N°10
DEUXIÈME PARTIE
Locaux de la Mafia Portuaire. 13h31.
-Chûûûya, chantonna Dazai depuis l'autre bout de la pièce.
L'intéressé fit mine de ne pas l'entendre et garda les yeux expressément rivés sur le mur en face de lui. Il s'était recroquevillé dans un angle de la grande salle et avait encouragé Dazai à faire de même dans le coin opposé au sien, mais c'était sans compter son envie légendaire de le taquiner et qui était sur le point de le rendre fou.
Le grand brun effectuait de petits allers-retours entre lui et les autres recoins de la pièce en chantant des chansons morbides ou perverses, ou même les deux en même temps. Chûya essayait tant bien que mal de se forger une bulle de détente dans laquelle s'enfermer, mais c'était peine perdue.
Bon sang, mais que pouvait bien ficher Akutagawa. Atsushi était peut-être un tigre-garou, mais son jeune âge et son inexpérience devrait le rendre aussi inoffensif qu'un chaton. Pourquoi le capturer lui prenait-il autant de temps ?
Cela ne faisait qu'une heure qu'ils étaient enfermés ici, mais déjà Chûya sentait sa patience plus que limitée, arriver à son terme. Il prit la tête entre ses mains en sentant la main de Dazai se poser sur son épaule.
- Je m'ennuie, se plaint-il comme un enfant. Et si on jouait ?
- Ne me touche pas, le menaça Chûya.
- Oh, allez, s'il te plaît. Il faut bien trouver un moyen de passer le temps.
- Je n'ai pas envie de jouer. Trouve autre chose.
Même de dos, il put sentir le sourire de Dazai venir fendre son visage, à mesure que sa main, taquine, descendait de son épaule pour rejoindre la musculature de son torse. Chûya ne put réprimer un frisson.
- J'ai bien une deuxième option. Reste à voir si elle t'intéresse.
En guise de réponse, le roux se détacha vivement de son ancien partenaire, sans pour autant lui faire face.
- Tu rêves si tu penses que je vais coucher avec toi.
- Alors jouons à quelque chose, je veux passer le temps.
- Tu n'es qu'un gamin.
Chûya soupira sa frustration et son exaspération en un seul souffle. Il pouvait encore sentir la chaleur et la pression de la main de Dazai sur sa poitrine, comme une marque au fer rouge. S'il refusait de céder à son caprice de jeu, le brun reprendrait sans doute ses petites provocations en le touchant çà et là et Chûya n'était pas certain de pouvoir se contenir éternellement.
Il ne lui donnerait pas le plaisir de craquer. Jamais. Pas après le mal ce qu'il lui avait fait.
- « Un suicide amoureux, à deux, c'est beaucoup mieux. Un suicide amoureux … »
- Très bien, c'est bon, tu as gagné, lâcha le mafieux à bout de nerf avant de se retourner.
- C'est vrai ? Alors on couche ensemble ?
- Non, je parlais de ton envie de jouer.
Dazai fit une moue déçue exagérée et Chûya hésita entre son besoin de l'étrangler et celui de l'embrasser.
- Dommage, soupira le suicidaire. L'idée de te faire hurler mon nom dans les bas-fonds de la Mafia me plaisait assez pourtant.
Le roux se sentit rougir jusqu'aux oreilles et s'efforça de retenir le choc que lui provoquèrent ces dernières paroles. Dazai était cinglé, complètement inconscient et visiblement en manque. Ce n'était pas un très bon mélange pour la propre santé mentale de Chûya.
- La ferme, lui commanda-t-il. À quoi veux-tu jouer ?
- À action ou vérité ?
Chûya écarquilla les yeux, l'air plus que surpris.
- Action ou vérité ? Sérieusement ? Mais enfin tu as quel âge ?
- Je te retourne la question, ma petite limace. Alors quoi ? Tu ne sais plus t'amuser ?
- Il n'est pas question de ça ! Mais aux dernières nouvelles j'ai passé celui de jouer à ce genre de conneries.
- Je t'aurais bien proposé un poker, mais à moins que tu n'aies des cartes sur toi, nos possibilités sont assez réduites.
Son ex-coéquipier dû reconnaître qu'il avait raison sur ce point. Enfermés ici, ils n'avaient que peu de façon de se divertir et il était encore moins de jeux qui pouvaient se pratiquer à deux, sans nécessiter le moindre objet.
Chûya soupira.
- Très bien. De toute façon, au point où on en est, tout vaut mieux que de continuer à t'entendre chanter.
Dazai sourit, visiblement fier de lui et s'assit en tailleur en face de son partenaire de jeu. Un véritable enfant quand il s'y mettait.
- Je commence.
- Fais-toi plaisir.
- Action ou vérité ?
Bon sang, Chûya était vraiment trop vieux pour ce genre de choses. Et encore plus s'il s'agissait de jouer avec Dazai. Il se pinça l'arête du nez et s'efforça de réprimer toute sa frustration, avant de répondre.
- Vérité, fit-il plus par obligation que par réelle envie de participer.
- Pourquoi est-ce que tu as dit qu'on était enfermés ici ?
Qu'est-ce que c'était que cette question débile ? Chûya fronça les sourcils, sans vraiment comprendre où son acolyte voulait en venir.
- Peut-être parce que c'est la vérité, expliqua-t-il comme une évidence.
- Pas à moi, Chûya. On ne serait réellement enfermés que si nous n'avions aucun moyen de sortir d'ici. Et je te connais suffisamment pour savoir qu'à l'aide de ton pouvoir, tu pourrais défoncer la porte d'un coup de pied. Alors, je reformule ma question, pourquoi est-ce que tu n'as pas fait usage de ton don pour nous sortir de là ?
Chûya écarquilla les yeux. Dazai avait véritablement attendu une heure et quémandé un jeu minable pour pouvoir lui poser cette question. Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez ce type ? Suite à cette interrogation, Chûya baissa la tête, clairement gêné.
- Cet endroit ne sert pas qu'à nos prisonniers et le sais, répondit-il. Si des membres de la Mafia viennent à briser les règles de l'organisation, on les enferme ici également. De ce fait, la porte est blindée et conçue pour résister à la plupart de nos pouvoirs. Si je veux la défoncer, il faut que j'utilise la Corruption.
- Pourquoi tu ne l'as pas fait ?
- Parce que je n'ai plus confiance en toi.
Les mots de Chûya étaient secs et brutes, emplis d'une amertume si grande que Dazai eut l'impression de la sentir lui ronger le cœur comme un produit corrosif. Il n'aurait pas cru qu'une telle déclaration puisse lui faire un tel mal. La confiance, c'était bien tout ce qu'il pensait avoir gardé de leur partenariat passé et aujourd'hui, Chûya lui faisait comprendre que ce n'était pas le cas. Ils n'avaient plus rien. Cette idée détruit le suicidaire.
- Tu as déjà posé deux questions, reprit soudainement le roux d'une voix tremblante. À mon tour. Action ou vérité ?
- Vérité.
- Pourquoi est-ce que tu es parti sans me dire au revoir ?
C'était une question qui hantait l'esprit déjà torturé du jeune mafieux depuis des années maintenant et qui allait jusqu'à lui filer des cauchemars. Jamais il n'était parvenu à comprendre la raison de ce départ silencieux. Il pensait compter un minimum pour Dazai, assez pour avoir le droit des adieux, même terriblement douloureux.
Dazai perdit son air enjoué du début de jeu et peina à garder ses yeux ancrés dans ceux de Chûya.
- Parce que j'avais peur de revenir sur ma décision si jamais je venais te voir.
- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
- Que tu es tout ce qui aurait pu me convaincre de rester à la Mafia.
Chûya sentit son cœur s'emballer à cette déclaration. Alors Dazai avait réellement envisagé de venir le voir, mais il avait renoncé par peur de changer d'avis sur son départ ...
- J'avais fait une promesse à Odasaku, poursuivit-il. Celle de faire le bien autour de moi et je n'aurais jamais pu y arriver en restant ici. J'avais peur que le simple fait de voir ton visage me détourne de mon objectif.
Le plus petit déglutit à ses mots et se fit violence pour ne pas laisser ses émotions transparaître.
- En d'autres termes, j'ai été terriblement lâche et j'en suis désolé, acheva Dazai.
Chûya chercha à déceler un éclat de plaisanterie dans ses yeux, incapable de croire à la sincérité de ses mots. Il avait tant désespéré les entendre qu'à présent, il ne parvenait pas à les assimiler pleinement.
Mais Dazai était tout ce qu'il y avait de plus sérieux. Il n'avait simplement jamais trouvé le courage de lui parler et ce jeu, aussi stupide pouvait-il être, l'avait motivé à répondre avec le plus de franchise possible. Il n'avait pas la prétention de penser que Chûya lui pardonnerait, mais il voulait qu'il sache quelle place ce dernier avait gardé dans sa vie, malgré leur éloignement.
Chûya se racla la gorge, mal à l'aise et ne sachant pas vraiment comment réagir.
- C'est à toi, dit-il simplement.
Dazai soupira, déçu de le voir se renfermer après sa déclaration. Il aurait espéré un petit pic bien placé ou même un faible balayement de la main, n'importe quoi qui aurait prouvé que Chûya l'avait entendu. Mais rien.
- Action ou vérité ? demanda Dazai.
- Action.
- Réagis.
Chûya glissa ses doigts dans sa longue mèche rousse et soupira bruyamment. Le jeu prenait une tournure à laquelle il ne s'était pas attendu et à cet instant, il ne savait plus vraiment comment se protéger.
- Dazai …
- Tu dois le faire. C'est la règle. Alors ne joue pas les sourds et dis-moi vraiment ce que mes derniers mots t'ont inspirés.
- Rien du tout, d'accord ? Je ne sais pas ce que tu attends de moi comme réaction.
- N'importe quoi mais pas … ça.
Chûya lâcha un rire sans joie et se mordit l'intérieur de la joue pour éviter à ses paroles d'affluer trop vite hors de sa bouche.
-Tu veux que je te dise que je comprends mieux les raisons de ton silence ? Que je te pardonne ? Tu peux aller te faire voir, Dazai ! Tes états d'âmes et tes doutes de l'époque n'excusent en rien le fait que tu m'aies délibérément écarté de ta vie durant quatre ans ! Tu n'as eu aucune considération pour moi, et tu n'as été qu'un putain d'égoïste ! Voilà ce que je pense de ton petit discours !
Dazai se sentit soudainement plus léger. Enfin, Chûya lui disait ce qu'il avait sur le cœur et cela faisait un bien fou de savoir ce que cette petite boule de nerfs pensait réellement. Il détestait le savoir en souffrance, mais le fait qu'il ait encore mal de son départ, même quatre ans plus tard, prouvait bien qu'ils tenaient toujours énormément l'un à l'autre. Peu importait les apparences qu'ils s'évertuaient à maintenir pour jouer les ennemis.
Dazai aurait voulu pouvoir répondre quelque chose à cela, mais Chûya ne lui en laissa pas le temps.
-Action ou vérité ? l'interrogea-t-il.
- Vérité.
- Est-ce que tu regrettes ?
C'était une question terriblement compliquée. Elle tenait en équilibre entre « oui » et « non » et Dazai ne sut pas quoi répondre tout de suite.
- D'avoir quitté la Mafia, non. De t'avoir laissé derrière moi, oui.
- Tu es pathétique, cracha le roux.
- Tu peux choisir de me croire ou non, ça ne changera rien au fait que ça soit la vérité. Merde, Chûya, j'ai fait des conneries, j'en ai parfaitement conscience et il n'y a sans doute rien que je pourrais faire pour réparer ça. Mais je ne vais pas te laisser te complaire dans une fausse réalité que tu t'es toi-même forgé. Tu ne veux peut-être pas l'entendre mais tu veux un scoop que toi seul ne semble pas avoir encore compris ? Tu me manques.
Chûya se figea, le sang bouillonnant dans ses veines et pulsant contre ses tempes. C'était bien plus qu'il n'avait espéré apprendre ce jeu. Dazai venait ouvertement de lui avouer son manque de leur duo, de leur complicité, de leurs disputes et c'était un fait que Chûya pensait ressentir à sens unique.
- Toute l'Agence le voit, poursuivit-il. Kunikida, Atsushi, Yosano, bon sang, même Ranpo qui se fiche bien de tout ce qui ne tourne pas autour de sa propre personne a remarqué que je crevais d'envie de te retrouver.
- Pourquoi maintenant ?
- Parce que j'ai bêtement cru que le temps ferait son boulot et que l'éloignement me ferait t'oublier. Mais au bout de quatre ans, je suis tout bonnement incapable de cesser de penser à toi. Ça veut bien dire quelque chose, non ?
Chûya resta silencieux. C'était bien trop d'informations d'un coup.
- Ça te fait deux questions, à toi aussi, dit Dazai. Je crois qu'on est quittes.
- Est-ce que ça signifie que ce stupide jeu est enfin terminé ?
- Pas exactement. J'ai encore droit d'user de mon tour. Tu feras ce que tu veux du tien.
- Très bien, alors vas-y, soupira le roux.
- Action ou vérité ?
Chûya donnait l'impression de vouloir en finir au plus vite, pourtant il prit le temps de réfléchir sérieusement à la question. Dazai avait l'air déterminé et il ignorait ce qu'il se passerait lorsqu'il choisirait. S'il prenait Vérité, le suicidaire lui poserait sans doute une question personnelle à laquelle il n'avait, encore une fois, pas la moindre envie de répondre. Il risquait probablement moins à choisir Action. Que pourrait bien lui demander Dazai, si ce n'est quelque chose qui le tournerait en ridicule ? Et puis, étant donné la tournure des évènements et l'ambiance un peu lourde, Chûya pria pour que Dazai ait la bonne idée de lui commander de faire usage de sa Corruption pour défoncer la porte.
Et il le ferait. Même si cela rentrait en contradiction avec ce qu'il lui avait dit précédement. N'importe quoi pour sortir de cette pièce.
- Action.
- Embrasse-moi.
Chûya s'étrangla avec sa propre salive et manqua de mourir étouffé par le choc. Dazai avait perdu la tête. C'était la seule explication possible.
- Tu délires complètement, mon pauvre, répliqua le mafieux.
- Ose me dire que tu n'en as pas envie.
En réalité, Dazai n'était pas fou, il était même tout ce qu'il y a de plus censé. Alors que Chûya s'était évertué à lui cacher ses sentiments, le détective d'agence venait sans aucun doute de le démasquer et usait de ce jeu pour le torturer et se moquer de lui.
Le plus petit serra les poings avec rage et contracta la mâchoire, honteux d'être humilié à ce point, à cause de sentiments qu'il n'avait jamais voulu ressentir.
Il se redressa vivement.
- Va te faire foutre !
Chûya lui tourna le dos et commença à s'éloigner pour rejoindre la porte. Il allait la défoncer. Il ne supportait plus d'être ici. Que Dazai le sauve de sa Corruption ou pas, cela lui était bien égal. De toute façon, il ne pourrait plus jamais le regarder dans les yeux.
Mais il eut à peine le temps de faire quelques pas, qu'il sentit une poigne fraîche et douce se resserrer autour de son poignet. Un délicieux frisson lui parcourut la colonne vertébrale et il n'eut pas vraiment l'occasion de s'en délecter que Dazai le retourna vivement, avant de le plaquer contre le mur le plus proche.
Coincé entre la pierre et le corps brûlant de son ancien partenaire, Chûya peina à régulariser sa respiration. Dazai tenait fermement ses poignets de part et d'autre de sa tête et son regard brillait d'une lueur dévastatrice, presque effrayante. Le genre qu'il offrait à ses victimes avant une longue séance de torture.
- Tu n'as pas fait ton action, murmura le brun.
- Je n'ai plus envie de jouer, rétorqua Chûya.
- Dans ce cas, il ne fallait pas commencer.
La pression qu'il exerçait autour de ses poignets n'était pas douloureuse, mais elle le maintenait prisonnier. Chûya n'avait pas vraiment d'échappatoire, à moins d'user de ses jambes, mais Dazai le connaissait par cœur et savait parfaitement comment parer ses coups. Il en avait fait l'expérience quelques heures plus tôt.
De son mètre quatre-vingts, Dazai avait sa bouche à hauteur des yeux de son ancien coéquipier, lequel ne pouvait s'empêcher de la fixer. Et c'est un fait que le plus grand ne manqua pas de remarquer.
- Tu ne veux pas exécuter ton action ? Très bien. Dans ce cas, permets-moi de reformuler.
Il se pencha davantage, pressant son corps à celui du mafieux. Chûya se figea sous cette sensation nouvelle et excitante, en se faisant violence pour ne pas y réagir. Il tourna la tête sur le côté pour masquer au mieux le feu qui lui montait au visage, tandis que les lèvres de Dazai, joueuses, se penchaient près de son oreille.
- Laisse-moi t'embrasser.
Et ç'en était fini de Chûya Nakahara. Les mots de Dazai, associé à la chaleur de son corps plaqué au sien, suffit à briser les murs de défense déjà affaiblis qu'il s'était forgé.
Il tourna de nouveau la tête, pour venir faire face à l'objet de tous ses troubles et se laissa happer par l'intensité de ce moment, en acceptant douloureusement ses lèvres sur les siennes.
Sans doute par peur de le voir s'enfuir, Dazai ne lâcha pas les poignets de Chûya pour autant, et s'en servi comme d'un appui, d'une source d'équilibre, tandis qu'il mouvait sa bouche avec expertise contre celle du plus petit.
Leur baiser s'enflammait au rythme d'une musique singulière et qui n'appartenait qu'à eux, s'emboitant comme deux pièces uniques faites l'une pour l'autre. Dazai quémanda davantage et vint faire glisser sa langue sur celle de Chûya. Ils gémirent à l'unisson à ce contact nouveau et Dazai en perdit la raison, au point de relâcher les poignets du roux, pour venir encadrer son visage.
Il ancra ses longs doigts dans la peau de son cou, pendant que Chûya profitait de sa liberté toute retrouvée, non pas pour se détacher de lui, mais pour s'accrocher au col de sa veste. Ils furent pris d'une frénésie brûlante et aucun n'eut l'envie de mettre fin à cet échange qui n'était pourtant que la réponse logique à une action proposée dans un jeu débile.
Dazai abandonna le cou de son partenaire pour venir déposer ses mains sur ses hanches et le soulever. Instinctivement, Chûya passa ses jambes fines autour de la taille du détective, ne se souciant que très peu du caractère intime et équivoque de cette position. Il passa ses bras autour de ses épaules et se laissa porter dans les méandres d'un plaisir encore inconnu, lorsque Dazai usa de cette nouvelle posture pour venir faire courir sa bouche le long du cou de son compagnon.
Il y mordilla la peau et sourit en entendant Chûya réagir à coup de geignements de douleur et de plaisir mélangés. Cet homme était en train de le rendre fou et l'idée que la réciproque puisse être vraie le fit bouillonner d'envie.
- Dazai ... Attends, arrête.
L'intéressé se figea immédiatement, effrayé à l'idée d'avoir pu lui faire réellement mal. Il se recula légèrement, sans lâcher Chûya pour autant.
- Est-ce que j'y suis allé trop fort ? demanda-t-il en examinant la peau légèrement rougie de son partenaire.
- Non, pas du tout, c'est juste que … Enfin, qu'est-ce que ça signifie tout ça ? Est-ce que cela fait partie de ton jeu ?
- Oublie le jeu. Il s'agit de toi et moi.
- Et qu'est-ce que nous sommes exactement ? Si ce n'est d'anciens collègues devenus ennemis, en train de se laisser porter par l'amertume et la frustration ? Tu comptes fuir à nouveau, après ça ?
Dazai ne put lui en vouloir de penser de cette façon et de douter de sa sincérité. Déjà lorsqu'il était capitaine de la Mafia, le suicidaire n'était pas vraiment réputé pour les relations sérieuses et à ce titre, Chûya craignait de n'être qu'un trophée de plus à son tableau de chasse.
- Il va falloir me traîner dehors de force, si tu veux que je partes.
- Dazai, je suis sérieux.
- Moi aussi. Et de ce fait, tu rêves si tu penses que je vais te faire l'amour dans un lieu aussi délabré et dans de telles circonstances. Je rêve de mon appartement, d'un repas français comme tu les aimes et d'une bouteille de Pétrus que je te laisserai à peine entamer parce que je te voudrais sobre et pleinement conscient lorsque je poserai mes mains sur toi. C'est là, que je veux nous emmener et c'est à ce point que je suis sérieux.
- C'est une Vérité ?
Dazai ne put retenir un large sourire de se former sur son visage.
- Une des plus pures et des plus simples.
Chûya ne sut pas quoi répondre à cela. Son cœur tambourinait si fort dans sa poitrine de cette dernière déclaration, qu'il eut peur de dire n'importe quoi, s'il se laissait aller à parler. Alors, de manière plus explicite, il se pencha de nouveau et embrassa Dazai avec ferveur et passion, reprenant la danse interrompue de leurs langues.
Perdus dans la chaleur de leur baiser et dans les frémissements de leurs corps, ils n'entendirent même pas la porte s'ouvrir et ne le remarquèrent que lorsqu'Akutagawa apparut dans leur champ de vision.
Le jeune homme de dix-huit ans écarquilla les yeux face au spectacle qu'offrait Chûya, les jambes ceinturées autour de la taille de Dazai et les lèvres gonflées.
- Est-ce que c'est une nouvelle façon de s'entretuer ou j'ai juste raté un épisode ?
- Plusieurs, à vrai dire. Mais rassure-toi, on en a pas mal à rattraper, nous aussi, répliqua Dazai en resserrant sa prise autour des hanches de Chûya.
- Oh par pitié, tais-toi, le supplia son partenaire en enfouissant son visage rouge de honte dans son épaule.
Akutagawa soupira d'exaspération.
- Et dire qu'il vous aura fallu tout ce temps pour en arriver là. Vous n'êtes pas croyables. J'ai perdu mes cinquante dollars à cause de votre retenue.
- Attends, tu as parié sur nous ?
- Ça fait six ans que ce pari traîne dans la Mafia ! Hirotsu a eu le nez fin en disant que vous ne vous sauterez pas dessus avant un long moment. J'imagine que je suis bon pour lui dire qu'il avait raison.
L'idée horrifia Chûya et fit exploser de rire Dazai. Au fond, il dût reconnaître qu'il y avait eu plus de points positifs que négatifs à se laisser capturer par la Mafia.
