N°8
Le Lupin. 21h53.
« Quel emmerdeur … » pensa Chûya Nakahara en voyant son ancien collègue et partenaire franchir la porte du Lupin au beau milieu de la soirée. Il n'allait que très rarement dans ce bar et il fallait que Dazai se pointe ce même jour. C'était un complot ? Une caméra cachée ?
Comme si ce taré de suicidaire n'occupait déjà pas suffisamment ses pensées. Il fallait qu'il débarque ici, alors que Chûya tentait de noyer sa semaine de travail acharné et ce jour particulièrement dur à supporter, dans une bouteille de vin hors de prix et qu'il regretterait sûrement d'avoir acheté le lendemain matin.
Il fit mine de ne pas l'avoir remarqué, et pria intérieurement pour que Dazai ait la bonne idée d'aller s'installer à n'importe quelle table de la pièce, pourvu qu'il ne le rejoigne pas au bar. Mais rapidement, il entendit le siège à ses côtés se mettre à grincer et il ne put garder son nez caché dans son verre plus longtemps.
- Ça alors, s'exclama la voix du détective. Ma limace au Lupin ? Marre de grignoter des salades dans les jardins de la Mafia ?
- Va te faire voir.
- Pourquoi faire preuve d'une telle vulgarité ? Je suis ici en ami.
- En ami ? Depuis quand est-ce qu'on est amis, toi et moi ?
- Je ne parle pas de toi. Je parle d'Oda.
Il avait oublié ... Évidemment. Cela faisait quatre ans. Chûya ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il s'en souvienne.
Le barman de l'établissement avait l'habitude de voir Dazai. Si bien qu'il savait exactement quoi préparer chaque fois qu'il l'apercevait franchir la porte. Alors, pour venir appuyer les mots du brun, il vint déposer deux whisky glaçon sur le bar et Dazai trinqua son verre contre le deuxième, déposé devant le tabouret vide à sa gauche.
- C'est en quelque sorte, mon rituel du vendredi soir.
- Tu viens ici toutes les semaines ? s'étonna Chûya.
- Depuis la mort d'Oda, oui, précisa Dazai.
Quatre ans. Il venait ici tous les vendredis soir depuis quatre ans. Et chaque fois il commandait la même chose. Un verre pour lui, qu'il remuait pendant de longues heures avant de l'engloutir d'une traite, et un deuxième qui n'était jamais vu et pour une place qui restait vide.
Chûya ressentit un pincement au cœur. Il connaissait bien Odasaku, même s'ils n'avaient jamais vraiment été amis tous les deux. Ils étaient très différents et leur seul point commun résidait en la personne de Dazai. Au fond, Chûya avait toujours ressenti une petite pointe de jalousie envers la relation qu'ils entretenaient tous les deux. Il était le partenaire de Dazai, celui qu'il côtoyait le plus et pourtant, il n'avait jamais eu autant d'importance dans sa vie qu'Odasaku.
Même quatre ans après sa mort, il restait bien loin derrière lui. Et il n'avait pas la force de se battre contre un fantôme. Alors il se contenta de laisser la conversation en suspens et sirota une nouvelle gorgée de sa boisson.
- Et toi, ma petite limace ? Qu'est-ce qui t'amène au Lupin ?
- Je ne pensais pas t'y voir.
- Tu m'évites expressément alors ?
- Comme c'est le cas depuis qu'on se connaît.
Chûya lâcha un rire jaune intérieurement. Qui essayait-il de berner exactement ? Depuis huit ans, il n'avait fait que réclamer l'attention de son collègue, encore et encore, sans succès. À ce jour, il était plus simple de faire semblant et de prétendre tout le contraire.
Plutôt mourir que d'avouer à Dazai combien il lui manquait.
- Arrête, on n'a quand même passé de bons moments tous les deux, répliqua le suicidaire.
- Ah bon ? C'est étrange mais je n'en garde pas le moindre souvenir.
- Tu me vexes, là. Suis-je donc le seul à avoir apprécié partager mes années dans la Mafia avec toi ?
- Nous n'avons rien partagé. Si n'est des disputes.
- Et des réussites.
Ce n'était pas faux. Le Double Noir avait acquis une sacrée réputation depuis cette fameuse nuit où ils avaient démantelé un réseau de malfrats et réduit leur bâtiment en ruines.
- On formait une belle équipe, soupira Dazai.
- C'est la raison pour laquelle tu as choisi de changer de partenaire ?
Il se mordit la langue après coup. Chûya n'avait aucunement l'intention de sonner aussi jaloux et amer. Il n'avait pas la moindre réelle aversion pour Kunikida, le pauvre homme souffrait très visiblement de sa collaboration avec Dazai et à ce titre, il ne pouvait ressentir que de la sympathie pour lui.
- Ne t'en fais pas, mon petit Chûya, lança Dazai. Tu seras toujours mon préféré.
Il vint lui caresser la mèche rousse et pendante sur son épaule gauche, au point d'en déclencher des frissons à son ancien partenaire, qui se recula vivement.
- Ne me touche pas.
Chûya avait répondu de manière brusque et sèche, sans doute un peu trop, car même Dazai en fut surpris. Il n'avait pas voulu paraître aussi violent. Mais il ne parvenait pas à contrôler la façon dont son cœur s'emballait chaque fois que le brun se trouvait près de lui et cela le rendait fou.
Il engloutit le fond de son verre et se resservit à ras-bord. Il allait en avoir besoin si Dazai comptait rester ici. Il ne pouvait pas tout simplement partir. Il était arrivé le premier après tout.
La soirée promettait d'être longue.
Le Lupin. 00h02.
- Rends-la-moi, sale maquereau, avant que je ne te fasse frire à la poêle !
Chûya tendit la main, autant que son corps tremblant et alcoolisé le lui permettait, mais les vingt centimètres supplémentaires de Dazai restaient impossibles à combler, tandis que ce dernier gardait son énième bouteille de Pétrus en l'air.
- Je pense que tu as suffisamment abusé pour ce soir, répondit Dazai.
- La ferme, tu ne sais même pas de quoi tu parles ! Je vais très bien !
- Tu tiens à peine debout et je n'ai pas l'intention de te traîner par le collier pour te ramener chez toi !
- Alors laisse-moi ici ! Personne ne t'a demandé de te soucier de mon sort ! Tu as toujours très bien su faire comme si je n'existais pas, alors sois gentil et continue comme ça !
- Je me suis toujours soucié de mon petit Chûya, rétorqua Dazai, le sourire aux lèvres.
De telles paroles auraient pu faire fondre le mafieux s'il avait été sobre, mais ivre, elles ne faisaient que l'énerver davantage et l'alcool aidant, il n'avait plus aucun filtre pour intercepter ses mots.
- Faux ! Tu mens ! Si ça avait été le cas tu aurais déjà remarqué !
- Remarqué quoi ?
- Que je t'ai dans la peau, espèce d'abruti bousilleurs de bandage !
Trop imbibé de vin, Chûya ne se rendit même pas compte de l'impact qu'eut cette révélation sur son ancien coéquipier. Dazai se retrouva bien perturbé par une telle déclaration. Il plaisait à Chûya ? Lui qui n'avait pas cessé une seule fois durant leur partenariat, de lui dire combien il le haïssait ?
Son esprit lutta pour essayer de comprendre si le vin jouait les sérums de vérité ou ne faisait que le pousser au délire. Il soupira face à son mal de crâne naissant et reposa la bouteille de Pétrus le plus loin possible de Chûya, avant de se lever pour renfiler son manteau.
- Je te ramène, viens.
- Non, non, non, non, non. Si tu me ramènes, tu vas me laisser tout seul encore une fois et qui sait quand est-ce que je pourrais te revoir ! Tu vas m'abandonner, pour retrouver Odasaku, comme après chacune de nos missions !
Chûya était un stade d'ivresse où le passé et le présent semblait se confondre. Dazai balaya la sensation étrange qui se forma au creux de son ventre et passa le bras du roux par-dessus ses épaules, pour le soutenir. Heureusement qu'il ne vivait qu'à cinq minutes à pieds du bar.
- Je ne vais nulle part, lui assura-t-il. On en discutera chez toi.
- Tu ne montes pas dans mon appartement, rétorqua Chûya. Tu n'es pas invité. C'est très impoli de rentrer chez les autres comme ça. Je ne veux pas de toi dans mon foyer. Tu es déjà dans ma tête et c'est beaucoup trop douloureux.
Bon sang, comment Dazai n'avait-il pas pu s'en rendre compte plus tôt ? De ce mal être qui tiraillait Chûya et du fait qu'il en était la cause principale. Il n'avait jamais souhaité faire souffrir son partenaire.
Dazai ne répondit rien et ils parvinrent tant bien que mal à sortir du bar pour rejoindre les rues animées de Yokohama. Chûya peinait à tenir debout, comme l'avait prévu son acolyte.
- On a laissé Odasaku à l'intérieur, lança le mafieux. Il va nous en vouloir, tu crois ?
- Non, répondit Dazai. Il y a peu de chances.
- J'aime bien Odasaku, mais il t'arrache toujours à moi et ça, tu vois, ça me fait terriblement mal.
Dazai tourna la tête vers Chûya, perturbé par ces mots et il fit de son mieux pour continuer à marcher, sans trébucher.
- C'est vrai ? Ça te fait de la peine ? demanda-t-il pour en savoir plus.
- Énormément. Après les missions, tu pars avec lui, plutôt que moi. Pourquoi lui, Dazai ? Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ?
- Rien. Oda est un ami.
- Moi aussi, je suis ton ami.
Oh si seulement il savait … Dazai s'efforça d'accélérer leur rythme de marche pour parvenir jusqu'à l'appartement le plus rapidement possible.
Lorsqu'ils arrivèrent devant l'appartement de Chûya, ce dernier essaya de se rappeler quel code taper pour rentrer dans l'immeuble.
- Tu ne montes pas, lui dit-il d'une voix ferme. Personne ne monte avant le troisième rendez-vous, c'est la règle.
- Je ne te laisse pas rentrer tout seul dans cet état. Tu as trois étages à grimper.
- L'ascenseur m'aime bien, répondit Chûya. Il va m'emmener tooout là-haut.
- Encore faudrait-il que tu saches sur quel bouton appuyer, marmonna Dazai.
Par miracle, Chûya parvint à rentrer le bon code au bout de la quatrième fois seulement et un petit signal sonore leur indiqua que la porte était déverrouillée. Dazai n'attendit pas son accord pour pénétrer à l'intérieur du hall et le suivre jusqu'à l'ascenseur où Chûya appuya frénétiquement sur le bouton d'appel.
- Pourquoi tu me suis ? Je suis grand et indépendant, je sais me débrouiller.
- Indépendant, peut-être, mais tu n'es pas grand.
Dazai ne put s'empêcher de le taquiner. Il était bien trop adorable avec sa moue alcoolisée et ses jambes flageolantes comme celles d'un faon après ses premiers pas.
- Je peux être très grand, regarde.
Et pour appuyer sa maigre défense, Chûya se mit soudainement sur la pointe des pieds, à tel point que ses lèvres vinrent effleurer celles de Dazai. Elles se seraient sûrement touchées si les portes de l'ascenseur ne s'étaient pas ouvertes au même instant. Chûya perdit légèrement l'équilibre et Dazai parvint à le rattraper de justesse.
- Tu vois ? Presque aussi grand que toi.
- J'ai vu, répondit Dazai, encore bouleversé.
À cet instant, il ignorait s'il devait remercier l'ascenseur pour avoir interrompu cet instant, où le détester. Jamais il n'aurait cru pouvoir autant apprécier la douceur évidente des lèvres de son ancien partenaire près des siennes. Et pourtant, il pouvait difficilement se défaire de cette maigre sensation, déjà addictive, tandis que Chûya réfléchissait méticuleusement au bouton sur lequel il allait devoir appuyer pour atteindre son appartement.
Dazai sortit juste à temps de sa transe, avant que le roux ne vienne appuyer sur tous les petits numéros, et vint lui-même presser le chiffre cinq.
- J'ignorais que les maquereaux savaient compter, lança Chûya.
- Et moi que les limaces pouvaient se mettre sur la pointe des pieds.
- Chuuut, c'est un secret.
Ils arrivèrent au cinquième étage et Dazai pria intérieurement pour que Chûya se tienne tranquille jusque dans l'appartement, histoire de ne pas réveiller les voisins. Devant la porte, le roux fouilla maladroitement dans ses poches à la recherche de sa clé et quand il la trouva, il vint la brandir fièrement devant Dazai.
- C'est ma clé. Mon appartement. Tu ne rentres pas.
- Crois-moi que si. Je ne prendrais pas le risque de te laisser faire un coma éthylique au milieu de ton salon.
- Tu dis des mots trop compliqués, se plaignit Chûya en essayant de rentrer la clé dans la serrure.
- Je ne veux pas que tu meures, si tu veux que je fasse plus simple.
- Si tu meurs avec moi, ce sera un suicide amoureux. C'est ce que tu veux, non ?
Il était visiblement impossible de lui faire entendre raison pour ce soir, alors Dazai ne répondit pas et se contenta de l'aider à déverrouiller la porte. Le brun fut soulagé lorsqu'ils parvinrent tous les deux à l'intérieur, à l'abri.
Chûya se dirigea instinctivement vers son frigo où il sortit une nouvelle bouteille d'alcool.
- Pose ça tout de suite, lança Dazai.
- Mais quand on ramène quelqu'un chez soi le soir, il faut lui offrir un verre. J'ai vu ça dans les films.
- Tu ne m'as pas ramené, je te rappelle que tu ne voulais même pas de moi ici.
- Mais c'est le seul moment où on peut être tous les deux. Comme avant.
Une nostalgie certaine résonnait dans sa voix, ce qui brisa le cœur de Dazai. Ce dernier se rapprocha de Chûya et lui tendit la main.
- Viens t'asseoir. On va discuter.
Le mafieux observa la main tendue de son collègue et se dirigea vers le canapé sans même s'en saisir, où il s'affala lourdement.
- Je ne veux pas discuter avec toi. Parler c'est ennuyeux.
Dazai eut à peine le temps de s'asseoir à ses côtés que Chûya vint s'installer à califourchon sur ses genoux.
- Tu dois te faire pardonner, annonça ce dernier.
- Me faire pardonner ?
- Pour m'avoir abandonné. Pour m'avoir toujours fait passer après Odasaku. Pour n'avoir jamais réalisé combien je tiens à toi.
Tout s'embrouillait dans l'esprit de Dazai. Il est incapable de savoir s'il devait croire tout ce qui sortait de la bouche de Chûya ou non. Pourtant, il se plut à imaginer qu'il disait la vérité.
- Et qu'est-ce que je dois faire pour ça ?
Dazai savait combien sa réponse était immorale dans l'état où se trouvait son ami, mais il ne put s'en empêcher. Il fallait qu'il en ait le cœur net. Il voulait savoir jusqu'où les sentiments de Chûya pouvaient aller, même en étant imbibés d'alcool.
- Tu vas devoir être très convaincant.
Et la seconde suivante, le roux se penchait en avant et l'embrassait passionnément. Même ivre, son expertise en matière de baiser n'avait rien à envier à une personne sobre. Il y mêla la passion et la fougue contenues dans leurs années de retenue et la tendresse et la douceur des sentiments qu'ils ressentaient l'un pour l'autre.
Dazai répondit malgré lui, alors qu'il craignait déjà le retour à la réalité. Une fois que Chûya aurait décuvé il aurait tout oublié, ou il le haïrait pour avoir osé profiter de son ivresse. Et il ignorait encore laquelle de ces deux options était la pire.
Alors il ne put se résoudre à s'arrêter là. Quitte à mal finir, autant qu'il se jette à corps perdu dans cet instant merveilleux qui serait sûrement le seul de sa misérable existence.
Il passa ses bras autour du corps de Chûya et le plaqua contre son torse, sans jamais lâcher sa bouche. Il approfondit leur baiser et goûta le parfum du Pétrus sur les lèvres brûlantes de son ancien partenaire. Jamais il n'aurait pu espérer partager une telle intensité avec sa moitié du Double Noir.
À bout de souffle, Chûya se détacha de lui le sourire aux lèvres.
- Dois-je en conclure que je suis pardonné ? demanda Dazai.
- Pour le premier jour de ton départ seulement, peut-être. Il en reste plus de mille deux cents autres si tu comptes effacer tes quatre années d'absence.
- Je pourrais très bien me faire à cette idée.
- Alors qu'est-ce que tu attends ?
Chûya se pencha de nouveau, en quête d'un deuxième baiser, mais Dazai déposa une main sur son torse pour le retenir.
- Je pense qu'on devrait remettre ça à plus tard.
- Sérieusement ? Tu es bien sage pour un maquereau suicidaire bousilleur de bandages. Le Dazai que je connais n'hésiterait pas à faire état de ses compétences.
Et ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Mais dans le cas où Chûya se souviendrait de tout cela le lendemain matin, ce simple baiser suffirait à détruire leur relation. S'il se laissait aller à un nouveau, Chûya le tuerait. Il ne voulait pas donner l'impression d'en profiter plus que de raison.
- Demain matin, tu me haïras pour avoir osé user de ton ivresse pour en arriver là. Et ça, c'est une chose qui ne sera pas pardonnable. Même avec tous les baisers du monde.
- Je te hais déjà. Qu'est-ce que ça change ?
Sans lui laisser le temps de réagir, Chûya se réattaqua à sa bouche qu'il embrassa encore et encore, s'enivrant non plus d'alcool, mais de baisers plus passionnés les uns que les autres.
- Je te déteste.
Chûya murmurait ces mêmes mots entre chaque baiser, la voix toujours plus tremblant et rauque.
- Je te déteste, je te déteste, je te déteste …
Il cessa de l'embrasser, au moment même où les larmes commençaient à couler le long de ses joues. Le jeune mafieux s'accrocha au col de la veste de Dazai et enfouit son visage contre son torse. Ce dernier prit son menton entre son pouce et son index.
- Non, c'est faux, répondit Dazai en relevant son visage.
- Bien sûr que c'est faux et c'est ce qui me rend malade ! Je suis incapable de te haïr alors que je ne rêve que de ça. Alors vas-y. Profite de mon ivresse, de ma faiblesse, Donne-moi la raison qui m'obligera à te détester pour de bon, celle qui me fera oublier combien tu me rends fou. Je t'en supplie.
Pendant quelques secondes, Dazai réfléchit à cette idée. À son envie de se laisser aller, quitte à ce que Chûya le déteste au réveil. Mais il ne le supporterait pas. Alors il essuya les larmes de son partenaire et embrassa tendrement ses joues humides.
- Je suis désolé. Mais je vais me contenter de rester le même égoïste que tu as toujours connu. Je ne supporterais jamais de te perdre pour toujours, alors … Même si j'en ai terriblement envie, je n'irais pas plus loin. Pas alors que tu n'as pas conscience de ce que tu dis, ni de ce que tu fais.
- Tu es un idiot.
- Un idiot de maquereau. Je sais.
À travers ses larmes, Chûya ne put retenir un rire.
- J'ai un cadeau pour toi.
Dazai fouilla dans la poche de son manteau et en sortit une boite carrée assez large. Chûya se figea en comprenant.
- Tu t'en es souvenu ?
- De ton anniversaire ? Évidemment. Comme chaque année, depuis qu'on se connait. Mais c'est la première fois que je réussis à te trouver le jour même depuis que j'ai quitté la Mafia. Je remets cette petite boite dans ma poche tous les ans, en espérant te voir. J'aurais aimé pouvoir de te le donner sobre mais …
Chûya ne lui laissa pas le temps d'achever sa phrase que, tout excité, il s'empara de son cadeau et l'ouvrit. À l'intérieur reposait une paire de gants en cuir noir d'une qualité clairement visible. Ils étaient magnifiques.
- Joyeux Anniversaire.
Ce n'était pas grand-chose et pourtant, tellement plus que tout ce qu'il aurait pu espérer. Il avait eu l'intention de passer sa soirée d'anniversaire à noyer sa solitude dans l'alcool et à la place, il se retrouvait en compagnie de l'homme qu'il aimait en secret depuis des années, avec un cadeau entre les mains.
- S'ils ne te plaisent pas, je peux les …
Et comme s'il avait décuvé en quelques secondes, Chûya se pencha doucement pour le couper dans sa phrase, en déposant ses lèvres sur les siennes. C'était un baiser chaste et tendre, loin de l'empressement des précédents. Comme si Chûya pouvait apprécier davantage son cadeau rien qu'en embrassant Dazai.
- Ils sont parfaits.
Simples en apparence mais uniques en leur genre. Un peu comme eux.
Dazai sourit, soulagé, avant de soupirer d'un air dramatique.
- Bon sang, quand je pense que tu auras sans doute tout oublier demain matin …
Il n'oublierait pas. Ni demain, ni le jour suivant, ni encore celui d'après. Cet instant resterait ancré dans sa mémoire et dans son cœur, comme ces gants su sa peau, pour les nombreuses années à venir et qu'ils auraient l'occasion de partager ensemble, si seulement Dazai l'acceptait.
Il n'avait pas l'intention de le laisser repartir. Plus jamais.
