CHAPITRE 96
I saw you

Marlène se laissa tomber sur le confortable canapé, adorant la sensation d'être entouré d'un milliard d'oreillers. Cela ne l'empêcha pas de poser ses pieds sur les genoux de Sirius qui lui lança un regard ennuyé sans pour autant la repousser. Elle se retint de l'agacer davantage bien que cela fût particulièrement tentant. Elle ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il commença à lui masser la cheville, ses doigts remontant le long de son mollet. Un paradis se logeait sans aucun doute au bout des doigts de cet ange déchu. Elle ferma les yeux, les voix de Dorcas et Remus lui parvenant de la cuisine. Elle tendit la main vers Sirius, ses paupières toujours hermétiquement closes. Elle sentit la main du garçon se saisir de la sienne, ses lèvres caresser l'intérieur de sa paume, électrisant sa peau de ses caresses.

Ce que lui avait fait subir l'horcruxe ne lui faisait qu'apprécier ces moments de bonheur. Cette vie semblait si fragile. Elle avait cette intime conviction que tout pouvait basculer d'un moment à l'autre mais elle refusait de vivre dans la peur. Sa sœur Alice n'avait pas aussi bien géré le contrecoup. Elle sortait à peine de chez elle. Ne voyait plus personne si ce n'était son mari et son fils. Marlène ne pouvait néanmoins pas lui reprocher cette attitude. Elle faisait ce qui était nécessaire pour protéger sa famille mais c'était douloureux de ne pas se sentir "inclue" dans l'équation. Peut-être que c'était inévitable. En grandissant elles étaient devenues moins proches. Elle savait qu'Alice sans désapprouver, ne comprenait pas son mode de vie. Cela les avait éloignées, séparées. Sœurs et étrangères. Alice n'avait même pas voulu lui raconter ce que l'horcruxe lui avait montré. Elles avaient toujours été différentes, presque des opposées. Cela ne diminuait en rien leur affection l'une pour l'autre mais une part d'elle était nostalgique de l'époque où elles étaient amies. Il y avait une différence entre s'aimer parce qu'on est de la même famille et savoir que si elles n'avaient pas été sœurs, elles se seraient quand même choisi comme confidentes et alliées. Sirius lui avait dit qu'elle se montait la tête et qu'Alice la considérait toujours comme une amie. Dorcas lui avait dit qu'Alice s'inquiétait tout autant pour son fils que pour sa sœur, la seule différence étant qu'elle était responsable de l'un et ne pouvait pas contrôler l'autre. Remus avait surenchéri en lui rappelant que révéler sa plus grande peur à quelqu'un c'était se rendre vulnérable.

– Marley vient faire ton guacamole, l'interpella Dorcas de la cuisine.

Elle grogna en réponse sans faire mine de bouger. Sirius lui pinça le mollet et elle lui donna un léger coup de pied dans la cuisse. Elle regrettait de ne pas l'avoir embêté plus que ça lorsqu'elle en avait eu l'occasion, il l'aurait mérité. Elle lui donna de nouveau un coup pour la forme mais cette fois il lui attrapa le pied et elle eut beau se débattre, elle était sous son emprise. Comme toujours.

– Je peux pas venir, Sirius veut pas me lâcher ! prétexta-t-elle avec toute la mauvaise foi qu'elle avait en stock.

– Sirius lâcha là ! lui ordonna Dorcas.

Sirius semblait gagné par la même flemme qu'elle. Il ne prit pas la peine de restaurer la vérité sur ce qui s'était passé. Il se contenta de lui lâcher le pied, prenant sa place lorsqu'elle se leva finalement pour rejoindre les autres. Elle le vit s'enfoncer dans les coussins multicolores et elle s'attarda un instant, préférant reculer pour admirer le plus longtemps possible son sourire de satisfaction tant qu'il avait les yeux fermés. Lorsqu'il les ouvrit, elle effectua habilement une pirouette, rougissant légèrement de s'être fait prendre à l'aimer. Elle pressa le pas vers la cuisine, laissant son cœur se réchauffer en entendant le délicieux rire du garçon la poursuivre.

– De quoi vous parliez ? demanda-t-elle en appliquant une claque tonitruante sur les fesses de Remus qui semblait bien trop habitué vu son absence de réaction.

– Des horcruxes, lui dit-il essayant de cacher son air sombre en baissant les yeux vers les carottes qu'il s'appliquait à couper en dés.

– Quoi les horcruxes ? l'interrogea-t-elle avec une nonchalance feinte, sortant des avocats, déposant un baiser dans le cou de Dorcas au passage pour se rappeler qu'elle allait bien, que ce n'était qu'une illusion.

– Je disais juste à Remus qu'il s'était libéré de l'illusion bien plus rapidement que Lily, Alice, et Snape. Sans compter que l'horcruxe avait mis à terre Sirius juste avant.

– Techniquement parlant c'est pas l'horcruxe qui l'a assommé mais c'est vrai que tu semblais moins affecté que nous, compléta Marlène en ouvrant les tiroirs pour chercher une cuillère propre.

– C'est juste que... commença le garçon avant de faire une pause jetant un coup d'œil vers la porte de la cuisine pour vérifier que Sirius ne se trouvait pas à proximité. J'ai l'habitude.

– L'habitude ? demanda Dorcas complètement perdue. Comment ça ?

– Je vois pas comment tu peux avoir l'habitude d'être torturé psychologiquement par un horcruxe, surenchérit Marlène à la fois troublée et inquiète de ce qu'avait voulu dire le doux garçon.

– Ce que je veux dire c'est que... j'ai l'habitude de lui faire face. Pas l'horcruxe, ajouta-t-il en agitant les mains en voyant se former de nouvelles interrogations sur les lèvres de ses deux interlocutrices. Je parle de ma peur.

– Qu'est-ce que c'est... demanda finalement Dorcas d'une voix hésitante puisqu'elle se souvenait probablement que Remus avait dit que révéler sa plus grande peur n'était pas anodin.

– Si tu ne veux pas en parler on comprend... compléta Marlène en posant une main sur la joue de son ami.

– Je vous fais confiance, dit-il en secouant doucement la tête, un sourire triste s'étirant sur ses lèvres. C'est juste que... j'ai promis de ne plus avoir peur.

– Promis ? répéta Dorcas. Promis à qui ? C'est absurde. Tu ne peux pas promettre ça !

– À moi, les interrompit une voix à la fois ennuyée et énervée.

– Sirius... commença Remus en avançant vers lui mais en s'arrêtant lorsque le garçon leva la paume pour lui intimer l'ordre silencieux de s'arrêter.

– Qu'est-ce que tu as vu ? demanda-t-il d'un ton bien trop calme pour que cela ne puisse présager quelque chose de bon.

– Toi...

Sirius lâcha un rire sans joie et s'éloigna sans un mot de plus. Comment Sirius pouvait-il être la plus grande peur de Remus ? Elle se tourna vers Dorcas qui semblait plongée dans le même état d'incompréhension qu'elle. Quant à Remus, il semblait tétanisé. Elle aurait voulu trouver les mots. Faire quelque chose pour rééquilibrer leur monde mais elle se savait impuissante. Ils étaient imparfaits. Elle posa une main dans le dos du garçon et lui offrit tout ce qu'elle avait. Une légère poussée.

– Tu as l'habitude. Et tu as promis, lui rappela-t-elle.