N°7

PREMIÈRE PARTIE

Agence des Détectives Armés. 11h32.

Kunikida n'avait jamais vu Dazai dans un état pareil et pourtant, il avait eu bon nombre d'occasions de voir son collègue dans des positions étranges depuis qu'ils travaillaient ensemble. Mais jamais le suicidaire n'avait montré une paresse au point de s'octroyer le droit de monopoliser les deux canapés de la salle de repos, pour lui tout seul.

- Je n'ai pas envie d'y aller, marmonna Dazai entre deux coussins.

- Si tu attends de moi que je t'y force, tu peux toujours rêver. Je ne suis pas ta mère.

- Quel cauchemar ce serait d'avoir Maman Kunikida constamment derrière moi.

- C'est à Fukuzawa que tu devras des comptes si tu sèches une autre de ses réunions. À toi de voir si tu es prêt à prendre ce risque.

Dazai étouffa un juron. Il avait énormément de respect pour son patron et dieu savait qu'il n'aurait pas dû jouer les rebelles et éviter les différents rassemblements que Fukuzawa avait organisé ces dernières semaines. Au moins, s'il y avait assisté, il n'aurait pas été forcé de se rendre à celle-ci en particulier.

- Toi, non plus tu n'aimes pas ces réunions, répliqua Dazai.

- Parce que Ranpo fait trop de bruit avec ses paquets de bonbons, qu'Atsushi panique toujours pour un rien et que Naomi s'arrange toujours pour mettre son frère mal à l'aise. Ça ne m'empêche de prendre le contenu de ces réunions très au sérieux. Contrairement à toi.

- Arrête de me faire culpabiliser. Tu aurais dû faire ça les semaines précédentes. J'aurais assisté à n'importe laquelle mais par pitié, pas celle-ci.

- C'est toi qui vois.

Kunikida ne voulait pas se comporter comme sa mère mais c'était exactement ce sa génitrice lui aurait dit. Une technique sournoise et mesquine qui visait à laisser entrevoir à la victime ce qu'il se passerait si jamais elle refusait d'abdiquer. Et en général, cela n'avait rien de bon.

- Ça va … soupira Dazai en se redressant. Je vais y aller.

Il se massa la nuque pour en défaire le nœud qui s'y était formé et passa une main rapide dans ses cheveux pour les discipliner un peu.

- Amuse-toi bien, lui lança Kunikida avant de s'éloigner.

Cet homme ne faisait preuve d'humour qu'aux moments les plus inopportuns. C'était forcément un don à ce stade. Dazai lui tira la langue dans son dos, se souciant peu de jouer les enfants.

Il renfila sa veste claire et rejoignit le couloir d'un pas lent et lourd.

Lorsqu'il toqua à la porte de son patron, celui-ci lui répondit immédiatement et l'invita à entrer. Dazai réfléchit une énième fois à l'idée de se rétracter, mais finit par abaisser la poignée. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, Mori et Chûya étaient déjà présents, assis sur le sofa réservé aux invités.

Le parrain était vêtu de son habituel manteau noir et de ses gants blancs. Une tenue aristocratique de l'époque néo-victorienne qui, ajoutée à ses cheveux longs et à sa peau pâle, lui donnait des allures de vampires transylvaniens. Dazai se demanda brièvement ce qu'une morsure de Mori pourrait causer comme dommages irréversibles au corps humain.

Chûya, lui, arborait cette continuelle mine froissée et ennuyée et reposait nonchalamment sur le canapé, un bras étendu sur le dessus du mobilier et la cheville droite posée sur son genou gauche. Son chapeau noir demeurait encré sur sa tête et sa mèche rousse qui pendait sur son épaule semblait toujours plus longue. Ce n'était qu'une impression, bien sûr. Lui et Dazai s'étaient vus deux semaines auparavant, il y avait peu de chance pour que ses cheveux aient poussé de manière significative en si peu de temps.

- Tu es en retard, déclara Fukuzawa.

- Et Chûya est petit. Malheureusement ça non plus, on n'y peut rien.

- Espèce d'enfoiré.

Dazai lui répondit par un sourire amusé, ce qui ne fit qu'énerver Chûya encore plus.

- Je vous prierai de mettre vos chamailleries de côté le temps de cette réunion, réclama le patron de l'Agence.

- Laisse-les s'amuser, Fukuzawa. Ils ont toujours été comme ça. On s'y habitue vite.

À cet instant, Mori et Fukuzawa avaient davantage l'air de deux parents à une instance de divorce, en train d'essayer de séparer leurs deux enfants en train de se battre.

- Ce ne sera pas long de toute façon, reprit le patron de Dazai.

- Encore heureux, osa soupirer Chûya.

- Oh non … Si peu de temps à rester avec la limace, quelle déception.

- Tu ne veux pas retourner essayer de te noyer dans la rivière ?

- Stop !

Dazai avait rarement entendu Fukuzawa hausser le ton de cette façon. Mori, lui, se contenta d'observer la scène avec le sourire. Il ne lui manquait sûrement plus qu'un paquet de popcorn pour le combler.

Le directeur d'Agence enfouit ses mains dans ses manches et soupira.

- Je n'arrive pas à croire que je vais vous demander ça après avoir été témoin de vos chamailleries …

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? demanda Chûya.

- Que l'on veut reformer le Double Noir, lâcha Mori. Définitivement.

Chûya pâlit à cette idée, tandis que Dazai, lui, explosa de rire.

- Vous n'êtes pas sérieux, dit-il entre deux respirations.

- Plus que sérieux, reprit Fukuzawa.

D'accord. Là, c'était inquiétant. Le patron avait encore moins d'humour que Kunikida, ce qui signifiait qu'il était impossible qu'il ait dit cela sans le penser. Dazai cessa immédiatement de rire et vint se placer aux côtés de son ancien partenaire, pour faire face à Fukuzawa.

- Vous avez perdu la tête ou quoi ? demanda le brun.

- Vous n'envisagez tout de même pas de nous … ?

Chûya laissa sa phrase en suspens et amena sa main faire des allers-retours entre lui et Dazai, comme si le simple fait de dire le mot, le répugnait.

- … obliger à retravailler ensemble ? acheva-t-il.

- Après la réussite qu'a été la mission à l'encontre de Lovecraft et Steinbeck, si, répliqua Fukuzawa.

- Même si cela me tue de l'admettre, la Guilde représente un ennemi commun et étant donné que nous ne sommes pas parvenus à une alliance en bonne et due forme entre la Mafia et l'Agence, vous serez nos intermédiaires, expliqua Mori.

- Le Double Noir est notre meilleure chance d'unir nos deux forces et de vaincre la Guilde, compléta Fukuzawa. Ce dont je suis le premier étonné quand je vois que vous ne semblez pas capable de vous supporter.

Ils n'avaient pas tout à fait tort. Dazai et Chûya étaient effectivement, leur plus grand espoir dans cette guerre. L'Agence et la Mafia ne parviendraient jamais à un accord fonctionnel qui conviendrait aux deux parties. Mais le Double Noir lui, avaient fait ses preuves et sa réputation n'était plus à faire.

- Et si on refuse ? demanda Chûya.

Alors nous disparaitrons sûrement en même temps que Yokohama, lorsque Fitzgerald l'aura décidé.

Dazai s'autorisa à regarder son ancien coéquipier. D'un seul regard, ils parvinrent à convenir d'une solution, ce qui ne manqua pas de rassurer Mori et Fukuzawa quant à leur idée de les rassembler. Ils étaient vraiment complémentaires, qu'ils le veuillent ou non.

- Laissez-nous en discuter, proposa Chûya.

- Vous avez jusqu'à demain, déclara le parrain.

- Et gardez bien en tête que le sort de nos deux organisations et celui de la ville sont en jeu, compléta le directeur. Vous pouvez disposer.

Dazai ne se fit pas prier et Chûya encore moins. Ils se retrouvèrent tous les deux dans le couloir vide et silencieux.

- On en discute ce soir ? demanda le roux.

- Chez toi ?

Le mafieux soupira, énervé que Dazai en profite pour s'inviter.

- Très bien. Vingt heures.


Appartement de Chûya Nakahara. 19h25.

Dazai mit un point d'honneur à arriver très en avance pour ennuyer Chûya. Il savait qu'à cette heure, son ancien et peut-être futur nouveau partenaire serait affalé dans son canapé avec un verre de vin, à râler sur les évènements de la matinée, ou encore à évacuer sa colère sous une douche brûlante de plus de vingt minutes.

Le jeune détective monta les trois étages jusqu'à l'appartement de Chûya et toqua sans forme de discrétion pour les voisins. Quand il vit que sa limace ne venait pas lui répondre, il comprit que sa dernière supposition était sûrement la bonne.

« Il doit être dans la douche. »

Son visage se fendit d'un sourire charmeur propre à lui. Il se pencha près de la plante décorative qui ornait le couloir et récupéra le double caché derrière la tige en plastique. Il inséra la clé dans la serrure et rentra dans l'appartement.

Le salon à la cuisine ouverte était plongé dans le noir et il ne fallut pas longtemps à Dazai pour entendre l'eau de la douche couler dans la salle de bain. Chûya était tellement prévisible.

Le brun se débarrassa de ses vêtements jusqu'à n'être plus qu'en pantalon. Non pas qu'il ne soit pas à l'aise avec son corps au point de se mettre nu, mais il n'allait pas se déshabiller entièrement alors que l'immense fenêtre du salon de Chûya donnait une vue imprenable sur Yokohama et sur les bâtiments voisins.

De plus, il réservait le privilège d'admirer son corps à une seule personne.

Il rentra dans la salle de bain et passa la barrière de vapeur avant de rejoindre la cabine de douche, où il retrouva son ex-coéquipier.

- Sérieusement ? s'exaspéra Chûya. Tu ne peux pas attendre ?

- Comment ? Alors que tu es là, si accessible et magnifique ?

Dazai se colla contre son dos et déposa ses lèvres sur la jonction entre son cou et son épaule. Il sentit Chûya se tendre une demi-seconde avant de se laisser aller contre lui, comme à chaque fois qu'il l'embrassait.

Le brun s'autorisa à laisser ses mains vagabonder le long du torse du plus petit, tout en mordillant la peau de son cou, avec le désir d'y laisser une marque.

- J'ai très, très envie de toi.

- Eh bien, ça va devoir te passer. Je te rappelle qu'on est là pour discuter.

- Discuter, c'est ennuyant.

- Indispensable, le corrigea-t-il.

Chûya se tourna dans ses bras dans l'idée de se détacher de lui, mais Dazai resserra sa prise autour de sa taille et fit la moue contre la peau de sa clavicule.

- Tu es vexé parce que je t'ai traité de limace devant Mori ? C'est pour ça que tu es distant ?

- Je ne suis pas distant. Le fait qu'on couche ensemble, ne veut pas dire que je dois te faire part des raisons cachées derrière mes humeurs.

En effet. Dazai ne pouvait pas le contredire sur ce point.

Cela faisait plusieurs mois qu'ils se retrouvaient pour ces rendez-vous nocturnes, depuis qu'ils s'étaient retrouvés après que Dazai ce soit laissé kidnapper par Kyôka. Il y avait toujours eu une tension entre lui et Chûya qui n'avait jamais pu se résoudre que par le sexe.

Ils pouvaient prétendre se haïr autant qu'ils le voulaient, mais ils ne pouvaient pas nier qu'ils étaient en harmonie parfaite sur le plan physique. Raison pour laquelle, ils avaient choisi de maintenir cette relation occasionnelle, sans que personne d'autre ne soit au courant.

En constatant que Dazai ne le lâcherait pas, Chûya leva les yeux au ciel.

- On discute et après on voit.

C'était un assez bon compromis. Dazai hocha la tête et laissa sa langue tracer un sillon de la clavicule de Chûya jusqu'à un point sous son oreille qu'il s'avait sensible. C'était une provocation et le mafieux le savait parfaitement.

Il lui lança un regard noir, alors que Dazai sortait de la cabine.

- Allons discuter.

Frustré, Chûya attendit que Dazai se soit séché pour sortir à son tour et enfiler le premier bas de survêtement qui lui tomba sous la main. Même si Dazai affirmait le contraire, il avait un goût très prononcé pour la mode, mais s'agissant de son ancien partenaire et actuel amant qui l'avait probablement vu nu une cinquantaine de fois ou plus, il ne prit pas la peine de faire un effort.

Ce qui ne manqua pas de plaire à Dazai. Assis sur le canapé de Chûya, il affichait ce sourire fier et satisfait qui signifiait clairement qu'il appréciait ce qu'il voyait.

Le roux tenta de retenir le feu qui lui monta aux joues en sentant Dazai le fixer ainsi et s'efforça d'avoir l'air impassible.

- Je te sers quelque chose ? demanda-t-il plus pour la forme que par réelle envie d'être poli.

- Est-ce qu'on ne peut pas en finir avec cette discussion au plus vite et passer à la suite ? se plaignit Dazai en rejetant la tête en arrière.

- Il faut qu'on sache quoi répondre à Fukuzawa et Mori.

- Non. On leur dit non. On ne fait que se disputer, comment peuvent-ils même envisager de reformer définitivement le Double Noir ?

- Parce qu'on a de bons résultats.

- Et pas que sur le terrain, répliqua Dazai dans un clin d'œil.

Chûya soupira. Il était habitué à ce type de blague salace maintenant qu'ils avaient ce genre de relation. Enfin, le mot « relation » était peut-être un peu poussé. Leurs retrouvailles d'il y a quelques mois les avaient inévitablement poussés dans les bras l'un de l'autre. S'ils avaient su gérer leur attraction mutuelle par le passé, quatre ans de séparation avaient renforcés leur opposition, au point d'en faire deux aimants complémentaires.

Chûya ne se souvenait même plus de la façon dont ils en étaient venus à coucher ensemble pour la première fois. Il se rappelait simplement d'une nuit magique et à la finalité si satisfaisante qu'ils s'étaient mis d'accord pour réitérer l'expérience, jusqu'à devenir des partenaires et plus si affinités. Le fait de trouver son plaisir en compagnie de l'autre ne voulait pas dire qu'ils ne se disputaient plus, mais cela aidait à apaiser les tensions. Si bien qu'en présence d'autres gens, ils étaient parfois forcés de se piquer mutuellement pour maintenir les apparences et faire ne sorte que personne ne se doute de rien.

- Comment est-ce que tu es rentré ? demanda Chûya en servant deux verres de whisky.

- Avec le double, répondit Dazai comme une évidence.

Et c'était bien là, le problème. Les visites de Dazai étaient de plus en plus fréquentes, au point où il savait où trouver le double et il y a quelques nuits de cela, Chûya avait été si épuisé par une mission qu'il s'était endormi alors que son amant le déshabillait. Loin de s'en formaliser, Dazai l'avait recouvert de la couverture et avait fini par s'endormir à son tour.

Autrement dit : ils avaient dormi dans les bras l'un de l'autre, sans même coucher ensemble au préalable. Ce qui n'était pas normal. C'était le genre de chose que faisaient les couples, et il n'en était pas un.

Chûya s'efforça de se le répéter tandis qu'il déposait les verres sur la table basse. Dazai en profita pour lui attraper le bras et le tira vers lui pour l'installer à califourchon sur ses genoux. À hauteur, il reprit sa douce torture le long de son cou, mouvant ses lèvres avec tant d'expertise que Chûya en eu les jambes tremblantes.

- Tu es impossible.

- Et toi, tu te prends trop la tête, murmura Dazai contre sa peau. Ça ne sera sans doute l'affaire que d'une ou deux missions. Après ça, Fukuzawa et Mori se rendront compte qu'ils sont incapables de collaborer, même à travers nous et ils nous ficheront la paix.

- Et si non ?

- Alors j'imagine que je devrais réapprendre à te supporter tout habillé et ailleurs que dans un lit.

Dazai fut fier de sa remarque au point de sourire.

- Est-ce que ça te va comme réponse ? Tu vas me laisser te toucher maintenant ?

Chûya se perdit dans les yeux chocolat de son amant, si bien qu'il entendit à peine sa question. Il ignorait quoi répondre. Travailler ensemble revenait à se voir plus souvent et il n'était pas sûr d'être capable de le supporter sans …

« Sans tomber amoureux ? » proposa sa conscience d'un ton moqueur.

N'importe quoi ! Il n'était pas amoureux ! Il prenait son pied avec lui, rien de plus. Et pour se rappeler ce fait, il mut son bassin contre le sien et fit de son mieux pour répondre de la voix la plus séductrice possible.

- Fais-toi plaisir.

Ce n'est qu'en sentant la bouche de Dazai sur la sienne qu'il comprit son erreur.

Bon sang, dans quoi venait-il de s'embarquer ?


Une semaine plus tard.

Locaux de la Mafia Portuaire. 19h46

Chûya revenait de sa première mission avec Dazai depuis que le Double Noir s'était officiellement reformé, sept jours auparavant. Ils s'étaient accordés pour accepter tant que ces missions restaient occasionnelles et qu'aucun d'eux n'avaient à quitter ses locaux.

Cela permettait de faire plaisir à leurs patrons sans éveiller les soupçons d'une acceptation trop rapide et idéaliste.

Ainsi, une semaine plus tard, ils s'étaient vu attribuer une nouvelle charge : démanteler un réseaux de narcotrafiquants dont la présence étaient « moralement inacceptable » pour Fukuzawa et simplement « gênante pour les affaires de la Mafia » selon Mori. Une tâche rapidement remplie et qu'ils prirent étonnamment plaisir à effectuer.

En dehors de quelques piques mérités, Dazai et lui ne s'étaient pas vraiment disputés et avaient plutôt bien gérer leur harmonie au combat, retrouvant avec plaisir l'adrénaline qu'ils avaient connu à l'époque du Double Noir de la Mafia.

Chûya rentra à la base, épuisé, dans le but de faire son rapport à Mori le plus vite possible, avant de rejoindre Dazai à son appartement pour la soirée, comme ils l'avaient convenu plus tôt dans la journée.

- Chûya, l'accueillit le parrain d'un ton enjoué.

Sa joie était soit forcée, soit dû à une raison que Chûya ignorait encore. Car il était impossible qu'une simple mission qu'il savait déjà réussi d'avance, puisse le mettre dans un tel état d'excitation.

- Assieds-toi, je t'en prie.

Jamais Mori ne lui proposait de s'asseoir d'habitude. Quelque chose le rendait définitivement de bonne humeur et Chûya resta méfiant.

- Je viens de recevoir un appel de Fukuzawa. Dazai lui a rapporté vos exploits d'aujourd'hui et il est décidément très satisfait de notre arrangement.

- Tant mieux.

Chûya ne voyait pas vraiment quoi répondre d'autre. Pourtant, et face au sourire indécollable du parrain, il s'autorisa à lui poser une question.

- C'est ce qui vous rend de si bonne humeur ?

- Tu as deviné.

Mori jeta un coup d'œil dans le dos de Chûya, comme pour s'assurer que personne d'autre ne se trouvait dans la pièce, et que la porte était bien fermée.

Puis il se pencha vers son sous-fifre.

- C'est une excellente nouvelle, cela signifie que Fukuzawa va vouloir maintenir notre accord.

- Et cela vous rend heureux au point de sourire comme une mauvaise imitation du Joker ?

- C'est une opportunité à saisir.

- Une opportunité pour quoi ?

- Pour réduire l'Agence à néant.

Chûya plissa les yeux. Il fut si surpris par les mots de son supérieur qu'il fut convaincu d'avoir mal entendu. Réduire l'Agence à néant ? Ça n'avait aucun sens …

- Comment ça ? demanda-t-il. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Qu'il est temps que l'Agence soit mise hors d'état de nuire et que j'ai là, le parfait moyen d'y parvenir.

- Qui est … ?

- Toi.

Finis les sourcils froncés, cette fois Chûya écarquilla les yeux comme des soucoupes et se pointa du doigt pour être sûr d'avoir bien compris.

- Moi ?

- Exactement. Tu es mon infiltré, ma taupe, mes yeux et mes oreilles. La réunion du Double Noir va nous permettre de tout apprendre des petits secrets et points faibles de l'Agence, jusqu'à avoir de quoi les sortir du tableau une bonne fois pour toute.

Il expliquait les rouages de son plan avec un machiavélisme digne des plus grands psychopathes. Si bien que Chûya en eu des frissons alors qu'il commençait à comprendre où Mori voulait en venir.

- Vous voulez que je … que je joue les agents doubles ?

- C'est tout bénéfique pour toi. Tu me rends fier et tu t'offres une occasion de te venger de Dazai.

Se venger ? Mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Il n'avait jamais été question de ça. D'y mêler l'Agence et de se servir de Dazai pour parvenir à des fins qu'il trouvait lui-même déloyales.

- Mais je …

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux de plus ? C'est une occasion en or pour nous ! Si tu copines à nouveau suffisamment avec Dazai pour lui arracher quelques détails compromettants sur l'Agence et Fukuzawa, nous aurons toutes les cartes en main pour les faire tomber.

- Est-ce que c'est vraiment nécessaire ?

Le sourire de Mori retomba.

- Tu hésites ? C'est ça ? Tu as bonne conscience, soudainement ? Tu ne veux pas faire de la peine à ton ancien partenaire ?

- Non, ce n'est pas …

Il s'interrompit en pleine phrase. Et quoi ? Qu'aurait-il bien pu donner comme excuse ? Lui-même ignorait pour quelle raison il ne se sentait pas d'effectuer une mission pourtant aussi simple que celle-ci.

« Parce que tu l'aimes » se plut à le narguer sa conscience.

Chûya se fit violence pour la chasser alors qu'elle répétait cette phrase en boucle comme un disque rayé.

« Que tu le veuilles ou non, tu es en train de tomber amoureux de Dazai et c'est ce qui te pousse à vouloir refuser cette mission. » chantonna-t-elle.

Non. Impossible. Chûya ne pouvait pas tomber amoureux de lui. Pas alors qu'il l'avait tant fait souffrir à jouer aux abonnés absents durant quatre ans. Pas alors que leur relation n'était censée être basée que sur le sexe.

« Tu ne trompes personne. » poursuivit sa conscience moqueuse. « Tu es dingue de lui. »

Oh que non. Il n'aimait pas Dazai Osamu.

Et il allait le prouver.

- J'accepte, déclara-t-il résolu à Mori.

À suivre …