CHAPITRE 90
New Leader

Severus fixait James qui fixait Severus qui était lui-même fixé par Sirius. Lily aurait pu remonter assez loin comme ça puisqu'elle fixait aussi James. Remus fixait Sirius. Marlène fixait Sirius. Et Dorcas fixait Marlène. C'était très clair. Aussi clair que la situation actuelle. Un petit résumé ne serait pas du luxe. Depuis que le manoir des Potter était parti en fumée, le quartier général de l'Ordre n'était plus fixe. Les lieux de rendez-vous étaient communiqués à la dernière minute par le procédé d'un code assez élaboré et qui les protégeait d'une attaque surprise de l'ennemi.

Aujourd'hui ils étaient donc tous entassés dans le manoir des Dearborn. Caradoc semblait peu à l'aise avec à la présence des deux petits chouchous du Maître des Ténèbres et de la meilleure amie et serpent de compagnie de ce dernier dans son salon. Pourtant, il ne fit aucun commentaire. Le moral des troupes aurait dû être au beau fixe. Après tout, ils avaient réussi après des mois de recherche à collecter tous les horcruxes, ou presque.

Remus et Sirius avait trouvé le collier de Salazar Serpentard et accessoirement Regulus Black. Ce dernier ne se voyait pas gratifié de la même hostilité que Severus puisqu'il avait changé de camp il y a de cela des années, néanmoins il n'avait pas reçu un accueil très chaleureux. Il avait failli mourir ou peut-être qu'il était mort, elle n'était pas certaine d'avoir tout compris au récit de Sirius. C'était un mystère sur lequel il aurait fallu se pencher mais ce n'était pas vraiment à l'ordre du jour. James avait pour sa part, trouvé judicieux de ramener la tête entière du basilic qu'il avait combattu. Elle ne pouvait que supposer que c'était ce qui s'était passé puisque le garçon refusait de décocher le moindre mot en présence de son ennemi de toujours. Un vrai gamin. Elle n'insista pas. Ils avaient de quoi détruire les horcruxes. C'était tout ce qui importait. Marlène et Dorcas avaient réussi à infiltrer le coffre des Lestrange, subtilisant dans ce dernier la coupe d'Helga Poufsouffle. Elle aurait bien posé des questions sur le dragon garé dans le jardin mais encore une fois ce n'était pas vraiment le sujet.

– Je résume donc, nous avons le médaillon, la coupe, le serpent, la bague et le diadème. Il nous reste donc encore deux horcruxes à trouver, résuma-t-elle.

– Non, intervint James sans pour autant donner plus de détail, son regard toujours fixé sur Severus.

– Quoi non ? s'agaça-t-elle.

– Non, répéta-t-il.

– Donc nous avons un médaillon, la coupe, Nagini, la bague, le diadème et... un horcruxe mystère ? demanda-t-elle sur un ton incertain.

– Peut-être, répondit le jeune homme.

– Imbécile, lâcha Severus assez fort pour que James l'entende.

– Répète un peu pour voir ! le menaça le garçon en se levant de la tête de basilic sur laquelle il était assis.

– J'ai dit... commença Severus se levant à son tour prêt à en découdre.

– Les garçons ! intervint Lily, se plaçant face à James, tournant le dos à Severus.

Elle emprisonna le visage de son amant entre ses mains, l'obligeant à cesser cette stupide bataille de regard qui n'avait que trop duré. Elle sentit la tension du garçon s'amoindrir à son contact. Son regard semblait lui aussi moins sombre, les iris dorés se dilatant imperceptiblement. Elle avait besoin qu'il arrête de se comporter comme un adolescent mais Severus semblait faire resurgir ses pires instincts. Elle le sentit céder.

– Narcissa était sous l'emprise du journal intime de Jedusor. Elle va bien même si l'horcruxe a essayé d'aspirer sa vie. J'ai tué le monstre de la Chambre des secrets avec le journal que j'ai transformé en coq et qu'ensuite j'ai poignardé avec un des crocs du basilic. Le journal, pas le coq.

Une véritable cacophonie de commentaires s'éleva après le récit du garçon. Les conversations allaient dans tous les sens dans un brouhaha général incohérent et très peu productif.

– Un journal intime, pouffèrent doucement les jumeaux Prewett.

– Comment ça la chambre des secrets ? s'exclama Marlène. Je croyais que c'était un mythe.

– Un mythe ensanglanté sur le tapis persan de mon salon, la contra Caradoc en pointant du doigt la tête de la créature.

– Quand tu dis Narcissa ? Tu veux dire notre Cissy ? demanda Sirius en lançant un regard à son petit frère qui semblait tout aussi intéressé par la réponse.

– Je comprends pas cette manie de transformer des animaux en horcruxe, soupira Hestia.

– C'est James qui a transformé le journal en coq. L'horcruxe c'est le journal, la corrigea Dorcas. Enfin je crois.

– Tu as laissé notre cousine évanouie dans la chambre des secrets ? s'étrangla Regulus.

– Je savais pas que c'était une réunion à thème, c'était pas précisé qu'il fallait qu'on ramène son mangemort, lâcha James à son cousin.

– Imbécile, répéta Severus.

– Je vais me le faire, intervint Sirius en se levant à son tour, esquivant la tentative de l'intercepter de Remus. Je comprends même pas ce qu'il fout là ! Qu'est-ce qui nous prouve qu'il dit la vérité ? Le corps de Dumbledore a été retrouvé en bas de la tour d'Astronomie où il vous attendait !

Un murmure parcourut l'assemblée qui semblait profondément abattue par la mort du vieux mage. Lily n'arrivait pas à se faire à l'idée que Dumbledore n'était plus là. Peu importe ce qu'il avait pu faire par le passé, il était un pilier de la résistance. Poursuivre sans lui ne serait pas aisé. S'il avait été là, personne n'aurait remis en question la présence de Severus. Pas même James. Un mot de sa part et Regulus aurait été des leurs. Sans lui, tout était compliqué. Il n'était plus là pour les guider.

– Rien ne prouve qu'il nous dît la vérité, répondit Lily en essayant de calmer le garçon. Mais il aurait pu partir avec la bague. Pourquoi risquer de nous attendre James et moi ?

– Peut-être parce que c'est lui l'imbécile, argumenta James appuyé par Sirius qui hochait vigoureusement la tête comme si son meilleur ami avait justifié son raisonnement par une formule scientifique.

– Dans le doute, on devrait le tuer, conclut Sirius sur un ton qui laissé à penser que c'était la seule conclusion possible, logique, rationnelle et réfléchie.

– Pourquoi est-ce que ça finit toujours comme ça avec toi ? soupira Remus.

– On dirait maman, dit remarquer Regulus, soutenue par Nagini qui semblait connaître un peu trop bien Walburga Black.

– James à toi de décider, intervint Frank.

Les regards se tournèrent vers le chef des maraudeurs. Vers le chef de la Résistance. C'était toujours compliqué de savoir ce qui se passait dans le crâne de James Potter et la plupart du temps Lily se contentait de ne pas essayer de comprendre mais la décision qu'il allait prendre était capital pour la suite. Elle déterminerait la fin de cette guerre.

– Regulus peut rester, asséna-t-il d'un ton sans appel, un murmure d'approbation suivant cette déclaration. Nagini aussi.

Encore une fois, aucune protestation ne s'éleva, si ce n'est une légère grimace d'Alice dont la phobie ne semblait nullement guérie malgré sa nouvelle compagne.

– Pour ce qui est de Snape. Dumbledore lui faisait confiance mais ce n'est pas mon cas. Je ne sais pas quelle raison l'a poussé à changer de camp et ce qui me semble le plus plausible ça serait une sorte de moyen de pression… Je ne sais pas lequel et je ne peux donc pas m'assurer de sa loyauté. Il faut qu'il parte. Sa mémoire sera bien sûr effacée.

– On peut lui demander… intervint Dorcas.

– Il nous reste un horcruxe à trouver, surenchérit Remus. Il a été utile pour tous les autres. On a besoin de lui.

– Une goutte de sérum de vérité et on saura ce qui le motive, suggéra Marlène toujours aussi friande de ragots.

– Non ! gronda Severus qui ressemblait à un animal acculé en cet instant.

– On peut aussi le torturer à mort, proposa Sirius s'attirant un regard désapprobateur de Remus et un soupir las de son petit frère. Quoi ? Je dis ça parce qu'il a pas l'air d'aimer l'option discussion autour d'un thé.

– Va pour le Veritaserum.

Lily n'avait aucune idée de la raison pour laquelle Severus avait tourné le dos aux mangemorts. Et encore moins ce qui l'avait poussé à risquer sa vie pour l'Ordre mais il n'avait pas l'air de vouloir partager ce secret. Elle aurait voulu s'interposer. Le préserver. Mais comment aurait-elle pu ? Les enjeux étaient trop importants. James avait mis de côté sa haine et elle devrait donc mettre de côté son amour.