Quelque part dans le pays de la terre – Fin d'après-midi
Elle laissa tomber les deux corps devant le gros seigneur lourdement décoré de bijoux en tout genre. En voyant les cadavres sans vie de ses deux plus grands rivaux, l'homme frapper dans ses mains potelées, un air joyeux et presque enfantin sur le visage.
-Parfait, parfait, parfait ! Excellent travail !
Il se leva de son siège de velours, rembourré de coussins, et fit quelques pas, comblant le vide entre la femme et lui. Il s'accroupit pour mieux voir les visages des macchabées.
-Ah, c'est tellement plaisant de les voir enfin se prosterner devant moi et reconnaître ma supériorité.
Il rit tout seul de son propre humour qui laissait clairement à désirer.
La femme resta debout, droite, sans broncher, mais en l'attente, manifestement, de quelque chose. Le seigneur exécuta une petite danse maladroite autour des cadavres avant de reposer ses yeux exorbités sur celle qui attendait.
-Oh, oui, vous, fit-il comme s'il se souvenait subitement de son existence.
D'un geste de la main il indiqua à l'un de ses hommes de venir. Une bourse passa de main en main jusqu'à la femme qui s'en saisit sans une once d'hésitation.
-Vous n'avez pas manqué à votre réputation. Je ferai sans doute de nouveau appel à vous dans quelques temps. Un autre petit roi auto-proclamé qui me dérange dans mes plans. J'espère que vous répondrez présente.
-Tant que vous payez, répondit la femme en haussant les épaules.
Sur ce, elle lui tourna le dos et, sans un au revoir, quitta la belle résidence dans laquelle l'homme vivait retranché depuis des années.
Baillant et s'étirant, elle reprit la route. Elle ne savait pas où elle allait. En somme, elle allait là où ses pas la menaient. Là où on demanderait ses services. Elle n'avait aucun réel but depuis qu'elle avait quitté son village natal. Elle se contentait de sillonner les terres en restant confiante : un jour, elle saurait où elle irait et pourquoi elle irait là-bas.
En attendant, sa main se refermait sur la bourse bien garnie. Ses doigts tâtaient les pièces à travers le tissu.
-Hm... il serait temps que je me trouve un bon petit hôtel pour la nuit. Je peux bien me le permettre après ces jours passés à la dure. Aaaah, avec une source thermale, ce serait le tooop !
Elle soupira, rangea la bourse dans son sac et alla en quête d'un petit village où se reposer.
Mais bientôt elle fut arrêtée par trois individus qui lui barraient la route. Elle s'arrêta à distance respectable, les jaugeant sans rien dire.
-Alors c'est toi la mercenaire qu'on recherche, lança de but en blanc l'un des types, un grand gaillard à la peau bleue.
-Ca dépend, répondit la femme. Il doit y avoir plein de mercenaires, rien ne vous dit que je suis la bonne.
-Tu as enlevé et, je suppose, exécuté Matsuo et Aguri, les bras droits de Chû, seigneur de l'ouest et ennemi de Kûgo.
-Peut-être bien. Et alors ?
Elle plissa les yeux, méfiante. Le grand type à la peau bleu n'avait pas l'air commode. En plus, il avait des yeux ronds et un peu exorbités comme ceux de Kûgo, le gros seigneur qui l'avait payée pour accomplir la sale besogne. A côté de lui une femme silencieuse aux cheveux bleus semblait l'évaluer. Elle n'était manifestement pas très amicale, celle-là. Le troisième de la bande était un type aux cheveux sombres dont le bandeau portait l'insigne de Konoha. Il semblait aussi peu amical que la nana silencieuse. Quel trio ! En plus, aucune originalité, ils portaient les mêmes fringues.
-Ton profil nous intéresse, reprit l'homme à la peau bleue.
-Ah.
-Viens avec nous.
-Pourquoi est-ce que votre profil m'intéresserait, par contre ?
-En d'autres termes, tu demandes pourquoi tu nous suivrais? reprit le brun de Konoha.
-Hm, ouais, on peut formuler ça comme ça. Franchement, quelle que soit votre invitation, c'est gentil mais non. Je suis très bien là où je suis. Et je ne veux actuellement que trouver une source thermale pour me reposer.
-Si tu ne veux pas nous suivre, on peut te convaincre.
Sur ces mots, les pupilles charbons du brun se modifièrent pour virer au rouge. La femme eut un léger mouvement de recul et un sourire un peu surpris.
-Han, je vois. Tu est Uchiwa Itachi.
-...
-J'ai vécu à Konoha moi aussi. Tu sais, pendant un moment, tu as été une célébrité là-bas. Enfin, pas forcément dans le bon sens du terme. L'homme qui a assassiné tout son clan. C'est pas courant.
-...
-Enfin, qui suis-je pour juger ? Je m'en fous un peu, de vos histoires personnelles. Chacun sa merde et chacun sa façon de se débrouiller avec.
Il y eut un silence. Long. Pendant lequel les deux partis se dévisagèrent. Puis le géant à la peau bleue reprit :
-On ne te demande pas vraiment ton avis, en fait. Soit tu viens avec nous. Soit on se débarrasse de toi.
La femme plissa les yeux, l'air attentif et méfiant. Elle avait bien compris qu'elle ne devait pas sous estimer ses adversaires. Elle connaissait Itachi de réputation -un petit génie, qui a gravi tous les échelons plus vite que tout le monde, qui s'est retrouvé enrôlé dans l'ANBU avant même d'être pubère et qui, un beau jour, a massacré toute sa famille. Elle se doutait que les deux autres devaient être plus ou moins du même acabit. Après quelques secondes de réflexion (très rapide), elle jugea la situation en sa défaveur. Alors elle soupira, levant les mains comme pour calmer ou faire la paix.
-Ca va, ça va. Vous avez des façons étranges de recruter mais bon.
Elle fit se dirigea vers le trio.
-J'm'appelle Arthemias. Et vous ?
L'étrange troupe s'éloigna sur le chemin terreux et désert.
Flash-back
A la frontière du pays du feu – A l'aube
Elle courait. Ne s'arrêtait pas. Ne pouvait pas se le permettre. Elle courait -en fait, elle fuyait. Tout s'était passé trop vite. Elle ne savait même plus ce qu'elle ressentait. Etait-elle soulagée ? Inquiète ? Furieuse ? Se rendait-elle compte des conséquences qu'allaient avoir ses actes. Probablement pas. Pas vraiment. Une part d'elle savait. Mais elle refusait encore de l'admettre.
Elle ne rentrerait plus jamais à Konoha. Elle ne reverrait plus jamais Kenji et Tetsuo, ses coéquipiers.
Combien de temps encore. Avant que Konoha ne lance ses ANBU à ses trousses ?
Combien de temps encore. Avant qu'ils ne la rattrapent. Qu'ils ne l'éliminent. Ou qu'ils ne l'enferment à tout jamais.
Et s'ils ne la rattrapaient pas, elle vivrait, à jamais ainsi. Fuyarde. Tournant le dos au passé et à son village natal.
Elle revoyait le sang, entre deux flash. Le corps inanimé de celui qui fut son sensei. Les sens brouillés, les émotions contraires qui montent en flèche. Son cerveau avait fonctionné à deux cents à l'heure. Elle savait qu'elle devait partir. Vite.
Elle avait fui.
Kenji et Tetsuo avaient cherché à la rattraper. Comprendre. Elle ne leur avait rien laissé. S'était contenté de les mettre à terre, sans les tuer -elle n'aurait pas pu. Et elle avait repris sa fuite en avant.
Elle leva les yeux sur l'aube. Cette bande rouge et rosée dans le ciel. Que pouvait-elle bien représenter ? Y aurait-il une aube nouvelle pour elle, un jour ?
Arthemias essuya d'un mouvement rageur les quelques larmes qui avaient commencé à perler au coin de ses yeux.
Elle ne devait pas faiblir.
Elle devait continuer d'avancer.
Plus vite, plus fort.
Car, après tout, elle était vivante.
