N°12
Repère de la Guilde. 23h51.
Dazai empoigna le bras de son partenaire, en pleine crise de démence et l'arrêta dans son élan, alors qu'il s'apprêtait à renvoyer une énième concentration de gravitons heurter le sol, déjà ravagé.
- Tu l'as eu, c'est fini. Repose-toi maintenant, Chûya.
Les stries rougeoyantes sur la peau du jeune mafieux disparurent à mesure que l'anti-pouvoir de Dazai faisait effet. Son regard fou retrouva sa teinte bleutée habituelle et enfin, il revint à la raison, avant de s'effondrer d'épuisement au sol.
- Si c'était terminé, tu aurais dû m'arrêter tout de suite, se plaignit Chûya à bout de souffle.
- J'en avais l'intention, au début. Mais tu étais si divertissant.
Il entendit Chûya grogner et il ne put retenir un léger rire. Si seulement il savait … En réalité, Dazai avait été loin de se divertir de ce spectacle. La barrière de fumée et de débris délaissés par la chute du corps de Lovecraft, l'avaient tout simplement empêché de retrouver son compagnon tout de suite. Mais, dans le cadre de leurs relations plutôt houleuses, mieux valait faire croire à Chûya qu'il avait mis du temps à l'arrêter par souci de s'amuser, plutôt que de lui faire part de la minute de pure angoisse qu'il avait connu en ne le repérant pas immédiatement au milieu du carnage.
Chûya se tourna vers lui, la mâchoire crispée par la colère. Son beau visage diaphane était traversé de plusieurs filets de sang, partant de son crâne, comme de son nez et de sa bouche. Rares étaient les fois où Dazai l'avait vu dans un tel état après avoir usé de sa corruption, et en quatre ans, il avait quelque peu oublié combien voir son partenaire ainsi pouvait être perturbant.
- Tu as intérêt à me ramener à la base, si tu veux que je te pardonne un jour.
Chûya usa alors de ses dernières forces pour venir frapper faiblement du poing sur le torse de Dazai, avant de s'écrouler, évanoui.
Le détective ne se départit pas de son sourire face aux mots de son collègue qui respiraient tant d'espoirs et si peu à la fois. Il n'y avait pas que le piètre incident de ce soir que Dazai aurait voulu se voir pardonner, mais également toutes ces dernières années d'absence et d'éloignement qui, même si Chûya l'ignorait, leur avait causé autant de mal, à tous les deux.
Alors, en attendant de savoir si son départ de la Mafia et son abandon du Double Noir pourraient un jour être excusable, le brun se contenta de ça.
- Tu peux compter sur moi, partenaire.
Après le départ de John Steinbeck et l'assurance que Lovecraft ne renaîtrait pas de sa carcasse, Dazai se pencha sur le corps endormi de son ancien ami. Avec minutie et précaution, il s'assit à ses côtés et le souleva pour le caler entre ses bras et lui éviter de s'étouffer à cause du sang qui devait lui obstruer la gorge. Avec Q à ramener en plus, il ne pourrait décemment pas se débrouiller tout seul.
Alors il appela le seul qu'il pensait en mesure de le dépanner et dix minutes plus tard, Akutagawa apparût à son tour au milieu des ravages causés par la corruption de Chûya et du combat contre la Guilde. Le jeune et ancien apprenti de Dazai observa les dégâts et ne s'arrêta que quelques secondes sur le corps de son collègue mafieux, qui reposait étrangement entre les bras de son pire ennemi.
- Merci d'être venu, lui dit Dazai. Tu crois que tu peux t'occuper de Q et la ramener à Mori ?
- Je devrais pouvoir faire ça. Et Chûya ? Qu'est-ce que tu comptes en faire, exactement ? Non pas que ça me regarde mais je crois que le parrain m'en voudrais si je te laissais t'en prendre à son meilleur élément.
- Je ne lui ferai aucun mal. Mais je connais suffisamment la Mafia pour savoir qu'elle ne soucis pas de notre santé, même après une rude mission, tant que l'on est pas aux portes de la mort. Je vais le ramener à son appartement et m'occuper de lui, le temps qu'il recouvre.
Akutagawa se contenta de hausser les épaules en venant récupérer la jeune Q, qui reposait inerte cinq mètres plus loin. À l'instar de Chûya quelques minutes plus tôt, il l'installa sur son dos et parut chercher quelque chose des yeux une seconde.
- Où est la poupée ?
- Je la garde comme assurance vie. Tant que la poupée sera là, vous aurez besoin de mon anti-pouvoir pour l'arrêter, ce qui me garantit votre protection.
Le détenteur de Rashômon ne put que lâcher un léger rire moqueur face à cette explication et étonnamment, Dazai ne comprit pas tout de suite sa réaction.
- Tu n'as toujours pas réalisé, n'est-ce pas ?
- Réalisé quoi ?
- Que la Mafia ne tentera jamais de te tuer.
- Je serais curieux de savoir ce qui les retient.
En guise de réponse, Akutagawa se contenta de dériver son regard sur Chûya, paisiblement endormi au creux des bras de son ancien partenaire, l'air plus détendu que jamais.
- Tu n'aurais cas lui demander quand il se réveillera, répondit simplement le plus jeune homme au manteau noir.
Puis, sur ces mots et à l'aide de son pouvoir, Akutagawa disparut rapidement dans la nuit, emportant Q avec lui et laissant Dazai seuls avec ses interrogations. Qu'avait-il voulu dire par là ? Pourquoi la Mafia se priverait-elle de le tuer après la traîtrise monstre dont il avait fait preuve ? Et que pouvait bien savoir Chûya à ce sujet ?
Il choisit de mettre toutes ces questions de côté et de soulever son ex-coéquipier dans ses bras, pour pouvoir entamer la marche de retour jusqu'à son appartement.
Appartement de Chûya Nakahara. 00h37.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne fallait qu'une dizaine de minutes pour rejoindre le centre-ville depuis le cœur de la forêt de Yokohama. Passée la multitude d'arbres et les quelques animaux sauvages, Dazai et Chûya retombèrent sur la départementale qui menait à l'immeuble de ce dernier.
Par chance, il n'avait pas déménagé depuis le départ de son coéquipier et le code pour y entrer n'avait pas changé. Dazai composa donc ces quatre chiffres et lettres qu'il n'avait jamais réussi à oublier et grimpa jusqu'à l'étage de Chûya, qui peinait tout juste à sortir du sommeil. Fort heureusement, il était assez conscient pour traîner des pieds et les quelques personnes qu'ils avaient croisé en ce début de nuit, n'avaient dû les prendre que pour deux amis sortant d'un bar et un peu alcoolisés.
Dazai vint déposer Chûya sur son lit toujours défait de la matinée et dix fois trop grand pour un petit corps comme le sien. Il marmonna quelques mots que le brun interpréta comme des insultes bien qu'il ne les comprît pas et se chargea d'aller lui chercher un verre d'eau et une serviette humide et tiède. Lorsqu'il revint, Chûya s'était légèrement redressé afin de s'appuyer sur la tête de lit et geignait contre ses muscles endoloris. Dazai s'assit à ses côtés et lui tendit le verre. Le mafieux parut hésiter, comme si la boisson risquait d'être empoisonnée mais ce ne fut l'affaire que d'une demi-seconde. Il récupéra l'objet et engloutit le contenu en louant la sensation du liquide frais contre sa gorge.
Après qu'il eut fini, Dazai entreprit de venir essuyer le sang séché sur son visage à l'aide du linge qu'il vint frotter avec délicatesse contre sa peau. Chûya se laissa faire en silence, mais bien vite il voulut savoir :
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Tu aurais pu me ramener à la base, comme je te l'avais demandé.
- Je sais comment sont les services urgentistes de la Mafia, en poursuivant son nettoyage. Tant que tu ne craches pas tes poumons, ils ne jugent pas important de se soucier de toi.
L'humidité de la serviette sur sa peau fit un bien fou à Chûya qui se laissa aller malgré lui contre les gestes délicats de son ancien collègue.
- Merci, se contenta-t-il de répondre.
- De rien, petite limace.
À l'entente de ce surnom, Chûya ne put retenir un léger rire.
- Voilà bien des années que personne ne m'a appelé comme ça.
- J'espère bien. C'est une exclusivité qui m'est réservé. Je t'en voudrais si tu me disais que quelqu'un d'autre utilise cette appellation.
Pendant un moment, ils se contentèrent de rire de façon légère et détendue, oubliant toute l'action, les disputes et la fatigue de leur soirée. Dazai acheva de retirer le sang du visage de Chûya et apprécia de redécouvrir sa peau si pâle et sans défaut. Il en profita pour dégager les quelques mèches qui lui obstruaient les yeux.
Puis, il inspira profondément et trouva enfin le courage de lui poser cette question qui le hantait depuis quatre ans.
- Chûya, il y a une chose que j'aimerais savoir …
- Oh non, s'il te plaît, je suis épuisé.
- Rien qu'une chose.
Chûya soupira pour mimer la nonchalance mais intérieurement, il était assez angoissé de savoir ce que Dazai était sur le point de lui demander. Même si au fond, il en avait une petite idée …
- Pourquoi est-ce que tu as refusé de me suivre, il y a quatre ans ?
Évidemment. Chûya n'aurait pas pu fuir éternellement. Dazai avait beau avoir un caractère assez difficile à comprendre, il n'en restait pas moins humain et n'importe qui de censé n'aurait pas pu tenir jusqu'à la mort sans avoir la réponse à une telle interrogation.
Il vint triturer sa mèche rousse entre ses doigts en se remémorant cette fameuse nuit où Dazai avait quitté la Mafia Portuaire.
Chûya venait à peine de revenir d'une réunion plus qu'ennuyante avec les différents capitaines et avait enfin retrouvé le confort de son lit aux quartiers de la Mafia. Il avait soupiré en découvrant son téléphone vide d'appels manqués et de SMS de la part de son partenaire qu'il n'avait pas vu depuis la matinée, alors même qu'il aurait dû se rendre à la réunion, lui aussi. Jamais ils n'étaient restés aussi longtemps sans nouvelle depuis qu'ils formaient le Double Noir. Ils avaient beau se disputer souvent, ils leur étaient impossible de rester loin l'un de l'autre plus d'une journée, tant ils avaient pris l'habitude d'être ensemble depuis leur rencontre.
Il avait commencé à déboutonner sa chemise dans l'idée d'aller sous la douche se vider la tête de ses inquiétudes quant à cet étrange silence, lorsque la porte de sa chambre s'était ouvert à la volée, laissant apparaître Dazai. Son soulagement de le savoir en vie avait été de courte durée lorsque Chûya avait découvert la mine décomposée de son coéquipier, ainsi que ses mains couvertes de sang.
- Dazai, tout va bien ?
Il avait eu à peine le temps de finir sa phrase que le brun s'était rapproché de lui et était venu lui empoigner la main.
- Prends tes affaires, on s'en va.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es blessé ?
Instinctivement, il s'était mis à l'examiner à la recherche de l'origine de tout ce sang et Dazai l'avait interrompu en venant prendre ses mains dans les siennes.
- Odasaku … Il a été tué. Et Mori, il m'a … Il m'a empêché de …
- Calme-toi, respire.
- Je ne veux pas rester une seconde de plus ici. Je veux partir. Avec toi.
- Dazai, je … Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu es sous le choc et …
- Il est mort dans mes bras, Chûya.
Le roux en avait eu le cœur serré. Il connaissait Odasaku lui aussi et c'était bien le dernier homme de l'organisation qui aurait mérité de mourir. Mais la vie n'avait rien de juste, et surtout pas dans la Mafia Portuaire.
Les doigts de Dazai s'étaient mis à trembler, avant de les porter à la mâchoire de Chûya, tandis qu'il venait déposer son front contre le sien.
- Il a dit … Que je pourrais faire le bien … Devenir quelqu'un de meilleur. Mais je n'y arriverais pas si tu n'es pas là. Chûya, c'est toi qui me rends meilleur …
Le plus petit aurait sûrement été davantage ému par ses paroles si seulement elles n'avaient pas été prononcées dans de telles circonstances.
- Dazai … On ne peut pas partir comme ça. On est les deux meilleurs éléments de la Mafia, Mori et ses hommes ne nous laisserons jamais partir. Rien que pour avoir osé les trahir, on se fera traquer jusqu'à la fin de notre vie.
- Avec toi, je suis prêt à prendre le risque.
- Je …
- Écoute, prends le temps d'y réfléchir, d'accord ? Je fais mes valises et je quitte les locaux ce soir. Si tu veux partir avec moi, tu n'auras cas me rejoindre au port demain matin, à six heures.
Mais Chûya n'était jamais venu. Pas même alors que Dazai l'avait attendu pendant près de trois heures en s'inquiétant de tout ce qui aurait pu lui arriver en route. Mais il avait fini par se faire une raison. Il n'était pas question d'imprévu, ni d'accident. Son partenaire de toujours avait simplement fait son choix entre lui et la Mafia. Et ce n'était pas celui qu'il aurait imaginé.
Le brun resserra ses doigts autour de la couverture du lit, détruit par ces souvenirs toujours terriblement douloureux. Chûya ne manqua pas de le remarquer et sentit son cœur se tordre, comme s'il était à la place de ce bout de tissu que Dazai pressait dans sa main.
- Dazai …
- Je t'ai demandé de venir avec moi, l'interrompit ce dernier. Mais tu n'en as rien fait. Pourquoi ?
- Je n'ai jamais voulu te faire de mal.
- Alors comment explique-tu le fait que je t'ai attendu des heures durant devant ce foutu port sans jamais te voir arriver ? Qu'est-ce que j'ai fait qui ne méritait pas que tu m'accompagnes ? Merde, Chûya ! On a toujours tout fait ensemble, toi et moi ! Notre entourage nous voyait comme indissociable et moi, j'ai bêtement cru, que c'est ce que tu ressentais aussi !
- Si tu crois que ça a été facile à faire, tu te trompes.
Non. Il n'avait pas le droit de s'apitoyer sur son sort. Dazai se refusait à le voir se victimiser alors qu'il était celui qui l'avait abandonné et non pas le contraire comme tout le monde semblait le penser. Le détective s'était suffisamment senti coupable comme ça, à se dire qu'il avait été égoïste à imposer ce dilemme à Chûya, qu'au fond, tout était de sa faute.
- Qu'est-ce qui a été compliqué, bon sang ? lui demanda-t-il. La Mafia nous a toujours oppressés, limités dans nos choix de vie ! Je n'ai tenu que parce que je vous avais, toi, Ango et Odasaku ! Mais alors que j'ai voulu partir, tu as préféré t'agenouiller devant Mori et me laisser tomber …
- Ce n'est pas ce que tu crois.
- Quoi ? Tu vas me dire qu'il t'a menacé ? Qu'il ne t'a pas laissé le choix ?
- Au contraire, c'était un choix très réfléchi et si tu t'attends à ce que je dise que je regrette, tu te plantes complètement !
Chûya n'avait pas voulu être aussi violent dans ses propos, mais la frustration de ces dernières années réclamait à exploser et il ignorait combien de temps encore il pourrait la contenir. Dire la vérité à Dazai reviendrait à mettre des mots sur ses sentiments et il était déjà assez douloureux d'en avoir conscience. Les exprimer, dans leur situation serait encore plus difficile et il n'était pas certain de pouvoir le supporter.
Mais il avait fait le bon choix pour Dazai, même si ce dernier n'en avait pas conscience. Et c'était un mantra qu'il se répétait chaque jour depuis quatre ans.
- Ça n'a jamais été réciproque, pas vrai ? demanda soudainement Dazai.
Cette question poussa Chûya à relever vivement la tête, perplexe. Que voulait-il dire par là ?
- De quoi est-ce que tu parles ?
- De ce que je ressentais … de ce que je ressens pour toi. Après tout ce qu'on a vécu ensemble, jamais je n'aurais pu imaginer que ça ne soit qu'à sens unique. Mais le fait que tu ne m'aies pas suivi me prouve que c'est pourtant bien le cas.
- Dazai, qu'est-ce que tu essayes de me dire ?
- Que je t'aimais.
Chûya mourrait d'entendre ces mots depuis des années, et jamais il ne se serait dit qu'ils puissent être aussi douloureux à entendre. Dans un contexte pareil, cette déclaration relevait plus du tragique que du romantisme et ce fait lui retourna l'estomac.
Il baissa la tête et se mordit l'intérieur de la joue pour s'empêcher d'imploser, mais c'était bien trop d'émotions que son petit corps ne pouvait en contenir.
- Tu te trompes, lui-dit-il.
- Je l'avais bien compris, rassure-toi.
- Non, ce que je veux dire … c'est que tu te trompes quand tu penses que tes sentiments étaient à sens unique.
Dazai releva les yeux vers son ancien collègue et l'observa, incrédule quant à ce qu'il venait de lui annoncer.
- Je n'ai pas besoin de ta pitié, dit le brun.
- Il ne s'agit pas de ça. Tu me connais par cœur, tu sais que jamais je ne dirai ce genre de choses à la légère.
- Je pensais te connaître par cœur, oui, et c'est pour ça que je n'ai eu aucun doute quant au fait que tu partirais avec moi. Pourtant, tu n'es pas venu.
- Est-ce que tu as déjà cherché à savoir pourquoi ?
Le détective se mit à réfléchir. Pourquoi aurait-il cherché à creuser une question dont la réponse était évidente ? Chûya avait préféré son travail à son partenaire. Point. Il n'y avait pas à comprendre davantage.
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit ce soir-là ? Sur le fait que Mori et ses hommes ne nous laisseraient jamais en paix si nous désertions ?
- Oui …
- Il m'a surpris en train de faire mes valises le lendemain matin. Et non, il ne m'a pas menacé, il n'a même pas cherché à m'arrêter. Mais il a dit la seule chose qui aurait pu me faire changer d'avis.
Dazai observa les yeux de Chûya se brouiller et l'entendit étouffer un juron alors qu'il ravalait le nœud au creux de sa gorge.
- Il m'a assuré, comme je le craignais, qu'il nous ferait traquer jusqu'à la fin de sa vie s'il le fallait. Qu'il ne pouvait pas renoncer aux deux meilleurs éléments de son organisation, que c'était un acte de trahison qu'il se devrait de nous faire payer en tant que parrain, pour maintenir son autorité. Mais au-delà de ça, il m'a dit que le jour où il nous retrouverait, il me ramènerait de force à la Mafia, parce qu'incapable de renoncer à un pouvoir comme le mien. Mais que toi … Il te tuerait. Pour avoir osé défier son autorité et pour m'avoir entraîné dans ta mutinerie.
Mori n'était pas tant un homme violent d'ordinaire. Mais sa position était telle qu'effectivement, il n'aurait eu d'autre choix que de s'imposer de la pire des façons. Le don de Chûya était trop précieux pour s'en débarrasser, alors que celui de Dazai n'était là que pour l'aider à se contrôler.
- Chûya … soupira-t-il en commençant à comprendre.
- Je lui ai fait promettre de te laisser partir et de ne jamais te faire du mal, si en échange j'acceptais de rester de mon plein grès à la Mafia et de le servir sans chercher à te recontacter.
Dazai avait reçu de nombreux coups dans sa vie de mafieux et de détective mais jamais aucun ne fut aussi intense et difficile à encaisser que celui que Chûya venait de lui provoquer. Il avait voulu le rejoindre … Puis il avait conclu un pacte avec Mori pour le protéger. Bon sang …
- Je mourrais d'envie de partir avec toi, Dazai, je te le jure dit le plus petit d'une voix tremblante. Tu n'as pas le droit d'en douter. Mais je n'aurais jamais supporté de te voir te faire massacrer parce que je n'aurais pas été fichu de faire le bon choix. Appelle ça de l'égoïsme si tu veux, mais c'est ainsi que je l'ai ressenti.
Le brun le fixa longuement en cherchant quelque chose à dire après une telle révélation. En vain. Toutes phrases lui venant à l'esprit lui paraissaient insipides et vides de sens comparé à ce que Chûya avait fait pour lui. Alors à l'instar de ce dernier soir qu'il avait passé ensemble, il vint prendre le visage de son ancien partenaire en coupe, avant de se pencher et de déposer pour la toute première fois, sa bouche contre la sienne. Il y insuffla tous ces sentiments puissants et intenses qu'il ressentait pour lui depuis tout ce temps et se ficha de l'air qui commençait à lui manquer, incapable de détacher ses lèvres de celle de l'homme qu'il aimait.
Chûya savait qu'il ne devrait pas se laisser aller. Mais il avait rêvé de cet échange depuis bien trop longtemps pour s'y refuser. Il s'accrocha au col du manteau de Dazai et se laissa porter par le rythme à la fois tendre et enflammé que ce dernier lui imposait.
Ce baiser n'était pas tant urgent par le désir ardent qu'ils n'avaient jamais cessé de ressentir l'un pour l'autre, mais plutôt désespéré à l'idée qu'il puisse s'agir du seul et unique qu'ils auraient l'occasion de partager. Ils craignaient une nouvelle séparation, un nouveau déchirement. Et ils ne le supporteraient pas.
Le manque d'oxygène les obligea à se séparer mais pas suffisamment pour que Dazai ne remarque pas les larmes qui brillaient dans les yeux de Chûya.
- Je suis désolé, murmura ce dernier. Je voulais te protéger, c'est tout ce que je voulais.
- C'est moi qui suis désolé. J'aurais dû comprendre, j'aurais dû aller te chercher, t'arracher à la pression de la Mafia et t'emmener loin de tout ça. J'aurais dû te protéger moi aussi …
La sonnerie du portable de Chûya se mit à sonner et les sortit de cette petite bulle de confort qu'ils commençaient à se créer. Le roux essuya le dessous de ses yeux et observa le numéro qui s'affichait sur l'écran.
- C'est Mori. Je dois y aller.
Mais Dazai l'empêcha de se relever en déposant une main sur son torse et lui prit le téléphone des mains, avant de décrocher.
- Mori, ça faisait longtemps, déclara-t-il.
- Dazai ... Ne me dit que tu décroches parce que tu n'as pas su t'occuper de ton partenaire correctement ? Tu sais combien Chûya est important pour moi.
- J'en ai conscience, oui. Important pour vos affaires, surtout. Mais vous savez quoi ? C'est terminé. J'en ai fini d'être raisonnable avec vous. Vous pouvez oublier l'idée d'avoir Chûya dans vos rangs. Prenez-vous-en à moi s'il le faut, mais vous pouvez rêver si vous imaginez que je le laisserais retourner dans vos rangs.
- J'en conclus que tu n'es pas aussi rancunier que tu devrais l'être. Il t'a tout de même abandonné.
- Non. C'est moi qui l'ai abandonné.
Il se déconcentra de l'appel pour regarder l'homme qu'il aimait, légèrement perturbé et inquiet par la façon dont Dazai s'en prenait au parrain.
- Et croyez bien que cela n'arrivera plus, lui assura le détective.
- C'est une déclaration de guerre ?
- Une menace, un avertissement, appelez ça comme vous voulez. Mais vous ne me l'enlèverez plus.
La voix de Dazai respirait le défi et dieu savait qu'il ne valait mieux pas répondre à ce genre de challenge de la part de cet ancien capitaine de la Mafia Portuaire.
- Ça se paiera Dazai, répondit le parrain. Peut-être pas tout de suite, mais sois certain que cela se paiera.
- J'attendrais alors.
Et il raccrocha avant de de ramper sur le lit, au-dessus de Chûya dont il vint réattaquer la bouche. Le plus petit peina à se détendre après un tel échange entre son partenaire et son patron.
- Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? lui demanda-t-il entre deux baisers.
- Je viens de retrouver une raison de vivre. Ne gâche pas tout avec ton pessimisme légendaire, s'il te plaît.
- Je ne suis pas pessimiste !
Dazai lui sourit en guise de réponse et replongea sur ses lèvres, d'ores et déjà addict à cette nouvelle drogue et qu'il comptait bien consommer jusqu'à la fin de sa vie. La Mafia et les problèmes qui s'en accompagnaient, pourraient attendre la fin de leurs dignes retrouvailles.
