CHAPITRE 61
The straw
Marlène fixait sa tasse fumante de chocolat chaud, emmitouflée dans un plaid. Elle ne parvenait pas à se réchauffer. Les rires de Sirius et Remus lui parvenaient de la cuisine. Elle aurait dû être heureuse de leur réconciliation mais aucun sentiment de joie n'avait réussi à se frayer un chemin dans le désert de glace qui l'habitait depuis son retour.
Voldemort ne l'avait pas libéré pour rien. C'était une certitude qui refusait de la quitter et qui l'empêchait de reprendre le cours normal de sa vie. Elle avait bien tenté de deviner ce qu'il attendait d'elle. Elle avait bien tenté de résister. Elle était même assez fière de ce qu'elle avait accompli jusque-là. Elle s'était tenue loin de l'Ordre du Phoenix. Et malgré la douleur infligée par sa marque des ténèbres, elle n'avait répondu à aucun des appels du Maître de Ténèbres. Elle avait espéré que ça suffirait. Mais elle s'était trompée et ne l'avait malheureusement compris que trop tard. Le Maître des Ténèbres n'avait pas besoin d'elle pour glaner des informations sur la Résistance. Il avait déjà Peter pour ça. Ce n'était pas la raison pour laquelle il l'avait envoyé ici. Il voulait autre chose. La question demeurerait : quoi ?
– Marley ? l'interpella Sirius qui l'avait rejoint. Tu ne te sens pas bien ? s'enquit-il inquiet, posant une main sur son genou.
– Si, j'ai juste un peu froid, mentit-elle.
Il ne sembla pas convaincu par son excuse. Elle évita consciencieusement son regard. Elle n'avait jamais été très douée pour lui résister et une part d'elle savait que le regard gris acier du garçon la désarmerait comme toujours et qu'elle se retrouverait à avouer toutes ses peurs les plus secrètes. Il la couvait constamment d'un regard soucieux, elle refusait de lui infliger de nouvelles inquiétudes. Peut-être qu'elle était parano, que ce n'était qu'un très mauvais pressentiment.
– C'est prêt ! annonça Remus en entrant dans le salon, déposant sur la table le plat.
– Allez Princesse, viens manger, lui ordonna Sirius en lui tendant la main. Ça va te réchauffer.
– Je n'ai pas faim… répondit-elle ignorant la main tendue du garçon.
– Il faut que tu manges, s'agaça-t-il, toujours aussi impatient qu'autrefois. Tu n'as rien avalé de la journée. Et ne me réponds pas avec ton chocolat, ajouta-t-il en la voyant lui désigner sa tasse. Boire ce n'est pas manger.
– Sirius… soupira-t-elle.
– S'il te plait, insista-t-il.
Elle hésita, pesant le pour et le contre, le pour l'emportant finalement. Il était difficile de lui refuser quoi que ce soit. Elle attrapa sa main et elle le vit se figer. Elle vit ses traits s'altérer comme s'il souffrait. Elle se redressa rapidement, posant une main sur la joue du garçon. Nul doute que si les pupilles du maraudeur ne s'étaient pas brusquement assombris, son reflet aurait été celui d'une panique réelle. Loin d'apaiser le jeune homme, son contact sembla aggraver la situation.
– Sirius ? lâcha-t-elle d'une voix tremblante. Sirius qu'est ce qu'il se passe ?
Il semblait incapable de répondre. Il semblait également incapable de tenir debout, elle n'eut donc pas de mal à le faire asseoir sur le canapé. Elle le vit trembler doucement, et posa une main sur son front. Il était brûlant. C'était surréaliste. Personne ne pouvait tomber malade aussi vite ! Il allait parfaitement bien une seconde plus tôt.
– Remus…
Debout près de la table de la salle à manger, des couverts à la main, le garçon n'avait pas remarqué que quoi ce soit clochait. Remus tourna la tête vers eux en l'entendant l'interpeller et il abandonna ce qu'il faisait pour se précipiter vers eux.
– Qu'est ce qui se passe ? demanda-t-il en reproduisant les mêmes gestes qu'elle.
– Je ne sais pas, répondit-elle en s'écartant pour le laisser faire, jouant nerveusement avec ses mains. Il allait bien.
Elle s'apprêtait à ajouter qu'elle n'avait rien fait mais elle remarqua soudain un détail qui lui fit remettre en question de cette affirmation. Sirius, loin de se crisper au contact de Remus, semblait plus… détendu. Il reprenait des couleurs à vue d'œil et son regard s'éclaircissait peu à peu. Elle recula d'un pas et les tremblements cessèrent aussi brusquement qu'ils étaient apparus. Elle inspira profondément s'avançant de nouveau, terrifiée à l'idée que ses soupçons soient confirmés. Malheureusement pour elle, se fut le cas. Sirius se recroquevilla de nouveau comme un animal blessé.
– Ça brûle… murmura-t-il à bout de souffle, la douleur rendant sa respiration plus difficile.
– Remus qu'est ce qui se passe ? demanda-t-elle à son tour, convaincue que le garçon avait la réponse.
– Et bien, commença le timide maraudeur en lançant un regard incertain à Sirius comme pour lui demander s'il pouvait poursuivre. C'est ses runes, admit-il finalement en voyant que le garçon ne faisait aucun geste qui laisserait à supposer qu'il ne voulait pas qu'elle soit mise au courant.
– Ses runes répéta-t-elle en lançant un regard aux mains de Sirius qui étaient couvertes de tatouages et plus précisément de runes.
Elle les connaissait par cœur. Elle savait qu'elles parcouraient presque entièrement le corps du garçon. Elles les avaient bien souvent suivies du bout des doigts. Elle avait toujours adoré sentir le léger relief de chaque dessin mais elle n'avait jamais vu tout ça au-delà de l'esthétique. Sirius aimait les belles choses. Il était une belle chose. Elle ne s'était pas douté une seule seconde qu'il s'agissait de magie runique. C'était un art presque disparu que bien peu de sorciers maîtrisaient encore. Les runes à Poudlard étaient enseignées uniquement comme une langue écrite morte, au même titre que le latin.
– Quand Sirius est arrivé chez les Potter, il était dans un sale état.
– Quel rapport avec les runes, s'impatienta la jeune fille. En quoi le fait que ses parents le battaient…
– Ce n'est pas ce que tu crois, l'interrompit Remus.
– Quoi ? Il n'était pas battu ? La Gazette a menti ?
– Ça ne serait pas vraiment une surprise mais non cette fois ci La Gazette avait dit la vérité. Le problème c'est qu'elle ne disposait que d'une petite partie de l'histoire.
– Tu appelles ça une « petite » partie de l'histoire ? d'étonna-t-elle, ne voyant pas bien ce qui pouvait être plus gros que les sévices commis par Orion et Walburga Black sur leur héritier.
– Comparé aux restes oui, répondit-il avec un air sombre. Walburga est folle.
– Ce n'est pas nouveau ça.
– Elle voyait en Sirius… son père, Orion.
– Ça commence à devenir glauque, lâcha-t-elle en lançant un regard vers Sirius qui les yeux fermés, était toujours aussi essoufflé.
– Elle haïssait Orion.
– Et donc Sirius.
L'histoire des parents de Sirius n'était un secret pour personne. À l'époque où les médias s'étaient emparés de l'affaire, ça avait provoqué beaucoup de remous dans la société magique, brisant l'apparente perfection des sangs purs. Elle se souvenait que ses propres parents avaient remis en doute toute cette histoire, affirmant qu'il ne s'agissait que d'une histoire d'héritage. Que Sirius n'était qu'un petit manipulateur qui avait réussi à convaincre son oncle de lui céder la fortune familiale à lui plutôt qu'à sa petite sœur, Walburga. Pour eux, l'adolescent avait inventé de toutes pièces ces histoires de maltraitance pour décrédibiliser ses parents et être certain qu'ils ne puissent pas le traîner en justice pour récupérer l'argent qu'il avait détourné.
– Sirius n'est pas parti. Il s'est sauvé, expliqua Remus.
– Est ce que ce n'est pas la même chose ? s'enquit Marlène, ne parvenant pas à saisir où le doux maraudeur voulait en venir.
– Ses parents, pour le punir de s'être emparé de la fortune de son oncle, ont jugé bon de l'inscrire dans un petit club assez connu, lâcha Remus sarcastique.
– Les Mangemorts…
– Les Mangemorts, répéta Remus. Le problème c'est qu'une fois de plus Sirius n'était pas comme eux. Après des années au côté de James, sa magie n'était pas aussi noire que celle du reste de sa famille.
– Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-elle, même si elle se doutait de la réponse.
– Ils lui ont fait rattraper son « petit » retard. Ils se sont arrangés pour qu'il utilise la magie noire mais Walburga est allé trop loin. Contrairement à Orion, elle voulait que Sirius disparaisse. Que Regulus devienne le nouvel héritier. Disons que Sirius est en perpétuelle overdose de magie noire. Et que ces runes sont ce qui l'empêchent de devenir une réplique parfaite de Bellatrix. Pour peu qu'il ne l'utilise pas et qu'il n'y est pas trop exposé, il ne risque rien.
Marlène lança un regard à Sirius dont la respiration s'était peu à peu apaisée, laissant entendre qu'il s'était assoupi. Elle savait désormais la raison pour laquelle le Maître des Ténèbres l'avait envoyé ici. Elle était la goutte de magie noire qui ferait déborder le vase déjà plein de Sirius.
