N°14
PARTIE I
Gare abandonnée de Yokohama. 11h22.
Dazai soupira face à l'étendue déserte de la gare abandonnée qui se dressait devant lui. Qu'est-ce qu'il fichait ici ? Il aurait dû se trouver à la rivière, en train d'essayer de se noyer, pas dans cet endroit en ruines qui servait de refuge aux gangs et aux quelques sans-abris de la ville. Tout ça parce qu'il avait été le plus proche, c'était à lui de se coltiner tout le boulot.
« Ça ne peut pas attendre ! » avait déclaré Fukuzawa au téléphone.
Ce n'était sûrement qu'un canular de toute façon. Aucune organisation criminelle digne d'être prise au sérieux n'aurait idée de se retrouver dans une telle décharge. Les murs empestaient l'urine et le silence pesant était entrecoupé de quelques couinements de souris de passage. Merveilleux ... Si des malfrats se trouvaient bel et bien là comme l'avait laissé entendre le certain Monsieur Hideshi qui avait contacté l'Agence, Dazai ne devrait pas avoir de problème pour les trouver et les arrêter. Son envie de retourner vaquer à ses occupations boostait sa détermination à son paroxysme.
- Allez, qu'on en finisse.
Il s'enfonça davantage dans le bâtiment délabré et obscur. Les trous dans la toiture laissaient passer la lumière du jour par endroit et permettaient à Dazai de se repérer. Non pas qu'il en ait réellement besoin : il avait de bons yeux.
Il inspecta les recoins accessibles parmi les débris de bois et de pierres qui jonchaient le sol pendant une dizaine de minutes avant de bailler d'ennui face au manque d'action. Il n'y avait personne, c'était évident.
- Je rentre, décréta-t-il à voix haute.
Cependant, il se paralysa en sentant la lame d'un couteau poindre sous sa gorge. Son assaillant se trouvait derrière lui et pressait durement son arme aiguisée contre sa jugulaire.
Dazai aurait pu se sentir excité à l'idée d'être pris dans une telle embuscade, enjoué d'être si proche de cette mort qu'il désespérait tant de rencontrer. Mais en jetant un rapide coup d'œil vers la main de son tortionnaire, il expira toute sa déception. Une paire de gants en cuir.
- Quelle poisse ...
- Qu'est-ce que tu fous là, le maquereau ?
- Je savais que ça allait être une journée pourrie ... se plaignit Chûya.
- C'est bien ma veine. Je n'étais même pas censé me trouver ici, renchérit Dazai.
Ils marchaient côte à côté, à bonne distance l'un de l'autre tout en râlant à voix haute.
- Qu'est-ce que tu étais venu voir dans les parages de toute façon ? demanda le roux. Il n'y a rien qui puisse t'aider à te suicider par ici.
- La rivière, ma chère limace. L'eau est si claire et attrayante pendant l'été.
- Au temps pour moi, cracha le mafieux avec dédain.
Dazai laissa échapper un sourire face à la mine renfrogné du plus petit. Il adorait quand il faisait la tête. De sa moue, à ses yeux sombres en passant par la façon dont il croisait les bras sur son torse, tout le faisait craquer. Il se garda bien de lui dire et poursuivit sa marche dans la consigne de la gare.
- Ça me rappelle le bon vieux temps, osa-t-il lancer.
- Comment ça ?
- Toi, moi, en mission, tous les deux.
- Il n'y a pas de nous deux. Ce n'est pas parce que nos patrons respectifs nous ont commandé la même chose qu'on doit nécessairement la faire ensemble.
- Mais ce serait tellement plus amusant ...
- Bon sang !
Chûya s'arrêta brusquement de marcher et tenta de contenir sa colère, avant de se tourner vers son ancien partenaire.
- Arrête de ressasser notre passé commun comme si ce n'était qu'un souvenir parmi tant d'autres ! clama-t-il.
- Ce n'en est pas un ?
- Pas pour moi ! Pas après que tu sois parti comme un voleur !
- Tu aurais voulu que je reste ? Après ce qu'ils avaient fait à Oda ? Pour continuer à servir un homme que je n'ai jamais respecté ?
- Non, pas pour ça !
- Pour quoi alors ?
« Pour moi ! »
C'est ce que Chûya aurait sûrement hurler, si la chute d'un baril renversé n'avait pas résonné en écho dans tout le bâtiment. Lui et Dazai se retournèrent vivement revenant rapidement à leurs instincts de duo criminel.
- Eh merde ! lâcha Chûya.
Mori et Fukuzawa allaient les tuer s'ils apprenaient qu'ils avaient compromis la mission en se disputant. Même du temps de la mafia, ils avaient toujours su se montrer raisonnables pour réussir ...
Ils se dirigèrent à l'unisson vers la source du bruit, là où une silhouette commençait à prendre la fuite. Tous deux reprirent leurs habitudes du Double Noir comme si les quatre dernières années n'avaient jamais existé.
- Sur la droite !
Dazai sentit son cœur se réchauffer. Chûya utilisait leur code secret de l'époque. Jamais il n'aurait hurlé une telle information alors que leur proie se trouvait encore dans le bâtiment. En réalité, et dans leur langue à eux, cela signifiait que l'homme en fuite se trouvait devant lui, à environ 11h, sur une distance entre trois et six mètres. Et Dazai aurait sûrement suivi ces indications pour le rattraper si dans sa course, il n'était pas tombé sur quelque chose d'assez étonnant.
Il s'interrompit brusquement, le regard rivé sur le sol.
- Bordel, Dazai, qu'est-ce que tu fiches ?
Mais l'intéressé ne répondit pas. Et Chûya ne s'en énerva que davantage, car le temps qu'il avait pris pour regarder derrière lui, à la recherche de son ancien partenaire, avait été suffisant pour que l'inconnu puisse s'échapper.
Bien plus enclin à arracher la tête de Dazai qu'à continuer sa course-poursuite, Chûya frappa du pied contre un débris de bois et revint sur ses pas.
- Salopard, j'espère que tu as une bonne excuse pour ne pas ...
Mais à l'instar du brun, le petit mafieux se figea en découvrant ce sur quoi il était tombé. Au sol, et enveloppé d'une couverture en laine rouge, se trouvait un bébé.
Agence des Détectives Armés. 12h10.
- Laissez-moi résumer : vous, deux grands talents de vos catégories de détectives et de mafieux, et accessoirement le plus célèbre duo que le monde de la pègre n'ait jamais connu, vous avez laissé s'échapper un fugitif potentiellement dangereux parce que ... vous vous disputiez ?
La colère de Fukuzawa était immanquable, même avant qu'il vienne frapper du poing sur la table de son bureau. Mori, à ses côtés, paraissait davantage déçu qu'en colère, mais Chûya n'en restait pas moins effrayé. Qui sait quel genre de punition tordue pouvait traverser l'esprit du parrain à ce moment précis ?
A son grand étonnement même Dazai resta silencieux, conscient des fautes et des reproches de son patron. Pour qu'il en vienne à réclamer la présence de Mori à ses côtés, son ennemi juré, c'était que la situation était assez critique. Deux grands enfants, en train de se faire réprimander par leurs parents : quel tableau pitoyable.
- D'ailleurs, je serais curieux de savoir de quoi relevait votre dispute, lâcha Mori.
Si le petit se tendit à l'idée de répondre, le grand, lui, n'hésita pas une seule seconde.
- Chûya me faisait savoir combien ma décision de quitter la Mafia et de faire le bien autour de moi avait été une terrible erreur.
- Enfoiré, je n'ai jamais dit ça comment ça !
- C'est vrai ? Tu es si bas que je n'ai pas dû bien entendre.
- Et c'est reparti pour un tour ... soupira Mori en se grattant la nuque.
Ne voulant pas aggraver son cas, Chûya se retint d'envoyer son poing valser dans la figure de son ancien partenaire et se courba devant son patron.
- Veuillez me pardonner, cela ne se reproduira plus, dit-il.
- N'imaginez pas que de simples excuses suffiront à vous amnistier, relança Fukuzawa. Vous allez devoir payer pour votre erreur.
- Comment ? voulut savoir Dazai.
Quelqu'un vint frapper à la porte, empêchant le directeur d'Agence de répondre à la question de son employé. Il commanda au trouble-fête de rentrer et la seconde suivante, Yosano et Kenji pénétraient à leur tour dans le bureau.
- Comment se porte l'enfant ? demanda aussitôt Fukuzawa.
- Bien, répondit la médecin. C'est une petite fille et à première vue, je ne lui donnerai pas plus de trois mois. Elle était assez agitée pendant les examens, mais elle dort à présent.
- C'est déjà ça. Et toi, Kenji ? Tes recherches ont porté leurs fruits ?
- Pas vraiment, répondit le jeune détective. Personne n'a signalé de bébé disparu dans la région depuis plus de sept mois. A moins que l'enfant ne vienne de plus loin, on peut supposer que c'était un abandon volontaire.
- Ou que l'un de ses parents était la personne que Dazai et Chûya ont laissé fuir tout à l'heure, répliqua Fukuzawa d'un ton accusateur.
Le roux réprima un grognement. Inutile de le leur rabâcher toutes les cinq secondes. Ils savaient qu'ils avaient tout fait rater.
- En attendant d'en savoir plus, il faut bien que quelqu'un s'occupe de ce bébé, poursuivit Yosano. On ne peut décemment pas le laisser à l'Agence.
Chûya releva les yeux vers Mori et, comme il le craignait, à en juger par le rictus qui fendait le coin de son visage, il venait d'avoir une idée tordue.
- Ces deux-là vont s'en occuper, annonça-t-il en désignant les deux fautifs.
A l'instar de son ancien partenaire, Dazai resta silencieux quelques secondes avant de se laisser aller à exploser de rire.
- Nous occuper de cet enfant, elle est bien bonne celle-là ! Vous pouvez me faire confiance sur ce point. Chûya et moi, nous ne sommes clairement pas faits pour garder un bébé. Et pourtant, croyez-bien que ce n'est pas faute d'avoir essayé d'en faire un au cours de nos années dans la Mafia.
- DAZAI !
Chûya sentit son visage se vider toute ses couleurs, avant de virer rapidement rouge face à l'amusement de cet abruti de maquereau. Amener sur le tapis le fait qu'ils avaient été amants par le passé devant leurs patrons relevaient de la plus mesquine des provocations. Oui, ils avaient couché ensemble. De nombreuses fois. Et même si aucun d'eux ne l'admettrait jamais, c'était fantastique. Mais c'était révolu.
Le roux souffrait encore de ses souvenirs qu'il s'était plu à voir comme tendres et complices, avant le départ précipité de Dazai. À ce jour, il savait que son collègue l'avait utilisé comme un objet de plaisir seulement et le fait qu'il en parle aussi librement prouvait combien ces moments d'intimités n'avaient jamais compté pour lui.
Les deux patrons ne sourcillèrent même pas aux mots de Dazai, comme si cette révélation était aussi connue que la terre est ronde.
- Je suis d'accord avec Mori.
La déclaration de Fukuzawa glaça l'atmosphère. Non. Jamais il n'aurait pu prononcer ces mots, même sous la torture. Tout le monde le savait.
- Mais enfin, vous n'êtes pas sérieux ? s'énerva Chûya.
- Ce bébé et la personne que vous avez laissé fuir ont sûrement un lien, continua le patron de l'Agence. Votre faute, votre responsabilité. Jusqu'à ce que l'on retrouve les parents de cette gamine, considérez-vous comme ses tuteurs.
- Tous les deux ? redemanda Chûya, perplexe, en faisant aller et venir son index entre lui et la momie ambulante.
- Oui, répliqua Mori. Tous les deux.
L'ancien duo se regarda longuement comme si l'un en savait plus que l'autre sur cette mauvaise plaisanterie. En vain. Aucun ne comprenait réellement ce qui venait de leur tomber sur la tête. Et il était évident qu'ils n'avaient pas le moindre intérêt à contredire leur supérieur respectif, s'ils ne voulaient pas aggraver leur cas.
Dazai soupira en passant une main dans ses cheveux.
- Bon et bien, on n'a cas faire une sorte de garde alternée. Un jour chez toi, et un jour chez moi.
Mori étouffa un rire dans sa manche.
- Pardonnez-moi mais je crois que vous m'avez mal compris, déclara-t-il sans se départir de son sourire. Quand je dis « tous les deux », je veux dire : ensemble.
Après ces mots, même Yosano et Kenji eurent l'intelligence de quitter la pièce face à la colère bouillonnante de Chûya qui menaçait d'exploser à tout moment.
- Je refuse, déclara-t-il.
- Et moi aussi, annonça Dazai.
- Je doute que vous ayez le choix, soutint Fukuzawa. Cette colocation forcée vous apprendra peut-être à retravailler en équipe et à l'avenir, si des situations de ce genre se produisent, vous ne nous décevrez plus.
Il l'avait dit : le seul mot qui pouvait achever Dazai et Chûya dans leur fierté. Ils avaient mutuellement déçu leur patron et cela relevait déjà d'une immense punition. Il fallait qu'il se rattrape, c'était certain, et si pour cela ils devaient ... cohabiter, ils l'accepteraient.
D'un simple regard entendu, ils se mirent d'accord.
- Très bien, lâcha Dazai. De toute manière, ça ne devrait pas durer très longtemps. Personne ne peut rester éloigner de son enfant indéfiniment.
Appartement de Chûya Nakahara. 16h48.
- Dazai ! Je crois qu'elle fait quelque chose de bizarre ! Merde ! Qu'est-ce que je dois faire ?
L'intéressé accourut depuis le couloir, les vêtements débraillés à cause de l'effort dont il faisait preuve depuis près de quarante minutes. Il soupira d'exaspération face au spectacle qu'offraient sa limace et la petite sur le canapé du salon. Il tenait maladroitement le bébé entre ses mains, les bras étendus au possible comme par peur d'attraper un quelconque virus dont elle pourrait être infectée.
- Sérieusement ? Tu paniques pour ça ?
- Elle est bizarre, je te dis !
- Elle te sourit ! Ça n'a rien de bizarre !
Pour appuyer ses paroles, la petite gazouilla en souriant face à la mine défaite de Chûya.
- Pitié, dis-moi que tu as bientôt terminé, supplia-t-il.
- J'aurais déjà terminé, si tu voulais bien cesser de m'appeler toutes les cinq minutes pour des bêtises ! Bon sang, à vingt-deux ans, tu devrais être en mesure de t'occuper d'un bébé pendant une demi-heure quand même !
- Si c'est si facile, pourquoi tu ne le fais pas ?
- Parce que tu n'es pas foutu de savoir monter un lit !
- Toi non plus si j'en juges par l'état dans lequel tu es ! On dirait que tu reviens de la guerre !
Le bébé interrompit leur dispute en venant gigoter entre les mains de Chûya. Pas étonnant, étant donné cette position qui devait lui être très inconfortable.
- Est-ce que tu peux au moins faire l'effort de la prendre dans tes bras, au lieu de la tenir à un mètre de distance de ton visage ? soupira Dazai.
Le jeune mafieux émis un grognement énervé, mais finit par abdiquer. Il replia minutieusement ses bras pour venir envelopper l'enfant, laquelle se cala contre lui avec le plus grand naturel de ce monde.
- Elle n'a pas l'air sauvage, fit remarquer le suicidaire. C'est déjà ça.
- Veux-tu bien la fermer et finir de monter ce foutu lit ?
Dazai repartit à son bricolage et après un long quart d'heure de plus, il en avait terminé avec le meuble. C'est le temps qu'il fallut au bébé pour s'endormir contre Chûya. Ce dernier pris toutes les précautions du monde pour l'allonger sur le petit matelas sans la réveiller, heureux de se libérer du stress que c'était de l'avoir dans ses bras.
Ils ressortirent tous les deux de la chambre pour rejoindre le salon et se laissèrent tomber sur le canapé en s'autorisant un soupir de soulagement.
- Je ne vais pas pouvoir supporter ça très longtemps, avoua Chûya.
- Tu peux m'expliquer pourquoi tu avais un lit pour bébé dans ton appartement ? demanda Dazai en ignorant sa remarque.
Chûya se débarrassa de son chapeau et entreprit d'aller se servir un verre de vin dans sa cuisine ouverte.
- Parce qu'une famille vivait ici avant. Ils ont voulu déménager lorsque la femme est tombée enceinte de leur troisième enfant. Ils avaient hâte de vendre pour pouvoir trouver plus grand et comme je suis venu visiter l'appartement avec Kôyô, ils nous ont pris pour un couple. Alors au moment d'emménager, j'ai découvert qu'il avait laissé le lit de leur premier fils en guise de « remerciements » pour leur avoir permis de partir aussi vite.
Dazai lâcha un rire léger. Chûya, avec une femme, et qui plus est Kôyô, c'était inconcevable.
Le roux engloutit son verre d'alcool et se garda bien d'en proposer un à son nouveau colocataire.
- Je vais aller préparer la chambre d'ami, déclara-t-il en commençant à s'éloigner.
Mais il fut interrompu dans son élan, lorsque Dazai se plaqua contre son dos et entoura sa taille de ses longs bras bandés.
- La chambre d'ami ? Tu me vexes, ma limace. Je pensais qu'on avait dépassé ce stade depuis longtemps.
Avec taquinerie, il fit glisser sa langue sur le cou de Chûya et celui-ci frissonna d'excitation tout en essayant de se dégager de sa prise.
- Lâche-moi espèce d'abruti de maquereau !
- Allons, tu n'en as pas envie ? J'ai pourtant souvenir d'une période où nous ne pouvions littéralement pas nous détacher l'un de l'autre chaque fois que nous étions seuls dans une pièce.
- Justement ! C'est une période révolue ! Nous ne sommes plus amants depuis quatre ans ! Et ce simple fait aurait dû te retenir d'en parler à nos patrons !
- Tu es bien naïf mon Chûya si tu crois que notre entourage ne se doute de rien.
- Je me fous de ce qu'ils en pensent, contente-toi de me lâcher.
- Tu es sûr que c'est ce que tu veux ?
Bien sûr que non. La fraîcheur du corps de Dazai contre le sien était une sensation qu'il désespérait de redécouvrir depuis des années et la ressentir le submergeait de partout. Mais il ne pouvait pas se permettre de retomber dans ce schéma. Se remettre à coucher ensemble ne leur apporterait rien. Dazai se lasserait de nouveau et Chûya en souffrirait plus que de raison.
Il n'eut pas le loisir de l'envoyer se faire voir davantage que le brun l'obligeait à se retourner pour lui faire face. Il l'emprisonna contre lui, les mains ancrées sur ses hanches, avant de se pencher pour l'embrasser.
Bon sang, ce que cette sensation avait pu leur manquer à tous les deux. Jamais les baisers qu'ils avaient pu partager avec d'autres n'avaient eu un tel effet sur eux. Même après des années loin l'un de l'autre, leurs bouches retrouvèrent leurs marques et leurs corps s'enflammèrent.
Chûya pouvait faire mine de vouloir le repousser autant qu'il le voulait, à coup de mains plaquées contre le torse de son ancien partenaire ou de geignements de mécontentement, il ne pouvait pas nier la manière dont sa langue répondait au rythme imposé par celle de Dazai, ni la façon dont son corps se rapprochait instinctivement du sien.
Leurs esprits s'échauffèrent et même si Chûya s'efforçait de se rappeler combien s'était une mauvaise idée, ses mains se murent d'une volonté propre et il aida même Dazai lorsque ce dernier entrepris de les débarrasser de leurs hauts respectifs.
« Une fois. Rien qu'une fois, en souvenir du Double Noir d'antan. »
C'est ce que Chûya se répéta encore et encore à mesure que Dazai lui faisait perdre la tête à coup de baisers et de caresses toujours plus brûlantes. Et le roux se serait sans doute laisser happer dans les méandres infernaux de ce suicidaire insupportable ...
... si la petite ne s'était pas mise à pleurer à l'instant même où Dazai atteignait la boucle de sa ceinture.
Chûya revint tout de suite à la réalité, le souffle court et se détacha vivement de son ancien collègue.
- Sauvé par le gong, murmura-t-il.
Dazai ne manqua pas d'entendre sa remarque.
Chûya s'éloigna dans le couloir pour rejoindre la chambre improvisée de l'enfant, tout en passant une main dans ses cheveux. Il ne prit même pas la peine de regarder la réaction de Dazai derrière lui. Il se refusait à lui montrer son visage rougi et échauffé.
Cette colocation allait être compliquée.
À suivre ...
