CHAPITRE 91

After all this time

Lily n'était pas vraiment en paix avec elle-même. L'idée de soutirer la vérité à Severus de cette manière lui semblait moralement douteuse. Elle se souvenait que le veritaserum n'était utilisé en Cour de justice qu'à la demande de la personne. En aucun cas le juge pouvait en user sur l'accusé. Les autres ne semblaient pas avoir conscience de ça ou peut-être qu'ils ne s'en souciaient pas. Après tout, pour Peter ils avaient également opté pour cette méthode. Sirius avait même utilisé un impardonnable... Elle n'avait jamais été partisante de l'expression « la fin justifie les moyens ». Qu'est-ce qui les différenciait de l'ennemi s'ils avaient recours aux mêmes méthodes ?

Elle avait tenté de dissuader James mais il ne l'avait pas écouté. Ils avaient eu une dispute assez violente lorsqu'il était allé jusqu'à lui rétorquer que si ça n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait poussé du haut de la tour d'Astronomie où il l'avait trouvé. Harry s'était mis à pleurer en les entendant crier. Ils avaient dû interrompre leur dispute et rien n'était par conséquent réglé. Il n'avait pas dormi avec elle, préférant leur canapé à leur lit. Elle n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit. Ses pensées papillonnant d'un problème à un autre. Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas transplaner chez Caradoc et libérer Severus qui y était retenu dans le manoir jusqu'à ce qu'ils se procurent la potion de vérité.

Ses pas ne la portèrent pas aussi loin. Elle se contenta de descendre les escaliers, jetant un œil dans la chambre de son fils qui dormait à poings fermés. Elle lança également un rapide coup d'œil à l'horloge accrochée dans l'entrée face à l'escalier. Il était si tard qu'il était presque tôt. Elle s'avança jusqu'au canapé. Tout comme Harry, le sommeil de James était d'une profondeur abyssale. Rien ne semblait pouvoir troubler ce dernier et une part d'elle considéra l'idée de ne pas le réveiller. Le problème c'est que cette petite voix de la raison n'avait que bien peu de portée et ne parvint pas à supplantée la cacophonie provoquée par sa colère. C'est aussi pour cette raison, qu'après avoir dit son prénom plusieurs fois et de plus en plus fort, elle eut recours à la violence physique, posant un pied sur le flanc du garçon et le secouant sans remords. Elle cessa de le secouer lorsqu'il lâcha un juron, se redressant et posant ses iris ambrés sur elle.

- Si c'est pour Snape, je ne changerais pas d'avis, assena-t-il d'un ton qui se voulait ferme mais qui manquait de conviction puisqu'il tentait clairement de s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un cauchemar.

- Alors on est comme eux ! s'insurgea-t-elle.

- Bien sûr que non ! s'agaça-t-il en levant les yeux au ciel comme pour lui signifier qu'elle exagérait la situation, ce qui eut pour résultat de la faire bouillir de rage. On fait ça pour sauver des vies pas pour en détruire !

- Et sa vie à lui ? Il a aidé Dumbledore ! lui rappela-t-elle. Il nous a remis l'horcruxe ! C'est comme ça que tu le remercies ?

- J'ai pas à le remercier ! Je lui ai rien demandé ! Je lui dois rien du tout ! gronda-t-il mais elle décida d'ignorer la menace tacite.

- Alors efface sa mémoire et relâche le ! Tu ne peux pas le torturer pour t'assurer de sa loyauté !

- Personne n'a torturé qui que ce soit !

- La violence n'est pas toujours physique.

- Pourquoi tu le défends autant ! Je me souviens pas que tu aies dit quoi que ce soit lorsqu'il s'agissait de Peter.

- Premièrement, pour Peter j'étais pas au courant de ce que Remus avait prévu ! Et j'étais trop occupée à m'époumoner pour l'impardonnable que Sirius a lancé ! Et qu'est-ce que t'insinue au juste ?

- Que t'es partiale !

- T'es juste jaloux !

- Jaloux de Severus ? pouffa-t-il même si son sourire se cantonna à ses lèvres, ses yeux brillants de colère.

- Et pourquoi pas !

- Tu m'a bien regardé ! continua-t-il son sourire disparaissant petit à petit.

- Oui je te regarde et je suis pas certaine d'aimer ce que je vois !

Un silence suivit cette déclaration. Elle était peut-être allée trop loin. Elle refusa néanmoins de battre en retraite. Par fierté et aussi dans l'espoir qu'elle l'avait suffisamment secoué pour qu'il se remette en question. Elle aurait du savoir que ce genre de choses ne fonctionnerait pas avec James. Que cela aggraverait la situation.

- Je peux disparaître. Comme ça je te dérangerais plus. À moins que tu ne préfères le faire ? T'as plus d'expérience après tout.

Elle leva sa main prête à le gratifier d'une gifle mais elle suspendit son geste, des larmes troublant sa vision. Il avait gagné. Parce qu'elle n'irait pas plus loin. Elle ne voulait pas et ne pouvait pas le blesser. Elle l'avait déjà trop fait par le passé. Cela lui avait valu la dernière remarque cinglante du maraudeur. Elle était partie. Elle l'avait abandonnée. Et il ne lui avait pas pardonné. Elle l'observa. Il évitait son regard mais tout, comme elle un peu plus tôt, il décida de ne pas battre en retraite. Lui non plus, n'exprima aucun regret d'être allé trop loin.

Elle tressaillit lorsqu'il captura de son index une larme traitresse qui s'était insidieusement échappée de ses yeux embués par la tristesse. Elle donna un léger coup contre le torse du garçon. Puis un second. Toujours faiblement. Vidée émotionnellement. Il la laissa faire un temps, réduisant finalement la distance entre eux pour l'entourer de ses bras et la serrer contre lui. Elle le repoussa. Elle n'aimait pas l'idée d'être consolée par la cause même de sa tristesse. Elle avait voulu arranger les choses entre eux. Elle ne voulait pas que la présence d'Harry ou leur statut maritale les empêchent de communiquer ou diminue leur volonté de se faire entendre, de se confronter, d'être deux entités. Elle refusait de basculer dans la routine de certains couples qui laissaient leur problèmes s'entasser dans un coin par peur de perdre l'autre, les ignorant jusqu'à ce qu'ils deviennent trop imposants, trop visibles et impossibles à résoudre. Ça n'avait jamais été leur manière de faire. Ils étaient James et Lily. Ils se disputaient depuis le jour de leur rencontre. Ils ne craignaient pas le conflit. Il était ce qui les avait unis.

Elle le repoussa un peu plus encore, le faisant basculer dans ce foutu canapé. La colère la submergea. De quel droit avait-il déserté son lit ? Elle grimpa sur ses genoux, la surprise dans le regard du garçon remplacé par le désir. Ils étaient James et Lily se répéta-t-elle appuyant son bassin contre la virilité déjà fortement stimulée du garçon. Elle se délecta d'être parvenue à lui arracher un juron. Elle agrippa ses cheveux pour lui faire relever la tête, capturant ses lèvres pour le réduire au silence. Elle ne voulait pas d'excuses. Elle ne voulait plus argumenter. Elle le voulait lui tout simplement. Elle le prit donc. Plusieurs fois. Jusqu'à épuisement et un peu plus encore.

- Il a demandé à ce qu'il n'y ait que moi de présent, l'informa-t-il au matin, brisant le silence confortable qui s'était installé après leur ébats enflammés.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Il a dit qu'il était certain que je garderais son secret... secret.

- C'est absurde.

Pourquoi Severus avait choisi James ? Comment pouvait-il être certain que le garçon garderait le silence ? C'était en théorie bien pensé. Si James annonçait aux autres que Severus était bien dans leur camp, personne ne remettrait en question ce qu'il dit et peu de personne demanderaient des détails. Mais rien ne garantissait qu'il ne donne pas cette information aux autres maraudeurs ou encore à elle. Qu'est ce qui le rendait aussi sur de son propre ennemi.

- Est-ce que tu compte garder le secret ?

- Bien sûr que non.

Pourtant, le lendemain, une fois le veritaserum utilisé et le secret avoué... James annonça que Severus était digne de confiance. Quand Sirius lui demanda ce qui l'avait convaincu, James ne pipa mot mais ce que lui avait confié Severus avait assombri son humeur.