ATTENTION : scènes très explicites.

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Bell'uomo


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Le lit était énorme, lourd, infaillible, pourtant les coups de reins de Thor le faisait grincer.

Loki tenait désespérément la tête de lit : son visage manquait à chaque fois de s'y cogner douloureusement et l'intensité de la charge rendait ses membres si vibrant et tremblant qu'il avait du mal à se maintenir. Sa vision était floue car embuée de plaisir – d'un plaisir si fort et envahissant qu'il sentit les larmes perler finalement, non retenues par le barrage de ses cils. Ses hanches l'élançaient là où son frère le tenait, son fessier était rouge et sensible. Et son intimité était en feu, là où la turgescence de son frère le martelait.

Dieux, que c'était bon… il ne se retenait pas de gémir bruyamment, encouragé par les grognements bestiaux et avides de son frère. On avait peine à croire que c'était déjà le troisième assaut, vu la passion brutale de Thor, mais Loki avait perdu de l'endurance et, si au début il faisait de son mieux pour répondre à l'exigence de Thor, il le laissait à présent disposer de son corps comme il l'entendait. Et il le pilonnait, pilonnait, pilonnait… Si férocement que Loki se félicitait de tenir encore sur ses genoux, de parvenir à éviter de se cogner contre les barreaux du lit. Son corps bouillait, brûlait, s'embrasait – il avait si chaud que sa transpiration coulait le long de son corps.

Il gémit sourdement lorsque la large main de Thor lui agrippa les cheveux, le forçant à se cambrer contre lui sans jamais arrêter de lui labourer l'intérieur. Loki crut voir les étoiles un instant, si éperdu dans les tourments luxurieux qui embrasait son corps, qu'un filet de salive s'échappa de ses lèvres rouges et brillantes, que Thor s'empressa d'aller cueillir. Et en fermant les yeux, lorsque le plaisir lui montait jusqu'à la racine des cheveux, une autre cascade de larmes dévala ses joues.

Ils auraient dû se sauter dessus bien plus tôt.


O

Loki lisait un livre, dans un coin de sa cellule. Thor était parti il y a longtemps, avec sa bande d'amis, pour « restaurer la paix dans les neuf royaumes ». Malgré ses bonnes actions contre les Elfes Noires, ils avaient tous jugé plus sensé de le garder enfermé jusqu'à délibération, ce qui ne pouvait se faire dans ces conditions. L'attaque encore vivace les forçait à se concentrer sur les réparations et le moral des habitants.

Il ne s'en plaignait pas trop.

Il savait très bien que la population l'avait en horreur, que même si on le libérait pour services rendus, on allait toujours le traiter de criminel. Être ici lui promettait quelques instants de paix, même s'il savait fort bien qu'il tentera de s'évader d'un moment à l'autre. Sa cellule était cependant bien plus confortable et spacieuse. Thor avait décidé de le faire enfermer dans ce qui fut sa chambre, puisque Odin était malade. Plongé dans le Sommeil, à dire vrai, et vu sa faiblesse…

Loki tourna délicatement une page de son ouvrage.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis Malekith. Asgard avançait bien dans sa reconstruction et Thor, qui aurait ardemment souhaité ne pas siéger sur le trône si tôt, n'en avait guère le choix. Sa régence était pourtant volage, car il courrait les mondes avec la même liberté qu'il avait auparavant, délaissant le royaume qui pourtant ne lui en tenait rigueur. De toute façon, on lui avait toujours tout passé, à cet enfant de Roi têtu, buté et stupide.

Il ignora les deux coups à la porte et ne leva pas les yeux à l'arrivée de son visiteur. Il savait qui c'était, car à part les servants et servantes qui venaient lui apporter son repas et effectuer le nettoyage de la chambre, il n'y avait qu'un seul Ase qui venait lui rendre visite. Son très cher frère, qui avait apprécié sa bravoure dans leur combat mais qui ne parvenait pas à lui faire confiance. Ce qui était tout à fait normal. En revanche, le voir débarquer chaque jour ici, tout en sachant comment cela se terminerait, était pour le moins incompréhensible.

— Finiras-tu un jour les livres de cette bibliothèque ? embraya Thor, s'avançant jusqu'à effleurer les rayonnages de ses doigts.

— Quelqu'un doit s'y contraindre, puisqu'un autre refuse de s'y pencher.

Thor eut un sourire en coin ironique et tourna son regard vers le paysage. À Asgard, les fenêtres n'étaient qu'absence de mur, mais puisque contenir Loki était le but, ils avaient dû y apposer les mêmes barrières magiques que chez les prisonniers. La lueur orangée de la barrière teintait le ciel et renvoyait une lumière douce et diffuse. Loki détestait cette lueur.

— Si tout se passe bien, dans quelques jours, je demanderai une audience et nous reverrons ta peine, continua Thor le ton monocorde, sans le regarder.

Il se dégageait de lui une telle assurance et un tel charisme que tous les regards se tournaient toujours vers lui. Loki ne se sentait pas différent d'eux : depuis tout petit, il ne faisait que le suivre, comme une ombre collée aux pieds de son possesseur, admirant sa force et son mental, admirant son aplomb royal, sa figure altière. Il aurait dû se douter, tout petit, que leur sang ne les liait pas. Il aurait dû voir leur différence au lieu de se reprocher de n'avoir pas un centième des qualités de son… « frère ».

— Et pour quoi faire ? souleva Loki d'une voix forte en tournant une autre page. Je pense que tu me connais un peu à présent, cher frère. Je m'empresserais de détruire un royaume ou deux.

— Tiens donc, tu ne le caches même plus ?

Le sorcier leva ses yeux pour rencontrer le regard du blond, ferme mais perplexe. Loki y devina l'ironie, et il comprit que Thor ne le croyait pas. Le dieu du mensonge était tombé bien bas, pas vrai ? pour n'être plus capable de se faire entendre du guerrier le plus stupide d'Asgard. Il se releva en délaissant son livre, le jetant comme s'il ne représentait rien.

— Pourquoi le ferais-je, quand tout Asgard en est convaincu ?

— Est-ce qu'un jour, un seul, tu me diras la vérité Loki ? rétorqua Thor avec virulence.

Et les voilà à nouveau en train de se toiser, fureur visible dans leurs yeux embrasés et mâchoires crispées. Loki lui demanda – exigea – qu'il lui répondît alors : les Aesirs n'étaient-ils pas persuadés qu'il sèmerait le mal ? Était-ce un mensonge, alors ? Lui qui ne croisait que de regards de mépris, de peur ou de colère ? Comment Thor osait-il demander l'ouverture d'une audience quand son peuple criait presque de l'égorger ?

— Je ne te demande pas de me citer leurs pensées, tonna Thor en s'avançant encore, menaçant. Je te demande de ne pas me mentir !

Et pourquoi donc ? Cela faisait partie de lui, de son identité : il était le dieu des mensonges ! Pourquoi Thor en serait-il exempt ? Oh, oui, parce qu'il était Roi ? parce qu'il gouvernait ? Mais Loki n'avait jamais eu le moindre scrupule à mentir à Odin !

Il sursauta lorsqu'une main saisit sa gorge pour le plaquer contre la bibliothèque, faisant tomber quelques ouvrages disposés précairement. La main était ferme et autoritaire, mais pas réellement menaçante, pourtant Loki eut peur. Il ne le montra pas, soutint le regard bleu acier du dieu de la foudre, mais se souvint des trop nombreuses fois où, enfant, Thor finissait par le frapper ou le brutaliser pour lui rappeler sa place. Il avait toujours été ainsi : imposant le silence par ses poings, établir le respect par les armes – même contre son « frère ».

— Si l'occasion se présente, répondit lentement Loki, je n'hésiterai pas.

Il supporta sans mal la pression du regard de son Thor, détaillant les reflets de bleus, les nuances froides, qui semblaient luire comme les éclairs qu'il invoquait. Il réagit à peine lorsque Thor le relâcha sèchement, se détournant pour prendre le chemin de la sortie, sa cape rouge battant contre ses chevilles.

Loki observa les portes se refermer sur sa silhouette. Ouais, ils finissaient toujours par se battre.


O

Le lendemain, il venait de terminer sa toilette et paressait sur son lit lorsque les deux coups retentirent. Comme la veille, et les jours d'avant, il ne réagit pas, observant les fresques du plafond, détaillant très précisément un banquet entre les neuf Royaumes. C'était une utopie, qui était peinte, un rêve, qui ne se réalisera jamais. Qu'importât la paix instaurée, les tensions restaient perceptibles et la moindre étincelle y jetterait le feu. Ils n'acceptaient Asgard qu'à cause du sang qui fut versé par leur père, et le père de leur père. S'ils montraient le moindre signe de faiblesse…

Des doigts claquèrent sous son nez, mais Loki ne tressaillit pas. Il adressa un regard agacé au fils d'Odin, qui conserva une forme de froide distante, mais on devinait les prémices d'un sourire moqueur. Pas l'un de ceux qu'ils échangeaient dans leur adolescence, mais un sourire méchant, comme ceux qu'il avait l'habitude de servir, lui.

— As-tu délaissé les livres au profit d'une observation artistique ?

— Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, cette chambre n'offre que peu d'activité.

À part la bibliothèque et la vue sur la cité, rien ne pouvait prétendre lui faire passer le temps. Il avait bien un bureau, mais on avait retiré plumes et parchemins.

— Devrais-je te faire envoyer une servante ?

Loki leva les yeux au ciel, affirmant qu'aucune femme ne saurait le distraire. Les plaisirs de la chair étaient certes agréables, mais pas au point de se laisser couler à ses bas instincts avec une servante. Il avait toujours méprisé cette facette de Thor, qui pouvait faire défiler femme après femme dans sa chambre, prenant ce qu'il voulait sans y penser et jetant tout de suite après. Les servantes connaissaient leur rôle, mais il ne trouvait pas cela acceptable pour un prince.

— Pourrais-tu m'expliquer pourquoi tu me rends visite jour après jour, là où tu n'as pas daigné venir durant les deux ans de mon emprisonnement antérieur ? s'enquit Loki en se redressant.

Thor jouait avec son marteau en faisant quelques pas, l'air désinvolte. Mais sa présence ici prouvait le contraire : même s'il était terriblement déçu par son petit frère chéri, il avait espoir que les choses s'améliorent.

Alors il devrait agir avec plus de naturel, non ?

— Tu sais bien qu'à ton emprisonnement, j'ai dû réparer de mes mains les dégâts que tu as causé, gronda Thor.

— Oh, oui. Cela a pris deux ans. Et ce ne fut qu'à la mort de mère que tu es venu me retrouver. Quel hasard.

Mjölnir tomba lourdement au sol, causant un petit cratère – pile sur une arabesque. Oui, Thor avait terminé la réunification bien avant, mais était trop pris à festoyer pour avoir le temps de visiter son frère impie.

— Oui, avoua Thor en serrant les poings, tu m'as tant déçu que je n'osais même plus te faire face. Je n'ai surmonté ce sentiment que lorsque mère…

Loki eut un reniflement mauvais et tourna son regard vers la fenêtre. Il ne portait qu'un habit en lin dont le col était si large qu'on voyait tout le haut du torse et un pantalon qui découvrait ses chevilles blanches. On l'avait dépossédé de tout autre vêtement, tout ce qui se rapprochait d'une armure ; il se sentait terriblement fragile dans ces vêtements. Il n'avait qu'une mince couche de tissu sur la peau, la moindre brise la perçait pour effleurer sa peau. C'était impudique.

— N'ose pas dire que la mort de mère, que son meurtre, a eu une utilité, cracha-t-il sans le regarder. Ne la rabaisse pas à cela.

Thor ne répondit rien. Il était injuste et il le savait : Thor souffrait autant que lui de la perte de leur mère. Mais elle était la seule dans tout le palais à l'avoir toujours aimé et choyé, à l'avoir traiter comme l'égal de Thor – de son vrai fils. Elle lui avait appris la magie lorsque, tout petit, il se plaignait de sa faiblesse physique et qu'il admirait les sorts que lançaient certaines femmes. Elle lui avait appris sans porter attention une seconde aux préjugés de cet art, sans jamais traiter l'enfant différemment du fait de son attirance dans cette activité purement féminine.

— Je te pensais plus avisé que cela, Loki, dit doucement Thor. C'est moi que je rabaissais, d'avoir utilisé le décès de notre mère ainsi.

Il s'installa sur le lit, à côté de Loki, qui n'esquissa pas le moindre geste. Ils restèrent silencieux jusqu'à que, n'y tenant plus, le sorcier réitérât sa question : pourquoi venir lui rendre visite tous les jours ? Qu'attendait-il ? qu'espérait-il ? Quoique ce fut, il ferait mieux d'effacer ses illusions car jamais Loki ne le ferait. À ces mots, Thor eut un sourire désabusé.

— Tu n'arrêteras jamais de cracher ton venin. Pourquoi rompre cet infime moment de connexion que nous avons réussi à trouver, et raviver les flammes de notre haine ?

Parce qu'il était hors de question d'avoir le moindre lien avec lui. Parce qu'il était hors de question de se laisser aller à des sentiments fraternels, lui qui refusait tout lien de parentalité avec lui. Parce qu'il se refusait à laisser la perte de leur mère tisser quoique ce soit.

— Réponds-moi au lieu de détourner la conversation. Que cherches-tu ?

Il détestait la manie qu'avait Loki de se refuser la paix, de toujours chercher à faire sortir son interlocuteur de ses gonds et d'alimenter la haine qu'on lui vouait. C'était comme un réflexe ancré, comme si Loki était persuadé de ne mériter que cela. Il avait beau lui avoir dit et répéter combien il l'aimait, cela n'avait jamais été suffisant – même pour père. Mais si avant, il le cachait, acceptait intérieurement de se croire malaimé, depuis la découverte de ses origines il le crachait à qui voulait l'entendre.

— Je refuse de te laisser emprisonner, articula-t-il en ramenant son attention sur son profil pointu. Je refuse de te laisser croupir seul, après ce que tu as fait.

Il vit clairement le très léger pli caustique de sa lèvre et buta contre un regard vert ardent, dont la colère à vif faisait miroiter les iris.

— Ah oui ? Après ce que j'ai fait ? Oh, mais s'il suffit d'une bonne action pour racheter toutes les fautes, je saurais comment agir la prochaine fois !

Pourquoi cela terminait-il toujours ainsi ? Lui qui venait en paix, qui pesait mille fois ses mots avant de les former, qui était persuadé de montrer l'affection qu'il avait encore mais qu'il devait soupeser, à cause de la manie de Loki à la traîtrise. Il venait tous les jours pour montrer sa bonne fois, la confiance ténue qu'il s'efforçait de construire, mais Loki piétinait tout. Que devait-il faire ?

— Tu méprisais mon orgueil, cracha Thor, mais à présent, qui de nous deux se laisse aveugler par son arrogance ?

Ils se toisèrent longuement avant que le blond ne se lève. Il attira Mjölnir alors qu'il regagnait la sortie, laissant les portes se claquer derrière lui.

Loki renversa sa table de chevet de colère.


O

Il entendit les deux coups à la porte, mais Loki ne bougea pas.

Cela faisait bien trois heures qu'il était dans ce bain, l'œil perdu au loin, les membres mous et la peau fripée. Il pensait à Frigga, aux Elfes Noirs, à l'Autre. Il pensait à Thor, qui devait l'attendre dans la chambre, et qui finirait par repartir bredouille en constatant qu'il ne ressortait pas. Thor qui affichait froideur et distance alors que ses yeux criaient son affection. Mais cet idiot était bien incapable d'élaborer un discours correct, et de le convaincre de quoique ce soit. Étonnant de voir qu'un être si peu loquace allait gouverner un Royaume.

Il exagérait, encore. Thor n'était pas bête, et ses mots n'étaient pas dénués de sens, mais c'était lui qui les refusait ardemment. Il le détestait trop pour les accepter, il haïssait la légitimité de son existence. Et il se détestait de n'être qu'un misérable Jötunn sous couvert. Un mensonge ; son existence elle-même n'était que mensonge, alors comment pouvait-on lui reprocher de ne vivre que par cela ?

Il plongea la tête sous l'eau, laissant l'eau lui brûler les yeux, avant d'en ressortir. Il les haïssait tous, les méprisait tellement, il souhaita les voir mort, détruit, que l'Autre vienne jusqu'ici pour les achever…

Loki eut un cri étouffé lorsqu'un bras le tira hors de l'eau. La poigne n'était pas douce et il en devina le propriétaire sans même se retourner. On lui jeta une longue serviette alors qu'il se réceptionnait maladroitement contre un mur, évitant de peu de glisser sur le carrelage d'or. Le mur était froid contre sa peau brûlante, mais lui permettait de s'échapper des brumes entêtantes du bain.

— Depuis combien de temps patauges-tu ? s'enquit Thor, le visage dur. Je t'attends depuis déjà près d'une heure.

Déjà ? Le temps passait si vite… Cela expliquait la faiblesse de ses jambes et la lourdeur de son esprit. Les bains se remplissaient perpétuellement, la chaleur restait la même qu'importât le temps, alors difficile d'estimer le temps passé à l'intérieur. Thor s'approcher pour saisir ses mains, voyant à leur état qu'il se baignait depuis bien plus longtemps. Le sorcier le repoussa, serviette sur les épaules, et prit le chemin de la chambre sans s'attarder sur sa nudité. Au fond, il se sentait davantage en confiance ainsi nu que pourvu de quelques fripes inconvenantes.

— À quoi pensais-tu pour te plonger si longuement dans le bain ?

Oh, devait-il lui dire ? Qu'il songeait à la beauté incomparable qu'il aurait une fois le crâne fendu ? À quel point Asgard sera belle une fois dévoré par les flammes ? devait-il lui avouer les délices qu'il ressentirait une fois tous les Aesirs détruits ? Il le fit, doucereusement, vicieusement, s'approchant si près du blond que l'odeur âcre de sa sueur l'envahit aussitôt ; il avait dû s'entraîner.

Il adora le regard colérique du fils d'Odin. Voilà, c'était ce qu'il voulait : de la haine. Il voulait détruire tout sentiment positif à son égard, détruire ces liens que le détenteur de Mjölnir tentait désespérément de restaurer et creuser un gouffre infranchissable entre eux.

— Je t'ai déjà dit de ne pas me mentir.

— Alors c'est un comble, car je te dis la vérité, rabâcha Loki avec humeur.

Il se sécha vaguement les épaules et les bras, laissant ses cheveux goutter sur le sol. Il sentait quelques gouttes dévaler lentement son dos, ses flancs, son torse, ou même sur son visage. Il ouvrit la porte de sa garde-robe et fit mine de chercher quoi mettre, alors que tous ses vêtements se ressemblaient. Il dû remettre le choix à plus tard car Thor agrippa son bras et le tourna violemment vers lui, visage à quelques centimètres du sien.

— Tu ne cherches pas la destruction, Loki, affirma le dieu de la foudre avec tant de certitude qu'il en figea le brun. Tu es en quête de paix.

En voilà une déclaration pour le moins incongrue, comment cet idiot pouvait se permettre de parler en son nom ? Oser prétendre connaître ses pensées, ses envies, ses convictions ? Comment pouvait-il distiller ainsi le mensonge, alors que cela lui appartenait ?

— Alors pourquoi m'as-tu aidé contre Malekith ! demanda Thor avec fureur.

Ses grandes mains l'avaient secoué, comme pour en extirper une réponse, et la douleur remonta lentement. Il ne grimaça pas, cependant, refusant de céder au blond la moindre parcelle de faiblesse.

— Je t'ai aidé parce que je n'avais pas le choix ! siffla-t-il.

— Si c'est la destruction que tu attends, tu avais eu le choix ! L'Ether aurait fait plus que l'affaire ! Et te connaissant, tu aurais trouvé un moyen de le dérober !

Ils se jaugèrent silencieusement, et Thor suivit du coin de l'œil l'avancée d'une goutte d'eau qui dévala lentement la tempe, glissant ensuite sur la pommette et dans le creux tendre de sa joue rasée. L'odeur de savon était puissante : bois ambre, baies sauvages et cuir. Il s'humecta les lèvres inconsciemment.

— Alors dis-moi, répond, ordonna Thor d'un ton bas mais impérieux. Pourquoi as-tu combattu à mes côtés ? pourquoi avoir partagé mes desseins ?

Loki garda silence un instant avant d'affirmer qu'il n'aurait pas pu faire autrement : l'Ether voulait tout détruire sur son passage, et il ne voulait pas spécialement mourir. Il n'avait fait que sauver sa peau, et par un hasard exceptionnel, cela demandait à sauver Thor et l'Univers. Il sut que Thor ne le croyait pas en sentant les mains serrer encore ses bras, si douloureusement qu'il su que son corps en garderait les traces quelques heures.

— Ne me mens pas, mon frère…

Nous ne sommes pas frères ! hurla Loki.

Il se dégagea, et ne parvint à le faire que parce que Thor fut surpris de son aboiement. Et il l'écouta déverser sa rage, sa colère, le traiter lui et son père de menteur, de fous, d'hypocrites, révéler sans hésitation la haine de son existence, l'amertume persistante de son enfance gâchée, les entourloupes maléfiques d'Odin et ses plans égoïstes, sans doute transmis à Thor, lui qui n'avait toujours fait que le rabaisser plus bas que terre, le dénigrer sans en avoir conscience, ou peut-être que si – cela ne l'étonnerait pas. Il s'était toujours cru au-dessus de tout et tout le monde, lui le prince, futur Roi – parce que ça avait toujours été si évident ! Jamais, jamais Loki n'aurait pu prétendre à être son égal !

— Qui voudrait d'un monstre ici ! s'égosillait-il. Tu le savais toi-même, instinctivement : tu me laissais de côté, me dénigrais sans cesse, te moquais de moi avec tant de facilité ! Parce que tu savais que nous n'étions pas frère et que nous ne le serions jamais ! Saleté d'engeance d'Odin, ce vieux fou qui ne m'a ramené ici que pour garder sous ses yeux le trophée de sa victoire contre Jötunheim ! Qui ne m'a gardé que pour se rappeler, chaque fois qu'il posait les yeux sur moi, à quel monde obscur et odieux j'appartenais, et comme il avait réussi à les détruire au point de forcer l'un d'eux à arborer leurs couleurs !

Il allait peut-être déverser son venin encore un peu, parce que Loki était comme ça, il pouvait parler sans discontinuer pour faire du mal, il pouvait trouver mille façons de tourner une phrase pour s'assurer d'ouvrir lentement les cicatrices de son interlocuteur en y plongeant les doigts. Mais Thor ne l'écouta pas parler plus longtemps : il le fit taire en aspirant ses lèvres, ravageant aussitôt sa bouche en le plaquant douloureusement contre sa penderie. Ses bras s'assuraient de le maintenir contre lui, de garder sa bouche appuyée sur la sienne, mais il n'eut pas besoin de le faire car Loki répondit aussitôt au baiser. Ses cheveux mouillés sur ses doigts l'excitaient plus que de raison, et chaque fois qu'il appuyait, il devinait une myriade de gouttes dévaler son corps.

Il saisit ses hanches pour le plaquer contre lui, oubliant un instant qu'il était nu et que le contact du tissu rêche lui ferait mal. Mais à part un grognement surpris, Loki ne protesta pas : il était trop occupé à répondre au baiser du blond. Sa langue était si quémandeuse, si sauvage… il avait l'impression de voir Thor, lorsqu'il tentait de conquérir un nouveau Royaume. Loki ne put que gémir dans ses bras, le corps si embrasé que chaque geste lui envoyait une décharge électrique. Il fondit complètement lorsque la main de Thor se referma sur son membre, et ses jambes le lâchèrent lentement. Le blond le suivit sans jamais lâcher ses lèvres, finissant accroupi face à son frère dont les jambes écartées l'appelaient.

Loki avait du mal à respirer dans sa bouche, mais Thor refusait de lui en laisser la possibilité. Il eut dans l'idée de longer la hampe chaude pour taquiner ses bourses, mais s'étonna de tomber sur une touffeur moite et lisse. Il rompit le baiser pour le voir de ses propres yeux et y vit un sexe de femme suintant et rouge vif. Loki était trop pris dans son plaisir pour se rendre compte de l'intérêt du dieu de la foudre, lequel se reprit rapidement : il humidifia ses doigts et les plongea dans l'antre, revenant aussitôt contre la bouche de son frère pour étouffer son gémissement.

Lui qui venait à peine de reprendre son souffle, se fit envahir à nouveau. Il se cambrait contre les doigts, tenant la nuque de Thor pour s'agripper à quelque chose et ne pas perdre pied, extatique en le sentant fouiller son intérieur. Il gémit brutalement lorsque l'autre main du blond se mit en quête de satisfaire son membre délaissé, et le tout fut si bon qu'il rejeta la tête en arrière en geignant. Thor en profita pour embrasser sa gorge offerte, l'aspirant si férocement que Loki en eut presque mal. Il faisait chaud… si chaud… leur peau collait, la moiteur faisait embuer ses yeux et alanguissait ses membres. Il était proche, il allait jouir, se déverser contre Thor qui l'étirait, et le branlait, et l'embrassait, et l'écrasait…

Son lourd gémissement résonna entre eux, alors que sa semence repeignait le buste du dieu de la foudre, alors que son sexe se resserrait sur les doigts intrusifs. Il fut perdu sur un nuage, à mille lieues de là, le souffle si saccadé qu'on eût cru qu'il s'entraînait depuis l'aube. Les mains de Thor prirent leurs aises sur ses hanches, tandis que ses yeux restaient fixés sur son visage, le temps de le voir recouvrer ses esprits. Il fut si fier de l'état de Loki qu'il se reput de la vision sans modération : appréciant les lèvres rouges et gonflés, humides de salives, agitées de petits tremblements au passage du souffle chaud de sa respiration ; il détailla l'expression satisfaite et rougie, le frétillement de ses cils, les cheveux décoiffés et toujours humides ; il observa le corps abandonné, mou, offert, aux jambes encore écarté sur un sexe rouge et brillant et sur une queue molle.

Il avait oublié que les Jötnar étaient hermaphrodites. Loki portait un sceau sur la nuque, qui scellait ses pouvoirs – mais qui lui permettait de maintenir son physique d'Ase, comme il l'avait demandé. C'était une mesure interdite, réalisable par la seule Gloriabel[1], sorcière de près de sept milles ans aujourd'hui emprisonnée au plus profond de leur palais pour un crime que tous avaient oublié. Plus que la transformation, Loki avait dû rajouter l'illusion de son membre complet masculin plus tard, et c'était pour cela qu'à présent, il pouvait jouir de la vision de son véritable sexe. Il n'y avait pas fait attention à la sortie du bain, trop pris qu'il était dans leur conversation.

Il mourrait de s'y plonger.

Son désir fut si grand qu'il serra les hanches face à lui pour se contenir, serrant les mâchoires pour se faire taire. Il effleura les lèvres de Loki, si terriblement tenté qu'il eut un grognement guttural. Son frère ouvrit les yeux, tombant immédiatement sur son regard noir de désir, et leur respiration ne firent plus qu'un. Thor eut l'impression de boire le souffle de son frère, de vivre par sa respiration, et en même temps, de lui insuffler lui-même l'oxygène dont il avait besoin.

Loki étira un sourire narquois.

— J'espère que tu n'oses pas imaginer que je vais te rendre la pareille ? murmura-t-il moqueusement.

Thor arqua un sourcil et, taquin, s'approcha comme pour l'embrasser, effleurant lentement ses lèvres. Loki se tendit aussitôt, ouvrit la bouche dans l'attente de son baiser destructeur, et faillit geindre lorsque son frère se recula. Faillit.

— Je ne te le demanderai jamais, mon frère, assura Thor avec une légère malice.

« Je n'en aurais pas besoin » entendit Loki. Thor se redressa lentement, étonnant Loki lorsqu'il constata que le dieu de la foudre ne souffrait pas de frustration – son pantalon était lisse de toute excitation. Comment pouvait-il montrer tant de passion, si son corps n'en recevait pas les effets ? Se moquait-il de lui ?

Thor, lui, était bien loin de ces pensées. Alors qu'il franchissait à nouveau la porte, une seule pensée l'envahissait, alors qu'il se repassait les scènes de cette penderie. Lorsqu'il avait enfoncé ses doigts dans la moiteur indécente de son sexe suintant.

Il n'était pas le premier à découvrir cette zone.


O

Le sorcier était occupé à ne rien faire lorsque Thor entra. Il était assis devant la fenêtre, mais au lieu de regarder le paysage, il détaillait les mailles serrées du barrage orangé, qui frissonnait. Sans y être invité, Thor s'installa à son côté.

— Je peux demander qu'on renouvelle la bibliothèque, dit Thor sans le regarder.

Loki ne répondit pas, observant encore les vibrations légères, les frémissements, les pétillements du barrage. La même que son ancienne cellule. Que pour tous les prisonniers, les ennemis d'Asgard. Les chiens que l'on gardait en cage.

— Souhaiterais-tu que nous nous entraînions, comme au temps de notre enfance ? demanda-t-il en le regardant.

Le sorcier serra ses mâchoires avant de se tourner vers lui. Thor comprit que sa proposition ne lui plut pas le moins du monde.

— Je pense que tu as mal formulée ta phrase. Ce devrait être : « Est-ce que je souhaite que tu te défoules sur moi ? » Je prends note de ta charitable proposition, mais je me dois de la refuser.

Voilà qui choqua Thor : comment cela, se « défouler » sur lui ? Jamais il n'avait vu leur entraînement sous cet angle ! jamais n'avait-il encore profité de ces occasions contre lui ! Était-ce sa faute si sa force lui était supérieure ? Était-ce sa faute si son frère avait la susceptibilité d'une adolescente ?

— Oh non, cher frère, ce n'est jamais ta faute, ironisa Loki. Tout cela vient de moi, de mon pauvre esprit étriqué et jaloux !

— Que dois-je faire, Loki, pour que tu ranges cette animosité ? maugréa Thor avec désespoir. Qu'importe les gestes que je fais, qu'importe ma bonne foi, tu ne fais que tout piétiner !

Quelle coïncidence, qu'il en parlât, car c'était exactement ce qu'il se disait lui-même ! Toute son enfance, toute son adolescence, Thor n'avait fait que piétiner chacun des moments qu'ils passaient ensemble. Loki n'avait jamais totalement su si Thor se moquait de lui, le dédaignait, le jugeait ou le prenait en pitié. Peu importe le moment : durant l'entraînement ? Thor l'écrasait sans lui accorder un regard et se repaissait de l'admiration des autres ; durant l'étude ? Thor dénigrait ses bonnes notes en affirmant que les valeurs physiques valaient mieux que ces connaissances inutiles ; aux jeux ? Thor ne lui laissait aucune chance et parfois même, refusait de jouer avec lui à cause de sa manie de perdre – ou de tricher. Quand, par les Nornes, quand est-ce que son frère l'avait un jour jugé digne ?

Jamais.

Il s'abreuva de l'expression choquée du fils d'Odin, détaillant avidement sa déception et ses tourments.

— Je n'ai jamais voulu te faire du mal, ni me moquer de toi, jura Thor avec affliction.

— Mais c'est ce que tu finis par faire. Toujours.

Il vit les mâchoires du fils d'Odin se crisper, son regard se troubler, mais l'amertume de Loki était si grande qu'il ne s'en satisfit pas. Il aurait voulu ne dire que mensonges, uniquement pour lui faire du mal, mais le problème était que tout était vrai. Il venait de s'ouvrir la poitrine pour montrer les supplices qu'il endurait, pour mettre à nue les cicatrices encore sanglantes de son âme. Ce n'était pas agréable – mais nécessaire.

— Alors c'est ce que j'étais à tes yeux, une brute incompréhensive.

— C'est ce que tu es encore. Toi qui forces l'entrée de ma cellule jour après jour, qui me fait faussement miroiter la possibilité d'une libération, alors que nous savons tous les deux que tu me garderas enfermé ici.

Il le savait depuis longtemps. C'était évident : Thor ne cachait pas sa déception ni sa colère, alors l'entendre évoquer sa libération l'avait doucement fait rire. Lequel des deux était l'hypocrite à présent ? Thor osait penser que lui brandir une carotte changerait son attitude ? Mais alors pourquoi ne pas y mettre davantage de passion ? Son jeu d'acteur était plus que terrible : Loki ne l'avait jamais connu aussi froid.

Au fond, peut-être qu'il avait abandonné. Peut-être qu'il s'était résilié à laisser son frère enfermé définitivement, qu'il avait voulu le lui faire comprendre sans avoir à le dire, qu'il espérait qu'en comprenant, Loki se la fermerait et accepterait sa magnanimité. Comment pouvait-il le croire un seul instant ? Est-ce que Loki était fait pour rester enfermé ? pour la paix ? Il n'était pas un être à se contenter du minimum, de la routine, de la monotonie. Il lui fallait l'adrénaline pure d'un combat, des jeux de l'esprit, des tensions sous-jacentes…

Il sursauta lorsqu'une main empoigna sa gorge et le tira en avant ; les yeux de Thor étaient deux blocs de glace.

— Il est vrai que tant que tu auras ce comportement, je prévois de te garder enfermer, gronda-t-il d'un ton bas qui le fit frissonner.

Ses yeux de glaces descendirent sur son corps, et Loki se sentit soudain indécent dans son léger pantalon et sa fine chemisette, face à son complet d'armure. Il songea à ce qui s'était passé la veille, aux mains tempétueuses de Thor et à sa bouche gourmande, se rappelant avec vivacité comme le blond n'avait pas été perturbé le moins du monde par son état. Il s'était servi de lui, il avait joué avec son corps, simplement pour le faire taire.

L'idée le fit grincer des dents.

— Me garder enfermer. Pour me baiser lorsque l'envie te prendra ? siffla-t-il amèrement.

Thor serra légèrement la fine gorge, défiant Loki de continuer en ce sens. Il repensa brusquement à ce sexe de femme, humide et coulant, pourtant déjà visitée.

— Tu n'avais pas l'air contre l'idée, lorsque tu t'accrochais à moi et que tu me suppliais presque de ne pas arrêter.

— Oh, et tu en as tellement profité ! Mais je t'en prie, mon bon Roi, use de ce corps comme de tous les autres, nous t'appartenons tous !

Comment diable pouvait-il toujours détourner tous ses gestes ? s'irrita Thor. Il trouvait toujours une lecture négative à tout ce qu'il voyait, il cherchait toujours la petite bête et se convainquait que tout n'était que contre lui.

— Comment voudrais-tu que j'y vois autre chose, lorsque tu t'es efforcé de jouer de mon corps alors que tu ne ressentais rien ? s'outra Loki avec colère.

Si c'était cela qu'il voulait, Thor n'aurait aucun mal à lui montrer le contraire, mais il ne s'arrêterait pas à des attouchements. S'il le voulait le voir éveillé par leur activité charnelle, il n'allait pas s'arrêter à mi-chemin, et cela ne serait pas sans conséquence. Loki en eut un rictus arrogant, même s'il connaissait très bien les performances de son frère : les servantes en question ne sortaient pas de sa chambre avant plusieurs heures – parfois le lendemain – et leur sourire extatique durait bien plusieurs jours. Les potins qui courraient sur ses aptitudes étaient sans pareille.

— Et une fois fait, Thor ? Penses-tu que j'accourais vers toi en me trémoussant ? penses-tu que j'attendrais chacune de tes visites avec impatience ?!

— Tu ne sortiras jamais d'ici, claqua Thor. Si tu persistes, si rien ne s'arrange, je demanderai qu'on augmente la puissance du sceau, et tu seras privé de toute parcelle de magie. Il sera si puissant que ta force aussi en sera aspiré, et tu reposeras inerte, telle une poupée de chiffon – enfin soumis.

Loki ressentit une piqûre horrifiée trouer son cœur mais il tenta de rester impassible. Et s'il jouait le jeu ? S'il parvenait à le convaincre qu'il s'était rangé, qu'il acceptait son autorité, qu'il se soumettait… et lorsqu'il sortirait, lorsqu'il aurait ses pouvoirs, il s'en irait. Il devait avouer que cette situation était bien plus apaisante que tout ce qu'il avait vécu ses derniers temps – il fit en sorte de ne pas s'appesantir sur l'Autre – mais l'idée même de se plier aux exigences de son fre…

L'idée était si horrible qu'il serait prêt à se jeter à nouveau dans les abîmes du Monde.

— Je ne pense pas que tu pourras me dompter, qu'importe tes efforts, affirma-t-il entre ses dents

Thor ne répondit rien, se contentant de le fixer impassiblement. Loki en vint à se demander si son frère jouerait le jeu, s'il répondrait à sa provocation – ce qu'il finit par faire. Loki avait présagé le baiser mais fit semblant de résister. Les bras de Thor étaient puissants, sa poigne si féroce qu'elle lui faisait parfois mal ; et Loki n'eut aucun mal à montrer la capitulation. Il se fit jeter au sol, son haut fut relevé jusqu'à sa gorge et une main arracha son pantalon jusqu'à mi-cuisse. Sa bouche se faisait ravager si férocement que sa langue en était engourdie et un goût de sang l'envahit. Ses mains remontèrent contre le torse de Thor, agrippant les bords de plastron pour le rapprocher, épousant sa large nuque, glissant dans ses cheveux blonds. Il geignit lorsque le dieu de la foudre retira à moitié le t-shirt, profitant que ses bras soient encore à l'intérieur pour les lier et le maintenir au sol d'une main.

Un frisson d'excitation fit frémir le torse blanc du sorcier.

De son autre main, Thor termina de dégager le pantalon de son chemin, le laissant pendre à une jambe de son frère. Il caressa aussitôt la turgescence, les yeux plongés dans le visage tendu de plaisir de son frère. Il plaqua leur front ensemble tandis qu'il défaisait son pantalon d'une main, abandonnant l'intimité de Loki un bref instant. Bientôt, son lourd sexe épais se posa à côté de celui de son frère, qui eut une saccade pleine d'appréhension et d'impatience. Il savait comment son frère était monté, il avait eu tant d'occasion de le voir… et le sentir sur lui, brûlant et lourd, lui amena l'eau à la bouche.

Sa respiration se bloqua lorsque le gland joua contre les plis de son vagin humide. Il taquinait son entrée et son clitoris, étalait sa mouille d'une manière si lente et obscène que Loki en vint à écarter davantage les jambes. Mais contrairement à ce qu'il pensait, Thor ne comptait pas le prendre à sec, brutalement, mais décida que le moment était opportun à une conversation :

— Qui donc t'a ravi, mon frère ?

Oh dieux… sa voix était si basse et grondante… et elle vibrait tout contre lui, à quelques millimètres de ses lèvres…

— Veux-tu que nous parlions maintenant de tous ceux qui m'ont honoré ? s'étonna Loki en se retenant violemment de ne pas onduler des hanches.

Un éclair de colère traversa le regard bleu de glace et sa main remonta vite pour saisir sa mâchoire, la tenant si durement qu'un nouveau sentiment d'inquiétude prit Loki.

— « Honoré » ? répéta Thor d'un ton offensé et grondant. Tous les chiens qui te sont passés dessus n'ont certainement aucune idée de ta réelle valeur, parce qu'ils ne sont pas là.

Il roula des hanches pour que son sexe se frotte contre son intimité brûlante et mouillée, satisfait de voir la crispation de Loki, qui se retenait visiblement de gémir. Il sentait sa bite se recouvrer lentement de cyprine, à mesure qu'il se frottait contre lui.

— Ils t'ont baisé parce que tu as gentiment écarté les cuisses pour eux, continua-t-il en le fusillant du regard. Ils ont pris ce qu'on leur offrait sans poser de question.

Descendant sa main, il guida son membre et le pénétra lentement – et cela glissa, glissa, glissa… Loki mouillait tellement qu'il ne rencontra aucune difficulté à s'enfoncer dans son fourreau de chair, et à mesure qu'il le prenait, Loki se cambrait contre lui, la bouche ouverte. Ses mains, toujours emprisonnées par sa poigne et le tissu froissé de ce qui fut son t-shirt, cherchaient à s'extraire de sa poigne mais il ne pouvait pas rivaliser avec la force de Thor. Lorsque ce-dernier fut tout au fond, il s'immobilisa, laissant le temps au sorcier de retrouver ses esprits.

— Qui s'est déjà enfoncé en toi ? articula le blond avec colère.

Mais Loki reprenait pied et se demandait pourquoi son frère ne bougeait pas, pourquoi il ne le besognait pas jusqu'à la jouissance. Il bougea des hanches pour l'y inciter mais une main le plaqua contre le sol. Thor répéta sa question, s'autorisant un coup sec contre la cuisse de son frère pour ramener son attention.

— Pourquoi veux-tu le savoir ? s'irrita Loki avec désespoir. Est-ce donc un complexe que tu nous fais là ? Ou de la jalousie ?

Il eut un cri silencieux lorsque d'un mouvement souple, Thor se retira pour se réenfoncer, si rapidement que le brun en fut pris de court. Il voulait tant que Thor le relâche ! ses mains enchaînées le restreignaient bien trop ! il voulait se masturber, il voulait chevaucher le blond, il voulait s'accrocher à son corps et l'obliger à l'embrasser.

Il frissonna violemment lorsque le souffle de Thor se perdit dans son oreille.

— Si tu veux que je te fourre correctement, mon frère, tu ferais bien de me répondre.

Loki avait déjà si chaud que sa peau était collante, et ses yeux fiévreux. Il avait besoin de bien plus, tout de suite, et s'il devait satisfaire la curiosité mal placée du fils d'Odin, il le ferait, et avec les détails.

— Des gardes ! céda Loki. Des gardes ! Ils ne s'en souviennent même pas, j'ai effacé leur mémoire.

Il gémit lorsque Thor se mit à bouger, le ramonant une paire de fois, avant de ralentir et de lui demander des noms. Désespéré par la lenteur, Loki les lui offrit sans attendre, et la liste s'allongeait, s'allongeait… le sorcier eut même quelques absences, sans doute qu'il ne se souvenait pas de tous ceux qui avaient joui de son corps. Rien que de les imaginer culbuter son frère d'un air bienheureux avant de partir comme si de rien n'était, sous prétexte que leurs souvenirs avaient été effacés… était scandaleux. Il grava le nom de chacun d'eux, se promettant de les destituer et de les détruire, avant de reprendre sa danse impérieuse.

Il eut un rictus lorsque le corps de Loki fut envahi de plaisir. Décidant qu'il n'allait plus se débattre, il lâcha ses mains et empoigna ses hanches pour le labourer ave force et rapidité. Loki serrait les restes de son haut, les bras encore levés et secoués de spasmes, tandis que sa gorge hurlait son plaisir. Des décharges électriques faisaient fondre ses muqueuses et allaient loin, si loin… il mouillait tellement qu'il sentait le liquide couler le long de ses fesses. Lorsque Thor saisit son membre dressé, Loki perdit la tête ; il ramena ses bras pour mordre le t-shirt, grognant tout bas alors que son dos frottait douloureusement contre le sol. Si Thor ne le tenait pas si vigoureusement, Loki aurait reculé sous les coups jusqu'au mur, mais il était toujours ramené contre la queue pulsante.

Se cambrant au point de se surélever, Loki se déversa, la vision blanche et le cœur en feu. La main qu'il avait posé contre le genou robuste de son frère tremblait, et ses jambes étaient lourdes. Thor le surplombait toujours, et après plusieurs respiration, Loki se rendit compte que le dieu de la foudre était encore dur. Sans avoir le temps de parler, Thor banda ses muscles pour le porter et le posa sur le lit, alors que Loki s'était pendu à lui pour ne pas tomber.

— Accorde-moi une minute, tenta Loki en s'accrochant aux draps lorsque son frère le surplomba.

Il aurait dû se douter que Thor ne lui accorderait pas ce répit. Loki cria longtemps encore.


O

Le lendemain, Loki était encore au lit et n'avait pas touché à son déjeuner. Le plateau du petit-déjeuner avait été évacué intact, bien qu'on l'ait quelque forcé à au moins boire le thé. Il avait réussi à se traîner dans la salle de bain pour se décrasser, mais s'était de nouveau faiblement jeté sur le lit. Son corps entier était douloureux, et même si les marques de Thor avaient disparu, soigné durant la nuit, ses muscles étaient courbaturés, ses reins étaient détruits, et sa gorge restait douloureuse et sèche. Il n'aurait jamais imaginé que Thor eut cette endurance. Le monstre l'avait étiré de longues heures durant, et avait jouit quatre fois en lui. Loki ne comptait même plus le nombre d'orgasme qu'il avait eu, il se souvenait simplement qu'au bout d'un moment, il n'avait plus été en mesure de produire de semence.

Il n'avait pas eu de mal à montrer son enthousiasme. En fait, rien n'avait été simulé, mais c'était encore mieux : il parviendrait à faire croire à son frère qu'il terminerait par se soumettre. Il devrait encore faire montre d'un peu de rébellion, et connaissant son frère, il se montrera encore plus impétueux et virulent, et il pourrait capituler sans que ce ne soit suspicieux. Et lorsqu'enfin, Thor le relâcherait… il disparaîtrait.

Il était sur le point de s'endormir lorsque deux coups retentirent, laissant entrer la silhouette altière du fils d'Odin. Loki s'étira sans lui lancer un regard et se tourna de l'autre côté, invitant silencieusement son frère à partir, mais Thor s'installa sur la couche.

— Je n'aurai pu deviner ta faiblesse, commença Thor en lorgnant son corps mou.

Loki grinça des dents et lui certifia que c'était lui qui était monstrueux. La plupart des Ases (qu'il s'était tapé) jouissait deux ou trois fois, et pas en un temps si terriblement long. Il masqua son sourire en voyant que le blond n'avait pas apprécier qu'il parle de ses précédents coups et il fut presque déçu qu'il ne saute pas sur l'appât.

— As-tu décider de te laisser mourir de faim ?

Loki ouvrit un œil sur le plateau devenu froid. L'odeur de rôti, de légumes frits et de sauce avait embaumé toute la pièce et si elle l'avait répugné auparavant, il s'y était habitué. Il commençait peut-être à avoir faim, aussi, mais il n'avait pas envie de mordre dans une cuisse froide. Thor lui tendit le quignon de pain, le morceau de fromage et le verre de vin mais emporta le reste pour demander aux servantes de ramener un autre plateau. Loki mangea en savourant le goût du fromage crémeux, le pain froid mais encore tendre, et termina le verre d'une traite. Il avait encore faim mais ne s'éternisa pas sur cela et se laissa retomber sur ses draps blancs. À cause de sa paresse, les servantes n'avaient pas pu changer la literie, où l'on voyait de longues traces jaunâtres et rêches.

— Tu n'espères pas poursuivre nos activités d'hier, n'est-ce pas ? s'enquit Loki en fermant les yeux de fatigue. Je n'en ai absolument pas la force.

— C'est exactement ce que je comptais faire, mon frère.

Loki en rouvrit les yeux, légèrement inquiet de voir tant de sérieux. Si Thor le montait encore… durant plusieurs heures… il n'en ressortirait pas vivant.

— Tu restes un dieu, sourit Thor d'un air moqueur. Ce ne sont pas quelques heures de plaisirs qui vont t'achever.

Loki n'en était pas sûr du tout. Surtout que Thor avait cette horrible et délicieuse manie de produire des étincelles, qui pouvaient aller jusqu'à lui faire perdre connaissance. Il ramena son attention vers la porte lorsque les servantes s'annoncèrent, et Thor leur permit d'entrer. Bien, il aurait au moins droit à un copieux repas avant de poursuivre leurs activités.

Le sorcier mordit la cuisse du graptal[2], regrettant la cuisine midgardienne et leurs secrets, leur manière presque magique de sublimer les aliments. Ici, les viandes étaient toujours dures, parfois sèches, parfois trempées dans la graisse. Et il ne pouvait y avoir de repas sans viande. Que dire des légumes… crus, pour la plupart, sinon en soupe. Il eut du mal à terminer le repas mais reprit volontiers du vin. Fort et sec ; les Ases ne pouvaient rien apprécier dont le goût serait trop léger ou sucré.

Il reposa le verre sur la table et se renfonça dans les draps, ignorant le regard de Thor. Il était complètement nu dans ses draps, et la sensation du drap était plaisante – peut-être un peu trop, car couplé au regard du blond, il sentait bien trop vivement la friction du tissu. La douleur aussi : à chaque mouvement, il sentait les muscles de son dos, de son ventre et de ses jambes l'élancer. De ses bras aussi, qu'il avait bandé tout du long. En réalité, son corps entier criait au supplice…

Il ouvrit les yeux lorsque le matelas s'affaissa et qu'une bouche se posa sur la sienne.

— Je t'ai dit que je ne le voulais pas, refusa Loki en détournant le visage, fronçant les sourcils.

Thor arqua un sourcil et empoigna son menton pour forcer le baiser. Loki se laissa faire sans participer, sachant qu'il ne pourrait ressortir vainqueur d'un combat contre son frère. Ce-dernier ne dû pas apprécier sa passivité car il se montra tempétueux, passionné, si affamé que Loki en eut du mal à respirer. Il s'accrocha aux épaules pour tenter de le repousser, de l'obliger à se calmer, mais Thor se contenta de les approcher plus encore et d'enfoncer sa langue plus en avant. Et puis, après quelques minuscules secondes, les barrières de Loki s'effondrèrent. Il ne comprit pas lui-même son abandon mais le sentiment s'en alla vite et il se retrouva à ouvrir grand la bouche pour subir le châtiment de la langue de son frère.

La chaleur de Thor, son omniprésence, la lourdeur de son torse musclé contre le sien, qui l'étouffait presque, et sa bouche – cette bouche… est-ce que Thor accepterait de l'utiliser sur son intimité dégoulinante ? est-ce qu'il accepterait d'avaler la longueur de son membre ? Loki se cambra involontairement et grimaça à la douleur qui jaillit – même sa nuque l'élança tant qu'il dû rompre le baiser. Il assura, d'une voix résignée, qu'il ne pourrait aller plus loin, mais Thor se contenta de poser la main de Loki sur son membre durci, tandis qu'il alla caresser lui-même le sexe de son frère. Le tissu était doux sur sa peau, mais le pantalon de Thor était rêche. Il eut envie de l'ouvrir pour saisir pleinement la grandeur de son frère, mais une paresse sans nom l'en empêcha. Loki ferma les yeux lorsque les mouvements du blond se firent plus présents, et il se calqua sur ses gestes. À travers ses paupières, il entrevoyait le visage de Thor, dont les yeux de glace ne le quittaient jamais. Il accepta le baiser qui suivit, laissant sa bouche subir les caprices du dieu de la foudre.

Il soupira lorsque la bouche chaude se détourna vers sa gorge, mordillant la peau et y laissant une traînée humide absolument affriolante. Sa bouche, lourde, pesante, quémandeuse – une bouche de Roi, qui prenait sans demander. Il eut un frisson lorsqu'il se mit à grignoter sa clavicule, passant la langue dans le creux sensible de son cou, manquant de geindre lorsque l'autre main de Thor fourragea dans ses cheveux pour faire pivoter sa tête.

— Est-ce qu'un bref instant de complaisance est également proscrit ? demanda finalement Thor, sans arrêter les caresses qu'il promulguait.

Loki secoua la tête en une négation, et Thor retira son plastron, ses bottes, son haut, et se glissa sous les draps pour descendre vers son entrejambe. Sa respiration se coupa lorsque la langue de Thor descendit tout le long de sa hampe, pour ensuite caresser les plis humides et moites de son vagin. Toutes les fois où on l'avait touché là, il avait été déguisé en femme, débarrassé de son membre viril, bien qu'il savait tout à fait qu'un Ase ne serait jamais contre les plaisirs entre hommes. Mais aucun Ase, jamais, n'avait été pourvu des deux sexes. Frigga lui avait très vite appris à le cacher, sachant très bien comme l'ethnocentrisme des Aesirs pouvait être l'origine de nombre de cruauté.

Thor le savait depuis qu'il était tombé dans l'Abîme, mais ne l'avait jamais vu. Sa facilité à l'accepter était étonnante et son enthousiasme débordant était une nouveauté pour lui. Il se laissa aller aux cajoleries du dieu de la foudre, soupirant doucement, s'étonnant face à l'extrême douceur dont il faisait preuve, étant donné sa fougue antérieure. La couette chauffa rapidement, si vite que Loki se cru fiévreux, mais c'était Thor, comme toujours, qui dégageait cette touffeur presque insupportable.

Si alanguissante…

Il comprenait l'empressement des servantes, qui usaient de techniques plus ou moins subtiles pour atterrir dans le lit de leur prince. Les attentions de Thor ne se faisaient pas à moitié : Loki se sentait devenir l'ultime objet de luxure, le centre de son attention pour les minutes à venir (il espérait, en tout cas, que cela ne s'étirerait pas en heures, comme la nuit précédente). Très vite, sa respiration se fit irrégulière, son bassin eut des soubresauts de plaisir, et il maudit le drap qui l'empêchait de voir le visage de son frère. Il tira dessus, cherchant à le repousser malgré sa position alanguie, et parvint à voir les cheveux blonds monter et descendre au rythme d'une langue aussi vicieuse que ravageuse.

— Thor, geint-il en serrant ses cheveux.

Le dieu de la foudre longea la hampe pour l'engloutir, enfonçant trois doigts humides profondément en lui. Lorsque Loki atteignit la félicité, Thor le laissa se répandre sur son ventre bandé, appréciant impassiblement les jets maculer la peau d'albâtre de Loki. Il faisait si chaud que son dos collait aux couvertures, ainsi que leur peau, dont la transpiration était encore trop légère pour s'écouler librement. Mais cela ne saurait tarder. Tandis que Loki reprenait ses esprits, il alla s'asseoir près de son visage, le renflement de son pantalon tout près de lui. Il n'eut pas à attendre bien longtemps pour que Loki tombe dessus, et il eut un sourire en coin en le voyant s'humecter les lèvres. Il tendit une main paresseuse pour ouvrir son pantalon et ainsi libérer la bête – qu'il avala aussitôt.

Voir sa bouche sournoise se distendre en tentant d'apprivoiser son membre gorgé faisait partie des choses les plus plaisantes à regarder. Loki pouvait prendre à peu près un tiers, presque la moitié, avant de devoir s'occuper du reste à l'aide de ses mains. Sa langue faisait des merveilles, si bien que Thor devait se retenir de ne pas agripper sa tête. Il l'observa glisser la langue sous son membre, lentement, laissant traîner une ligne de salive, jusqu'à suçoter la base ; ses bourses touchaient la pommette fraîche de son frère qui, nonchalamment, vint les dorloter entre ses lèvres.

Loki eut tort : leur séance dura des heures.


O

Thor accepta de laisser son corps se reposer une journée encore, où ils ne firent que se toucher en profondeur, mais en le voyant passer les portes ce lendemain, Loki sut qu'il allait passer à la casserole. Expression mortelle qu'il trouvait amusante.

Il était assis par terre, en train de lire, et Thor ne le salua même pas avant de s'agenouiller pour l'embrasser. Une main sur sa nuque l'obligea à se redresser, une autre descendit pour le plaquer contre son corps, et Loki se sentit bien fragile dans ses habits de cotons amples face à l'armure souple du fils d'Odin. Au moindre mouvement, son haut se soulevait, dévoilait sa peau, son pantalon glissait sur ses hanches… Décidant de ne pas rester sans rien faire, il détacha la cape du blond, retira les attaches du plastron, arracha ses bracelets de fers. Malgré ses efforts, il fut nu en premier, à califourchon sur Thor, qui ne perdit pas de temps pour le tourmenter. La main qui empoigna sa fesse fut si rude qu'il sentit clairement la marque qui allait y être laissé, et il sursauta lorsque les doigts se frayèrent un chemin jusqu'à son anus.

— Non, Thor ! Pas ici ! je ne suis pas préparé !

Thor grogna, tirant sur ses fesses pour les écarter, le serrant plus fort contre lui alors qu'il grignotait sa gorge, longeait son torse pour atterrir sur un téton durci. Loki voulu lui demander d'aller moins vite mais sa bouche se fit ravir, et il se retrouva plaqué contre le côté de l'étagère en bois. D'un geste sévère, Thor écarta ses jambes et caressa sa vulve de son pouce. Loki se détendit en écartant plus encore les jambes : il adorait quand Thor faisait cela. Taquiner simplement son entré, l'intérieur de ses cuisses, la base de son sexe érigé. Son souffle chaud vibrait contre sa gorge tandis qu'une langue chaude et ô combien avide parcourait sa gorge de long en large. Il frissonna en sentant le sexe de Thor taper contre le sien, s'échouer dans toute sa grandeur contre lui. Il s'accrocha à ses épaules larges, dures comme la pierre, déjà prêt à la pénétration qui, même lente, se faisait bien ressentir.

Sa respiration se coupa presque. Il sentait chaque centimètre l'étirer, lentement, délicatement, jusqu'à ce que Thor soit enfoncé jusqu'à la garde. Oh, ce que c'était bon…

— Demain, tu auras intérêt à être prêt, gronda doucement Thor, car ce n'est pas là que je ferais mon chemin.

Ses doigts glissèrent à nouveau jusqu'à son anus, mais avant que Loki puisse répondre quoique ce soit, le blond le pilonna. Contre l'étagère, puis debout contre le mur, à même le sol, sur le lit – dans six positions différentes. Sa jambe était maintenue en l'air pendant que le dieu de la foudre s'enfonçait en lui, une de ses mains s'assurant de le maintenir contre le matelas trempé.

— Et si je te gardais dans mes quartiers, Loki, grondait Thor entre ses gémissements. Alangui sur mon lit, à attendre jour après jour que je vienne honorer ton corps ? Que tu honores le mien ?

La gorge de Loki était irritée, fatiguée de crier, de gémir, de couiner. Sa voix était presque cassée, irrégulière, et cela avait l'air de plaire beaucoup à son frère. Sa tête pendait misérablement au bord, subissant les secousses des coups de hanches de son frère, et ses bras avaient à peine la force de s'accrocher aux draps.

— Attaché à mon lit, suppliant encore et encore pour une caresse, un baiser, un orgasme.

Oh, l'idée était si séduisante qu'elle suffit à le faire venir. Thor ne tarda pas à le suivre, tapissant ses entrailles d'un nouveau flot de sperme. Après quelques instants pour reprendre son souffle, le blond se leva pour s'habiller, la respiration lourde, mais il s'arrêta près du sorcier, qui avait fermé les yeux pour tenter de retrouver son souffle. Dans cette position, sa nuque avait l'angle parfait pour le détendre, et son esprit était si brumeux qu'il sentait pouvoir s'endormir en quelques secondes. Il était cependant trop sensible à la présence de son frère, qui devait sans doute le toiser de haut.

Il sentit ses doigts glisser sur son torse, et au contact, comprit que les traces de semences s'étalaient contre lui. Il ouvrit les yeux pour croiser le regard du fils d'Odin, mais la fatigue l'embrumait bien trop. Il sentit les doigts appuyer contre ses lèvres, et il les ouvrit docilement pour les aspirer et goûter à son propre sperme. Il vit clairement la mâchoire forte du blond se serrer et sa respiration s'approfondir.

— N'oublie pas, mon frère. Demain.

Et Loki fut abandonné sur le lit aux draps moites et désagréables, le corps encore secoué de tremblements. Bien sûr, le lendemain, il se prépara assidûment dans la salle de bain pour être sûr que la nouvelle pénétration sera aisée.

Sans s'étonner une seule seconde de la tournure de ses pensées. Ou de leur absence.

Depuis quand ne songeait-il plus à s'échapper ?


O

Il n'arrivait plus à s'arrêter de gémir.

Ses reins étaient détruits, ses bras ne le tenaient plus, et Thor le labourait, le pénétrait, lui embrasait l'intérieur. Loki subissait autant qu'il quémandait, et sa voix se perdait au milieu de ses cris langoureux. Ses hanches étaient bleues sous la poigne de fer de son frère, comme ses bras et ses cuisses, mais c'était bon, si bon… lorsqu'il voyait ces marques dans la salle d'eau, combien de fois s'était-il adonné à un plaisir solitaire au simple souvenir d'une étreinte qui, pourtant, l'avait laissé sans force.

Il eut un flash blanc lorsqu'un énième orgasme le faucha. Son dos dessinait un creux séduisant, tandis que son bassin était toujours relevé et fermement plaqué contre le bas-ventre de Thor. L'insatiabilité du dieu de la foudre s'animerait-elle encore, après la dure séance qu'ils venaient d'avoir ? Loki n'avait plus la force de ne rien faire, et il fut soulagé de sentir son frère se retirer ; le corps du sorcier était si éprouvé qu'il resta en position, figé sur la couche, les jambes écartés, les cuisses dégoulinant de foutre. Il sentit Thor s'allonger à son côté, mais Loki n'avait même pas la force d'ouvrir les yeux pour l'observer.

Il reprenait son souffle, lentement, et le silence dura autant de temps. Il sentait, au fil des minutes, ses muscles s'apaiser, le brouillard de son esprit se résorber. Oh, il mourrait d'envie de dormir, bien sûr, mais il n'oubliait pas la présence étonnante de Thor, lui qui partait généralement après leur séance torride de sport.

Finalement, il réussit à soulever ses paupières, collés par ses larmes de jouissance et, à travers ses cheveux humides, tomba sur le regard bleu de Thor. Il le regardait, sans doute depuis le début, les cheveux collés par la transpiration mais les traits détendus. Loki avait toujours réussi à deviner les pensées de son frère, car ses yeux étaient d'une expressivité candide. Depuis quelques temps cependant, Thor n'avait jamais été aussi difficile à lire. Depuis qu'il l'avait déçu, depuis New-York. Ses yeux n'étaient plus que deux puits glacés impénétrables. Aujourd'hui pourtant, en cet instant, le dieu de la Malice parvenait à y deviner une note de tendresse qui lui réchauffa le cœur.

Ses paupières frémirent imperceptiblement lorsque son frère écarta doucement ses cheveux noirs.

— Ne t'endors pas tout de suite, souffla Thor.

Loki se contenta de l'observer, cédant silencieusement à la requête. Il faisait si chaud que les draps lui collaient à la peau, son corps luisait, ses membres étaient lourds. Pourtant il ne bougea pas d'un pouce, gardant ses yeux résolument attachés à ceux de son frère, laissant la transpiration perler sur sa peau diaphane. Il sentit une pointe de fierté le saisir lorsqu'il vit les yeux du blond glisser sur son corps encore offert, avant de revenir vers lui.

— Les servantes ont apporté ton plateau peu avant, dit soudainement Thor. Il va refroidir.

Étaient-elles entrées durant leurs ébats ? l'avaient-elles vu, épinglé au mur, criant son plaisir sans une once de retenue, suppliant pour avoir plus, et pour qu'il se calmât, et pour qu'il l'achevât… le soupçon de honte qu'il ressentit fut balayé par Thor, lorsqu'il se pencha pour prendre ses lèvres entre les siennes. La bouche de Thor était électrisante, vibrante, grondante… Loki fondait à l'intérieur et il se laissa faire lorsque le fils d'Odin ramena doucement son corps pour le coucher. Son corps était ankylosé, mais il se détendit rapidement lorsqu'il fut installé.

— Je t'avouerai que je n'ai pas très faim, avoua Loki en retenant un bâillement.

Thor acquiesça, se redressa pour s'asseoir contre la tête de lit, et tendit le bras pour attraper la carafe d'eau fraîche. Quelques fruits et plantes l'aromatisaient, et Loki se rendit enfin compte à quel point il mourrait de soif. Il accepta la boisson avec plaisir et la descendit presque d'une traite sous le regard du blond. Il eut une grimace aux cris de ses muscles, et eut une expression surprise lorsque Thor l'attira contre lui. Il laissa sa tête reposer contre son cou et, après quelques secondes, ferma les yeux. La chambre était silencieuse, il faisait nuit noire à l'extérieur. La lumière orangée des barreaux magiques frémissait contre les murs.

Pourquoi ne partait-il pas ? se demanda-t-il sans ouvrir les yeux.

Est-ce qu'il souhaitait également profiter d'un instant de répit ? Il ne pensait pas à reprendre, n'est-ce pas ? Loki n'en ressortirait pas vivant.

— Dès demain, tu resteras dans ma chambre, déclara Thor.

Loki papillonna des yeux, toujours appuyé contre le torse de son frère, mais n'eut même pas la force d'acquiescer. Il se sentait aspiré par les brumes du sommeil, mais eut le temps de penser que la voix de son frère n'avait jamais été aussi chaleureuse que depuis quelques jours. Il s'endormit contre lui, et se réveilla seul le lendemain.


O

Il dormait profondément contre les draps, encore épuisé par la nuit passée, tandis que Thor l'observait silencieusement, déjà apprêté et prêt à partir. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus pu admirer les traits délicats de son frère durant un instant de vulnérabilité, et le voir ainsi s'abandonner sans crainte lui réchauffa le cœur. La nuit avait fait sécher la transpiration, mais ses cheveux avaient un aspect luisant encore visible. Lorsqu'il irait se débarbouiller, les servantes viendraient changer les draps.

Il tendit la main pour effleurer les cils noirs de son frère et sourit en le voyant frémir délicatement. Son nez en trompette se fronça mais il ne se réveilla pas. Thor s'accorda encore quelques secondes, taquinant vaguement la pommette saillante de Loki, avant de se redresser pour partir. Passant les portes, il terminait d'attacher un bracelet de fer et croisa une paire de servantes en chemin, qui apportait le petit-déjeuner de son frère. Il avait fait mettre des barreaux magiques à sa fenêtre, et la porte ne pouvait s'ouvrir qu'à ceux auxquels le dieu de la foudre avait donné l'autorisation. Mais très vite, il espérait pouvoir retirer ces précautions, et avoir le plaisir de voir que Loki resterait de son plein gré.

— Deux cuillères ? demanda Thor en regardant la carafe pleine.

— Comme toujours, mon prince, acquiesça une servante, la tête bien basse.

Il repartit sans s'attarder.

Loki était d'un naturel rebelle et sournois, il n'aurait jamais trouvé grâce à ses yeux. Un peu de poudre concentré de belladone et de pavot, un soupçon de qat[3]. Une recette minutieuse et délicate, dont le dosage était extrêmement important pour ne pas tuer le sujet. Ses effets étaient miraculeux : son frère n'avait jamais été aussi passif et obéissant de sa vie – et qu'importât que la mixture soit addictive ? qu'importât qu'elle l'affaiblît ? Son frère n'aurait jamais accepté de se soumettre, il avait deviné son envie de fuite dès qu'il avait passé les portes de sa chambre – sa nouvelle cellule. Ses yeux verts s'étaient embrasés de menaces implicites.

Mais depuis peu, ses iris étaient aussi plates qu'une flaque d'eau. Une volonté écrasée, dispersée par le plaisir. Lui que la fourberie enlaidissait, était à présent d'un calme et d'une docilité à faire frémir d'envie. Un gentil et bel homme qui se soumettait candidement, qui ne jurerait plus que par lui, puisqu'il ne pouvait interagir qu'avec lui. Enfin, qu'importassent les méthodes ; Loki serait à lui.

Pour toujours.

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[1] « Gloriabel » : complètement inventé… me demandez pas pourquoi, j'avais grave envie.

[2] « graptal » : animal inventé.

[3] « ... belladone et de pavot, un soupçon de qat » : bon je sais, ce sont des plantes humaines, mais j'avais la flemme d'inventer des noms de plante et de devoir expliquer ce que ça ferait. Là, comme ça, vous le savez.

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Hellooooo ! Bon... eh ben voilà !

[J'ai mis le titre comme ça, parce qu'apparemment, belladona (la belladone) veut dire belle femme (je savais pas), et comme Loki c'est un mec (vous saviez pas, hein ?) ben j'ai mis bell'uomo (qui veut donc dire bel homme). Je suis trop forte, hein ? hein ?] Fin de la parenthèse explicative.

Bon, alors, qu'en pensez-vous ? Ici, Thor est un c*****d. (Ça, c'est dit.) Un égoïste, fermé d'esprit, qui a définitivement abandonné pour son frère, et qui utilise la solution de facilité - et la plus inhumaine qui soit (façon de parler, mes cochons). Je me demande si Loki va un jour résister à ce breuvage... Ou s'il en sera l'esclave éternellement.

Enfin, ça, c'est à vous de décider.

Karrow.