu'il était le traître. Il enroula une écharpe autour de son cou en se demandant comment il pourrait convaincre le garçon de son innocence lorsque celui-ci le prit par surprise.

– Je te dépose ?

Remus n'était pas certain que Sirius s'adressait à lui. Pourtant ça ne pouvait être que ça. Mais une part de lui voulait qu'il prononce son prénom. Une seule fois. Il avait besoin de l'entendre le prononcer de cette intonation si particulière. C'était risqué. Il y avait une chance sur deux que le garçon ne réitère pas sa question. Pire. Qu'il prenne son silence pour un refus. Mais il y avait une infime chance qu'il l'appelle. Qu'il complète cette phrase.

– Remus.