CHAPITRE 56
Atlantis

– On est à Poudlard, fit remarquer Lily en fixant les eaux du Lac Noir.

– On est à Poudlard, répéta James sans apporter plus de précisions.

– J'avais bien remarqué, répliqua-t-elle en essayant de ne pas céder à son agacement.

– Tu l'as fait remarquer, lui rappela-t-il comme si cela faisait progresser en quoi que ce soit cette conversation.

– Ce que je veux dire, reprit-elle après avoir pris une grande inspiration, c'est pourquoi ?

– Les êtres de l'eau vivent ici, dit-il en désignant le lac du menton.

– Je sais ! s'emporta-t-elle finalement en lui poussant le bras.

– Leur capitale est ici, fini-t-il par préciser. Leur gouvernement également.

– Merci, soupira-t-elle, épuisée par cet échange.

C'était toujours si difficile de converser avec lui. Les choses les plus simples devenaient compliquées. Elle n'avait jamais eu beaucoup de patience pour ça mais elle avait l'impression que sa marge s'amoindrissait à mesure que son ventre s'arrondissait. Elle était victime d'humeurs fluctuantes, complètement à la merci de ses hormones. Elle ne pouvait pas se permettre d'y succomber. La situation entre James et elle était suffisamment en dents de scie sans qu'elle y ajoute en plus des disputes causées par sa grossesse-bien que cette dernière soit déjà la cause de leur « rupture ».

Elle lança un regard au garçon qui se pencha pour toucher l'eau du bout de sa baguette. Elle avait comme toujours une foule de questions. Ce qui lui semblait évident à lui, ne l'était pas du tout pour elle. Cet écart lui faisait peur. Peut-être qu'il les trouvait trop différents. Elle avait toujours refusé de se laisser miner par son statut de née moldue et jusqu'à aujourd'hui elle avait plutôt bien réussi. Elle avait obtenu les meilleurs résultats à tous les examens mais pour ce qui était de sa culture du monde magique, elle était loin d'avoir rattrapée son retard et elle commençait à douter que cela soit possible. Ainsi, elle était parfaitement au courant de l'existence des êtres de l'eau dans le Lac Noir mais elle n'avait aucune idée de la manière de leur rendre visite alors que pour James, ça semblait évident… presque naturel. Ça la frustrait terriblement et l'inquiétait tout autant.

– C'est Dumbledore.

– Quoi ? demanda-t-elle, ne comprenant pas de quoi il parlait et se demandant si elle s'était perdue un peu trop longtemps dans ses pensées.

– C'est Dumbledore qui m'a montré comment faire pour y aller, l'informa-t-il.

– Oh…

Elle sentit une bouffée de chaleur et de reconnaissance la parcourir. Il n'avait jamais été doué pour lire les émotions des gens qui l'entourait mais il avait toujours été capable de déceler et d'identifier ses peurs et ses inquiétudes. Il savait quoi dire et quand. Ce n'était pas la première fois qu'il semblait presque lire dans ses pensées et ça ne serait probablement pas la dernière. Elle avait toujours été terrifiée par cette omniscience qu'il semblait posséder mais aujourd'hui, elle ne la craignait plus autant. Elle la voyait comme une énième preuve qu'il était bien plus qu'une occurrence dans sa vie. Le destin avait bien fait les choses en sommes. Beaucoup trop bien. Elle ne pouvait imaginer être avec quelqu'un d'autre. Il avait été capable de le comprendre bien plus tôt qu'elle, petit génie qu'il était.

– James ? l'interpella-t-elle.

Il se tourna vers elle, abandonnant ce qu'il était en train de faire. Il ne se redressa néanmoins pas, accroupi près de la berge, un genou à terre. Elle ne lui laissa pas le temps de réaliser ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle se pencha et pressa ses lèvres contre celle du garçon. Elle ne s'attarda pas plus d'une demi-seconde. Elle recula… ou tout du moins elle tenta de reculer. Elle sentit les mains sur garçon emprisonner son visage pour la retenir et ses lèvres se joindre aux siennes pour poursuivre ce qu'elle avait commencé. Elle avait voulu écourter ce contact. Elle avait voulu être raisonnable. Elle aurait dû se douter qu'il n'était pas dans la nature de James Potter de faire dans la demi-mesure et encore moins d'être raisonnable. Elle se laissa aller à la tendresse et à la douceur qu'elle ressentait au travers de chacun de ses gestes. La manière dont son pouce caressait délicatement sa tempe, l'effleurement presque imperceptible de ses lèvres lorsqu'il s'écartait légèrement pour reprendre son souffle avant de revenir à la charge. Elle était complètement et irrémédiablement conquise.

L'eau du lac se mit à bouillir comme si elle était entrée en contact avec de la lave. Cela suffit à les distraire. James la libéra de son emprise et elle ne put qu'espérer être de nouveau sa prisonnière.

– Tu… commença-t-elle en essayant à la fois de reprendre ses esprits et de comprendre ce que ça signifiait pour lui…pour eux.

– Bois ça, lui ordonna-t-il en lui tendant, une fiole au contenu aussi rouge que ses joues en cet instant.

– Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.

– Quelque chose qui te permettra de respirer le temps du trajet jusqu'au fond du lac.

– Seulement le temps du trajet ? s'inquiéta-t-elle. Et après ça ?

– Je suppose que les êtres de l'eau nous fournirons ce qu'il faut, répondit-il en haussant les épaules, pas inquiet pour deux sous.

– Tu supposes ? répéta-t-elle en essayant de ne pas perdre son calme.

– Dumbledore m'a donné des indications et ça. Je n'en sais pas plus.

– Alors on fonce tête baissée là-dedans ? s'agaça-t-elle en désignant le tourbillon de bulles qui s'était formé là où James avait lancé le sort.

– Oui, répondit-il descendant d'une traite la fiole avant de plonger.

– Je le hais.

Elle but néanmoins la potion de Dumbledore et imita le Maraudeur en se retenant de le maudire sur plusieurs générations puisque l'une d'elle se trouvait être la sienne. Elle n'eut pas besoin de nager. Elle était comme aspirée vers les profondeurs du lac. L'eau n'était pas assez claire pour qu'elle put déceler quoi que ce soit et elle était bien trop malmenée par le courant pour avoir conscience de la direction qu'elle prenait. Elle n'était sûre que d'une chose. Elle s'éloignait de la surface. Elle sentit l'air lui manquer et elle se mit à avoir bien plus conscience de l'eau qui se frayait sournoisement un chemin jusqu'à ses poumons. Les effets de la potion s'estompaient. Elle sentit poindre en elle, une note de panique. Elle ne pouvait pas retenir son souffle, il n'y avait pas d'air. Une fois que la potion ne ferait plus effet, elle perdrait connaissance. La suite, elle ne la connaissait que trop bien.

Ses sombres pensées furent interrompues par une lumière aussi éclatante qu'aveuglante. Il n'y avait plus d'eau et ses pieds rencontrèrent avec douceur un sol meuble. Elle toussa, accueillant avec joie le retour de l'air dans ses poumons. Elle baissa les yeux vers le sable d'un doré parfait sur lequel elle se trouvait et lorsqu'elle releva la tête, elle vit que James avait atterri un peu plus loin.

– Tu vois. Tout s'est bien passé, lui fit-il remarquer avec un sourire narquois.

– Espèce de petit…

Elle dut s'interrompre en voyant s'avancer vers eux ce qui devait être la délégation du peuple de l'eau. Elle eut un moment de doute puisque les trois « personnes » qui se dirigeaient vers eux, ne ressemblaient en rien aux créatures qu'elle avait étudiées dans ses livres de cours. Elles avaient un visage semblable à celui des humains et surtout elles marchaient sur deux jambes.

– Bienvenue à Atlantide. Le Prince vous attend, les informa l'un de leur interlocuteur.

« Atlantide » ? « Prince » ? Elle sentait naître en elle une excitation presque enfantine bien éloignée de celle que provoquait la proximité ou le contact du garçon qui suivait déjà la délégation. Ce voyage s'annonçait sous les meilleurs augures et elle ne pouvait qu'espérer que leur séjour se déroulerait comme il avait commencé : sous les meilleurs auspices.