L'eau bruyante éclaboussa le rideau bleu ciel et une vapeur épaisse remplit la salle de bain quand Hermione se glissa sous la douche. Elle se sentit instantanément enveloppée par la chaleur et tous ses muscles se détendirent. Sous la mousse de son gel à la verveine, elle balançait au rythme d'une chanson dans laquelle un homme s'adressait à l'amour de sa vie, la priant de ne pas le quitter, car il l'aimerait sans cesse. C'était l'une de ses chansons favorites du groupe, bien qu'elle ne soit pas toujours une grande romantique.
Une fois sortie, elle se sécha d'un coup de baguette. Elle sentait bon. Nue en face du miroir, elle commença à s'examiner. Au bout de quelques instants, elle se ressaisit, se souvenant de ce que lui disait sa mère, « Tu seras toujours belle, car le temps n'abîme que les choses fragiles. ». Elle sourit à son reflet et attrapa les sous-vêtements sur la pile qu'elle avait préparée. Habillée, elle contrôla que tout était en ordre, tenta de rentrer le ventre puis laissa tomber. Elle n'avait pas encore perdu les kilos en trop des fêtes passées chez les Weasley, tant pis.
Il était dix-huit heure trente, elle devait retrouver Malfoy devant l'hôpital dans quinze minutes et toute la relaxation de la douche s'évaporait à mesure que les minutes filaient. Incapable de durer plus longtemps, elle enfila son manteau, ses escarpins et transplana ce qui eut pour effet de libérer quelques mèches de son chignon serré. Un samedi soir, elle n'était pas la seule à être en tenue de soirée et passa inaperçue dans les rues alentours. Elle marcha quelques temps puis se rapprocha de sa destination, au loin les lumières blanches du hall d'entrée l'appelaient.
Tout aussi en avance qu'elle, Hermione vit Drago Malfoy patiemment adossé à un mur. Il était impeccablement présenté, coiffé et rasé soigneusement, dans un costume trois pièces parfaitement ajusté. Typique. Elle s'avança, nerveuse de tout son corps.
« Bonsoir, Malfoy.
– Bonsoir, Granger, répondit-il en lui tendant son bras.
– C'est très poli de ta part, mais peut-être qu'il est préférable que nous marchions simplement côte à côte.
– Je suis d'accord. »
Ils pénétrèrent ensemble dans le bâtiment et se dirigèrent vers la salle de réception aménagée pour l'occasion. Il y avait déjà beaucoup de monde, de nombreux collègues qu'Hermione salua et plusieurs patients qui avaient eu l'autorisation de sortir de leur chambre pour se joindre à la soirée. La jeune femme était habituée depuis le temps qu'elle pratiquait dans cet hôpital, et étrangement, Malfoy se faisait très discret, si discret qu'elle finit par le perdre et tourna plusieurs fois sur elle-même avant qu'il ne réapparaisse dans son champs de vision.
« Ah, je croyais que tu avais disparus, lâcha-t-elle.
– Et tu étais inquiète ? plaisanta Drago.
– Non, presque soulagée je dirais.
Elle se dirigea vers le buffet.
– Je ne sais toujours pas ce que tu fais ici ce soir, pourquoi es-tu là ? demanda-t-elle.
– J'ai été invité.
– Quelques précisions ne vont pas t'écorcher la bouche si ?
– Ton directeur va prendre la parole, esquiva-t-il, écoutons-le. »
Sur un petit promontoire, le directeur de l'hôpital se dirigea derrière un pupitre. Il était assez petit et un peu bedonnant, les néons se reflétaient sur son crâne chauve, Ted le surnommait « le gros bonhomme à la tête qui brille ». Immédiatement, les quelques journalistes invités pour couvrir l'événement de maigre ampleur médiatique se précipitèrent en première ligne accompagnés de près par leur plume à papote. Notant le moindre mot qui sortait de sa bouche. L'homme présentait ses vœux de bonne santé aux patient tout en remerciant le personnel de l'hôpital et les nombreux donateurs, particulièrement généreux cette année.
« Mais bien sûr ! Tu ne sais pas quoi faire de ton argent alors tu te donnes bonne conscience en faisant des dons, élucida Hermione, c'est pour cela que tu as été invité.
– Parle moins fort veux-tu, tout le monde écoute le discours.
– Arrête de nier veux-tu, imita la brune dans un chuchotement, ce n'est pas une honte de se racheter avec son argent, enfin pas vraiment.
– Tu ne comprends pas, quand j'ai vu la dégaine de ce bonhomme qui dirige l'hôpital j'étais prêt à lui donner toute ma fortune pour qu'il se paye un ravalement de façade. »
Hermione ricana et un homme près d'eux se tourna pour demander le silence. La sorcière grimaça quand il retourna la tête et Drago haussa les sourcils en esquissant un sourire devant la réaction puérile de la jeune femme. En guise de réponse, elle lui fit une seconde grimace.
Le discours du directeur se termina sur des mots d'espérances repris sans doute de son allocution de l'année précédente. Aux applaudissements suivirent les premières notes de musique jouées par un orchestre apparu subrepticement. Les parents de la petite Mathilde se glissèrent vers le buffet et après un regard mélangé de mépris et de prudence en direction de Drago, ils engagèrent la conversation avec Hermione.
La fillette, victime d'un accident de magie, était sortie quelques mois plutôt après s'être lié d'amitié avec Ted et elle n'était jamais retourné à l'hôpital depuis, par manque de temps avaient expliqué son père. Cependant, elle ne cessait de leur demander de prendre un moment pour rendre visite à ses anciens amis du service et à son infirmière préférée.
« Il suffit que l'on évoque de près ou de loin quelque chose en rapport avec les soins pour qu'elle nous le réclame et elle ne se sort jamais l'idée de la tête, déclara sa mère.
– Elle a donc toujours son petit caractère, sourit la brune. Je viens d'avoir une idée qui pourrait rendre tout le monde heureux. Nous fêtons la semaine prochaine l'anniversaire de Ted, si vous êtes d'accord, je peux passer chercher Mathilde pour la journée. Se sera une surprise pour Teddy et je pense que cela fera plaisir à votre fille.
– C'est très aimable de votre part, nous lui en parlerons, mais je suis certaine qu'elle va sauter de joie ! »
Après avoir donné de nouvelles des autres enfants de l'hôpital, Hermione prit congé du couple et s'en alla à la recherche de Malfoy qui avait disparu. Encore. Elle le retrouva dehors, en train de fumer, adossé au même mur que précédemment. Arrivée à son niveau, elle ne fit aucun commentaire sur la réaction des deux sorciers, il l'en remercia intérieurement.
Ils restèrent plusieurs minutes dans la nuit, la fumée que le jeune homme expirait à distance égale s'élevait dans le faisceau de lumière du lampadaire. Les volutes légères disparaissaient dans le ciel jaunis par la ville. Le silence n'était rompu que de temps à autre par les hululements des chouettes et hiboux. Drago se disait qu'il n'avait jamais rien eu à faire ici, qu'il n'était venu que pour tester la patience de Granger et que rien de suffisamment distrayant ne s'était produit. On lui avait simplement rappelé qu'il n'était plus le bienvenu en société.
« Je vais voir Ted, tu veux venir ? le coupa la brune dans ses pensées.
Il acquiesça et tout deux furent silencieux durant la montée des escaliers. Lorsque Hermione poussa doucement la porte, Ted, qui aurait déjà du dormir se remua sur son lit en s'écriant :
– Waw ! Comme vous êtes beaux ! Vous étiez à la fête pas vrai ? C'est Loik qui m'a dit que c'était ce soir et comme je sais que tu y vas à chaque fois, tata, j'ai voulu attendre pour voir si tu allais venir.
– Eh bien ce n'est pas bien, tu dois dormir plus. D'ailleurs, nous allons nous en aller.
La sorcière s'approcha du petit et lui baisa le front tendrement.
– Elle n'est pas drôle, mais moi je t'emmènerai faire des bêtises, lui souffla Drago quand il lui souhaita bonne nuit. »
Une fois de retour dans la rue, Hermione échangea d'un coup de baguette ses escarpins pour des chaussures plates, poussant un soupir de soulagement. Elle avait salué le directeur en descendant et n'avait plus à l'esprit que le besoin de rentrer. De son côté, Drago souhaitait la même chose, il sortit une cigarette et tira plusieurs coups avant d'inspirer profondément.
« C'est l'anniversaire de Ted la semaine prochaine, cela lui ferait plaisir que tu sois là.
– Je sais. Mais est-ce raisonnable de passer une journée complète au milieu d'une famille qui me déteste. Je ne dis pas que ce n'est pas réciproque, mais à quoi bon ?
– Je pense que tout le monde est capable de brider ses passions pour rendre heureux un petit garçon. Et puis, je te déteste un peu moins qu'avant, c'est déjà ça, ironisa Hermione.
Un moment passa, le blond écrasa son mégot sur le trottoir et le fit disparaître.
– Alors la fête se fera chez moi, dans un appartement, ajouta-t-il en voyant que la brune craignait de revoir le Manoir. Si ton troupeau d'amis roux me gêne par leur tenue, au moins je ne serais pas mal-à-l'aise dans un lieu inconnu.
– Je ne sais pas si je peux accepter, on sera très nombreux et j'ai peur que les autres ne soient pas vraiment d'accord.
– Prend en compte leur avis comme le mien, si cette condition n'est pas respectée, je ne viendrai pas. Ce n'est pas du chantage, je te le dis simplement, comme un fait. À la prochaine, Granger. »
Il sortit une nouvelle cigarette et s'en alla dans la nuit.
