N°11
Agence des Détectives Armés. 16h45.
- À notre nouvelle alliance, déclara Mori en soulevant son verre.
Fukuzawa fit mine de réfléchir et pendant une seconde, toutes les personnes présentes dans la pièce retinrent leur souffle, angoissées à l'idée que les choses puissent prendre une toute autre tournure que celle prévue.
Mais enfin, le directeur de l'Agence se mit à sourire légèrement et il leva à son tour sa coupe de champagne qu'il ne boirait sans doute pas, par conviction morale.
- À notre nouvelle alliance, fit-il écho.
Et l'ambiance explosa en plusieurs acclamations de joie, tandis que les deux verres s'entrechoquaient dans un tintement mélodieux. Mori engloutit le tiers de sa coupe en une gorgée, Naomie sauta au cou de son frère, Atsushi déposa une main attendrie sur le bras de la jeune Gin, Kunikida et Hirotsu échangèrent un regard aimable et Ranpo alla même jusqu'à proposer un peu de ses friandises à Akutagawa.
Ce fut une joie telle que Chûya s'autorisa un élan d'affection et se laissa enlacer par Dazai, avant de venir glisser sa main sur sa nuque et de capturer ses lèvres entre les siennes. C'était la première fois qu'ils s'embrassaient devant leurs collègues respectifs. Non pas que les membres de l'Agence et de la Mafia ne soient pas au courant de leur relation, mais Dazai et Chûya avaient toujours mis un point d'honneur à être discrets.
Assumer leurs sentiments l'un pour l'autre avait déjà été un travail de longue haleine, et lorsqu'enfin la passion qui les électrisait les avait enflammés, le plus dur fut de ne pas pouvoir en parler à leur entourage. Les conflits incessants entre leurs deux organisations maintenaient une distance constante entre eux. Cela avait engendré de nombreuses disputes. Au point où, quatre mois plus tôt, ils avaient été au bord de la rupture. Une douleur insoutenable et telle qu'ils s'étaient rendus compte de la force de leurs sentiments et de ce besoin de faire quelque chose.
Leurs talents de négociateurs et les nombreuses réunions qu'ils étaient parvenus à organiser entre leurs patrons avaient finalement porté leur fruit. Et cette petite fête improvisée était le point final de plusieurs années de guerre. Et quoi de mieux pour parfaire cette armistice qu'un tendre baiser ?
- Je t'aime, murmura Dazai contre la bouche de son partenaire.
- Moi aussi, je t'aime, répondit Chûya en souriant.
Si on leur avait dit qu'un jour ils se diraient de tels mots, ils auraient sans doute explosé de rire. Pourtant, les faits étaient là et personne, aussi choqués pouvaient être leurs camarades, n'aurait pu nier leur amour tant il était aveuglant.
Dazai garda ses mains ancrées sur les hanches de son amant, tandis que Chûya passait ses bras autour du cou du plus grand, restreignant leur bulle de bonheur.
- Et si on rentrait ? proposa le roux en se mordant la lèvre d'un air suggestif.
- Tu as des idées en tête ?
- Peut-être bien.
Il massa doucement sa nuque et l'embrassa de nouveau, plus langoureusement, tout en gardant la pudeur nécessaire à la situation. Dazai rit face à tant d'ardeur de la part de sa moitié et posa son front contre le sien.
- J'adorerai m'enfuir avec toi et te faire grimper jusqu'au septième ciel, lui dit-il. Mais je te rappelle que c'est nous qui avons organisé cette petite fête. La logique voudrait que l'on reste au moins deux heures.
- Depuis quand est-ce que tu es logique, toi ? demanda Chûya.
Dazai rit légèrement et déposa un rapide baiser sur son front, avant de le libérer de son étreinte. Le mafieux fit la moue face au refus de son partenaire. En temps normal, Dazai aurait été le premier à lui prendre la main et à l'entraîner dehors.
- C'est une journée spéciale, pour nous deux, expliqua le brun. Elle marque le début de notre histoire au grand jour. C'est terriblement romantique, tu ne trouves pas ?
- Sans doute, oui. Et cliché aussi.
- Et je peux être encore plus cliché.
Après avoir bu une gorgée d'alcool, le détective lui proposa une coupe et l'embrassa tendrement, délaissant le goût enivrant du champagne sur ses lèvres.
- Mon Chûya, ma limace, mon ange, mon amour, je suis fou de vous et de votre sale caractère.
- Seigneur, arrête ça, le supplia l'intéressé en rougissant.
- Il a raison, Dazai. Tu nous files la nausée avec tes déclarations.
La voix de Yosano raisonna dans le dos du brun, qui dû lâcher son amant du regard pour venir faire face à la jeune médecin.
- Serais-tu jalouse, ma tendre ? Désolé d'avoir à briser ton petit cœur de pierre mais le mien est déjà pris.
- Continue à nous envahir de tes niaiseries et je te l'arrache de ta poitrine.
- Laisse-les, Yosano, lança Kenji, tout guilleret. Ils sont beaucoup trop mignons tous les deux. Vous ne trouvez pas, Monsieur Ranpo ?
Mais comme à son habitude, le fameux détective sans pouvoir ne prêtait aucunement attention à la conversation, bien trop absorbé par tous les délices sucrés disposés sur le buffet.
- Personnellement, je n'arrive toujours pas à savoir si votre couple était une évidence ou le plus grand choc de ma vie, déclara Kunikida en relevant ses lunettes sur le haut de son nez.
- Sérieusement ? demanda Akutagawa. Si vous les aviez connus du temps où ils étaient partenaires à la Mafia Portuaire, vous ne vous poseriez même pas la réponse.
Hirotsu approuva les mots du plus jeune en marmonnant contre sa cigarette éteinte et Gin se contenta de hocher la tête.
- Leur histoire était déjà toute tracée lorsqu'ils se sont rencontrés, continua Akutagawa. De véritables âmes sœurs.
- N'importe quoi, s'exclama Chûya. On ne faisait que se disputer.
- Des disputes qui respiraient la passion et le désir, expliqua Tachihara. Et ils suffisaient de voir la manière dont vous étiez jaloux dès qu'une autre personne osait s'approcher.
Chûya se sentit rougir jusqu'à la pointe des oreilles, alors que Dazai souriait fièrement, assumant pleinement ce qui se disait sur leur relation.
- Je n'étais pas jaloux ! rétorqua le roux.
Les membres de la Mafia rirent légèrement, témoignant du fait qu'ils ne le croyaient pas du tout. Même Mori trouva le moyen de lâcher un sourire moqueur.
- Ne te vexe pas, mon Chûya, lui dit Dazai. J'aime te voir défendre ton territoire.
Le mafieux se renfrogna et croisa les bras sur son torse. Dazai lui caressa la main et le contourna pour rejoindre la sortie du bureau. Chûya ne chercha même à savoir où il se rendait et engloutit la totalité de sa coupe, ainsi qu'une deuxième, en espérant que cela suffirait à effacer le rouge de ses joues. Mais loin de l'apaiser, l'alcool ne fit que lui donner encore plus chaud.
- Je vais prendre l'air, déclara-t-il à Akutagawa en passant à ses côtés pour sortir.
Il traversa le long couloir en direction de l'ascenseur, lorsqu'il entendit des voix lui parvenir depuis l'une des pièces sur sa droite. Il reconnut sans peine celle de sa moitié et il mit plusieurs secondes avant de réaliser à qui appartenait la deuxième.
- Il va bien falloir que vous lui disiez, déclara Atsushi.
- Je ne sais pas comment ! Ça fait des semaines que je retourne ça dans tous les sens et je ne trouve pas de bonne façon de le faire, répliqua Dazai.
- Il doit bien comprendre que quelque chose se trame …
- Pas que je sache. Et c'est tant mieux, je m'en voudrais qu'il l'apprenne par quelqu'un d'autre. C'est à moi de le faire.
Chûya se figea, caché contre le mur. Mais enfin, de quoi parlaient-ils ?
- Vous n'allez pas pouvoir tenir encore longtemps, dit Atsushi. Ça va finir par exploser.
- Et ce n'est pas ce que je veux.
Le cœur battant jusque dans ses tempes, Chûya se sentit envahit d'une nausée qui n'avait rien à voir avec l'alcool. Qu'est-ce que voulait dire Dazai ? À l'entendre, il cherchait un moyen de lui parler de quelque chose, sans savoir comment, en craignant de ne pas le faire correctement. Cela ne pouvait signifiait qu'une chose …
Il allait le quitter. Après tout ce qu'ils avaient traversé, après tout ce qu'ils avaient entrepris pour pouvoir être ensemble, Dazai allait tout bonnement le quitter. Cette simple pensée lui fila des vertiges.
- Je vais lui en parler, déclara soudainement le brun. À la fin de la fête.
Chûya manqua de s'étrangler. Dazai avait donc aussi peu de considération pour leur histoire ? Au point de le larguer après une fête qu'ils avaient organisés ensemble ?
Il déposa sa main sur son torse pour calmer les battements affolés de son cœur. Non, impossible. Il lui avait dit qu'il l'aimait dix minutes auparavant et il l'avait embrassé à plusieurs reprises avec une tendresse infinie. Il ne pouvait pas réellement vouloir mettre un terme à leur relation … Mais d'un autre côté, il avait refusé de quitter le bâtiment pour se retrouver tous les deux, lorsque Chûya le lui avait proposé …
Tout s'embrouilla dans son esprit. Peut-être que Dazai hésitait à le quitter et que cela constituait la raison de ses hésitations.
Il ne pouvait pas le perdre, c'était impensable. Alors il allait tout faire pour lui prouver qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et l'empêcher de prendre cette douloureuse décision qu'était leur séparation.
Agence des Détectives Armés. 17h28.
Après avoir entendu la conversation entre Dazai et Atsushi, Chûya trouva l'heure qui suivit bien plus longue qu'elle ne l'était. Il avait fait de son mieux pour agir normalement, mais il lui était de plus en plus difficile de contrôler son angoisse, qui ne faisait que s'accroitre à mesure qu'il constater la manière dont Dazai semblait se tenir à distance.
Il tenta de noyer sa nervosité dans plusieurs coupes de champagne, ce qui était une bien mauvaise idée étant donné son intolérance à l'alcool.
- Tu ferais mieux de ralentir, lui conseilla Kôyô en arrivant derrière lui.
- Lâche-moi, marmonna-t-il. Tu n'es pas ma mère.
- Non, mais c'est toi qui m'as affublé du titre de grande sœur, alors maintenant, tu assumes ta connerie et tu m'écoutes.
Elle lui prit son énième verre des mains et le reposa sur le buffet qui commençait doucement à se vider. Chûya geignit de mécontentement et passa une main furtive dans ses cheveux.
- Qu'est-ce que tu essayes d'oublier, dis-moi ? demanda Kôyô.
- Le fait que l'homme que j'aime est sur le point de me quitter.
Le manque de filtre d'un Chûya ivre était un avantage, comme un sérieux problème. Il n'était pas compliqué de lui soutirer des informations, mais il était difficile de le contenir lorsqu'un flot de paroles s'échappait de sa bouche.
Kôyô éclata de rire face à l'absurdité que venait de lui dire son pseudo-petit frère. Lequel lui répondit par un regard noir et légèrement vitreux à cause de la boisson.
- Pardon, s'excusa la jeune femme entre deux rires. Mais c'est tellement inconcevable que ç'en est drôle.
- Je ne plaisante pas. Je l'ai entendu le dire.
- Allons donc … Qu'est-ce que tu as entendu exactement ?
- Qu'il allait me quitter et qu'il ne savait pas comment me le dire.
Bon, ce n'était pas l'exacte vérité, mais il n'était pas d'humeur à débattre de la véracité de ses propos. Malgré ça, Kôyô ne sembla pas convaincue et jeta un coup d'œil en direction de Dazai qui discutait deux mètres plus loin.
- Cet homme là-bas est complètement dingue de toi. Je n'ai jamais vu personne d'aussi amoureux que vous deux, même si, il faut bien le reconnaitre, vous restez un couple assez atypique dans votre genre.
Chûya grogna quelque chose d'incompréhensible en guise de réponse, hypnotisé par l'image de son partenaire en pleine discussion avec une jeune fille qu'il ne connaissait pas. Il sentit la jalousie pulser dans ses veines comme une alarme et l'alcool aidant, il perdit rapidement son calme.
- Qui c'est, ça ? demanda-t-il.
- Elle s'appelle Haruno Kirako. C'est la secrétaire de Fukuzawa.
La jeune fille avait l'air des plus innocente avec sa longue jupe, sa frange et ses petites lunettes, mais Chûya ne put s'empêcher de bouillonner en la voyant rire à la quelconque blague que venait de lui faire Dazai.
- Je vais régler ça, déclara-t-il déterminé.
- Je te le déconseille, répondit simplement Kôyô.
Mais comme à son habitude lorsqu'il était ivre, Chûya ne se soucia pas de l'avertissement de son aînée et se dirigea, résolu, vers l'homme qu'il aimait. Il comptait bien lui prouver qu'il était celui qu'il lui fallait et que le quitter pour cette jeune femme ou pour qui que ce soit d'autre, serait une grave erreur.
Assis nonchalamment sur un bureau qui n'était très certainement pas le sien, Dazai entendit à peine son compagnon se rapprocher de lui et ne prit conscience de sa présence que lorsque Chûya vint se caler debout entre ses jambes pour l'embrasser.
Les lèvres du plus petit se murent aux siennes avec une ferveur et une intimité qu'il n'aurait jamais imaginé partager devant les autres et le Dazai d'ordinaire sans honte, fut légèrement gêné à l'idée que certains de ses collègues soient témoins d'un tel élan d'affection. Il sentit la langue de son amant se glisser contre la sienne et lui offrir ce genre de baiser dont il était expert et qui, même après un an de relation, lui faisait toujours tourner la tête.
Il voulut le repousser doucement, mais c'était sans compter les mains de Chûya qui encadraient fermement son cou et maintenait sa bouche contre la sienne. Le roux mit toute son âme dans cet échange, du moins autant que l'alcool le lui permettait et s'efforça d'y faire passer la puissance de son amour pour Dazai.
« C'est bien plus que tout ce que cette femme pourrait t'offrir » pensa-t-il en caressant les mèches brunes pendantes sur sa nuque, du bout de ses doigts.
Il entendit la jeune Haruno se racler la gorge et s'excuser, avant de s'éloigner. Dazai sourit contre ses lèvres et enfin, à bout de souffle, Chûya se détacha de lui mais resta calé entre ses jambes, les mains du plus grand liées au bas de son dos.
- Tu es complètement ivre, énonça Dazai en riant légèrement. Et jaloux.
- Je ne suis pas jaloux, répondit le concerné en hoquetant.
- Mais tu es certainement ivre. Qu'est-ce qui t'a poussé à boire autant ?
- Toi, avoua Chûya en pointant un doigt accusateur sur son torse. C'est de ta faute si j'ai eu besoin de me noyer dans le champagne.
Dazai ne prit pas réellement sa remarque au sérieux et resserra simplement son étreinte autour de sa taille.
- Parce que j'ai refusé de partir tout de suite après le toast comme tu l'espérais ? Tu es bien susceptible, ma limace.
- Mais non ! Parce que tu veux me quitter !
Dazai se figea, le temps de réellement comprendre ce qu'il venait de dire et éclata de rire. Ce fait ne fit qu'intensifier la colère de Chûya, qui chercha à se dégager de ses bras, en vain.
- J'avais oublié à quel point tu pouvais être idiot quand tu bois, rit Dazai.
- Tu allais partir avec elle, marmonna le roux. Avec cette Haruno. Et tu m'aurais laissé tout seul.
- Oui, c'est ça et nous aurions eu des tas de mini-moi suicidaires et chantants pour le plus grand plaisir de tes oreilles, répliqua son amant en rentrant dans son jeu.
- Alors c'était vrai ? Kôyô ne voulait pas me croire mais c'est bien le cas ! Tu vas me quitter pour quelqu'un d'autre !
Les plaintes de Chûya commençaient à se faire entendre et avaient déjà attiré l'attention de certains de leurs collègues. Dazai, lui, se mit à s'inquiéter un peu des paroles de son partenaire.
- Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ?
- Je t'ai entendu ! Tu en as parlé avec Atsushi !
Le jeune tigre-garou grimaça en entendant son nom et échangea un regard inquiet avec Dazai. Ce dernier fronça les sourcils.
- Tu as dit que tu ne savais pas comment faire pour me l'avouer, alors, je t'en donne l'occasion ! Avant la fin de la fête, hein ? C'est bien ce que tu as dit ? Je t'épargne une heure de plus à mes côtés, tu peux y aller, je suis prêt.
Atsushi plaqua une main sur son front, désemparé et un silence s'installa au milieu de la pièce, chacun attendant la réponse de Dazai à cette déclaration. ll arborait un air sérieux que peu de personnes lui connaissait et se pencha vers Chûya.
- Quoi que j'aie à te dire, ça ne se fera pas devant mes collègues, ni alors que tu te trouves sous l'influence de plusieurs coupes de champagne.
- L'alcool va m'aider à digérer la nouvelle, et à faire face à cette longue année de bonheur à laquelle tu comptes mettre fin.
- Ce que tu peux être mélodramatique, parfois, soupira Dazai. Allez. On rentre à mon appartement. On discutera là-bas.
Il lui prit la main et l'entraîna vers la sortie des bureaux, non sans adresser des sourires rassurants à chacun au passage.
- Je suis vraiment désolé, Monsieur Dazai, fit Atsushi. J'imagine que ce n'est pas comme ça que vous comptiez …
- Ne t'en fais pas, Atsushi, ce n'est rien. Quelle que soit la façon dont cela serait fait, ça ne concerne que Chûya et moi.
Appartement de Dazai Osamu. 18h09.
Fort heureusement, Chûya était encore suffisamment lucide pour pouvoir marcher seul. Il traîna néanmoins des pieds tout le long du chemin jusqu'à l'appartement de son amant, lequel marchait tranquillement, cherchant à masquer la tension qui lui nouait les épaules.
Une fois la porte de l'appartement refermée derrière eux, Dazai s'autorisa à expirer longuement, comme s'il avait retenu sa respiration depuis leur départ de l'Agence.
- Viens t'asseoir.
Chûya s'exécuta malgré lui, le cœur tordu de douleur et la tête légèrement étourdie. Il s'installa sur le canapé de son compagnon, tandis que ce dernier venait se placer sur la table basse, en face de lui.
- Tout d'abord, tu dois me promettre de me laisser parler jusqu'au bout.
- Et si je n'aime pas ce que tu dis ?
- Alors tu auras toute l'occasion de me le faire savoir une fois que j'aurais terminé.
Chûya grogna en guise de réponse et entremêla nerveusement ses doigts les uns aux autres. Dazai amena ses mains entourer les siennes pour l'apaiser et le roux cessa de trembler à son contact.
- Regarde-moi dans les yeux, lui commanda-t-il.
Chûya s'efforça de relever la tête et fut envahi d'une douceur chaleureuse et familière en redécouvrant le marron intense des yeux de son partenaire.
- Il est vrai qu'il y a quelque chose qui me tracasse depuis des semaines à propos de notre couple. Et j'ai longuement retourné le problème dans tous les sens, sans réellement parvenir à trouver un moyen d'exprimer ce que je ressens.
- Alors tu as préféré en parler avec Atsushi ?
- Tu avais promis de ne pas m'interrompre.
- Non, c'est faux.
Dazai soupira en riant. Il disait la vérité. Il avait commencé son discours avant même que Chûya n'ait eu l'occasion de se tenir tranquille.
- Je n'en ai pas parlé à Atsushi. Il est tombé sur quelque chose. Quelque chose qui en disait long sur ce qui me tracassait et je n'ai pas eu d'autre choix que de lui expliquer.
- Quelle chose ?
Dazai le regarda intensément et descendit de la table basse pour venir s'agenouiller entre ses jambes. Il profita qu'ils soient à la même hauteur pour venir embrasser tendrement Chûya, le rassurant un maximum à travers ce baiser doux et amoureux.
- Chûya Nakahara, je n'en ai peut-être pas conscience depuis très longtemps, mais je t'aime depuis plus de sept ans. Et chaque jour, je me désole de m'en être rendu compte aussi tard et d'avoir perdu tant de temps. Je ne veux pas te quitter. Je ne veux pas te perdre et tu es bien idiot de croire le contraire.
Il vint doucement caresser la mèche rousse qui reposait sur l'épaule de Chûya, déclenchant mille et un frisson au creux de son ventre.
- J'aime ton sale caractère, ta jalousie insensée, ta faible tolérance à l'alcool, le fait que tu sois un piètre menteur, tes changements d'humeur, ton impulsivité, et tous ces petits défauts qui contribuent à faire de toi la plus belle personne que je n'ai jamais rencontré, peut-être même encore plus que tes qualités.
Chûya l'écouta attentivement, ému par ses mots tout en craignant d'entendre un « mais » qui viendrait tout gâcher de cette magnifique déclaration.
- Et je ne suis pas quelqu'un d'extrêmement romantique, tu le sais ? poursuivit Dazai. C'est te dire à quel point tu m'as transformé, parce que …
Il fouilla dans la poche de sa veste et en sorti un anneau en argent, simple, mais d'une brillance hors normes. Chûya sentit son cœur s'emballer et manquer de percer sa poitrine, tandis qu'il se redressait vivement sur le canapé.
- C'est ce qu'a trouvé Atsushi. Je l'ai maladroitement faite tomber en sortant dans le couloir et il l'a vu. Je me suis senti obligé de lui expliquer pour éviter qu'il ne gaffe mais visiblement, toi et ta curiosité vous l'avez devancé.
- Je suis désolé …
- Je plaisante, mon amour.
Dazai vint lui caresser le visage.
- Au fond, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire ça, dit-il. Tu es là et c'est tout ce qui compte. Seule ta réponse pourra faire de cet instant quelque chose d'encore plus beau. Alors …
Dazai releva l'un de ses genoux et au milieu de son salon, alors que le soleil déclinait doucement à l'extérieur, baignant Chûya d'une lueur orangée, il lui posa cette question qui lui brûlait les lèvres depuis des semaines.
- Chûya, Nakahara, est-ce que tu veux bien redevenir mon partenaire, pour la vie; cette fois-ci ?
Dazai eu à peine le temps de terminer sa demande que le jeune mafieux se penchait en avant pour venir capturer ses lèvres. Il l'embrassa avec ce même feu qui lui enflammait le corps et la symphonie de leurs bouches l'une contre l'autre, répétait inlassablement ce même mot qui allait, comme l'avait dit Dazai, faire de cet instant, quelque chose de plus beau encore :
Oui, oui, oui, mille fois oui.
