Hey ! Ouais... ça fait sept mois que je n'ai rien posté sur cette histoire. J'ai décidé de l'écrire entièrement, afin de pouvoir mettre les chapitres en ligne à un rythme plus régulier. Mais comme je me voyais mal vous laisser encore plusieurs mois sans rien, j'ai quand même préféré publier celui-ci.
Donc, c'est un chapitre assez long, qui m'a donné du fil à retordre. Je vous laisse seuls juges. Pour ce qui est de la suite, j'attends d'atteindre de mon côté le chapitre 15 avant de tout mettre en ligne. J'ai aussi fait une playlist youtube pour cette fiction (tapez Valsons, Valsons sans fin Conteuse, vous devriez tomber dessus. Sinon, le lien est sur mon profil). Je rajouterai régulièrement des musiques, qui correspondent à certains chapitres.
Réponses aux reviews anonymes :
Shadow : Tu vas avoir une partie de tes réponses dans ce chapitre ! J'espère que ça va te plaire !
LatteVanille : Merci beaucoup pour ta review ! Oui, pour moi, Law est un mec stressé, et les imprévus, si ça l'amusait un temps, voire excitait son esprit de stratège, ça ne fait que l'angoisser davantage maintenant (surtout avec Dressrosa, parce qu'il a consacré sa vie entière à faire tomber Doflamingo, quand on y pense. Maintenant que c'est fait, c'est un peu le bordel dans sa tête). Mais comme Luffy ne suit jamais les plans, il est bien obligé de composer avec. C'est pour ça qu'il rationalise tout. Mais c'est en train de changer. La relation de Zoro et Sanji a aussi un impact de fond sur la personnalité de Law, mais je te laisse théoriser là-dessus x)
Guest : Hey ! Bienvenue parmi nous ! Je suis contente que l'histoire te plaise, l'évolution de la psychologie de Law est vraiment le point le plus important de la fiction, et je suis très contente de savoir que ça reste cohérent. Et non, je n'abandonne pas cette histoire, bien au contraire. Je vous tiens au courant de mon avancée sur mon profil, si jamais ça t'inquiète !
Turtwig : Merci pour ta review, je te laisse profiter de ce nouveau chapitre !
Attention, ce chapitre peut rendre débile (je suis peut-être partie un peu loin dans le délire). C'est du moins ce que pense Law.
Sur ce, bonne lecture !
Précédemment : L'équipage débarque sur la petite île de Kedéviok, et Law propose de prendre le tour de garde pour un bout de la nuit, laissant les autres poser pied à terre. C'est l'occasion de réfléchir à sa situation, et peut-être d'enfin prendre la décision de quitter l'équipage pour poursuivre sa propre aventure. Zoro et Sanji, bien éméchés, débarquent et chantent cette comptine qui hante les souvenirs d'enfance de Law. Après une rapide entrevue avec Luffy qui se solde par un baiser, le chirurgien de la mort reprend sa garde pour le reste de la nuit.
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Valsons, valsons sans fin
9. Franky
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« Ok. Tout le monde sait ce qu'il a à faire ? Alors c'est parti pour l'opération BERMUDA, annonce une première voix.
— Pourquoi Bermuda, déjà ? Fait une deuxième.
— Parce que. C'est cool, intervient une troisième.
— Mais ça ne veut rien dire, c'est même pas un acronyme.
— Bah si.
— Et c'est quoi alors ? »
Un grésillement provient du talkie-mushi :
« Ici l'équipe hameçon. Le chaton est dans le panier, je répète, le chaton est dans le panier. Vous me recevez ?
— Ici l'équipe pâté, nous vous recevons et-
— Allô ? Je suis Monkey D. Luffy et je deviendrai le roi des pirates !
— Bon sang Luffy, on est dans une opération secrète. Déjà, tu ne dois pas révéler ta véritable identité. Et puis, sérieux, on sait qui tu es.
— Ici l'équipe herbe à chat, nous-
Interférences.
« Pourquoi on doit se taper un nom aussi ridicule ?!
— T'as vu la couleur de tes cheveux ? »
Nouvelles interférences.
« Ici l'équipe pâté, si j'entends encore la moindre de vos disputes sur le canal, je vous réduis en poussière, c'est clair ?
— Oui Nami-chérie~
— Bien. J'annonce donc le début de l'opération BERMUDA. Pour rappel, la première étape du plan prendra effet à partir de dix heure. D'ici-là, je veux que vous vous fassiez le plus discret possible. Over. »
Et ainsi commence la matinée, sur la pourtant si paisible île de Kedéviok.
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Quand Franky vient prendre la relève aux aurores, aux alentours de cinq heures, Law ne sent plus depuis longtemps les effets de la fatigue sur son corps. La visite nocturne de Luffy a suffi à le réveiller totalement. Depuis lors, il a remplit son rôle de vigie fort sérieusement, pour compenser son manque d'attention du début de la nuit. Alors à la fin de sa garde, c'est avec peu d'espoir de trouver le sommeil qu'il se rend dans les dortoirs. Et aussi en redoutant ce qu'il va y découvrir (du vomi, une tentative de combat, une scène de coït alcoolisé - des images trop violentes pour ses rétines et son esprit chaste). Néanmoins, les deux se sont assoupis dans des lits séparés, lui évitant toute compromission. Il retrouve donc ses draps frais avec une certaine satisfaction.
Et étonnamment – d'autant plus du fait de l'absence d'un élément singulier – Law retourne rapidement se blottir dans les bras de Morphée, avec la facilité de ses jeunes années.
Sans s'apercevoir pourtant, dans la pénombre, que le vert et le blond recommencent à se chamailler le talkie-mushi.
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Law est perplexe. Pourquoi Nami-ya l'inclue-t-elle subitement à son organisation pour le ravitaillement, alors qu'il a bien spécifié qu'il quitte le navire aujourd'hui, et qu'il a besoin d'obtenir des informations sur l'île et ses voisines auprès des habitants ? Mais le chirurgien hésite à faire part de son étonnement, parce qu'il se dit qu'il peut bien rendre un dernier service à ses anciens alliés, avant de les abandonner lâchement (il a toujours le sentiment de leur devoir énormément, même s'il a donné beaucoup de sa personne à Wano et pour le reste. Sa gratitude après Dressrosa demeure. Jamais il ne se sentira réellement quitte). Alors il se plie volontiers au commandement de la navigatrice. De toute façon, il pourra se renseigner tout en accomplissant les différentes tâches qui lui seront confiées.
Qu'il était naïf.
Il se fait embarquer par Sanji et Franky pour refaire les stocks en nourriture, et Chopper lui laisse une petite liste de plantes médicinales (le petit renne préfère rester sur le bateau pour veiller Jinbe, qui s'obstine à affirmer que tout va pour le mieux, et Law n'a même pas besoin de l'examiner pour voir que c'est un honteux mensonge. Mais ça permet au capitaine de quitter son nakama l'esprit tranquille, alors tout le monde fait mine de ne rien voir). Un sentiment étrange prend néanmoins le brun, quand il touche enfin la terre ferme et observe l'effervescence du départ. Sanji énonce rapidement les échoppes vers lesquelles ils doivent se diriger en priorité – apparemment, il a un peu repéré les lieux la vieille – pendant que Nami rappelle à Luffy (et Robin, qui écope de la tâche d'encadrer le turbulent pirate) les règles de sécurité. Ce dernier écoute à moitié, et propose à Law, aussitôt le discours de la rousse terminé, de venir avec lui à la petite foire qui se tient en marge du village. Le chirurgien marmonne quelque chose dans sa barbe, mais déjà le capitaine se détourne gaiement, talonné par l'archéologue.
« Super alors ! On se retrouve là-bas Torao ! »
Il s'apprête à s'élancer en courant, mais Robin retient le bout de sa manche avec un discret soupir. Les autres les observent s'éloigner avec un air coupable (ce n'était pas un peu trop, même pour la brune, de lui laisser seule la garde de Luffy ?).
« Bon, je ne te cache pas qu'on a pas mal de choses à faire, lui confie Sanji en s'allumant une cigarette, mais on aura peut-être le temps de passer jeter un œil à la foire tout à l'heure.
— Peu importe. Ce n'est pas dans mes priorités. »
Le blond arque un sourcil.
« Bien sûr, bien sûr. Tu fais comme tu veux. »
Mais le sourire en coin qu'il lui adresse, la clope au bec, se fait franchement amusé. Law a intérieurement très envie de le lui faire ravaler, en lui rappelant que sa propre relation ambiguë avec le sabreur ne passe pas inaperçue, mais comme ça sonne très infantile, il se retient. Et puis le sentiment étrange de tout à l'heure lui revient. Chopper rajoute une nouvelle plante sur sa liste, qu'il lui rend ensuite en bafouillant qu'il compte sur lui, et Law observe distraitement les autres discuter avant de se séparer. Franky lui tapote l'épaule, alors que Sanji prend déjà la route, et le Corsaire suit le mouvement.
Voilà, c'est ça. Ce sentiment étrange d'acceptation, de responsabilité. Il ne sait pas depuis combien de temps il ressent ça, quand exactement sa position dans l'équipage a évolué, mais c'est là, maintenant, et il ne sait pas trop ce qu'il peut y faire. Il est tellement imbriqué dans cette dynamique, que leur relation a doucement glissé d'alliés méfiés et méfiants à un statu quo étrange, entre franche camaraderie et distance bienveillante. Law n'est définitivement pas un membre d'équipage. Mais, parfois, l'impression qu'il est un peu considéré comme tel ose le traverser, avant qu'il ne la chasse. C'est honteusement agréable, de les considérer comme une famille, pendant une poignée de secondes. Sûrement l'impression s'est-elle renforcée depuis qu'il partage la couche de leur capitaine (il ne doute pas une seule seconde que tout le monde doit être au courant, à présent. Luffy n'a jamais rien à cacher à quiconque, encore moins à son équipage).
La réalisation ne l'aide pas le moins du monde, alors qu'il marche entre Franky et Sanji qui discutent. Mais il se sent bien. C'est suffisant.
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Alors qu'ils traversent le petit marché à la recherche d'un stand de fruits et de légumes, Zoro fait son apparition, émergeant d'une ruelle à peine praticable, qui mène on ne sait où. En le voyant débarquer, Sanji s'emporte, pestant contre son sens de l'orientation déplorable. La scène qu'ils jouent n'est que trop connue, et Franky s'en va déjà poursuivre ses emplettes.
« T'es vraiment qu'un bon à rien de marimo mal dégorgé ! Les lendemains de soirée, c'est vraiment pas pour toi !
— Ah ouais ? C'est pas moi qui oublie comment me saper !
— Hein ?
— Ta cravate est à l'envers, pauvre con ! »
Alors qu'il prononce ses mots, les doigts du vert se portent sur le bout de tissus qu'il défait. Puis il se fige. Sanji le dévisage. Le sabreur fixe la cravate dans sa main, comme si elle n'était pas réelle (ou qu'elle lui voulait le plus grand mal, Law n'est pas sûr). Son regard a aussi l'air de dire qu'il ne sait pas trop comment elle est arrivée là.
Puis il la jette.
Sanji hurle.
« Mais tu te fous de ma gueule ? »
Le cuisinier est parti pour s'énerver encore longtemps. Et pour ne rien arranger, il lance un regard de mise en garde à Law, resté silencieux jusque là. Le sourire du chirurgien, profondément goguenard, voire un poil méprisant, s'étire sur son visage mate et arrache un frisson horrifié au blond. Ce dernier ramasse sa pauvre cravate maltraitée (il frappe Zoro avec au passage) et pousse l'autre imbécile dans la ruelle, annonçant qu'il ramène le petit Zoro à ses parents (aka Brook et Usopp, avec qui il est censé refaire les stocks de munitions).
« Et puis j'irais directement voir les producteurs, donc occupez-vous juste de ce qu'il y a sur la liste, ajoute Sanji en s'éloignant.
— Ouais. Mais ne traîne pas trop, on a pas mal de choses à faire. »
Sanji lui lance un regard noir, auquel Law répond de son plus beau doigt d'honneur. La mine outrée du cuistot l'amuse encore de longues minutes plus tard.
Il rejoint Franky un peu plus loin, et prend un instant pour observer la ville autour de lui. Ce n'est pas très grand et les rues sont étroites, mais les bâtiments n'excèdent pas deux ou trois étages, ce qui permet au marché d'être baigné par les rayons dorés du soleil. Kedéviok est une petite île, bordée d'une forêt sur sa rive nord, où le Sunny mouille depuis la veille, et la ville de Pétank occupe largement le reste du territoire. La vie y semble paisible, et la présence d'une petite base de la marine à quelques encablures n'y est pas totalement étrangère. Pourtant, Law reste étonné de l'accueil qui leur est réservé. Sans vouloir paraître arrogant, l'équipage au chapeau de paille et lui-même se sont suffisamment faits connaître dans le Nouveau Monde. Leur présence ici n'attire malgré tout que très peu l'attention (alors que Nami leur a rapporté la veille qu'elle avait croisé des marines dans un bar ; l'île doit recevoir régulièrement des soldats pendant leurs permissions). Néanmoins, le chirurgien ne se sent pas particulièrement menacé.
Il y a aussi trois choses que l'on remarque tout de suite à Pétank. D'abord, les rues sont anormalement bondées, même s'il y règne une atmosphère bon enfant. Ensuite, certains bâtiments sont du blanc le plus pur, ornés pour certains de grandes plantes aux balcons et de petites banderoles colorées. La ville a un air de petite Flevance, même si la blancheur des murs n'a tout de même rien à voir avec ce que le Blanc de Saturne pouvait produire. Enfin, et c'est ce qui surprend le plus le brun, la foule qui l'entoure n'est quasiment constituée que de vieilles personnes. Des petits messieurs et des petites madames par centaines. La haute taille de Law dénote dans le paysage, et ce n'est rien comparé à Franky. Mais les habitants, pas le moins du monde effrayés, engagent volontiers la discussion avec le cyborg.
C'est un paysage que Flevance n'a jamais connu. Cette population vieillissante n'a rien à voir avec tous ces gamins qui peuplaient les rues dans son enfance, et qui perdaient leurs parents très jeunes des complications du saturnisme.
Le moins que l'on puisse dire, en tout cas, c'est que l'île porte bien son nom.
Franky est occupé à discuter avec un poissonnier et sa femme, attirant dans leur conversation d'autres petits vieux des alentours.
« Ah, je me souviens de cette époque mouvementée, quand Roger n'était qu'un rookie. Le gouvernement veut faire croire que c'est la grande vague de piraterie qui a bouleversé le monde mais, de mon temps, le Nouveau Monde était totalement méconnu du reste de la planète et des gens terribles sévissaient dans l'ombre ! »
Il martèle ses propos de vifs mouvements avec un couteau immense et inquiétant, alors que les autres hochent la tête pour approuver ses dires.
« Oh, qu'est-ce que ça aurait été, si ce jeunot n'avait pas demandé où Roger cachait son trésor, le jour de son exécution » fait la femme en tranchant menu des sashimis (et sa dextérité rendrait Sanji – non, Zoro – vert de jalousie).
Les clients approuvent encore.
« Et vous les jeunes, qu'est-ce qui vous amène sur notre petite île ?
— Oh et bien, nous sommes des pi- »
Law écrase violemment le pied du cyborg, essayant tant bien que mal de ravaler son air consterné pour afficher le visage le plus avenant de sa collection (collection fort peu garnie, par ailleurs).
« Nous sommes des scientifiques. Nous faisons simplement escale pour refaire nos stocks avant de repartir. »
Visiblement, ça n'a pas l'air de marcher, parce que tous les petits vieux lui lancent un regard méfiant. Une dame dans la foule sort alors un binocle, qu'elle nettoie avant de le fourrer devant son œil. Son visage s'illumine aussitôt.
« Oh, mon petit Olivier, comme tu as grandi !
— Ah ? »
D'autres petites dames s'agglutinent autour du brun et piaillent à propos de cet Olivier qu'elles doivent confondre avec lui.
« Vous faites erreur...
— Alors, toujours pas de fiancée à nous présenter ?
— Et les études, ça se passe bien ?
— Dis, il faudrait que tu te remplumes un peu, regarde comme tu es maigre ! Tu es sûr que tu manges bien ?
— Ce sont des tatouages que je vois là ? Comment tu vas faire, quand tu seras tout vieux et ridé ?
— Qui tu traites de vieux et ridé ?!
— Non Josette... Je parlais d'Olivier...
— Mais ça va pas toi ? Il est très beau ce jeune homme !
— Je... »
Law est totalement dépassé. Comment les choses peuvent-elles déraper si vite ?
La claque qu'il reçoit sur la fesse gauche termine de l'achever. Elle reset absolument toutes ses capacités cognitives, et sa vie est à deux doigts de défiler sous ses yeux, sur une bande sonore de comédie dramatique. Doflamingo, les Empereurs, le One Piece... à quoi bon ?
Plus que le pain, même plus que cet immonde manteau de plumes roses, les vieilles personnes sont terrifiantes.
Un souvenir de sa mère, lui répétant de respecter ses aînés, lui revient vaguement en mémoire. Et c'est exactement le genre de règles que Law a toujours abhorré. Déjà qu'il ne respecte pas grand monde, alors quand ça arrive, ça n'a jamais quelque chose à voir avec l'âge ou une quelconque hiérarchie.
Mais voilà, présentement, même s'il meurt d'envie de faire un massacre, il se retient. Ça ne serait pas très joli, et puis les chapeaux de paille lui en tiendraient sûrement rigueur, pour avoir compromis leur escale. Et puis, peut-être qu'en restant immobile assez longtemps, elles ne se rendront plus compte de sa présence ?
Il a surtout l'air d'un épouvantail raté, au milieu de toutes ces petites personnes, qui ne dépassent que difficilement le niveau de ses hanches. Son fessier, pile à la bonne hauteur, continue d'ailleurs d'être un sujet de discussion passionnant, apparemment.
Plus loin, Franky semble pris dans une conversation animée avec d'autres vieilles dames. Law fronce les sourcils quand il se rend compte que le charpentier parade avec ses espèces de poils bleus sur les jambes. Pire, les dames gloussent sous la démonstration, et le brun n'est pas sûr de vouloir comprendre ce qui se déroule sous ses yeux. Il parvient néanmoins à se faufiler hors du cercle formé par ses agresseuses, avant d'agripper le bras métallique de Franky et lui offrir son regard le plus noir.
« Et bah Trafalgar, t'as l'air mal en point, ça va ? »
Le chirurgien a la décence de ne pas paraître outrer.
« Bon mes demoiselles, je vais devoir vous laisser, mon ami et moi-même devons poursuivre notre mission. Ce fut un plaisir de bavarder avec vous.
— Le plaisir fut partagé, Franky » s'exclament-elles en minaudant.
Law réprime un frisson d'horreur alors que le charpentier fait le baise-main à l'une d'entre elles. Ils finissent par s'éloigner, et le brun prend soin d'esquiver tous les vieux qui risquent possiblement d'envahir son espace personnel.
« Quelle merveilleuse ville, tu ne trouves pas ? »
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Le chirurgien comprend un peu mieux maintenant pourquoi personne ne semble les reconnaître. Il se trouve dans une épicerie, et attend patiemment le vieil homme parti dans sa réserve lui chercher du quinoa. Mais quand il revient, en plus de ne rien lui ramener, il semble parfaitement surpris de le voir ici et lui souhaite la bienvenue, rajoutant qu'il est à son entière disposition s'il a besoin de conseils.
Alors bon, se souvenir des visages sur leurs avis de recherche...
Difficile aussi de se renseigner sur les îles avoisinantes et sur un potentiel moyen de s'y rendre. Nami n'avait pas totalement tort, quand elle lui a dit qu'il ferrait mieux d'attendre une prochaine île. Mais le Corsaire n'aime pas trop revenir sur ses propos.
En plus, c'est à peine s'il a le temps de pousser ses investigations plus loin : la liste que lui a donné Chopper est composée à 90% de plantes ultra rares, et faire les courses avec Franky s'avère particulièrement difficile, à partir du moment où l'homme discute avec toutes les personnes qu'ils croisent.
Law, de nature plutôt taciturne, se retrouve alors invité dans des conversations dans lesquelles il demeure spectateur contrit. Il a aussi tenté de refuser plusieurs fois des gâteaux faits maison par les petits vieux du quartier, en vain, parce qu'il se retrouve maintenant affublé d'un sac rempli de biscuits. Malgré tout l'énervement qui fourmille sous la peau du médecin, Franky, lui, semble toujours de très bonne humeur, et il arrive même à entraîner ses interlocuteurs dans des danses improvisées frisant l'indécence.
Au bout d'un moment, le chirurgien finit par s'agacer, et abandonne leurs courses aux pieds du cyborg, actuellement en train de vanter le mérite du Cola au boulanger qui n'a même pas l'air de savoir ce que c'est, pour remplir lui-même les missions qui lui sont confiées.
Du coin de l'œil, Franky suit ses allées-venues, et est même plutôt impressionné de l'efficacité du brun. Quand il lui ramène aussi la balançoire que Luffy a rajouté sur la liste, pour rire, il commence même à s'inquiéter. Il dégaine le talkie-mushi plus vite que son ombre.
« Les gars, on a un problème... Law est vraiment en train de trouver tout ce qu'il y a sur la liste.
— Il a réussi a obtenir toutes mes plantes ?!
— La dernière lui donne du fil à retordre, mais je crois bien que pour le reste, il a tout.
— C'est une catastrophe... »
Plusieurs soupirs résonnent à travers l'appareil.
« J'ai peut-être une dernière idée, fait Robin au bout d'un moment. Ça risque d'être un peu... risqué. Mais c'est notre seule chance.
— On fait ça, alors. Robin, on compte sur toi ! »
• •
Assis sur un banc, sur le perron de l'église, Law reste pensif. La bâtisse est modeste, mais la rosace au-dessus de la grande porte est richement ornementée. Ça ressemble beaucoup à celle de la paroisse de Flevance, où il se rendait toujours avec ses amis et leur bonne sœur. Depuis, il n'a plus jamais remis les pieds dans ce genre de lieu sacré. A quoi servirait-il de prier ? Peut-être qu'une force mystérieuse a mis sur sa route des gens pour le sauver, mais au final, c'est à des hommes faits de chaire et de sang qu'il doit son salut, et à personne d'autre. Que serait-il devenu, s'il n'avait jamais rencontré Corazon ?
Et Luffy ?
Paradoxal, quand on considère que d'autres hommes, faits de la même chaire et du même sang, l'ont arraché à son bonheur à de multiples reprises.
« C'est une belle église, n'est-ce pas ? »
Une dame, qui semble un peu plus jeune que la moyenne d'âge générale de l'île, s'installe à ses côtés sur le petit banc. Il lui jette un regard suspicieux, mais ce qui le surprend, c'est le voile des sœurs qui la pare.
Ça pourrait être elle, si elle avait eu la chance de vieillir.
« Vous venez souvent ici ?
— Non. »
La bonne sœur ne le regarde toujours pas, et continue de river ses yeux sur le petit clocher. Elle n'a pas l'air choquée outre mesure de l'accueil glacial que lui réserve le pirate.
« Moi ça m'apaise. Je n'ai pas besoin de plus, juste d'un lieu dans lequel je me sens bien. Comme si j'étais inatteignable. »
Law se demande ce qu'elle lui veut, et se dit qu'il n'a vraiment pas envie qu'on lui fasse le genre de discours pseudo-philosophique qu'il a toujours exécré.
« Excusez-moi si je suis trop curieuse, mais vous semblez chercher quelque chose. Enfin, plutôt attendre, en fait. Est-ce que je peux vous aider ? »
Il soupire, alors qu'il retire son bonnet, qui lui tient bien trop chaud par ce temps, et passe une main nerveuse dans ses cheveux en bataille.
« Je cherche une réponse. »
Partir ou rester ?
« Je peux peut-être vous l'apporter ?
— Je ne crois pas.
— Ça ne coûte rien d'essayer. »
Pourquoi pas ?
« Est-ce que... Vous savez s'il y a un moyen de rejoindre une île plus grande en partant d'ici ?
— Et bien, oui, en effet, Kedéviok est régulièrement desservie par l'Étoile du Roy, qui fait la liaison avec l'île portuaire de Saint Malu. Il y en a un le matin à sept heure, et un le soir à vingt heure, si ça n'a pas changé. »
Le pirate en reste bouche-bée. Alors, c'est si simple que ça ? Il peut partir ?
« Est-ce que ça vous aide ? »
Law n'est même pas sûr.
Puis soudain, un bruit étrange se fait entendre, comme une espèce de grondement sourd. Ça se rapproche, et bientôt Law peut distinguer des cris – non, des ordres, claquer dans l'air. Quand il entend des coups de feu, il se redresse d'un bond. D'une rue adjacente déboule une vingtaine de marines qui semblent pourchasser quelque chose.
« Putain de-
— Toraooooo ! Oï ! S'époumone Luffy, visiblement la source de tout ce remue-ménage, quand il le remarque sur la petite place.
— Nom de- Mugiwara-ya, pas par ici bon sang, tu veux m'attirer des ennuis aussi ?!
— Trafalgar Law à onze heure ! Faites attention, c'est un allié du chapeau de paille ! » Crie alors un marine, et Law hésite entre tous les découper dans sa room, Luffy compris, ou se rouler en boule sous le banc.
Quand Luffy arrive à sa hauteur, pourtant, il n'a le temps de rien faire, parce qu'il se fait tout simplement emporter par son allié, qui l'attrape par la main sans même arrêter sa course. Bien malgré lui, il se fait pourchasser à son tour, suivant la cadence du plus jeune qui l'entraîne dans une rue animée (quoique moins bondée que plus tôt dans la journée). La marine est forcée de cesser ses tirs à vue, mais n'abandonne pas pour autant la traque.
« Tu vas me le payer très cher Mugiwara-ya. »
Un grand éclat de rire, haché par sa respiration rapide, perce le visage enfantin de Luffy, et Law jurerait que sa prise entre ses doigts se fait plus forte. Ils continuent à dévaler les rues étroites, attirant les regards de toutes ces vieilles personnes sur eux, qui s'écartent sur leur passage avec un air outré.
« Pourquoi tu ne les combats pas ? Tu pourrais largement te débarrasser d'eux avec ton Haki des rois.
— Parce que ça ne serait pas drôle ! »
Law soupire, mais c'est un rictus amusé qui prend place sur ses lèvres.
« Alors laisse-moi m'occuper d'eux. »
Luffy fait non de la tête, et accélère même sa course. Et Law finit par abdiquer, parce que ce n'est finalement qu'un jeu pour le capitaine, une manière de se défouler autrement qu'en risquant sa vie face à des ennemis surpuissants. Law regarde leurs mains jointes devant lui, et secoue la tête.
Le petit brun a vraiment du talent, pour ce qui est de l'entraîner dans des situations improbables.
Mais le médecin se gorge du fou rire de Luffy, qui résonne contre les murs et monte haut dans le ciel. La scène est improbable, parce qu'ils sont des pirates à plus de deux milliards de berrys, et que ces pauvres marines n'auraient aucune chance de s'en sortir, si un combat de front venait à s'engager. Mais voilà, la fuite dans laquelle l'entraîne Luffy a le goût de ses premières années sur les mers, avec son équipage en effectif réduit, quand il valait mieux passer inaperçu et que les commandants des petites bases du gouvernement représentaient un danger non négligeable.
Ce n'est pas lâche, ou même honteux, de fuir de la sorte. Ils sont des pirates, après tout. Pas des enfants de cœur. Tout le monde n'a pas la tendresse des grands de ce monde ou la fierté des samouraïs.
Law remarque tout de suite quand plusieurs marines tentent de les piéger dans une embuscade, en surgissant d'une ruelle à leur gauche. Il entraîne son allié à sa suite dans un renfoncement plus loin, et se faufile tant bien que mal dans l'allée sombre. Les marines ne sont pas encore en vue, et il profite d'un autre coin obscur pour pousser Luffy derrière deux énormes barils, avant de fondre à son tour dans leur cachette ridicule, tout contre le plus petit. Il entend les marines se séparer, dans l'espoir de les cueillir à l'autre bout de la ruelle, et cinq ou six soldats passent devant eux sans les voir. Luffy, dont ni la respiration ni le rire ne se sont calmés, gigote contre lui. Law jette un regard à son allié ; il a les yeux qui pétillent et un sourire plein de dents. Et c'est simple, d'un coup. Il n'a qu'à l'embrasser.
Alors il le fait.
Si on lui demande, il dira que c'est pour le faire taire. Parce que les marines risquent de revenir sur leurs pas, quand ils se rendront compte qu'ils se sont fait avoir, et le brun est trop bruyant. Mais est-ce que c'est nécessaire de glisser un genou entre les jambes étroites du capitaine ? De flatter ses hanches nues sous sa chemise défaite ? De prolonger le baiser outre mesure ?
Mais Law se délecte de l'instant, la peau est douce sous ses doigts et Luffy a un goût sucré sur les lèvres. Il ne demande rien de plus.
Quand le plus jeune se détache de lui pour reprendre son souffle, le médecin pense vaguement qu'il creuse sa propre tombe, et qu'il agit comme une girouette. Le capitaine doit voir le doute glisser dans son regard, parce que son sourire se fane.
« Qu'est-ce que t'as encore fait pour t'attirer ces ennuis ? Chuchote Law, pour détourner son attention et faire refleurir l'air joyeux sur le visage de son vis-à-vis.
— T'es pas venu à la foire, alors je suis parti te chercher. Mais je me suis perdu. »
Law ricane, et Luffy lève les yeux sur le bâtiment en face d'eux, semblant avoir une idée en tête.
« Nami va encore me disputer, il faut qu'on parte.
— Qu'est-ce que tu proposes ?
— On monte ? »
Ils finissent par se hisser sur les toits, et la vue est grandiose. La mer scintille au loin, entre les petites cheminées en terre cuite, et Law se rend compte que l'après-midi est déjà bien entamé. Il suit le capitaine qui fait des pirouettes sur les tuiles orange et dessine du regard le vent qui joue avec ses mèches brunes, faisant flotter le chapeau de paille derrière lui.
Ça, c'est une vue qui l'apaise. Là, il se sent inatteignable.
« Eh, vous, là-haut ! Vous n'avez pas honte ! »
Les deux pirates tournent la tête vers la voix qui les interpelle, un sourcil haussé. C'est un vieux monsieur, et il a l'air en rogne.
« Je vais vous apprendre, moi, à dégrader notre jolie ville ! »
Un dentier s'écrase à un pas du chirurgien, qui écarquille les yeux quand il remarque que la force du lancé à tout bonnement délogé plusieurs tuiles, trouant le toit à côté de lui.
Puis très vite, d'autres vieillards s'agglutinent dans les rues, criant aux vauriens, et une pluie d'objets en tout genre leur tombe dessus, parmi lesquels des cannes, des prothèses, et même des opinels bien aiguisés.
« Vas-y Josette, débarrasse-nous de cette jeunesse décadente !
— J'ai gagné le championnat pendant quinze années consécutives, prépare-toi mon petit Olivier ! »
Law a à peine le temps de reconnaître les dames de tout à l'heure, qu'une boule de pétanque vient se ficher dans la cheminée derrière lui, qui explose.
« Mais je rêve. »
Luffy éclate de rire, s'exclamant que ces habitants sont trop marrants, et le médecin décide que tout cela a bien trop duré. Il attrape Luffy par le bras, ouvre son immense room, et les téléporte en un instant. Un seconde plus tard, et ils se prenaient une boule d'une soixantaine de kilos.
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Luffy rigole encore, alors qu'ils traversent la forêt où ils ont atterri, pour rejoindre la plage et le Sunny. La main de Law a glissé dans la sienne, parce que le sens de l'orientation du capitaine égale presque celui du sabreur. Law est un peu fébrile, parce qu'il n'a pas utilisé ses pouvoirs sérieusement depuis Wano, en dehors de scans ou de shambles sur de petites distances. Il se sent épuisé, depuis cette maudite opération. Mais ça lui fait du bien, de faire crépiter sa room et de voyager aussi loin, mine de rien.
Bientôt, l'herbe fraîche laisse place au sable chaud, mais Luffy ralentit peu à peu leur progression.
« Dis, Traf, tu vas vraiment partir ?
— Il y a un bateau qui peut m'emmener où je veux, ce soir.
— C'est pas une réponse. »
Law soupire, puis fait face à son ancien allié.
« Oui, je vais partir. »
Mais peut-être pas tout de suite.
« Pourquoi tu ne veux pas retrouver tes nakamas ? »
Sa mine est sérieuse, et n'admettra aucune esquive.
Law comprend alors que la colère de Luffy, hier, à propos de son départ, n'avait rien à voir avec ses sentiments à son égard, quel qu'en soit leur nature. Le genre de fuite qu'opère Law, depuis le départ de Wano, est de celles que Luffy ne tolère pas. C'est lâche, et ça ne lui ressemble pas. Alors Law sait que s'il ne reprend pas les choses en main, c'est le chapeau de paille lui-même qui le chassera du navire.
Luffy lui sourit quand il voit qu'il a compris. Law va parler, mais il remarque au bout de la baie le groupe armé de marines qui les pourchassaient plus tôt.
« Ne les laissez pas s'enfuir ! »
Sur le Sunny, le reste de l'équipage fait de grands gestes, pour les enjoindre à monter à bord. Luffy s'apprête à les y propulser, mais Law préfère largement les téléporter plutôt que de venir s'écraser lamentablement sur le pont.
« Ok, tout le monde est là ! On largue les amarres ! Crie Nami à l'intention des autres qui s'activent, pendant que des boulets de canon percent l'eau autour d'eux.
— Vraiment, Luffy, t'en rates pas une » s'agace Usopp alors que son capitaine s'esclaffe.
Plus loin, Nami s'approche de Robin, le sourcil levé à son attention.
« C'était ça, ton plan ? »
La brune sourit, et son regard glisse vers Law, qui s'excuse auprès de Chopper parce qu'il n'a pas trouvé la dernière plante de sa liste. Le petit renne, trop mal à l'aise de l'avoir dupé (même s'il n'a fait que suivre les instructions de Nami), agite les bras vivement pour lui dire que ce n'est pas grave, qu'il n'en n'avait pas vraiment besoin.
Luffy bondit alors sur le dos du corsaire, qui, surpris, tente désespérément de le faire lâcher prise.
« En fait, nous avions la solution sous nos yeux. »
Nami croise son regard, sourire aux lèvres complice, et elles échangent un check poing contre poing.
« Le capitaine obtient toujours ce qu'il veut. »
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Informations futiles :
Équipe hameçon : Franky, Robin, Chopper.
Équipe pâté : Usopp, Nami, Luffy, Brook.
Équipe herbe à chats : Zoro, Sanji.
Le chaton : Law.
Teaser : Chapitre 10, L'orage.
