Hermione avait empaqueté une quantité de choses non négligeable dont elle ne savait même pas si elle allait s'en servir. Toutes les précautions étaient nécessaires. Elle espérait simplement qu'elle n'aurait pas à sortir les bandes et les pansements moldus apportés au cas où. Elle montait lentement les escaliers de l'immeuble, observant du coin de l'œil les numéraux des portes. Quelle idée d'habiter si haut. Cela la surprenait d'autant plus que les appartements mansardés étaient associés à une certaine forme de pauvreté, même chez les sorciers.
Elle arriva finalement au dernier palier et prit quelques instants pour respirer. La jeune femme toqua et quand la porte s'ouvrit, elle fut accueillie par un petit rire moqueur. Oui, elle n'en menait pas large avec ses mèches échevelées et ses joues rouges, mais en bon casse pieds qu'il était, Malfoy avait refusé de lui ouvrir sa cheminée.
« Arrête de pouffer et laisse-moi entrer où je repars sur-le-champs.
– Oh tu peux repartir, je ne te retiens pas. »
Elle était outrée par son culot. Non seulement il lui faisait du chantage affectif pour que l'anniversaire de Ted se passe chez lui, parce que oui, en réalité c'était bien du chantage, et en plus il n'avait même pas le bon sens de rendre les choses un peu plus simples. Elle le poussa et entra, se retrouvant au milieu d'un salon immense aux prodiges architecturaux. Effectivement sous les toits, l'appartement se dévoilait poutres apparentes dans une profondeur et une luminosité extravagantes. Les moulures en bois sombre courraient sur le plafond, se rejoignant aux portes des autres pièces.
Hermione laissa tomber son sac sur le tapis et s'engouffra pour explorer chaque mètre carré, dans un élan d'impolitesse assumée. Plus elle progressait, plus elle s'attendait à tomber sur une femme ou un quelconque colocataire. Il était tout bonnement impossible qu'il vive seul dans un appartement qui devait faire le triple du sien, qu'elle trouvait déjà suffisamment grand.
Elle se retint de rentrer dans la chambre du blond qui l'intriguait, et puis il fallait déjà qu'elle se remette de la taille de la baignoire s'apparentant plus à un jacuzzi. Quand elle revint dans le salon, Drago était patiemment adossé sur le balcon qu'elle n'avait pas encore visité. Il était évidemment démesurément grand et offrait une magnifique vue rasante sur le Londres sorcier.
« Ça y est, tu as terminé ?
– Tu vis seul ici ?
– C'est une proposition de cohabitation ? rit Drago. Oui je vis seul, mais je ne le suis quasiment jamais en temps normal.
– D'où les trois autres chambres ?
– Oui, c'est pour héberger les alcooliques précoces qui me servent de meilleurs amis. Bon, tu n'as pas des choses à faire ?
– C'est vrai, mais ne crois pas que tu vas te rouler les pouces ! »
Hermione récupéra son sac et lorsque le sortilège rendit sa taille normal à l'intégralité de son contenu, le salon disparut quasiment. Instantanément, la jeune femme se mit à trier en différents tas les affaires qu'elle avait ramenées, entre décoration, farces et attrapes et habits en tout genre. Elle mit de côté une housse de dressing et une boîte de chaussure sur un coin du canapé.
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En quelques heures, l'intégralité de l'appartement était couvert de guirlandes, de ballons multicolores et de bougies parfumées. C'était un tout autre endroit et c'était étrange la façon dont l'atmosphère avait changé. Drago n'avait quasiment rien fait à part prendre le soleil sur le balcon en fumant cigarette sur cigarette, ce qui surprenait beaucoup Hermione, le soleil, pas les cigarettes.
La jeune femme poussa la baie vitrée pour sortir au grand air de la fin d'après-midi, mais elle entra plutôt dans une sorte d'amas de fumée qui la fit grimacer.
« Excuse-moi, où est-ce que je peux mettre mes affaires pour ce soir avant que les autres n'arrivent ?
– Choisi n'importe quelle chambre et débrouille-toi.
Le blond était tendu, clairement.
– Il y a un problème ? demanda Hermione.
– Non, laisse couler, Granger.
Il souffla une grande traînée de fumée qui arriva directement sur le visage de la jeune femme.
– C'est pas vrai ! s'exclama Hermione. Tu pourrais faire attention !
– Lâche-moi, tu veux ? Tu es pénible.
– Mais qu'est-ce qu'il y a, par Merlin ? s'agaça la sorcière.
Il jeta sa cigarette dans le vide et la bouscula pour rentrer dans le salon.
– Rien, Granger, il n'y a rien ! Tout va parfaitement bien, fais comme chez toi !
– Arrête, Malfoy ! Tu es en train de tout foutre en l'air !
Le ton était monté très rapidement et les deux étaient maintenant en train de se crier dessus.
– Bien sûr ! C'est de ma faute ! Mon appartement est devenu immonde et ce n'est pas déjà suffisant, tu ne veux pas que je parte non plus ?
– Alors c'est ça ? Tu t'énerves à cause de la décoration ? Hermione eût un rire nerveux mauvais. Tu es complètement puérile mon pauvre !
– Je n'aurais jamais dû te proposer de faire ça chez moi. J'aurais dû savoir que tu allais me pourrir l'existence !
– Ah oui ? Je te pourris l'existence ? Très bien, tu ne me reverras pas ! »
Elle sortit sa baguette d'un coup sec et le blond se figea. Un geste rapide plus tard, une violente bourrasque retourna tout le salon, les meubles étaient sans dessus-dessous et toute la décoration gisait au sol, déchirée en lambeaux et brisée. La jeune femme ne récupéra rien, elle sortit en rage et claqua la porte d'une force inouïe. Une fois sur le palier, elle poussa un cri de fureur tirant vers le grognement sourd.
Ce n'est que lorsqu'elle fit un pas pour s'appuyer sur la rambarde des escaliers qu'elle remarqua trois personnes entassées dans un coin, vraisemblablement, Pansy Parkinson, Blaise Zabini et Théodore Nott. Ils avaient très certainement écouté la dispute à la porte et s'étaient éloignés vivement en l'entendant sortir. Mais leur expression de stupéfaction était plus due au fait de voir Hermione Granger sortir de l'appartement de leur ami qu'à celui de s'être fait surprendre à espionner. Sans un mot, elle rangea sa baguette et dévala les escaliers, toujours pleine de colère et d'amertume.
Les trois Serpentard sortirent de leur stupeur et entrèrent dans l'appartement. Drago était en train de se servir un verre de whisky-pur-feu au mini-bar, au milieu de son salon en désordre.
« Euh… Salut, mon vieux, tout va bien ? se hasarda à demander Blaise.
– Qu'est-ce que vous faites là ? répondit le concerné.
– Ta cheminée était fermée alors on a prit les escaliers, on allait se boire un verre ensemble, mais tu as visiblement de l'avance sur nous, expliqua Pansy.
Silence. Drago sirota son verre pour illustrer les propos de son amie, personne ne semble prêt à parler.
– Mais… commença Théodore, tu peux nous dire ce que faisait Granger chez toi ? Et que s'est-il passé ?
Une tension saisit l'espace, les trois arrivant mourraient d'envie de le savoir. Le blond soupira et s'assit sur le canapé à l'envers.
– Tout devait être plus simple, je suis un abruti.
Les autres ne répondirent rien, attendant une suite.
– J'ai proposé, enfin j'ai fait du chantage à Granger pour que la fête d'anniversaire de Ted se passe chez moi. Je ne voulais aller chez aucun de ces satanés Gryffondor et c'était la seule excuse que j'ai trouvé pour pouvoir passer un peu de temps avec lui dans un environnement un peu plus agréable que celui de l'hôpital.
Il leur avait parlé souvent de ce qu'il essayait d'établir comme relation avec son petit cousin, mais il n'avait jamais mentionné qu'Hermione était son infirmière.
– Elle est venue pour tout installer et on s'est disputé pour des conneries.
– En même temps, tout ça fait un peu kermesse, sourit Blaise, oui, bon on a tout écouté voilà pourquoi je sais que vous vous êtes pris la tête sur la déco, admit-il en voyant l'interrogation sur le visage de Drago.
– Quoi qu'il en soit, je suis comme un idiot. Je m'en fiche pas mal d'avoir une bonne entente avec Granger ou non, reprit le blond, mais je ne veux pas gâcher tous mes efforts de sociabilité vis-à-vis de Ted. Il m'apprécie et je pense qu'il comptait sur moi. Je n'arrive pas à croire que j'ai autant de conscience, soupira-t-il en finissant son verre cul-sec.
– Méfie-toi, tu vas tourner rouge et or, plaisanta Théodore.
– Bon, en attendant, je pense peut-être avoir une solution à ton problème, vieux, s'exclama Blaise. Laissez-moi vous expliquer. »
