CHAPITRE 77
Horcruxes
Lily ne put retenir un sourire en entendant le rire d'Harry. Elle s'émerveillait chaque jour un peu plus de ce petit miracle. Son petit miracle. Les rires s'intensifièrent, James se surpassait. Elle pencha la tête abandonnant les oignons sur le plan de travail de la cuisine pour voir ce que le garçon avait encore inventé pour rendre dingue leur bébé. Le marauder était assis en tailleur sur le tapis du salon. Harry était allongé quant à lui sur le dos agitant avec vigueur ses bras et jambes pour essayer d'attraper de minuscules boules dorées qui virevoltaient au-dessus de lui. Chaque fois qu'Harry se saisissait de l'une d'elles, celle-ci disparaissait dans une explosion multicolore qui provoquait un fou rire incontrôlable chez lui. James sembla sentir sa présence, tournant son visage de sale garnement vers elle.
– Je crois qu'il va être attrapeur !
– James ne l'agite pas autant avant l'heure de son couché, le sermonna-t-elle sans réussir à insuffler à sa voix suffisamment de sévérité pour se faire obéir.
– Evans veut qu'on arrête de jouer ! T'es d'accord gamin ? demanda James en attrapant le minuscule pied de son fils pour l'agiter, ce qui fit de nouveau rire Harry.
– C'est pas lui qui décide, il a dix mois, soupira-t-elle en retournant dans la cuisine puisque malheureusement c'était à son tour de cuisiner, la vérité étant qu'elle aurait voulu jouer aussi.
– Evans est une rabat-joie. C'est parce que c'est pas une maraudeur, expliqua James en adoptant la même intonation qu'un mathématicien expliquant un théorème.
– Je t'ai entendu ! Et arrête de m'appeler Evans devant lui ! Il apprendra jamais le mot maman si personne ne lui dit jamais !
– Répètes après moi Harry. Maraudeur, prononça-t-il distinctement en le faisant s'asseoir. Maraudeur.
– James Charlus Potter, je te jure que si le premier mot de mon fils est "maraudeur", ça sera la dernière chose que tu entendras.
L'enfant baragouina quelques syllabes mais rien qui ressemblait de près ou de loin à ce que son père lui avait dit. Harry bascula vers l'avant et commença à ramper, s'appuyant sur la table basse pour se mettre debout. Il ne marchait pas encore mais parvenait – avec un petit peu d'aide – à se lever. Il grandissait bien trop vite à son goût. Elle fit revenir les oignons dans la poêle tout en lançant un regard à l'horloge. Sirius devrait déjà être arrivé.
– Il est juste en retard Lil, lâcha James de l'autre pièce comme s'il avait senti son inquiétude.
Des coups furent portés à la porte et la voix tonitruante de Sirius se fit entendre, confirmant ce que le garçon avait dit une seconde plus tôt. Il était juste en retard. Il allait bien. Elle abandonna définitivement la préparation du repas fonçant dans les bras du garçon et le serrant contre elle. Elle détestait lorsqu'il partait en mission avec Peter. La découverte de la complicité de ce dernier n'avait pas le moins du monde calmé ses angoisses, bien au contraire. Elle craignait toujours que le plan de James ne soit pas le bon. Voilà des mois qu'elle jouait avec ses souvenirs, supprimant les informations qu'il parvenait à collecter sur eux pour les remplacer par d'autres. Le problème étant que pour conserver un semblant de crédibilité, il lui fallait implanter de véritables informations dans l'esprit du garçon et risquer la vie des membres... Elle n'aimait pas l'expression "risque contrôlé" qu'employait James lorsqu'il parlait de ce problème. Elle abhorrait l'idée de "dommages collatéraux". Elle voulait l'absolue certitude que rien ne pourrait faire de mal à ceux qu'elle aimait.
– Où est mon filleul préféré ? Demanda Sirius en s'approchant d'Harry qui pliait et dépliait ses jambes dans une vaine tentative de saut de joie pour exprimer son ravissement face au visiteur.
Sirius le souleva dans ses bras et parsema son visage de baisers et une fois de plus la maison s'emplit des rires du garçon. Elle ne se lasserait jamais de le regarder vivre. L'idée que qui que ce soit puisse lui arracher ce bonheur la révoltait au plus au point et elle devait presque se faire violence pour ne pas aller trouver le Maître des Ténèbres et lui exprimer son mécontentement... Après l'avoir tué bien sûr. Elle ne ferait pas l'erreur du discours du super méchant qui explique au héros son plan. Elle le détruirait et expliquerait par la suite.
– Pa ... lâcha Harry en agitant sa main dans les airs.
– Il a dit "Padfoot" ! s'exclama Sirius.
– N'importe quoi c'est le "pa" de papa ! le contra James en essayant de reprendre l'enfant comme s'il craignait que l'influence de Sirius ne soit néfaste. Rends-le-moi !
– Tu l'as eu toute la journée, protesta Sirius en mettant le bébé hors de la portée de son meilleur ami, lui tournant le dos. Dis-lui que tu veux rester avec tonton "pa" ! Dis-lui !
– C'est le "pa" de papa je te dis ! s'emporta James. Si tu veux un bébé, fais le tout seul !
– C'est pas toi qui l'a fait, c'est Lily-jolie ! contra Sirius.
Elle leva les yeux au ciel et retourna en cuisine. Elle fixa un instant le plan de travail se rendant compte qu'elle en était toujours à l'étape numéro un : couper des oignons. Elle n'avait vraiment pas envie de cuisiner ce soir mais le planning que James et elle avait mis en place énonçait assez clairement qu'elle était de corvée cette semaine. Elle sentit des mains sur sa taille délasser le tablier qu'elle avait enfilé. Elle sentit James déposer un baiser dans son cou et l'écarter avec douceur. Elle ne protesta pas, trop occupée à réfléchir au fait qu'il semblait toujours capable de sentir ses humeurs ou encore sa présence. Son intuition lui était comme complètement dédiée. Sirius installa Harry sur la chaise haute avant de s'asseoir sur la table. Elle l'imita, balançant ses jambes dans le vide, cognant parfois son pied à celui du garçon et échangeant avec celui-ci des sourires complices. Elle aurait voulu que rien ne trouble cette routine tranquille mais le bonheur est un état défini par son éphémérité. La réalité les rattrapa.
– Du nouveau ? demanda James.
– Placard du bas, je l'ai pas mise au bon endroit, dit-elle sans se rendre compte qu'il n'avait pas posé de questions, le regardant attraper la poêle.
– Vous êtes terrifiants, lâcha Sirius son regard allant de l'un à l'autre.
– De quoi ? demandèrent-ils d'une même voix.
– Laissez tomber. Remus a passé la journée à chercher de quoi il s'agissait... mais y'a rien.
– C'est pas un truc qu'il a inventé ! Je suis sûr de l'avoir vu dans son esprit ! s'emporta Lily.
– Il faudrait en parler à Dumbledore, suggéra James.
– On a pas le choix, conclut Sirius. On doit découvrir ce que c'est que des horcruxes !
