CHAPITRE 69
To seek power
Lily était tranquillement allongée sur le canapé du salon. Elle avait étiré ses jambes de manière à ce que celles-ci soient posées sur les genoux de James qui lui massait avec une dévotion certaine les mollets. Ce n'était pas un simple caprice de sa part, ses jambes la faisaient souffrir le martyre ces derniers temps. Ce qui était plutôt logique vu le poids qu'elles devaient désormais supporter. Elle ne put s'empêcher de se redresser pour pincer la cause de sa douleur.
– Aie ! Qu'est-ce que j'ai fait ! protesta le garçon, outré de se voir réprimander alors qu'il s'évertuait à la soulager.
– Tu sais très bien, répondit-elle en se calant de nouveau confortablement dans les oreillers, ne pouvant retenir un sourire en le voyant aussi perdu.
Il ne s'était pas pour autant arrêté de la masser même s'il continuait de froncer les sourcils en pleine réflexion pour essayer de comprendre ce qui lui avait valu une punition de sa part. Il n'avait jamais été doué pour situer le problème et elle s'en voulu de le torturer comme ça mais elle n'avait pas assez de scrupules pour mettre un terme au questionnement intensif du garçon.
La sonnette de l'entrée retentit et ils se lancèrent un regard intrigué. Ils n'attendaient personne aussi tard dans la soirée. James se leva après avoir pressé le genou de la jolie rousse comme pour s'excuser de l'abandonner ne serait-ce qu'une seconde. Elle se saisit de sa propre baguette prête à intervenir si par malheur le visiteur surprise s'était révélé être un ennemi et non un ami.
– Professeur Dumbledore ? s'étonna James avant de s'écarter pour laisser passer le mage.
– Je m'excuse de passer aussi tard et sans prévenir.
– Il y a un problème ? s'enquit Lily d'une voix soucieuse, ne pouvant qu'envisager le pire si cela avait fait déplacer le sorcier en personne.
– Non, aucun problème. La raison de ma visite est tout autre.
Lily le regarda s'installer dans le fauteuil tandis que James revenait prendre place à ses côtés. Elle glissa sa main dans celle de son mari, toujours un peu anxieuse même si le directeur de Poudlard se voulait rassurant.
– Il a été porté à mon attention que vous déteniez une cape d'invisibilité ...
Lily n'aimait pas cette entrée en matière. Elle ne pouvait que se souvenir de cette histoire que lui avait comptée Sirius au sujet de l'adolescence de Dumbledore ainsi que de sa relation avec un certain sorcier plus que malfamé du nom de Grindelwald. Elle avait fait ses propres recherches puisque Sirius avait avoué qu'il ne s'agissait que de rumeurs qui circulaient dans les hautes sphères des sangs purs. Ce qu'elle avait découvert l'avait rendu moins aveuglement loyal à Dumbledore mais elle n'avait rien dit à James. Elle le connaissait assez pour savoir que rien ne le ferait changer d'avis concernant le sorcier. Il était indubitablement "l'homme de Dumbledore".
– Est-ce que vous allez me la confisquer ? plaisanta James.
– Je pense que le professeur McGonagall aurait aimé mettre la main dessus plus tôt pour éviter certaines de vos bêtises mais cela me semble plus qu'inutile de vous en priver aujourd'hui.
– On aurait surement trouvé une alternative pour mettre nos plans à exécution malgré tout !
– Alors vous me confirmez qu'il s'agit de la même cape ? s'enquit Dumbledore qui tenait difficilement en place. Toutes ces années... elle n'a jamais cessé de fonctionner ?
– Oui... il n'y en a qu'une, répondit James perdu, lançant un regard interrogateur à la jolie rousse qui ne l'était pas autant que lui, bien au contraire.
Elle avait espéré que Dumbledore ne ferait pas le lien. Elle avait espéré qu'il ne basculerait pas dans ses vieux penchants aussi facilement. Elle aurait voulu se tromper plus que tout mais la fébrilité du vieux mage ne laissait aucun doute. Il avait fini par découvrir que la cape utilisée par Sirius pour lui dérober la fausse pierre de résurrection, était belle et bien une relique de la mort. Les capes d'invisibilités sont des objets d'une grande rareté. Et les sorts utilisés pour parvenir à un résultat bien souvent imparfait finissaient toujours, tôt ou tard, par s'étioler. Ce n'était pas le cas de la cape de James qui était parfaite en tout point et qui était fonctionnelle depuis des générations et des générations. Nul doute que Dumbledore avait effectué les mêmes recherches qu'elle et qu'il avait découvert que l'un des ancêtres de James n'était autre qu'Ignotus Peverell. Ce dernier avait confié la cape à son fils qui l'avait lui-même transmise à sa fille Iolanthe Peverell qui avait épousé Hardwin Potter. Avec ce dernier elle eut au moins six enfants. L'ainé de ces derniers épousa l'héritière des Fleamont et ensemble ils eurent un fils, Henry qui lui-même eut un fils ... Charlus Fleamont Potter. Son cœur se serra à la pensée du père de James et un peu plus encore au souvenir de Dorea Euphemia Potter. Aujourd'hui la cape était détenu par leur fils, le dernier représentant des Potter : James Charlus Potter.
– Pourrais-je y jeter un œil ? demanda Dumbledore.
– Bien sûr ! s'exclama James avec un enthousiasme que ne partageait nullement Lily.
Elle le vit disparaitre à l'étage et se tourna vers le mage. Son regard la trahit. Elle le vit lui sourire avec une grande tristesse. Il avait dû lire la déception qu'elle ressentait en cet instant à son égard. Elle avait voulu lui pardonner ce qui s'était passé. Après tout, personne n'est irréprochable. Il avait stupide. Il avait été jeune et influençable. Il avait été amoureux. Il était sous l'emprise d'un jeune homme aux charmes destructeurs. Mais toutes ces excuses qu'elle lui avait trouvées n'étaient nullement valable aujourd'hui. Il était loin d'être stupide ou jeune ou influençable. Gellert Grindelwald n'était plus là pour l'aveugler.
– Je vous répugne donc Miss Evans.
– Je ne comprends pas, dit-elle sans nier l'affirmation du sorcier. Comment pouvez-vous désirer encore ce pouvoir alors que vous avez déjà tant perdu dans la quête de celui-ci. Votre sœur ...
Le retour de James ne lui permit pas de continuer. Elle regarda le jeune homme tendre la cape au vieux directeur et celui-ci s'en saisir sans aucun état d'âme. Elle détourna les yeux de cette vision. Elle aurait voulu pouvoir se boucher les oreilles pour ne pas entendre l'homme qui avait été un modèle et un mentor murmurer "incroyable" ou encore "fantastique" comme si le souvenir d'Ariana Dumbledore ne pouvait se mettre en travers de ses ambitions plus longtemps.
– Puis-je vous l'emprunter ? s'enquit-il sans aucune honte.
James bien évidemment accepta. Il ne pouvait rien refuser au mage, son admiration l'empêchant de voir le véritable visage de son interlocuteur. Elle avait espéré que James refuserait. Qu'il serait un peu plus égoïste que ça et qu'il réfléchirait au fait qu'il ne pourrait plus sortir comme il le voulait et où il le souhaitait sans la cape. Mais James n'était pas assoiffé de pouvoir. Dumbledore ne méritait pas l'admiration du garçon. Il ne pouvait même pas espérer arriver à sa cheville. Dumbledore avait voulu utiliser ses talents pour asservir et se hisser en haut de l'échelle. James au contraire mettait ses pouvoirs au service des opprimés alors même qu'il n'en faisait lui-même pas partie.
– Je ne vais pas vous importuner plus longtemps.
– Restez donc diner avec nous !
– Je suis certaine que le professeur Dumbledore a mieux à faire, intervint Lily sur un ton explicitement hostile.
– On m'attend ailleurs, mais merci pour l'invitation, répondit Dumbledore en lançant un regard désolé à la jeune fille qui ne lui rendit que par un sourire froid.
James accompagna le visiteur qu'elle avait renommé intrus dans son esprit. Elle s'installe de nouveau dans le canapé en essayant tant bien que mal de calmer sa colère sourde. Celle-ci disparut comme neige au soleil lorsque James revint et plaça de nouveau ses jambes sur ses genoux pour masser ses mollets.
– Je sais toujours pas ce que j'ai fait de mal mais c'est définitivement moins grave que ce que Dumbledore a fait. J'ai cru que tu allais le tuer.
– Tu n'as rien fait de mal.
– Pourquoi tu m'as pincé alors ! s'exclama-t-il.
– Parce que tu es parfait espèce d'idiot, répondit-elle en tirant sur le col de son pull pour taire toutes protestations futures, pressant avec amour ses lèvres contre celles du garçon innocent, désintéressé et profondément bon qu'elle avait eu la bonne idée d'épouser.
