CHAPITRE 97
Guacamole
Remus savait où trouver Sirius. Ce dernier était sujet à de nombreuses sautes d'humeur et cela le conduisait inexorablement à l'extérieur et de préférence en hauteur. Il avait appris plus tard que le manoir des Black n'était pas étranger à cela. Il grimpa donc les escaliers vers le toit de l'immeuble de Dorcas. La porte d'accès à celui-ci était entrouverte, une sorte de brique la maintenant ainsi. Il l'enjamba et s'avança au milieu d'une sorte de jungle luxuriante de plante en pot. Il chercha du regard un coin un peu moins fleuri, sachant pertinemment que pour Sirius, une plante était synonyme d'insectes, or le garçon les avaient en horreur. Il finit par le dénicher au détour d'un lierre grimpant, appuyé à la rambarde.
– Sirius...
Il ne s'attendait pas à une quelconque réponse du garçon. Sirius parlait beaucoup lorsqu'il était de bonne humeur, et encore plus lorsqu'il était heureux. C'était logique qu'il fût l'exact opposé dans le cas inverse. Il réduisit la distance entre eux, posant ses deux mains sur la rambarde de fer sans pour autant prendre la parole. Comme toujours, il savait où le trouver. Il savait aussi ce qui l'avait contrarié. Il comprenait parfaitement son comportement. Mais il n'avait pas de solution miracle. Parfois il aggravait les choses... parfois il désamorçait la situation. C'était un jeu de hasard terrifiant. Il détestait ça.
– J'avais réussi tu sais mais avec ce qu'il s'est passé entre nous, j'ai recommencé à m'inquiéter.
– Oh alors c'est de ma faute ! s'exclama Sirius en se tournant vers lui, implosant comme la bombe à retardement qu'il était.
– Oui ! Et la mienne ! On est tous les deux coupables. Que tu le veuilles ou non. J'ai pas tout gâché tout seul ! Tu ne peux pas réécrire l'histoire comme ça t'arrange Sirius ! Je suis désolé d'avoir cru que tu étais le traître mais je ne suis pas désolé d'avoir peur de te perdre parce que je ne serais pas là à te courir après si ce n'était pas le cas !
Sirius semblait abasourdi et pour la première fois, il n'avait aucune réplique cinglante à lui offrir, pas plus qu'il ne disposait d'une habile pirouette pour se dépêtre de ce sac de nœuds. Il n'ouvrit la bouche que pour mieux la refermer, peu habitué à ce qu'on lui reproche quoi que ce soit et encore moins que Remus soit la personne qui se charge de ça.
– Je vais continuer d'être terrifié Sirius et tu ferais bien d'avoir peur que je ne le sois plus.
Sur ces mots, il se saisit du col du garçon et l'embrassa avec toute la colère du monde. Il tremblait tout autant de rage que de plaisir, ses mains s'accrochant aux boucles sombres de son amant comme un naufragé à un radeau de fortune. Il se pressa contre lui avec le même désespoir qu'il avait ressenti lorsque l'horcruxe lui avait fait perdre la chose à laquelle il tenait le plus au monde. Contrairement aux autres qui avaient fait l'expérience de la mort de leur moitié, son cauchemar était tout autre. Sirius n'avait pas été assassiné sous ses yeux. Il était bel et bien vivant. Ailleurs. Avec un autre. Une autre. Peu importe. Il était heureux sans lui. Il vivait sans lui. Il existait dans un monde sans lui. C'était sa plus grande peur. Il avait vu se poser sur lui un regard indifférent lorsqu'ils s'étaient croisés. Il n'avait pas eu le droit à bien plus qu'un hochement de tête en signe de salutation. Il l'avait regardé couver du regard "l'autre". Cette expression qu'il avait crue lui être réservé ne l'était plus. Rien ne lui appartenait. Il avait tout perdu.
– Remus, murmura Sirius en rompant leur baiser. Remus, répéta-t-il haletant. J'ai besoin de respirer, dit-il en riant à bout de souffle, toute colère disparue.
Il hésita à poursuivre, toujours en colère d'avoir eu à se justifier et d'avoir eu à revivre ce moment bien trop éprouvant. La seule raison pour laquelle il avait été moins enclin à se laisser avoir par l'horcruxe était que si par malheur, ce cauchemar se réalisait... il l'accepterait. Il avait peur mais il se savait impuissant. L'horcruxe n'avait pas su quoi faire de cela et c'est pour cette raison qu'il l'avait vaincu plus aisément.
– Allons manger le guacamole que Marlène n'a surement toujours pas fini.
– Je comprends pas pourquoi on continue de lui demander des trucs.
– Un jour on abandonnera, comme pour toi, le taquina Remus en capturant de nouveau ses lèvres, étouffant toutes tentatives de protestations du garçon.
Sa colère avait finalement disparu pour laisser place à la tendresse infinie qu'il avait toujours ressentie pour lui. Il ne rompit le baiser qu'une fois à court d'oxygène, oubliant toujours que Sirius n'était pas semblable à celui-ci. Ou peut-être l'était-il. S'il avait été privé d'air comme il avait été privé de Sirius, peut-être qu'il aurait une plus grande endurance. Qu'il serait champion du monde d'apnée.
– Les gars ? les interrompit la voix hésitante de Peter qui semblait ne pas savoir sur quel pied danser, se balançant du droit au gauche en évitant leur regard.
– Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Sirius sans même essayer de cacher son animosité, sachant pertinemment que le garçon ne se douterait de rien et prendrait simplement ça pour de l'agacement de s'être fait interrompre.
– Je reviens de chez James...
Remus s'avança pour dissimuler Sirius à la vue du garçon puisque ce dernier semblait incapable de dissimuler ses sentiments en cet instant. C'était une situation à laquelle il s'était tous violemment opposé mais James était leur chef et par conséquent ils se devaient de lui faire confiance et de lui obéir même si cet ordre consistait à nommer un traitre comme garant de leur sécurité. Sirius ne l'entendait pas de la même oreille et ne supportait que difficilement de ne pas pouvoir voir James. L'idée que Peter ait accès à ce privilège et pas lui le rendait grognon... désagréable... jaloux... odieux.
– J'ai une lettre de Lily pour toi Sirius, bégaya Peter en tendant celle-ci à ses amis. Et James vous dit bonjour.
– Juste bonjour ? se plaignit Sirius en attrapant l'enveloppe et en s'éloignant pour rejoindre Marlène et Dorcas.
– Je crois qu'il a dit à Lily d'écrire pour lui... commença Peter avant de s'interrompre puisque Sirius était déjà loin.
– Ce n'est pas contre toi Pete, le rassura Remus en lui tapotant l'épaule. Tu sais qu'il n'aime pas être séparé de James.
– Oui, répondit misérablement Peter.
Remus ne parvint néanmoins pas à ajouter quoi que ce soit. Il aurait voulu que Peter se sente encore plus misérable. Il aurait voulu qu'il se sente assez mal pour tout leur avouer. Pour tourner le dos au maître des ténèbres. Pour s'excuser. Pour assumer les conséquences de ses actes. Mais Peter resta tout aussi silencieux que lui. Il se demandait si James n'avait pas été trop ambitieux. Trop confiant. Admettre ses erreurs n'était pas une tâche aisée. Une fois reconnu, il était difficile d'ignorer les remords. La culpabilité pouvait être tout aussi mortelle que cette guerre.
– Allez viens, Marlène a fait du guacamole, fini par dire Remus.
– Marlène ? s'étonna Peter en souriant.
– Bon peut-être pas mais en tout cas on va passer à table.
Leur ami avait emprunté un chemin sombre et s'était égaré mais il existait encore quelque part. Peter aimait James. Il ferait le bon choix. Il le fallait.
