CHAPITRE 58
The only one

James se laissa tomber sur le confortable lit de la chambre qui lui avait été attribué. Il était épuisé. La soirée avait été longue. Non pas qu'ingurgiter des petits fours tout en descendant des verres à cocktails nécessitent beaucoup d'efforts. En revanche, faire la conversation oui. Il n'avait jamais été doué pour le relationnel et nul doute qu'il aurait décliné une mission aussi peu… risquée. Mais il avait littéralement sauté sur l'occasion lorsqu'elle s'était présentée. Dumbledore l'écartait systématiquement de tout ce qui pouvait s'avérer potentiellement dangereux.

Alice, Frank et Lily étaient logés à la même enseigne mais ils semblaient mieux le supporter que lui. Quoi que Lily fût étrange ces derniers temps. Il sentit le rouge lui monter aux joues en repensant à l'attitude de la jeune fille. Il avait pris le temps de se renseigner sur les femmes enceintes. Il avait donc rapidement compris que Lily entrait dans son troisième mois de grossesse… Son désir sexuel était comme qui dirait « exacerbé » par ses hormones. C'était scientifique. Purement anatomique. Ça ne la rendait pas moins désirable et il peinait à résister aux assauts de la jolie rousse.

Il s'était déjà fait avoir une fois au bord du lac noir. Il n'aurait pas dû l'embrasser. Il plaça son avant-bras sur ses yeux, essayant de chasser ce souvenir de son esprit. C'était plus compliqué que prévu. Surtout lorsque la voix de celle qui lui faisait tourner la tête lui parvint au travers de la double porte à laquelle elle venait de frapper. Il se redressa trop brusquement pour quelqu'un qui aurait dû être indifférent. Il fixa la porte, hésitant à ne pas répondre. Ça ne lui ressemblait pas. Il se leva donc et s'avança vers ladite porte, l'entrouvrant à peine dans une volonté d'en voir le moins possible. Comme si chaque parcelle d'elle, même une simple tâche de rousseur, n'était pas de taille à lui faire oublier ses résolutions.

– Je peux entrer ? s'enquit-elle d'une voix où il aurait pu déceler une note de nervosité s'il n'avait pas été dans le même état.

– J'allais me coucher, argua-t-il en essayant de ne pas laisser son regard glisser sur elle.

– Ça ne sera pas long, j'ai juste besoin d'aide pour ma robe.

– D'aide pour ta robe ? répéta-t-il avec une impression que ses neurones s'étaient tous fait la malle en même temps dans une volonté de le faire passer pour le plus parfait imbécile ayant jamais foulé cette terre.

– Oui. Je n'arrive pas à la fermer, ajoute-t-elle en lui tournant le dos pour appuyer ce qu'elle disait.

Il ne put que baisser les yeux vers ce qu'elle voulait lui montrer. Son regard fut attiré par le pan de peau que laissait entrevoir la fermeture éclair défaite de la jolie rousse. La cambrure de ses reins lui coupa un instant le souffle et il ne fut libérer de son envoûtement que lorsqu'elle se tourna de nouveau vers lui.

– Tu veux bien m'aider ?

– Oui, bien sûr, répondit-il en se rendant compte qu'il bloquait toujours la porte, s'écartant pour la laisser passer.

Elle entra et il ne put s'empêcher de remarquer qu'elle était bien trop apprêtée. On aurait pu croire qu'elle avait…

– Tu vas quelque part ? lui demanda-t-il, tout en se rappelant intérieurement que ce ton était « bien trop agressif pour quelqu'un qui ne sort pas avec elle ».

– Le Prince veut me faire visiter la ville ! Je suis tellement impatiente ! J'ai tellement de questions ! Tu savais que la ville se déplaçait ? Ça explique que personne ne soit jamais tombé dessus ! Je ne sais pas comment leur poser des questions sur leur apparence sans paraître impolie ! On dit que la famille royale atlantes descends de Poséidon ! Un dieu ! Tu te rends compte ?

Il n'avait pas écouté un traître mot de la longue tirade de la jeune fille. Elle tenait à peine en place et comme toujours sa curiosité et sa soif de savoir l'emportait sur le reste. Il ne parvenait pas à faire preuve du même enthousiasme pour le moment. Il avait d'ailleurs senti celui-ci s'évaporer à la mention du « Prince ». Ce dernier n'avait eu d'yeux que pour Lily toute la soirée mais James s'était évertué à ne pas trop s'en inquiéter bien qu'il eut pris soin de ne pas les laisser seuls. Pourtant le triton avait réussi à s'attirer les faveurs de Lily qui semblait plus qu'impatiente de passer la soirée avec le souverain. Il remonta la fermeture éclair d'un coup un peu trop sec, faisant sauter celle-ci, ruinant par conséquent la tenue de la jeune fille.

– Tu l'as cassé ! lâcha-t-elle en se précipitant vers le miroir à pied qui trônait un peu plus loin, se contorsionnant pour jauger des dégâts.

– Ce n'est pas plus mal, marmonna-t-il n'essayant pas de paraître désolé puisqu'il ne l'était pas le moins du monde.

– Je te demande pardon ? s'étrangla-t-elle en se tournant vers lui. Tu l'as fait exprès !

– N'importe quoi. Pourquoi je ferais ça ?

– À toi de me le dire, contra-t-elle en s'approchant de lui, poussant du doigt son torse et relevant son visage d'ange vers lui.

Merlin, ce qu'il pouvait aimer ses colères.

– Tu n'as qu'à aller en mettre une autre, une moins… commença-t-il mais s'interrompant avant de signer son arrêt de mort.

– Moins quoi ? gronda-t-elle prête à lui sauter dessus.

– Rien.

– Oh tu vas répondre James Charlus Potter ! Le menaça-t-elle, ses iris émeraudes le clouant sur place.

– Je ne vois pas pourquoi t'en fais toute une histoire ! Lance un Reparo et lâche moi ! Tu pourras demander au « Prince » de remonter cette foutue fermeture éclair pour toi ! C'est un dieu non ? Ça devrait être dans ses cordes.

– Tu es jaloux, lâcha-t-elle, sa colère s'étant brusquement envolée.

– Jaloux ? s'esclaffa-t-il bien qu'elle ait parfaitement raison. Pourquoi je serais jaloux d'un demi poisson ?

– Je ne sais pas. Pourquoi tu es jaloux de lui ?

– Je ne suis pas jaloux.

– James…

– Fais ce que tu veux ! Je ne sais même pas ce que tu fiche ici ! Tu pouvais très bien la remonter avec un sort !

– Je voulais que tu… Laisse tomber, soupira-t-elle en se dirigeant vers la porte.

Il aurait dû la retenir mais il dut la laisser partir. Il était encore en colère et il ne se sentait pas capable de lui pardonner. Ça ne rendait pas pour autant la situation plus facile. Il était incapable de la détester. Il ne pouvait que l'aimer. Ça compliquait singulièrement la position qu'il avait décidé d'adopter. Il n'avait pas vraiment réfléchi aux conséquences de sa décision de ne plus être avec elle. Comment avait-il pu croire que la fille de ses rêves n'occupait pas les songes des autres ? Ils n'étaient plus à Poudlard. Il ne pouvait pas terroriser tous ses potentiels prétendants pour les dissuader de tenter leur chance avec elle. Il devait accepter de la laisser passer à autre chose s'il voulait y parvenir aussi.

Il ouvrit la porte de sa chambre et la rattrapa dans le couloir, sa baguette en main. Elle se tourna vers lui, affichant une expression de surprise confuse.

– Je suis désolé, lâcha-t-il sans vraiment préciser pourquoi il s'excusait et espérant qu'elle n'insisterait pas. Je peux ? Demanda-t-il en passant derrière elle.

Il lança un Reparo et inspira doucement, attrapant la minuscule languette de fer noir et tirant celle-ci vers le haut, effleurant et suivant du pouce la colonne vertébrale de la jolie rousse. Il la sentit se tendre et retenir son souffle. Égoïstement, il se prit à espérer que le Prince n'arrivait pas à ses fins et ne se retrouverait pas à abaisser cette foutue fermeture. Il voulait être le seul à provoquer ce frisson de désir chez elle. Il voulait être le seul tout simplement.

– Fais attention à toi.

– Toujours, répondit-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour effleurer sa joue d'un baiser.