CHAPITRE 66
His family
- Je propose de le tuer, asséna Sirius d'un ton sans appel.
- On ne va pas le tuer Sirius, soupira Remus.
- Pourquoi pas ? rétorqua le garçon en évoluant nerveusement bien que gracieusement dans le salon.
- Parce que le but c'est que personne ne tue personne, répondit le doux maraudeur, essayant tant bien que mal de raisonner son ami.
- Je croyais que l'objectif c'était que James, Lily, Frank, Alice et leurs versions miniatures restent en vie. J'ai rien signé concernant le sale petit rat.
- Vous auriez pu vous en douter, intervint Marlène qui posa sa tête sur les genoux de Remus, s'allongeant de tout son long sur le canapé avec une nonchalance qui lui était propre bien qu'elle lui eut été inspirée par un certain garçon au flegme légendaire. Il a choisi le rat. C'est pas l'animal qui inspire le plus la confiance et la loyauté.
- On s'est dit qu'il aimait le fromage ! Pas qu'il prévoyait de tous nous tuer ! protesta Sirius qui semblait plutôt mal vivre le fait de s'être laissé avoir par le garçon pour qui il avait bien souvent eu du mépris.
- Il n'avait peut être pas le choix... argumenta Remus bien qu'il ne parvînt pas à atténuer l'incertitude de cette affirmation.
- Beaucoup de gens sont morts à cause de lui ! Toutes les missions qui s'étaient soldées par une embuscade !
- Je n'essaye pas de justifier ces actes Sirius, je dis juste... commença Remus avant d'être interrompu.
- Tu dis quoi exactement ? Quand c'était moi, t'étais beaucoup moins récalcitrant à me jeter sous les rails d'un train.
- Je n'ai jamais voulu te tuer ! protesta le jeune loup.
- Non tu essayais juste de convaincre tous le monde de le faire en prouvant que j'étais le coupable !
- Tu faisais la même chose !
- Je t'aurais tué si tu avais été le traitre et je vais faire la même chose avec lui.
Un silence pesant suivit cette déclaration. Marlène ne savait pas quoi dire ni où se mettre. Elle sentait que Remus, sous ses dehors impassibles, était loin d'être stoïque. La déclaration de Sirius l'avait visiblement secoué et son ressentiment un peu plus encore. Rien n'avait été pardonné. Il n'avait fait que tasser le problème pour se concentrer sur autre chose. Quelque chose avait définitivement était brisée entre les deux garçons. L'amour qu'ils se portaient n'était plus aussi palpable qu'autrefois et pour la première fois, elle eut la nette impression d'avoir le dessus. Elle n'avait jamais vu ça comme une compétition. Le cœur de Sirius n'était pas un trophée convoité, c'était plutôt un espace plus ou moins extensible et dans lequel chaque personne pouvait évoluer. Dans cet espace se trouvait une sorte de catégorie VIP : les maraudeurs. Catégorie dont les fondations semblaient s'écrouler peu à peu alors que les siennes étaient plus solides que jamais.
- On ne tuera pas Peter. Et une fois que la guerre sera terminée, il sera jugé pour ces crimes, ajouta-t-elle sans faire mine de se lever du canapé et empêchant Remus de fuir puisque les genoux du garçon supportait encore sa petite tête blonde.
- Et condamné au baiser du détraqueur, marmonna Sirius.
- Tu n'es pas juge et bourreau Sirius, poursuivit-elle. Si tu le tues, tu ne vaudras pas mieux que lui. Tu serais un meurtrier.
L'argument sembla porter ses fruits puisque cela ne souleva plus aucune protestation du garçon qui semblait plus calme malgré le fait qu'on puisse lire dans son regard que la trahison de leur ami l'avait ébranlé assez profondément et que les suspicions de Remus ainsi que sa clémence à l'égard de Peter n'était pas pour arranger les choses. Ça et l'influence néfaste de la magie noire sur les humeurs déjà bien changeantes du ténébreux garçon. Si elle quittait la pièce, peut être que cela atténuerait la tension entre les deux amants ... mais elle en doutait fortement. Quelque chose s'était brisé et un cœur n'est malheureusement pas réparable à loisir. Elle se rendit compte qu'elle venait d'assister à la fin de leur relation.
- Je vais préparer à manger ... Remus tu restes dîner avec nous ? Demanda Marlène bien que la réponse était plus qu'évidente.
- Non je ... non, répondit le garçon qui n'avait visiblement même plus le cœur à trouver des excuses.
Sirius ne le retint pas. Il ne le regardait pas. Marlène sentit son cœur se serrer à cette vision et la culpabilité l'envahie de s'être réjouie ne serait qu'une seconde. Elle n'avait jamais été aussi gentille que Lily ou aussi juste qu'Alice. Elle était plutôt spécialisée dans l'art de collectionner les defaults pour en faire des qualités. Talents que Sirius partageait et qui expliquait leur relation tantôt harmonieuse tantôt tumultueuse. Lorsqu'ils avaient un objectif commun, rien ne pouvait les entraver et il était plus que certain qu'ils obtiendraient gain de cause. Mais si leurs intérêts divergeaient ... alors rien ne pouvait être moins sûr si ce n'est qu'il s'agirait d'une bataille sanglante et sans pitié. Tous les coups étaient permis.
Pour ce qui était des autres ... comme par exemple un rival amoureux, la défaite était assurée pour ce dernier et Marlène aurait probablement exulté si la personne n'avait pas été Remus. Sans compter qu'elle n'avait aucun mérite. Elle se contenter de récolter les lauriers sans avoir levé le petit doigt pour cela. Une fois que la porte eut claque derrière le garçon, Marlène se tourna vers Sirius qui semblait en état de choc.
- Sirius ? s'enquit-elle sans pour autant esquisser le moindre geste.
- Je vais bien.
Ce n'était pas un mensonge. Sirius ne lui mentait jamais. Il n'avait pas peur d'elle et cela n'avait rien à voir avec le légendaire courage des Gryffondors. Le garçon avait vu le vrai visage de la peur, et il avait les traits de Walburga Black. Rien ne surpasserait jamais la terreur que lui avait inspirer sa propre mère. C'était pour cette raison qu'il avouait si rapidement à McGonagall les farces qu'il avait perpétrées ou encore qu'il ne niait jamais lorsqu'elle le soupçonnait d'avoir laissé à la disposition d'une autre personne son corps. Seul l'idée de perdre sa famille le terrifiait. La famille qu'il avait choisie. James, Remus et Peter. Les maraudeurs. Elle avait entendu dire que la meilleure manière de surmonter ses peurs était d'y faire face. Nul doute que le danger qui menaçait James, la trahison de Peter et la fin de son premier amour lui avait fait y faire face. Elle le sentait plus fort. Plus déterminé. Il n'avait plus peur. Il allait bien. Ce n'était pas la première fois qu'il perdait sa famille.
La jolie blonde se plaça à califourchon sur les genoux du garçon, plaçant son index sous son menton pour relever son visage d'ange vers elle. Elle l'admira un instant. Elle n'attendrait pas d'être choisi. Elle serait sa famille.
- Sirius. Épouse moi.
