CHAPITRE 68
Monsters
Marlène valsait gracieusement au bras de Gideon Prewett. Elle parvenait à allier à la perfection, les pas de danse complexes qu'elle devait exécuter et les remontrances qu'elle se faisait un devoir d'administrer au garçon. En effet, elle ne pouvait que trouver révoltant la manière qu'ils avaient - lui et son frère Fabian - de traiter leur petite soeur, Molly ainsi que son mari Arthur Weasley. C'était une affaire certes fâcheuse pour les Prewett qui avait vu leur réputation être trainée dans la boue mais c'était contre ça qu'ils se battaient tous aujourd'hui. Contre un monde de dictat stupide. Pour un monde où l'honneur ne prônerait pas sur l'amour. Faire partir de l'Ordre du Phoenix et continuer à se comporter comme des sangs pur obnubilés par le "qu'en-diras-t-on" était un paradoxe qui ne pouvait exister s'ils espéraient décrocher la victoire.
- Elle est heureuse. C'est tout ce qui devrait t'importer.
- Elle a gâché son avenir ! S'emporta-t-il, sa frustration presque palpable. Elle était trop jeune pour ... ce genre de choses.
- Oh par pitié Gideon, ton frère et toi avez perdu votre virginité à quatorze ans et avec la même fille !
- Ce n'est pas la même chose ! Répliqua-t-il avec un peu moins d'assurance.
- Pourquoi ? Parce que c'est une fille ? Tu te rends compte que tu fais partie d'une organisation qui se bat pour l'égalité de tous et que tu tiens ce genre de propos !
- Elle est tombée enceinte ! Elle aurait pu ... mais elle a voulu le garder.
- C'est son choix. Elle n'a pas gâché son avenir. Elle a choisi son avenir.
- Arthur Weasley ...
- Est fou amoureux d'elle, le coupa-t-elle. Regardez les pour l'amour de Merlin. Regardez les.
Molly et Arthur évoluaient à quelques pas d'eux. Ils n'avaient d'yeux que l'un pour l'autre et la tendresse qui se dégageait du couple n'avait rien à envier aux autres. Le sourire de Molly était radieux et celui d'Arthur était béat. Ça lui donnait un air stupide mais ne laissait aucun doute sur la profondeur de son amour pour la jolie rousse qui partageait désormais sa vie.
- Et si elle regrette ? S'enquit Gideon révélant qu'il n'était finalement qu'un grand frère terrifié que sa petite soeur ne soit blessée.
- Elle décidera de ce qu'elle voudra faire et tu seras là pour la soutenir dans ses choix. Fais passer le message à Fabian. Réconciliez-vous avec elle. La vie est trop courte ces derniers temps pour ce genre de querelles stupides.
Elle dépose un baiser sur la joue du garçon avant de se sentir tiré en arrière. Des bras avaient entouré sa taille et un frisson la parcourut en sentant le souffle chaud et bien trop familier de Sirius caresser sa nuque. Il avait toujours été imprévisible si ce n'est lorsque cela concernait sa jalousie. Pour ce cas précis, elle pouvait prévoir avec une précision digne d'une extralucide, ce qu'il ferait. Il n'avait fallu que d'un innocent baiser pour qu'il intervienne. Elle laissa son dos reposer contre son torse et releva la tête pour croiser ses yeux d'un gris assombris par la possessivité.
- Sirius ... soupira-t-elle d'une voix faussement lasse, se retenant de sourire.
- Ne me pousse pas trop princesse, gronda-t-il.
- Jamais, répondit-elle avec une innocence bien mal jouée.
Elle se tourna pour lui faire face, passant ses bras autour de son cou, caressant délicatement sa nuque du bout des doigts et pressant son corps contre le sien. Elle le sentit se tendre mais pour d'autres raisons qui n'avaient aucun lien avec sa colère. La prise du garçon sur sa taille se raffermit et elle ne put qu'esquisser un sourire lorsqu'il céda à la tentation, capturant ses lèvres. Elle n'avait jamais aimé les mariages mais celui-ci n'était pas si mal. James et Lily s'étaient éclipsés dès la fin de la cérémonie. Ils avaient visiblement mieux à faire que couper une pièce montée. Qui était-elle pour les juger ? Son propre mariage n'avait inclus ni invité ni réception. La seule preuve de son union avec Sirius était un stupide parchemin détenu par une mairie moldue et deux témoins tout aussi moldus qu'ils avaient sélectionné parmi les employés municipaux. Elle était bien loin du plus grand mariage du siècle rêvé par ses parents.
Il recula brusquement. Il ne pouvait jamais prévoir quand cela deviendrait trop insupportable pour lui. C'était une situation difficile pour eux. Ils avaient toujours du se retenir. Elle se souvenait de ses heures de cours à devoir le regarder sans le toucher. À devoir attendre d'être seuls, loin du regard des autres. Il y aurait toujours eu quelque chose pour se mettre en travers de leur amour. Sa famille, Rabastan, son statut de traître à son sang... la mort. Ils parviendraient à surmonter cette épreuve, elle en était convaincue.
- Va-t'en, murmura-t-elle. Reviens-moi.
- Toujours, répondit-il avant de disparaître.
Ils avaient du écarter l'idée de la débarrasser de la marque des ténèbres. Rien, si ce n'est peut-être même la mort ne pouvait la libérer de l'emprise du Maître des Ténèbres. Pour ce qui était de "réparer" les dommages causés par Walburga Black sur son ainé, ce n'était pas une mince affaire. Les runes parvenaient de plus en plus difficilement à contenir ce surplus de magie noire et rien ne garantissait qu'il ne basculerait pas tôt ou tard. Le pire étant qu'elle le suivrait sans hésiter. Elle avait abandonné son monde pour lui. Elle abandonnerait celui-ci aussi pour être à ses côtés. Elle lui avait promis qu'elle le tuerait si par malheur il perdait son humanité. S'il devenait comme Bellatrix. Mais c'était un mensonge éhonté. Elle n'était pas assez altruiste.
Elle sentit une main se glisser dans la sienne et tourna la tête vers celui à qui elle appartenait.
- Remus.
- Marlène.
- Non, asséna-t-elle d'un ton sans appel.
- Sois raisonnable.
- Jamais, dit-elle sur un ton presque capricieux, essayant de dégager sa main.
- Pour lui.
- Je ne suis pas toi.
Remus avait brisé son propre coeur pour sauver Sirius. Elle rendait caduc son sacrifice en restant aux côtés du garçon. Elle était nocive. Un poison mortel. Elle ne pouvait néanmoins se résoudre à faire comme le jeune louveteau. Ce dernier avait compris que le loup garou en lui était une menace pour la stabilité de son amant. Après tout, la lycanthropie puise aussi son essence dans la magie noire. Il s'était résolu à ne pas se battre pour sauver leur relation, la laissant s'éteindre. Mais elle ne pouvait en faire de même. C'était au-dessus de ses forces. Elle ne se séparait pas de Sirius.
- Tu es un monstre, murmura-t-il.
- Toi aussi, répliqua-t-elle sans pitié.
- Et il le sera bientôt aussi.
