Déjà, un grand merci pour vos reviews, vos favs et vos follows, ça me fait énormément plaisir et ça me motive à poursuivre cette petite aventure.

Pour ce chapitre, entrée en scène de Luffy ! Et oui, on entre dans le vif du sujet. Je suis un peu stressée pour ce chapitre, parce que Luffy est affreusement difficile à écrire. J'espère ne pas vous décevoir.

Sur ce, bonne lecture !


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Valsons, valsons sans fin

3. Zoro

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« Je crois que t'as pas bien compris ce que le capitaine entend par alliance.

— Nez-ya et Sanji-ya m'ont déjà prévenu, c'est en effet une sorte de promesse d'amitié pour lui, je saisis le concept ».

Zoro lui lance un long regard qu'il a bien du mal à décrypter. Puis le sabreur se lève, agrippe son épaule d'une poigne ferme, et le dépasse.

« Ouais, mais ce que t'ignores, c'est que ça va devenir ta définition aussi. »

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Law occupe le lit de l'infirmerie chaque soir. Il fait ça pour rassurer le petit équipage, qui s'inquiète du fantôme qui investit le pont une fois la nuit tombée, mais même si le matelas ferme et les draps frais le détendent considérablement, ils sont inefficaces contre les flammes qui dansent sous ses paupières lorsqu'il ferme les yeux. De fait, les cernes ne désemplissent pas.

Lorsque Jinbe retrouve son capitaine, il est méconnaissable. Il investit de droit l'infirmerie le temps de sa convalescence. Alors Law se retrouve invité, de force, dans le dortoir des garçons.

Il y a six lits pour huit personnes, mais le renne sert de peluche et joue très facilement le rôle de traversin – Law le sait parce qu'il a essayé, mais estime qu'il n'arrive pas à la cheville de son ours polaire apprivoisé. Régulièrement, l'un des garçons assure la garde pour une partie de la nuit. Il y a donc toujours de la place pour dormir sur le petit navire. De plus, un autre lit reste régulièrement vacant.

C'est lors de sa première nuit dans le dortoir que le chirurgien le remarque :

Il fixe le plafond blanc depuis des heures, l'insomnie le plongeant dans cet univers hors du temps où tout ne se peint que dans des nuances de gris. Les bras ankylosés par l'immobilité, du sable sous les paupières, Law cherche désespéramment un moyen de faire taire les voix dans sa tête et les souvenirs, tels des plans séquences, qui se rejouent inlassablement sous ses yeux.

Le bruit d'une porte qui s'ouvre l'arrache de sa torpeur, laissant apparaître le sabreur, qui vient certainement d'achever ses entraînements. Ce dernier gagne rapidement le chevet du cuisinier, qu'il secoue doucement. L'autre marmonne quelque chose, le vert pousse un léger soupir. Et le rejoint dans ses couches.

« Tu vas te rendormir ».

C'est à peine plus fort qu'un murmure.

« Deux secondes » répond la voix pâteuse du cuisinier.

Les draps se froissent doucement, et Law se frotte fermement les yeux avec l'intention de quitter le dortoir.

« Putain, dis-moi que c'est de l'eau et pas de la sueur dans tes cheveux ».

La voix de Sanji, plus réveillée, claque dans la nuit. Un ronflement plus fort du côté d'Usopp lui répond.

« Ta gueule, je sors de la douche ».

Un rictus amusé se dessine sur les lèvres du corsaire. Il ne sait pas ce qu'il peut réellement y avoir entre ces deux là, ne cherche pas même le savoir, mais il veut bien reconnaître que c'est très divertissant.

Le bruit d'un drap que l'on soulève le tire à nouveau de ses pensées, et il sent plus que ne voit Sanji quitter la pièce pour commencer sa journée.

Ainsi, sa présence dans le dortoir ne semble être un problème pour personne. Chacun dispose d'un lit, et c'est quelque chose dont le pirate est très reconnaissant. Il n'y a aucune raison particulière pour que son espace personnel soit envahit pour quelle que raison que ce soit.

Alors pourquoi se réveille-t-il, cette nuit, entravé par le corps, bien que relativement léger, du capitaine au chapeau de paille échoué en travers de son lit ? Le bienheureux a même l'audace de baver sur son épaule droite. A quel moment cela a-t-il bien pu déraper ? Pourquoi n'a-t-il pas réagi immédiatement ?

La créature a agit vite, et depuis que sa tête a élu domicile dans le creux de son cou, il ne bouge plus d'un poil, imperméable aux gigotements et aux invectives silencieuses du médecin. Médecin qui proteste avec la délicatesse de ceux dont la gêne annihile toutes les fonctions cognitives : soit, à grands coups de pieds et de bras.

Quand Law sent le sourire de Luffy qui s'étire sur la peau de son cou, un long frisson le fige et il éjecte, avec le reste de ses fonctions cérébrales, l'effronté qui l'harcèle sexuellement de si bon matin.

« Mais Traffy... » couine Luffy, lorsque ses fesses atteignent durement le sol.

Traffy constate les dégâts sur son épaule, le nez retroussé dans une moue visiblement dégoûtée.

« Il fait froid... continue de pleurnicher le petit capitaine.

— Tu n'as qu'à dormir avec Tanuki-ya » claque la voie du corsaire, dans l'obscurité de la chambre.

Luffy fait mine de se masser le bas du dos, ce qui lui fait arquer un sourcil désabusé. D'abord, la chute n'est pas si haute que ça (il n'occupe pas le lit en mezzanine cette nuit), et franchement, le gamin n'est pas censé être élastique ? C'était quoi, psychologique ?

« Mais il dort avec Zoro... fait l'inopportun d'une petite voix, faisant reprendre ses esprits au chirurgien.

— Et bien trouve quelqu'un d'autre ou que sais-je, mais ne te jette pas sur les gens dans leur sommeil.

— Mais tu dormais bien... T'avais plus ces petites rides sur ton front et peut être même que t'as pas fait de cauchemars ! Je suis sur que si je dors avec toi, t'auras plus de cernes. On faisait pareil avec Ace, et ça a toujours marché. »

Law tique à la mention de Portgas et se promet de revenir sur ce point plus tard, mais c'est les premières paroles du brun qui attirent surtout son attention. Et ça lui fait un choc : il n'a pas fait de cauchemars cette nuit. Pire, il ne se souvient même pas avoir tardé à s'endormir, rejouant inlassablement la pièce tragique de sa vie. Et puis, comment cet imbécile est-il au courant de ses cauchemars ? Quel genre de changement le chapeau de paille est-il entrain d'opérer sur lui ? L'autre le regarde avec plein d'espoir, il peut presque voir ses yeux pétiller de bonheur dans la pénombre, comme s'il suivait avec amusement le cheminement des pensées du corsaire. Ce dernier recompose sa mine renfrognée, qu'il n'avait pas eu conscience de perdre pendant ce court laps de temps.

« Non »

Luffy fronce les sourcils d'incompréhension, penchant la tête sur le côté, lui donnant cet air d'animal étrange.

« C'est parce que je ne suis pas ton amoureux ? »

Law manque de s'étouffer.

« Robin m'a dit que souvent les gens qui dorment ensemble le font parce qu'ils sont amoureux. C'est pour ça que tu veux pas ?

— Rien à voir, répond tout net le chirurgien, totalement dépassé sans rien en montrer pour autant.

— Mais si je deviens ton amoureux, tu voudras bien ?

— Non »

Le capitaine du Heart distingue clairement la mine de son homologue se renfrogner. Il boude. Si Law n'avait pas une parfaite maîtrise de ses émotions, il se frapperait volontiers le front contre le mur le plus proche. C'est vraiment n'importe quoi. Est ce que ça fait parti d'une définition tout à fait improbable du terme d'alliance ? Sa conversation avec Zoro lui revenant en mémoire, rien n'aurait pourtant pu prévenir d'une telle tournure. Quel genre de relation attendait-on de lui ?

« Tu es amoureux de moi, Mugiwara-ya ?

— Non. »

Cette conversation ne mène à rien, s'agace profondément le pirate.

« Tu sais ce que c'est, d'être amoureux ? » finit-il par demander.

L'autre a l'air soudain embêté, comme s'il cherchait à saisir une idée qu'il n'était jamais parvenu - ou n'avait jamais vraiment cherché, ce qui était plus probable - à énoncer clairement dans sa tête.

« Ace était amoureux de Makino d'après Sabo, il devenait tout rouge quand elle était là, il lui donnait les meilleurs morceaux de viande – Luffy fait une moue étrange, comme si l'idée de partager les parties juteuses de sa viande avec qui que ce soit, amoureux ou pas, était une idée parfaitement incongrue – et il était super bizarre tout le reste de la journée, il voulait même pas venir chasser avec nous. Être amoureux, ça a vraiment l'air nul. Mais il disait qu'il était un peu plus heureux, alors peut être que ça va. Moi je suis bien avec toi, alors tu veux bien que je revienne ? »

Law n'a pas la moindre idée de qui est Makino, et ne comprend pas très bien le raisonnement de son allié, mais vu l'entêtement de l'autre, il se sent déjà capituler. Il anticipe son terrible mal de crâne, et il repense au bien être réel dans lequel il a baigné peu avant son réveil. C'est le chapeau de paille, qui lui fait cet effet ?

Le corsaire n'a jamais été particulièrement pudique, il a eu des aventures sexuelles, quoique rares depuis ces derniers mois, et ne rechigne pas à partager ses draps le temps de satisfaire ses plus bas instincts. Il n'est pas sûr cependant que ce soit ce que le chapeau de paille lui propose. Ce qu'il semble vouloir, c'est de la tendresse. Ce genre de contact physique avec autrui, Law n'en a jamais réellement connu. Ça ne l'effraie pas particulièrement, c'est juste affreusement hors propos, avec l'énergumène qui gigote joyeusement devant lui. Mais après tout, pourquoi pas ? Le garder jusqu'à l'aube, et mettre un terme à ce rapprochement s'il ne lui convient pas ? Le médecin est loin d'être stupide, même si parfois autodestructeur : le capitaine au chapeau de paille a définitivement une bonne influence sur lui, et si le marchand de sable continue de lui faire faux bond, il est prêt à changer de dealer.

Luffy comprend immédiatement quand Law se décale dans sa couche, lui laissant de la place avant de se rallonger. Il se jette sur le lit, enfouit sa tête dans le coussin moelleux, et s'endort sans plus de sommation. Le chirurgien en reste totalement bouche-bée. Quoi, il... il s'attendait à un câlin ? Le corsaire ricane silencieusement, chassant la honte qu'une telle pensée ait pu le traverser, désabusé. Dans quoi il s'embarquait, encore une fois ?

Mais mine de rien, le sommeil l'assomme brusquement quelques instants plus tard.

Plus loin, dans la pénombre, Zoro n'a rien manqué de l'échange. Ils n'ont pas été particulièrement discrets, mais bien heureusement, l'équipage a un sommeil lourd comme le plomb. L'escrimeur ne sait pas s'il aime la tournure que prend les choses, entre ces deux là. Mais son capitaine a toujours su lire les mauvaises intentions de ses ennemis. Et, vu son air bienheureux et leurs jambes qui s'entortillent inconsciemment, Law est définitivement à bannir de cette catégorie.

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Réponses aux reviews anonymes :

Shadow : Merci pour ta review, je suis contente que mon style d'écriture et que l'histoire continuent de te plaire ! J'espère te revoir bientôt :)


Teaser : prochainement, La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur.