CHAPITRE 80
Mimi

James Potter dans mes toilettes, s'extasia le fantôme de Mimi Geignarde en tournant autour du garçon sans qu'il lui prête plus d'attention que ça.

Il n'avait jamais été à l'aise avec les filles qu'elles soient vivantes ou mortes. Et puis de toute manière il n'avait pas vraiment le temps de lui faire la conversation même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il était censé faire ici. Dumbledore avait été plutôt évasif pour ce qui était des explications. Il lui avait dit qu'il était la personne idéale pour cette mission puisqu'il connaissait chaque recoin du château et qu'il pourrait sans peine trouver l'entrée de la Chambre des Secrets. Il n'y avait qu'un seul endroit où il n'avait jamais foutu les pieds. Les toilettes des filles. La logique voulait donc que l'entrée soit ici. Restait encore à savoir où exactement. Il donna un coup de pied dans chaque porte, observant les cuvettes en espérant que ce n'était pas par là.

– Toi là ! dit-il en se tournant vers le fantôme.

– Oui ! répondit-elle en volant vers lui, un sourire euphorique placardé à sa bouche.

– T'es morte depuis longtemps non ? lui demanda-t-il, se demandant si elle était déjà là quand la Chambre des Secrets avait été ouverte.

Le fantôme s'offusqua grandement de sa question. Il continua à regarder autour de lui sans se soucier de la colère de la fille ou de ce qu'elle disait, trop habitué à provoquer ce genre de réaction chez la gente féminine. Si Sirius avait été là il aurait été utile. Il arrivait à amadouer la plus féroce des filles. Il fit le tour des lavabos faisant couler chacun d'eux, s'arrêtant devant celui qui ne fonctionnait pas, non pas parce qu'il avait trouvé quelque chose mais pour se tourner vers Mimi Geignarde.

– Qu'est-ce que tu viens de dire ? l'interrompit-il.

– Que tu étais la seconde personne de la journée à te mettre debout ici et à m'ignorer !

James n'aimait pas vraiment l'idée d'être second mais la voix de Lily raisonna dans son esprit, le rappelant à l'ordre et lui intimant de se concentrer. Quelqu'un était venu ici avant lui. Qui.

– Qui ça ? demanda-t-il interrompant encore une fois la longue litanie de plaintes de la jeune fille.

– Narcissa Malfoy ! Je te l'ai dit ! Tu n'écoutes pas ! s'écria-t-elle excédée sans qu'il la contredise puisqu'effectivement il ne l'écoutait pas... ou tout du moins seulement partiellement.

– Qu'est-ce qu'elle a fait exactement ?

– Elle est restée debout là, à parler avec un vieux journal. Après ça elle a fait des bruits étranges... comme un serpent. Ensuite elle a glissé sur le toboggan.

– Y'a un toboggan ? demanda-t-il avec enthousiasme, encore une fois déconcentré.

– Oui !

– Trop cool ! s'exclama-t-il impatient de glisser sur celui-ci. Elle a parlé fourchelang, ajouta le garçon, essayant vraiment de se concentrer pour réussir sa mission et pas juste pour accéder au toboggan bien sûr. Je parle pas fourchelang.

– Elle non plus. Elle a dû essayer plusieurs fois avant que ça marche. Elle était vraiment ridicule. C'est pas si compliqué que ça.

– Tu sais parler fourchelang ? Demanda-t-il.

– J'ai appris à force de l'entendre Lui.

– Qui ça ?

– Celui qui m'a tué.

– T'as été assassinée ? Cool.

– Tu croyais quoi ? Que j'étais tombée en glissant sur une flaque dans les toilettes ?

– Oui.

Ils se jaugèrent un moment mais elle semblait avoir décidé qu'elle s'était assez essoufflée pour aujourd'hui. C'était également une réaction à laquelle il était habitué : la lassitude, l'usure. C'était bien souvent ce qui lui faisait obtenir ce qu'il voulait. Les autres se fatiguaient toujours bien plus vite que lui.

– Tu peux l'ouvrir alors ?

– Non. Je suis un fantôme pas un esprit frappeur ! Je ne peux pas interagir avec les objets. Mais je peux te dire comment faire.

– Tu veux quoi en échange ?

– Si tu as des enfants et qu'ils vont à Poudlard un jour, est-ce que tu pourrais leur dire de venir passer me voir de temps en temps ? C'est long la mort ici... toute seule.

– Non.

– Non ? S'étrangla-t-elle.

– Je vais pas faire une promesse pour eux. Surtout que s'ils t'aiment pas, ça sera pas sincère. L'amitié ça peut pas se forcer. Je sais que je suis pas... doué pour ce genre de truc mais je peux venir si tu veux. Je peux me faufiler dans le château. Je viendrais te voir.

– Tu... pourquoi tu voudrais venir ?

– T'es cool, dit-il en haussant les épaules. Ta mort est cool. Y'a un toboggan dans tes toilettes. Tu sais parler une langue morte !

– James Potter... tu es un garçon particulier. Je t'aiderai.

Elle avait l'air à la fois heureuse et au bord des larmes. C'était une situation à laquelle il était peu habitué mais grâce à Lily il s'améliorait. Il arrivait plus souvent à faire ce qu'il fallait. À dire ce qu'il fallait. À ne plus mettre les pieds dans le plat. À ne plus blesser par inadvertance. À être la meilleure version de lui-même en somme. Il avait encore du chemin à parcourir mais l'expression de bonheur qu'affichait le fantôme lui laissait à penser qu'il était sur la bonne voie.

– Ok je me lance, lâcha-t-il en se plaçant devant le seul robinet qui ne fonctionnait pas et sur lequel était gravé un serpent.

Il imita les sons que lui avait appris Mimi Geignarde un peu plus tôt. Il répugnait un peu à utiliser cette langue qui était le symbole de la maison rivale à la sienne mais il n'avait pas vraiment le choix s'il voulait utiliser le toboggan... et trouver l'horcruxe bien sûr ! Ça ne fonctionna pas du premier coup mais Mimi lui annonça qu'il avait quand même été plus rapide que Narcissa.

– Merci Mimi ! À tout à l'heure ! dit-il.

– Si tu meurs je veux bien partager mes toilettes avec toi !

– Je peux pas mourir ! Lily a dit qu'elle m'attendait ! expliqua-t-il avec toute la conviction du monde avant de s'élancer dans le toboggan poussant un cri d'euphorie enfantine, sans retenue, le bonheur à l'état brut.

Il pouffa de rire en effectuant un vol plané avant de grimacer un peu en voyant sur quoi il avait atterri. Il se leva et s'épousseta, regardant autour de lui, cherchant un indice pour savoir où est-ce qu'il devait aller. Le problème étant qu'il n'y avait pas vraiment un panneau indiquant "la chambre des secrets c'est par ici". En revanche les cadavres de rongeurs et de poissons signifiaient clairement "attention au monstre". James sortit donc sa baguette et s'avança au hasard dans les canalisations en se disant qu'il faudrait qu'il ajoute tout ça à la carte du maraudeur. Il parvint à finalement à un mur sur lequel étaient gravés deux serpents. James tendit la main pour toucher les émeraudes qui leur servait d'yeux, espérant actionner un mécanisme qui ouvrirait le mur mais rien ne se produisit. De nouveau, il utilisa les mots "ouvre-toi" que lui avait appris Mimi et le mur bascula. Il leva un bras en l'air pour claquer sa main contre celle de Sirius avant de se souvenir qu'il était tout seul. Il espérait que la mission qui lui avait confié Dumbledore se passait bien. Remus était avec lui alors il ne s'inquiéta pas trop.

James s'avança dans la salle. Il ne comprenait pas pourquoi ce lieu avait été baptisé "chambre des secrets" et pas "la gigantesque salle du trône secrète de Salazar". Peut-être parce que c'était trop long... Il avança entre les piliers à tête de serpent qui encadrait l'allée. À mesure qu'il avançait, il remarqua un corps étendu au pied de la statue représentant la tête du fondateur de Serpentard. Enfin, il supposait que c'était lui parce qu'il ne l'avait jamais rencontré et il n'était pas franchement très physionomiste. Il reconnut néanmoins sa cousine, Narcissa Black... ou plutôt Malfoy. Il se pencha, vérifiant qu'elle était vivante. Son pouls était faible.

– James Potter. Bienvenue dans la chambre des secrets, susurra une voix qui lui glaça le sang.

Ses yeux se posèrent sur le jeune homme qui évoluait gracieusement près d'eux. Il avait préparé par mal de blague sur les nez... ou plutôt l'absence de ces derniers, mais ça allait être compliqué de les mettre en application vu que cette version du mage noir semblait posséder cet orifice. Il devrait attendre une autre occasion pour lui pincer le nez et lui annoncer qu'il le lui avait dérobé.