Chapitre 89
Kill you

Alice se débattit et comprit rapidement que ce n'était pas une bonne idée. Le serpent resserrait sa prise. L'air se faisait de plus en plus rare dans ses poumons et sa vision se troubla, la partie de son cerveau en charge d'irriguer ses globes oculaires clairement en manque d'oxygène. Elle tenta de plaider sa cause auprès du reptile mais celui-ci avait rompu leur lien psychique probablement pour mieux se concentrer sur sa mise à mort. Elle avait lâché sa baguette et elle ne pouvait bouger le bas de son corps, ses chances de survie étaient plus que minces. Elle n'avait jamais été une grande oratrice contrairement à sa soeur Marlène qui aurait sans aucun doute réussi à charmer le serpent. Pourtant la parole était tout ce qui lui restait en cet instant.

– Nagini... parvint-elle à articuler, sa voix à peine audible.

Entendre son prénom ne sembla pas arrêter ou déconcentrer la créature qui semblait plus incline à la tuer qu'à la libérer. Alice se demandait jusqu'à quel point Nagini avait perdu son humanité. Est-ce qu'elle pouvait encore atteindre celle-ci ? Sa loyauté au Maître des Ténèbres était trop forte pour être ignorée. Elle devrait faire avec... Une fois de plus, elle tenta donc de prendre la parole. Ce fut plus difficile encore qu'un peu plus tôt puisque le serpent n'avait eu de cesse de resserrer sa prise.

– Je peux... t'aider. Un antidote, suffoqua-t-elle.

Encore une fois, cela n'eut aucun effet. Elle se sentit stupide. Bien sûr que Nagini n'allait pas s'arrêter pour une promesse en l'air d'une personne visiblement désespérée. Une proie acculée a recours à tous les subterfuges, et principalement le bluff, le mensonge. Pourtant elle ne mentait pas. Elle ferait tout pour trouver un sort, une potion, n'importe quoi qui pourrait inverser la malédiction de sang de son assaillante. Elle n'était pas une experte dans le domaine mais elle était prête à le devenir. Les cours de Poudlard n'étaient pas très développés sur le sujet. Elle se souvenait vaguement qu'il fallait connaître le nom de la personne qui avait lancé la malédiction... et rien d'autre. Rien ne lui revenait et les larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne voulait pas mourir. Elle avait encore tant de choses à vivre. Elle voulait revoir Frank.

Était-il même possible de sauver Nagini ? Le serpent était un horcruxe. Elle était là pour le trouver. Le ramener au quartier général de l'Ordre. Et le tuer. Elle n'avait pas encore de moyen de le détruire. Dumbledore avait chargé James de cette mission. Elle se prit à envier son camarade. Nul doute qu'il n'avait pas eu à faire face à un serpent géant avec une volonté inflexible de le tuer. Elle sentit l'une de ses côtes se craqueler. La douleur faillit lui faire perdre connaissance mais aucun son ne s'échappa de ses lèvres. Seule son expression douloureuse trahissait la souffrance insupportable qui la parcourait de toutes parts.

Elle se rendit alors compte d'une chose. Elle avait présumé que Nagini souhaitait être guérie. Que le serpent voulait être sauvé. Peut-être était-ce l'inverse ? Pourquoi souhaiterait-elle poursuivre son existence ? Pour beaucoup l'immortalité était une bénédiction, un objectif. Le Maître des Ténèbres en était le plus parfait exemple. Mais ça ne signifiait pas que Nagini entretenait les mêmes desseins. Le garçon qu'elle avait vu dans ses souvenirs n'était plus là. Elle ne semblait avoir ni famille, ni amis. Elle n'avait que le mage noir. Peut-être que...

– Je peux te... tuer, articula-t-elle avant d'être aspirée par le néant.

Sa dernière pensée fut pour son fils. Elle ne fêterait même pas son premier anniversaire. Il n'avait pas encore parlé mais il avait fait ses premiers pas. Elle avait été si heureuse. Il était si doux, si gentil. Il serait un garçon adorable. Aucun doute n'était possible. Harry et lui étaient comme le jour et la nuit. Le fils de James ne tenait pas en place, un vrai petit maraudeur. Neville était moins exubérant. Il ressemblait à Frank. Elle espérait que ce dernier s'en sortirait. Qu'il n'aurait pas trop souvent recours aux services d'Augusta. Alice appréciait sa belle-mère mais elle la trouvait trop exigeante, trop dure. La dernière fois qu'elle était venue leur rendre visite elle n'avait cessé de dire que ce n'était pas normal que Neville n'ait pas encore utilisé ses pouvoirs. Qu'il était peut-être un cracmol. Alice se fichait pas mal de ce genre de chose. Elle était heureuse que son fils soit en bonne santé et heureux. Le reste lui importait peu. Elle aurait voulu continuer à le regarder exister, grandir, changer, se tromper, aimer... Y avait-il un après ? Un paradis qui lui permettrait de veiller sur lui. De le revoir un jour peut être.

Elle se réveilla en Enfer.

Elle n'avait pas d'autres explications au fait qu'elle était toujours dans le manoir de Jedusor avec un serpent de trois mètres de long à ses côtés. Elle se redressa sur ses coudes avant de se laisser retomber sur le dos, poussant un cri de douleur. Elle était vivante. Elle n'avait probablement plus de cage thoracique mais elle était indubitablement vivante. Un sourire douloureux étira ses lèvres. Nagini avait-elle eu besoin d'une pause-café, remettant à plus tard son assassinat ? Peu importe, elle devait saisir cette occasion pour la convaincre. Elle serra sa baguette dans sa main. Lancer un sort lui semblait impossible mais elle n'avait pas le choix. Elle devait la convaincre de ne pas la tuer.

– Je peux te tuer, répéta-t-elle en pensée cette fois-ci.

Nagini siffla. Elle ne lui répondit pas. Ou peut-être était-ce une réponse ? Alice ne parlait pas couramment fourchelang. Si elle s'en sortait vivante, elle s'inscrirait à un cours, se promit-elle ! Encore une fois, son esprit fut assailli d'images. Alice comprit que le serpent lui disait qu'elle avait compris la première fois. Qu'elle n'avait pas besoin qu'elle lui répète. Que c'était la raison pour laquelle elle l'avait épargné. La dernière image était claire. Elle se voyait quittant le manoir et avec elle le serpent. Nagini acceptait de la suivre.

– Merci.

Le serpent lui répondit par une image de Neville. Alice n'était pas certaine de ce que le serpent avait voulu dire. "Allons retrouver ton fils !" ou "est-ce que je peux manger ton fils ?" Toujours était-il qu'elle allait revoir son bébé.