Drago se laissa tomber sur son canapé. Leur discussion n'avait pas duré plus d'un quart d'heure et pourtant il se sentait vidé. Il avait vite compris, après son mariage avec Astoria Greengrass, qu'elle le trompait fréquemment. Il s'en était fichu, il faisait de même, et leur union ne symbolisait pas grand-chose de plus qu'un accord entre leur famille et l'assurance que les richesses restaient parmi la noblesse. Ce qui l'avait vraiment contrarié en revanche, c'était lorsqu'il avait découvert que l'amant en question était Théodore Nott, son meilleur ami.

Il les avait surpris presque deux semaines plus tôt et cela avait engendré une quantité non négligeable d'emmerdements. La moitié de la vaisselle y était passée, à grand coup de hurlements et il s'était retenu de justesse de lever la main sur son infidèle de femme. Bien qu'ils se soient traités de tout et qu'elle ait fini par s'en aller en claquant la porte, le problème n'était pas foncièrement là.

Drago avait demandé des explications de son ami qui s'était montré froid et peu coopératif. Théodore lui avait balancé que tout ce qui lui arrivait était de sa faute, qu'il ne méritait pas mieux et qu'au vu de tout ce qu'avait fait sa famille, il estimait que sa place était avec son père, à Azkaban. Malgré sa maîtrise et son contrôle, Drago avait été fortement touché par ces propos. D'abord parce qu'il trouvait cela un peu déplacé quand on pensait à l'implication du père de Nott, mais surtout parce jusque-là, Théodore avait été son meilleur ami et l'avait suivi, avec Blaise Zabini, où qu'il aille.

Drago s'était finalement empressé de demander le divorce, déçu au fond d'avoir gaspillé autant d'argent dans un si court mariage. Chaque jour maintenant il devait s'épuiser à tenter d'obtenir la signature de sa future-ex-femme sur les papiers, elle qui s'était empressée de suivre Nott en Australie et ne donnait plus signe de vie.

Il poussa un soupir désabusé et se servit un doigt de whisky-pur-feu, doigt qui s'apparentait plutôt à la moitié d'une main de troll. Réitérant la chose à plusieurs reprises, il se retrouva de longues minutes plus tard à écrire une lettre, ou plutôt un mot sur un vieux bout de parchemin qui traînait sur son bureau, à destination de Granger. Une fois son hibou en chemin, il commença sa nuit troublée sur les luxueux coussins du canapé.

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Le sang d'Hermione avait cessé de bouillir au bout d'une très longue marche à travers les cinq étages de l'hôpital. Elle avait fini pas s'enfermer dans son bureau, ruminant encore sa dispute avec Malfoy. Il fallait qu'elle se sorte tout cela de l'esprit. En fouillant dans ses papiers, elle tomba sur la lettre d'invitation à la soirée de remerciement qu'elle avait complètement oublié. Encore une chose qu'elle allait devoir supporter et qui ne l'enchantait pas du tout.

Un coup d'œil à l'horloge lui rappela qu'avant l'interruption de cet abruti, elle attendait de pouvoir commencer sa journée auprès de Ted, journée qui s'annonçait longue et pénible. Elle s'excusa auprès de lui de ne pas avoir été là quand il s'était réveillé et se fit pardonner en évoquant l'approche de l'anniversaire du petit et les surprises qu'elle lui réservait. Après un jour complet à faire semblant d'aller bien, elle rentra chez elle épuisée.

Hermione s'écroula sur son canapé. Elle alluma d'un coup de baguette son tourne disque et la douce musique s'éleva du vinyle, rythmant sa respiration lasse. Mais un petit bruit perturbateur s'insinuait régulièrement entre les mots de la chanteuse, la jeune femme se redressa pour en trouver l'origine. A sa fenêtre, une lettre était suspendue à la poignée et voletait contre la vitre sous le vent.

Le sceau incrusté dans la cire rouge arborait un cygne fier mêlé à la lettre « M », elle ne pouvait douter de l'expéditeur, et espérait au fond d'elle que c'était une erreur. Elle l'avait déjà trop entendu pour aujourd'hui. La brune décacheta la lettre en retournant s'asseoir. Ses yeux parcoururent les lignes, il n'avait pas écrit grand-chose, son écriture était singulière, avec des boucles très fines, Hermione en était agacée.

Une fois fini, elle envoya valser le parchemin jusque sur une étagère, elle n'avait pas envie de répondre et certainement pas de considérer ce qu'il lui disait. Elle se fit chauffer un demi bol de soupe et s'en alla se coucher, elle n'en pouvait plus.

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Ted fit des progrès fabuleux, les deux jours qui suivent, il insista pour faire de la rééducation pendant les après-midi complètes. Le soir il s'endormait en quelques secondes tellement les efforts puisaient dans son énergie, mais cela valait vraiment le coup. Hermione était certaine qu'il espérait pouvoir marcher le jour de son anniversaire qui arriverait dans presque un mois, mais elle savait aussi qu'il lui faudrait plus de temps que cela pour retrouver ses deux jambes complètement.

Elle repensa à la lettre de Malfoy, elle repensa à son quotidien avant son interruption dans la vie du petit. Et alors qu'elle ressassait tout ça, elle se demandait si le monde pouvait changer aussi soudainement, si les habitudes des gens pouvaient être chamboulées comme cela sans qu'il n'y ait de répercussion. Sauf qu'elles étaient déjà là, les répercussions, dans ses rapports sociaux, dans l'attitude de Ted, dans celle de tous ceux qui faisaient partie de l'histoire. Rien ne serait plus pareil, il fallait simplement qu'elle se demande si elle était prête à l'accepter.

Elle sortit de chez elle vers quatre heures et demi, c'était samedi après-midi. En s'engageant dans la rue, elle ne savait pas encore si elle irait jusqu'au bout ou si elle rentrerait finalement après une longue marche. C'était le dernier week-end de mars, la température avait encore du mal à décoller après l'hiver. La pluie était tombée toute la nuit rendant les trottoirs luisants, le ciel pâle se reflétait dans les flaques.

Au bout d'une demie heure, il fallut choisir. Elle se tenait au bout de la rue et si elle ne voulait pas être en retard, il fallait qu'elle entre maintenant. Ou alors elle pouvait s'en aller, elle ne devait rien à personne. Au bout de quelques instants elle se mit en mouvement, puis elle poussa la porte et en même temps que la clochette au-dessus de la porte tintait, il sonnait 17h à l'horloge.

La jeune femme couvrit la pièce du regard et trouva le visage fermé qu'elle regrettait de voir. Drago Malfoy était accoudé à une rambarde sur la mezzanine du salon de thé, l'observait s'avancer vers les escaliers.

« Timing parfait, Granger.

Il l'invita à s'asseoir une fois qu'elle fut arrivée près de la table.

– A vrai dire, je m'attendais à ce que tu ne te montre pas. Qu'est-ce qui t'as décidé pendant ta longue réflexion au bout de la rue ?

Hermione haussa les sourcils, elle se retourna et vit que la baie vitrée donnait sur une grande partie de l'allée. Depuis combien de temps surveillait-il ce qu'elle faisait ?

– Tu disais dans ta lettre qu'il ne fallait pas qu'on en reste là où on s'est quitté la dernière fois. Alors je t'écoute, que veux-tu ajouter à la situation ? demanda-t-elle.

Le serveur apporta le plateau de thé discrètement, suspendant les paroles une seconde.

– Je veux te donner une chance de passer l'éponge. Si tu ne vas pas de l'avant cette fois-ci, je ne peux rien pour toi.

– Tu parles comme si c'était moi le problème à régler !

– C'est le cas, Granger. Je veux seulement construire une relation avec mon neveu, je suis la seule famille qui lui reste et il ne me semble pas donner l'impression de vouloir lui faire du mal. Alors que toi, tu te mets en colère à chaque fois que tu y penses, tu es dans un effort continuel pour l'éloigner de moi comme si ton expérience valait pour règle universelle de relation sociale avec l'infâme Drago Malfoy.

– Excuse-moi, mais il me semble que tes relations sociales ne sont bonnes avec personne, même ta femme et ton meilleur ami sont partis.

Le jeune homme secoua la tête en soupirant.

– Pourquoi crois-tu que les gens se marient, Granger ?

– Pour officialiser leur amour.

– Dans tes romans de table de chevet peut-être. Le mariage est juste une institution qui profite aux riches. L'amour échappe à la plupart des gens tant qu'il y a du profit à faire et qu'on peut exhiber sa richesse ou protéger son patrimoine.

– Tu as une vision bien arriérée, Malfoy, ça ne m'étonne pas.

– Sauf que c'est le cas, ma femme est partie là où le patrimoine était moins sale, tu avais raison, elle avait honte de s'appeler Malfoy. Ça m'est égale, elle était pourrie jusqu'à l'os. Je cherche simplement à rééquilibrer la balance.

– Où veux-tu en venir ?

– Je sais ce que tu penses, que je suis tout aussi pourri. Je ne te demande pas d'effacer sept ans en un claquement de doigts. Je te propose d'enterrer la hache de guerre, on est allé trop loin la dernière fois.

– J'imagine de toute façon que tu ne lâcheras jamais Ted maintenant qu'il s'est attaché à toi. Je veux bien considérer la chose.

– Alors on va passer un accord. Tu vois Ted tous les jours et j'ai des affaires à régler en ce moment donc je ne pourrais pas venir cette semaine. Je te ferai envoyer un colis que tu lui donneras. Excuse-moi, mais je dois partir, on se revoit aux remerciements de Sainte Mangouste de toute façon.

Hermione écarquilla les yeux, qu'est-ce qu'il avait à voir avec cette soirée ?

– Ah oui, et je leur ai dit qu'on irait ensemble, comme ça je suis sûr que tu tiendras parole et que tu te forceras à passer à autre chose. Sur ce, bonne fin de journée. »

Il paya l'addition et laissa un pourboire trois fois plus élevé que la note. En quelques instants, il avait disparu, la laissant sans voix.