Hermione relu l'invitation. La soirée était prévue le samedi suivant, elle avait donc une semaine pour se préparer psychologiquement à passer ce moment avec Malfoy. Elle se remémora leur discussion de la veille, en rentrant dans le salon de thé, elle pensait qu'ils allaient encore se hurler dessus. Mais ils avaient réussi à seulement discuter, de façon très détachée certes, toujours était-il que pour la première fois, elle n'avait pas la sensation écrasante d'avoir vidé son énergie dans une dispute dépourvue de sens.

Elle était toujours assez surprise de se retrouver accompagnée de son éternel ennemi, surprise et dérangée. Il restait ce sentiment désagréable de rancœur et de haine qui n'était pas prêt de s'estomper. Tout en continuant de ruminer silencieusement, elle se prépara pour retourner à l'hôpital reprendre son service. Toute la semaine se passa sans événement particulier. Drago visita Teddy mais Hermione ne le vit jamais, il se débrouillait pour l'éviter et cela l'agaçait. Elle était surtout fébrile à l'approche de ladite soirée parce qu'elle redoutait qu'il lui fasse passer un mauvais moment à être désagréable et emmerdant comme d'habitude.

Le vendredi matin, Ginny passa la voir à l'hôpital lui proposant une soirée entre filles, cela faisait plusieurs mois qu'elles ne s'étaient pas retrouvées que toutes les deux. Après manger, elles se retrouvèrent dans le salon d'Hermione, lancées dans de grandes discussions, comme celles qu'elles avaient dans les dortoirs de Poudlard quand les garçons étaient loin.

« Tout se passe remarquablement bien, répondit Ginny à propos sa grossesse, quand on sait que ma mère a été malade dès les premières semaines pour chacun de nous, j'avais peur de ne plus pouvoir bouger de chez moi.

– Vous savez comment vous allez l'appeler ?

– Je crois que Harry a des idées assez précises, mais nous n'en avons pas encore vraiment parlé. Quoiqu'il en soit, je pense que j'accepterai ses propositions, je n'arrive plus à savoir ce que je veux manger alors choisir un prénom que mon enfant portera toute sa vie...

Elles rirent. Un laps de temps s'écoula, on n'entendait que la musique en fond combler le silence.

– J'aurai besoin d'un peu d'aide de ta part, reprit Hermione. Demain soir c'est la soirée de l'hôpital, celle où tu es venue l'année dernière, et je ne sais pas vraiment quoi me mettre. C'est un peu bateau comme situation, mais je n'avais vraiment pas la tête à ça ces dernières semaines.

– Cela ne fait rien, sourit la rousse, je suis ta styliste assignée depuis plusieurs années je crois donc allons jeter un œil à ta garde-robe.

Elle se dirigea vers la chambre et s'assit en tailleur sur le lit, attendant que son amie lui fasse un inventaire complet.

– Alors… dans les robes j'ai ça, mais je crois que je ne rentre plus dedans. Celle-ci, elle montra une robe orange pastel, c'est un cadeau de Luna pour mes vingts ans mais je n'ai jamais osé la porter.

– C'est vrai que ce n'est pas trop ta couleur, rit doucement Ginny.

– Sinon, j'ai la robe de l'année dernière, conclut Hermione.

– Ah non, tu ne vas pas porter la même robe, un peu d'originalité que diable ! Non, j'ai une meilleure idée. »

Ginny se leva et se dirigea vers Hermione, elle lui prit le bras et transplana. Surprise, la brune mit quelques secondes à situer le salon des Potter et à enclencher un mouvement à la suite de la rouquine marchant déjà vers le couloir. Ginny s'engouffra dans sa chambre maritale, saisissant sur le fait un Harry en caleçon à carreaux douteux, les lunettes sur le nez qui lisait le journal en bon cinquantenaire andropausé, ce qu'il n'était évidemment pas encore.

« Salut, Harry, sourit Hermione en entrant à son tour, je ne suis pas responsable de tout ça, murmura-t-elle en le serrant dans ses bras.

– Je croyais pouvoir avoir une soirée tranquille, ma femme partie, et dire que j'ai invité ma maîtresse…

Il se reçu une paire de chaussette sur la tête provenant du dressing.

– Je rigole mamoure, cria-t-il à Ginny en la lui renvoyant.

– Bon, trêve de plaisanterie, Hermione, viens par là. Tu prends ça, ça et ça, tu vas les essayer dans la salle de bain et tu viens nous montrer. Allez, allez ! »

Une fois seule, la jeune femme se dit qu'une simple soirée s'était transformée en révolution ménagère, elle sourit en enfilant la première robe, Ginny était vraiment imprévisible. Unanimement refusée, la robe trop courte et trop violette retourna dans le placard. La deuxième était vert émeraude avec des coutures de dentelle bleu nuit.

« Celle-là est très élégante, approuva Harry, suivit de sa femme.

– Non, mais je ne peux pas porter du vert… Malfoy ne va jamais me lâcher, murmura-t-elle.

– Attends, quoi ? demanda Ginny. Il va y avoir Malfoy à cette soirée ?

Hermione avait presque espéré que personne ne le saurait jamais et qu'elle pourrait vite tout oublier, mais non, rien ne passait jamais à la trappe dans la vie. Elle se laissa tomber sur le lit à côté des deux autres et expliqua tout. De la dispute au « traité de paix » du salon de thé.

– Alors voilà, même si on a enterré la hache de guerre, je ne peux pas m'empêcher de le trouver insupportable et je n'ai pas envie de me le coltiner toute une soirée.

Le couple resta silencieux un instant.

– Je ne sais pas quoi te dire, Mione, reprit Ginny. Cela doit cinq ans que je ne l'ai pas vu et il n'a pas changé dans mes souvenirs.

– Peut-être qu'il faut lui laisser une chance, pour Ted. Personne ne te demande d'être son amie, simplement de permettre à un garçon neutre de grandir auprès de sa famille. Un jour il saura ce qu'il s'est passé et il fera les choix qui lui sembleront les bons.

Ce côté d'humanité profonde qui résidait chez Harry apaisait Hermione. C'était comme s'il extrayait de chaque situation la meilleure fin possible, les meilleures solutions. Elle ne répondit rien mais laissa cette pensée mûrir doucement.

– Bon, tu verras sur le moment si tu lui envoie les petits fours dans la figure ou si tu acceptes de discuter un peu. Mais pour l'instant, nous avons un problème plus urgent à régler : si cette robe verte ne te convient pas, il faut continuer les essayages ! »

Une bonne demi-heure plus tard, elles s'accordèrent sur une longue robe bordeaux et des escarpins noirs, le tout était d'une simplicité élégante. Après tout, ce n'était pas non plus une sortie à l'opéra. C'est enfin quand Harry bâilla pour la trentième fois et que les yeux d'Hermione commencèrent à se fermer trop fréquemment qu'elle décida de rentrer, laissant ses amis se mettre au lit de leur côté. Dans sa salle de bain, elle accrocha la robe à un cintre et n'osa plus la regarder jusqu'au moment de l'enfiler pour de bon.

Le lendemain matin était son samedi réglementaire de garde à l'hôpital. Elle profita de s'occuper des enfants pour se changer les idées. Et il fallait qu'elle commence à organiser l'anniversaire de Ted, c'était le dernier week-end de mars et l'événement allait vite arriver. Pendant qu'il finissait de manger, elle comptabilisait les invités qui serait là à l'hôpital et ceux qui viendraient au Terrier.

« Tata ?

– Oui Ted ?

– Est-ce qu'il va venir tonton Drago il va venir à ma fête ? demanda-t-il comme s'il savait ce à qui elle réfléchissait.

Hermione resta silencieuse un moment. Elle y avait pensé plusieurs fois, mais elle doutait qu'il accepte de venir au Terrier avec ses manières de luxe. Et puis il aurait été seul alors que tous les autres s'appréciaient, lui en avait fait souffrir plus de la moitié. Non, ce n'était vraiment pas une bonne idée.

– Tata ?

– Je ne sais pas, Teddy, on verra. »

Quand elle rentra chez elle, la jeune femme se mit à table le ventre serré. Il fallait encore qu'elle se prépare pour passer toute la soirée avec ledit « tonton Drago ».