CHAPITRE 57
I love you Sirius
Remus ne se fit pas prier pour suivre Sirius. Il avait espéré et attendu ce moment depuis l'instant où il avait pris conscience de son erreur de jugement. Il avait fini par croire que Sirius continuerait à l'ignorer et à s'éloigner jusqu'à ce qu'il le perde de vue… Jusqu'à ce qu'il le perde tout court. Il le regarda jouer avec ses clés de moto comme s'il cherchait ses mots. Ça ne lui ressemblait pas. Remus n'osait pas dire quoi que ce soit de peur de faire changer d'avis le garçon, quoi qu'il ait pu décider d'ailleurs. Rien ne pouvait être pire que son silence et son absence.
– Peter est le coupable, lâcha finalement le garçon en se tournant vers lui.
– Il semblerait, répondit Remus en retenant de justesse un « je te l'avais dit ».
– Je l'ai suivi, l'informa Sirius. Il avait rendez-vous avec les jumeaux Carrow dans une boutique de l'Allée des Embrumes.
– On doit le dire à James, lâcha Remus en essayant de ne pas se concentrer sur les émotions provoquées par la confirmation de ses doutes concernant Peter.
– Non ! s'exclama Sirius.
– Comment ça non ? demanda Remus sans tenter de cacher à quel point il trouvait cette réponse stupide.
– James n'y croira pas. Comme il ne t'a pas cru quand tu as dit que c'était moi.
– Ou quand tu as dit que c'était moi, termina Remus en comprenant que Sirius avait raison. Il nous faut des preuves. Peut-être que si James le voit se rendre à l'un de ces rendez-vous…
– Peter inventera une excuse. Je l'ai sous-estimé. Je ne referais pas la même erreur une seconde fois.
– Qu'est-ce que tu proposes ? demanda Remus qui se sentait gagner par une frustration sans nom à l'idée de ne pas pouvoir agir.
– De tourner ça à notre avantage, répondit le garçon en haussant les épaules comme si c'était évident.
– C'est une idée de Marlène ? demanda Remus qui trouvait que cette idée était bien trop subtile et sournoise pour ne pas émaner de l'esprit d'une Serpentard.
– Oui, admit à contrecœur bien qu'assez facilement Sirius.
– C'est quoi le plan ?
– On continu de lui faire croire que tu me soupçonnes et vice versa. On utilisera du Veritaserum sur lui pour savoir ce qu'il a révélé et ce qu'il sait.
– Doublé d'un Oubliette pour qu'il n'ait pas conscience de nous avoir dit quoi que ce soit, poursuivit Remus, la logique du plan le rassurant sur sa viabilité. On aura constamment une longueur d'avance.
– On pourra changer l'heure.
– Le lieu.
– Le nombre de personnes.
Remus et Sirius se sourirent et l'espace d'un instant, ils étaient de nouveau ce duo parfaitement synchronisé. Le moment passa néanmoins rapidement. Trop rapidement au goût de Remus qui sentit son cœur se serrer en voyant le sourire de Sirius disparaître, remplacé par une expression de nostalgie douloureuse. Cette vision lui était tout bonnement insupportable, d'autant plus qu'il en était la cause. Il n'avait pas de solution. Rien qui puisse effacer ce qu'il avait fait. Sirius acceptait de collaborer avec lui mais il ne le faisait que pour l'Ordre. Pour James et Lily et leur enfant à naître. Pas pour lui. Il n'avait pas changé d'avis le concernant. Une fois cette guerre finie, il lui dirait adieu.
– Tu peux rentrer tout seul ? demanda Sirius, sa réponse lui important finalement peu puisqu'il enfourchait déjà sa moto pour partir sans réitérer sa proposition de le raccompagner.
– Oui bien sûr, mentit Remus.
– Tiens-moi au courant.
– Sirius…
Son début de phrase se perdit dans le grondement du moteur de la Harley et Remus n'eut pas la force d'insister. Il savait reconnaître une cause perdue. Sirius était hermétiquement fermé à tout dialogue. Une part de lui en voulait au garçon. Il avait bien évidemment une part de responsabilité dans ce fiasco. Bien plus qu'une part d'ailleurs. Mais il avait été capable de pardonner à Sirius lorsque ce dernier avait utilisé son secret contre Snape pour le piéger. Il lui avait fallu du temps, certes, mais il n'avait pas envisagé une seule seconde de ne plus l'avoir dans sa vie. Le fait que Sirius soit capable d'envisager cela le blessait bien plus qu'il ne l'admettrait jamais. Il aurait voulu lui être indispensable. Tout comme le garçon lui était essentiel. Il ne savait pas de quoi serait fait son avenir si Sirius sortait définitivement de sa vie, mais il pouvait affirmer avec certitude que le bonheur n'y aurait pas sa place. Il attrapa donc le bras du garçon avant que celui-ci n'enfile son casque.
– Il faut qu'on parle.
– Non, répondit Sirius sur un ton bien trop capricieux.
– S'il te plaît, insista Remus.
– Non, répéta Sirius avec néanmoins un peu moins d'assurance, essayant de se dégager de l'emprise du garçon.
– Je suis désolé !
– Je m'en fiche !
– Sirius ! s'impatienta Remus.
– Laisse-moi partir !
– Je ne peux pas ! Avoua Remus, son intonation aussi douloureuse que déchirante. Tu ne peux pas me demander ça. Je suis incapable de te laisser partir Sirius. Tu…
Il vit Sirius flancher face à son aveu. Derrière l'air buté et la colère enfantine se cachait une douleur à l'image de la sienne : sourde et profonde. La plaie était encore béante et à vif. Il avait détruit quelque chose mais il était prêt à recoller ce qui restait de leur relation. Il se fichait que le résultat ne soit pas parfait.
–… tu me manques.
– Ça ne m'intéresse pas, répondit Sirius en détournant le regard.
Remus n'avait jamais été dans cette position. C'était une expérience à la fois étrange et enrichissante. La plupart du temps, il était celui qui « avait raison », celui qui « leur avait bien dit ». Il se souvenait d'après-midis entières à les écouter s'excuser de l'avoir mis dans une situation difficile alors qu'il avait prédit que ça finirait mal. Il se retrouvait bien souvent avec une quantité astronomique de chocolat et bien trop d'attention. Sirius était celui qui finissait par le faire craquer. Il ne parvenait jamais à en vouloir au garçon. Peut-être qu'il devrait prendre exemple sur celui-ci pour se tirer d'affaire cette fois-ci. En était-il seulement capable ?
Il n'avait jamais vraiment réfléchi à l'origine de cette réticence à exprimer cette vérité intangible qui l'habitait depuis le premier jour où son regard s'était posé sur Sirius. Il avait toujours eu l'impression de ne pas mériter ce qui lui arrivait, que ce soit les maraudeurs ou l'amour de Sirius. Une part de lui avait voulu se protéger en envisageant le pire. Il avait donc entretenu l'idée qu'un jour, ils se détourneraient de lui et que son monde serait de nouveau terne et solitaire.
Aujourd'hui, alors qu'il s'apprêtait à voir se réaliser sa plus grande peur, il réalisait qu'il avait changé. Il n'aurait su dire quand ni pourquoi, mais il avait baissé sa garde. Il avait cru à une éternité avec eux et surtout avec Sirius. Il était devenu « égoïste ». Il ne voulait pas renoncer à eux. À lui. Il voulait les garder. Le garder. Ces mots qu'il ne s'était jamais laissé aller à prononcer ne lui paraissaient plus aussi terrifiants. Il s'était contenté de les recevoir, les conservant précieusement sans jamais s'autoriser à penser qu'ils les méritaient. Sans jamais oser penser avoir quoi que ce soit à leur offrir qui soit digne d'eux. Sans se rendre compte qu'ils plongeaient dans le doute ceux qui l'entourait. Il avait tellement reçu et qu'avait-il rendu à cela ? Rien, si ce n'est de l'incertitude. Il pouvait rectifier cela.
– Je t'aime, murmura-t-il d'une voix à peine audible.
– Quoi ? demanda Sirius, dont la colère semblait s'être envolée, bien qu'il ne semblât pas certain de ce qu'il avait entendu.
– Je t'aime, répéta Remus plus distinctement sans pour autant oser croiser le regard de celui à qui il destinait ces quelques mots. Je t'aime Sirius.
Il ne parvenait plus à s'arrêter. Il sentit les larmes lui monter aux yeux lorsqu'il sentit les bras du garçon s'enrouler autour de son cou et sa joue se presser contre la sienne.
– Il t'en a fallu du temps.
– Je t'aime, répéta-t-il comme libéré d'un poids.
– Tu peux, répondit Sirius en le serrant plus fort encore. Je t'aime aussi Moon.
