N°17

PREMIÈRE PARTIE

Locaux de la Mafia Portuaire. 17h29

Chûya Nakahara traversa les couloirs menant au bureau de Mori avec l'air solennel et froid que tous les membres de la Mafia lui connaissait. Ses pieds s'enfonçaient dans la moquette chic et rougeoyante du bâtiment, et lui donnaient la sensation de s'y faire engloutir à mesure qu'il se rapprochait du bureau de son patron. Mori ne le convoquait que rarement, ce qui signifiait que, quelle que soit la demande qu'il allait lui formuler, c'était suffisamment important pour ne pas le faire par téléphone.

Il inspira vivement pour se charger d'un courage invisible et osa taper du poing contre la porte. Le jeune mafieux attendit l'approbation orale de Mori, avant de pénétrer dans la pièce. Comme c'était le cas, à raison de deux ou trois fois par mois, le parrain recevait des invités prestigieux qu'il accueillait avec tout le confort possible. Chûya ne fut donc pas surpris de découvrir quelques silhouettes installées aux côtés de Mori sur les divers canapés disposés dans la pièce. Seulement, il se figea en reconnaissant le visage d'un homme en particulier. Même si cela faisait des années, Chûya se souvint de lui comme si leur rencontre datait de la veille.

- William Archer, souffla-t-il.

Le patron du réseau que Dazai et lui avait démantelé sept ans plus tôt. Celui-là même qui leur avait valu le surnom de Double Noir. Ils avaient réduit à néant ses trafics, tué une grande partie de ses hommes et achevé toute sa fortune. Que faisait-il ici ? Après tout ce temps ... Et à boire le thé comme un convive de marque auprès de l'homme qui avait ordonné sa destruction quelques années auparavant ?

- Ravi de vous revoir, Monsieur Nakahara.

Son ton ne résonnait pas de haine, ni d'envie de vengeance. C'était une affirmation sincère, ce qui n'aida en rien Chûya à se détendre. À quoi jouait-il ? Le roux se tourna vers son patron d'en l'idée d'obtenir des réponses et Mori daigna enfin intervenir en reposant sa propre tasse de liquide fumant sur la table basse qui le séparait d'Archer et de ses hommes.

- Chûya, tu te souviens sans doute du Cercle ? Cette organisation contre laquelle nous œuvrions il y a quelques temps ?

- Bien entendu, répondit l'intéressé, toujours sur la méfiance.

- Monsieur Archer a tenu à nous rencontrer pour nous faire part de certaines ... revendications.

Chûya comprit. Mori était en position de faiblesse. Il avait sans doute accepté de recevoir Archer parce qu'il le pensait encore dans un état pitoyable après le démantèlement de son réseau. Mais sept ans s'étaient écoulés et contrairement à ce que Mori avait dû croire, Archer avait eu le temps de se refaire. Il était facile de le deviner d'après la carrure et le professionnalisme de ses nouveaux hommes de main, le costume sur mesure qu'il portait et la posture droite et la mine confiante qu'il arborait.

Même si l'attitude d'Archer ne libérait aucune forme d'animosité, cette rencontre sentait clairement les représailles.

- Votre partenaire n'est pas avec vous ? demanda soudain le chef du Cercle.

À cette question, pourtant simple, Chûya eut l'impression de sentir son cœur se déchirer. Il avait connu William Archer et sa clique avec Dazai, à une époque où il ne lui serait même jamais venu à l'esprit d'envisager l'avenir sans lui. Où il se croyait indissociable de ce maquereau suicidaire, bousilleur de bandages. Il lui manquait tellement ... À tel point qu'il en souffrait encore chaque fois que quelqu'un en faisait mention.

- Il a choisi d'explorer de nouveaux horizons, répondit-il après avoir ravalé le nœud dans sa gorge.

- Dommage. J'aurais bien aimé vous revoir tous les deux. Vous faisiez une sacrée équipe.

C'est ce que je croyais aussi ... eut envie de répliquer Chûya.

- Qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ? Pourquoi m'avoir fait venir ?

- Je crois qu'il est grand temps de revenir sur ce qu'il s'est passé il y a sept ans.

- Il n'y a rien à en dire, l'interrompit Chûya. Mon ancien partenaire et moi, nous avions des ordres. Vous représentiez une menace pour notre organisation, nous avons fait ce qu'il nous semblait nécessaire pour nous sécuriser.

Loin d'être intimidé par le côté autoritaire du jeune mafieux, William Archer lâcha un sourire convaincu comme un mentor fier de son élève.

- Je ne suis pas là pour remuer de douloureux souvenirs. Vous et votre parrain avez pu vous rendre compte de ma remontée. J'ai retrouvé ma gloire d'autrefois.

- Vous m'en voyez ravi.

- Chûya, le réprimanda Mori, le regard sévère.

Le roux se redressa et s'efforça de ravaler sa colère. Mais ramener Dazai sur le tapis était bien la dernière chose qu'Archer aurait dû faire. La douleur de son départ pourtant vieux de quatre ans fusait jusque dans ses veines et l'empêchait de réfléchir avant de parler. La simple présence de cet homme dans ce bureau lui rappelait sa vie passée d'avec Dazai et le rendait dingue.

- Ne soyez pas trop dur avec lui, Mori. Après tout, nous allons être amené à nous côtoyer plus que de raison, si Monsieur Nakahara accepte de se montrer coopératif.

- Comment ça ?

Mori baissa les yeux vers le sol et Chûya sut à ce simple geste que la tournure de la discussion n'allait pas lui plaire. Archer replia l'une de ses jambesd par-dessus la seconde et s'afficha fièrement sur ce canapé qui n'était pas le sien.

- Il se trouve que mes affaires ont mieux repris que je ne le croyais. Si bien que, sept ans après notre petit rapport de forces, je suis à la tête de l'organisation la plus puissante d'Angleterre.

- En quoi est-ce que cela me concerne ?

- J'ai désormais de quoi faire tomber la Mafia, en réponse au démantèlement que j'ai subi par votre faute en premier lieu. Oh, je dois bien avouer que l'idée d'être à nouveau confronté au Double Noir me faisait quelque peu frissonner, mais maintenant que je sais que ce duo si atypique n'est plus ... Je me sens beaucoup plus rassuré.

Chûya serra les poings. Que ce type mentionne encore une fois de Dazai et il doutait être capable de se contrôler. Il n'avait pas le droit de parler d'une époque dont il ne savait rien, de ce partenariat révolu ...

- Vous comptez vous venger, alors ? Et quoi ? C'est tout ?

- Non, je n'ai pas de talent particulier pour la rancune, annonça Archer.

- Alors qu'est-ce que vous attendez de moi ?

- Une alliance.

Chûya écarquilla les yeux et reporta son attention sur Mori. Mais le parrain évitait encore et toujours son regard, visiblement tout aussi réticent que lui à laisser Archer continuer son discours.

- La Mafia Portuaire est puissante, poursuivit l'homme. Et même si j'ai davantage de forces armées que vous, je préfère m'en faire un allié plutôt qu'un ennemi.

- Par quel moyen ? Un pacte de sang ? Un sacrifice humain ?

- Non, non, fit-il en riant légèrement. Rien de tout cela.

- Alors où est l'arnaque ?

William Archer fixa Mori comme pour savoir s'il souhaitait annoncer lui-même la nouvelle à son à son protéger. En vain. Le parrain resta silencieux, ce qui ne rassura en rien Chûya. Quoi que le leader du Cercle ait à lui proposer, Mori n'était visiblement pas d'accord avec. Il était piégé, coincé face à une organisation à la puissance plus grande que la sienne et en demande de réparation pour un conflit vieux de sept ans.

- Par le mariage.

Chûya crut s'étouffer sur sa propre langue. Il eut envie de rire, mais en voyant la mine très sérieuse d'Archer et celle décomposée de son patron, il comprit que cela n'avait rien d'une blague.

- Attendez, vous plaisantez, j'espère ?

- Pas du tout. Nous avons des valeurs et nous tenons à faire les choses correctement.

- Avec un mariage forcé ? Vous vous êtes cru au Moyen-Âge ?

- C'est un engagement sûr. Le meilleur élément de la Mafia Portuaire avec le meilleur élément du Cercle.

- Je refuse de ...

- Chûya, s'il te plait.

Jamais le jeune homme n'avait entendu une telle détresse dans la voix du parrain. Mori avait un fusil invisible collé à la tempe. William Archer avait renfloué son business au point de leur planter une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et Chûya était visiblement le seul à pouvoir apaiser les tensions de ce fou furieux qui, contrairement à ce qu'il laissait croire, était avide de vengeance.

- On n'a pas le choix, murmura Mori.

Et dans un sens, il avait sans doute raison. Car si Archer venait à se retournait contre eux, ce n'est pas seulement Mori qui en pâtirait. Akutagawa, Tachihara, Kôyô, Gin, Hirotsu, Higuchi, ils y passeraient tous, les uns après les autres.

Chûya ne le supporterait pas ...

- Vous feriez mieux d'écouter votre patron, lui conseilla Archer.

Le roux déglutit avec peine et eut du mal à masquer les tremblements de ses poings serrés.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

- Vous engagez auprès d'un membre du Cercle. Dans ce cas précis, Elizabeth. Ma propre fille. Il n'est pas de meilleur choix pour vous, vous verrez. Elle est magnifique.

Mais elle n'avait sans doute ni le sourire charmeur, ni les boucles brunes, ni le regard ambré, ni les tendances suicidaires du celui qui le hantait véritablement. Non ... Aussi magnifique pouvait être cette Elizabeth, elle n'était pas Dazai.


Deux mois plus tard ...

Appartement de Dazai Osamu. 22h46

Dazai profitait de son jeudi soir, affalé sur le canapé de son salon, face à un vieux polar français auquel il ne comprenait pas grand-chose. Pour autant, il ne changeait pas de chaîne. Cette langue l'apaisait. Elle lui rappelait Chûya. À l'époque de leur partenariat, il adorait le taquiner jusqu'à le faire jurer dans cette linguistique si douce et poétique.

Si Chûya était là, il pourrait lui expliquer si l'homme au cigare était un baron de la drogue, protagoniste du film ou un simple flic, personnage secondaire. Ou peut-être était-il le méchant ? Dazai n'en savait rien. Il ne parvenait pas à se concentrer.

Cette soirée marquait la cinquième année depuis qu'il avait quitté la Mafia Portuaire. Dans un sens, il se réjouissait de sa nouvelle vie à l'Agence, à faire le bien autour de lui et à sauver des âmes esseulées comme celle d'Atsushi. Mais le frisson et la dangerosité propre à son ancienne organisation lui manquaient parfois. Au même titre qu'un certain petit homme aux cheveux roux et aux yeux bleus à couper le souffle.

Il sursauta presque en entendant quelqu'un venir toquer à sa porte et se leva nonchalamment, le sourire aux lèvres. Il n'existait qu'une seule personne en ce monde qui connaissait son adresse et il s'extasia d'ores et déjà à la perspective d'une soirée en compagnie de son ancien partenaire. Enfin, une partie de lui. Chûya était forcément ivre pour passer outre sa fierté et venir sur le pas de sa porte.

Mais lorsque Dazai ouvrit, c'est un Chûya plutôt sobre et sérieux qu'il découvrit. Les yeux d'abord rivés au sol, le roux eut beaucoup de mal à regarder son hôte. Il redressa la bouteille de Pétrus qu'il tenait dans sa main et demanda :

- Tu as de quoi l'ouvrir ?

- ... Allez, rentre.

Une demi-heure et quelques gorgées de vin à même le goulot plus tard, Chûya était étendu sur le canapé de son ancien partenaire, la tête sur ses genoux. L'esprit légèrement engourdi par l'alcool, il ne se souciait que peu de cette position. Au contraire, il se détendait sans mal sous les caresses légères que Dazai osait prodiguer à ses cheveux roux éparpillés sur ses cuisses. Pour le moment, tout ce que Chûya voulait, c'était oublié. Oublié la Mafia et la soi-disant haine qu'il ressentait pour Dazai. Le lendemain matin, il pourrait le détester à nouveau. Mais pour le moment, il appréciait la fraîcheur de ses doigts contre son cuir chevelu et la brûlure de l'alcool contre les parois de sa gorge.

- Tu veux en parler ? lui demanda Dazai.

- Non.

- Très bien. Mais si tu ne me parles pas, je n'ai pas de raison de parler non plus. Et si je ne parle pas, je vais chanter. Et si je chante ...

- Ça va, ça va. J'ai compris.

Il se redressa légèrement pour boire une dernière gorgée et déposa la bouteille sur la table basse. Pour autant, il vint rapidement reposer la tête sur les genoux du suicidaire et plongea ses yeux sur le plafond. Il soupira longuement, en essayant de faire abstraction de l'angoisse qui lui broyait les entrailles.

- Je vais me marier.

- Tu me touches, ma limace. Mais si on se faisait un restaurant avant, plutôt ?

- Je suis très sérieux, Dazai.

Le brun cessa de sourire en comprenant combien la situation de se prêtait pas à la plaisanterie. Il se redressa à son tour et pencha la tête vers son acolyte. Il posa deux doigts sous son menton et l'obligea à le regarder dans les yeux.

- Chûya, de quoi est-ce que tu parles ?

- ... Tu te souviens de William Archer ?

Évidemment qu'il s'en souvenait.

La nuit du démantèlement restait l'un de ses meilleurs souvenirs de la Mafia. Elle marquait le début du Double Noir, pas seulement en tant que nom, mais en tant que duo véritable. Car c'est ce soir-là que Chûya avait osé user de sa Corruption pour la première fois. Cela avait été la plus belle preuve de confiance que Dazai aurait pu espérer obtenir de sa part.

À côté de cela, il avait aussi réentendu parler de William Archer de la bouche de Fukuzawa, quelques mois plus tôt. L'homme avait, parait-il, remonté la pente après avoir disparu de la circulation pendant sept ans, et travaillait désormais dans un business des plus tordus. Basé en Angleterre, c'était malheureusement un cas qui n'était pas du ressort de l'Agence.

- Bien sûr, répondit-il simplement.

- Il est venu à la Mafia, il y a quelques semaines, déclara Chûya.

- Qu'est-ce qu'il voulait ?

- Faire l'étalage de sa toute nouvelle puissance, en majeure partie.

Chûya s'interrompit et Dazai sentit l'angoisse du plus petit comme si c'était la sienne. Cette conversation commença à lui faire peur.

- Il a menacé de détruire la Mafia si je n'acceptais pas sa proposition d'alliance, avoua le roux.

- Attends, attends. Il veut faire ça ... par le mariage ?

- Plutôt ironique comme situation, non ?

Tous les sens de Dazai s'alarmèrent face à cette nouvelle. Chûya n'avait sans doute pas la moindre idée de la gravité de la situation, du tranchant qu'avait le couteau que William Archer avait placé sous sa gorge avec cette demande.

- Sa propre fille, tu te rends compte ? poursuivit le mafieux. Une certaine Elizabeth. Magnifique, pour autant que je sache. Je ne l'ai encore jamais vue.

Il rit sans joie.

- Ce n'est peut-être pas si grave au fond, continua-t-il. Ce n'est qu'une formalité, un bout de papier. Il n'a pas spécifié que je doive quitter le Japon pour aller vivre en Angleterre alors ... Peut-être qu'on se ne verra qu'à raison d'une ou deux fois par an, elle et moi.

- Tu ne comprends pas, soupira Dazai en proie à la panique.

Chûya se releva en position assise et observa son ancien partenaire sans comprendre.

- Eh. Tu n'as pas le droit d'avoir l'air malheureux. Ce n'est pas toi qui vas finir enchaîné à une personne dont tu ne sais rien pour la survie de ton organisation.

- William Archer n'attend pas qu'un simple mariage de cette alliance.

- Bon sang, mais qu'est-ce que tu en sais ?

- Est-ce que tu as seulement la moindre idée de comment il en est venu à récupérer sa fortune d'antan ?

Chûya pesa la question quelques secondes. Le trafic de drogues était la marque de fabrique d'Archer à l'époque du Double Noir. Le jeune mafieux n'avait jamais réfléchi au fait qu'il ait pu se plonger dans un autre business que celui-ci.

- Qu'est-ce que tu ne me dis pas, Dazai ?

Le brun passa une main furtive dans ses cheveux. Chûya était bien l'un des rares, si ce n'est le seul, à savoir que ce geste était signe de stress ultime chez le suicidaire. Il n'était que peu de fois où il l'avait vu dans un tel état, preuve que la situation était plus grave qu'il ne l'aurait imaginé.

- Fukuzawa m'a parlé du retour d'Archer au Japon, il y a plusieurs mois déjà. Après sa déchéance d'il y a sept ans, il le pensait revenu à une vie tranquille et simplement en visite, donc il n'y avait pas tant lieu de s'inquiéter de sa présence. Ce n'est que lorsqu'il est reparti pour l'Angleterre que nos informateurs du Département nous ont appris ses nouvelles manigances.

- Lesquelles ? demanda Chûya, à bout de patience.

- Il était reparti en Europe, ce n'était plus de notre ressort, cela ne nous concernait pas, soupira Dazai plus pour lui-même que pour son ex-coéquipier.

- Bordel, tu vas me dire ce qu'il se passe enfin ?

Le détective releva enfin la tête vers Chûya et examina chaque trait de son visage avant d'oser lui répondre.

- Il fait dans les expériences et le trafic de supers-pouvoirs.

Chûya resta coi face à cette révélation. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?

- Comme un genre de ... trafic d'esclave ?

- Un peu. Il vend des jeunes aux capacités surnaturelles aux grands noms d'Europe pour les mettre à leur service.

- Quel rapport avec le mariage ?

Dazai le fixa longuement, comme si la réponse à cette question se trouvait dans ses yeux. Et peut-être que c'était le cas. Car rien qu'en le regardant, Chûya comprit et en eut l'estomac retourné.

- Tu as parlé d'expériences ... murmura-t-il.

- Elisabeth Archer est la plus grande des manipulatrices de temps que le monde n'ait jamais connu, expliqua Dazai. Et toi ...

- Et moi le plus grand des manipulateurs de gravité ...

Chûya eut une soudaine envie de vomir. Contrôler le temps et l'espace, serait le plus grand don que ce monde ait jamais connu.

- Il veut qu'on ait des enfants, comprit-il. Pour créer des combinaisons de pouvoirs.

- Et pouvoir les revendre à prix d'or aux plus offrants. Les détenteurs de pouvoirs sont la nouvelle arme de ce monde. Plus puissante sera la prochaine génération, mieux Archer aura atteint son but et ...

Le roux leva une main pour faire signe à Dazai de se taire. Il ne voulait pas en entendre davantage. C'était déjà bien plus qu'il ne pouvait le supporter. Il n'avait pas seulement été forcé de se fiancer à une femme dont il ne savait rien, tout en étant amoureux d'un autre. Non, il avait été traité comme un objet, du bétail dont le corps n'était rien de plus qu'une machine à produire allez savoir ce qu'Archer et son cerveau de tordu voulaient.

Il n'était effectivement par rare, de ce qu'il en savait, que des enfants héritent de la combinaison de pouvoirs de leurs parents. Cela les rendait d'autant plus dangereux que la moyenne, mais en général, ils étaient pris en charge suffisamment tôt et le gouvernement veillait à la bonne tenue de ces quelques cas.

Mais ce n'était pas la vie que Chûya voulait mener. En dehors du fait qu'il ne se voyait absolument pas procréer avec cette Elisabeth, ou une quelconque autre femme, il n'accepterait jamais le fait qu'on lui retire son enfant pour le vendre à dieu seul sait quel pervers.

L'air vint à lui manquer. Il était en pleine crise de panique et il lui était de plus en plus difficile de respirer.

- Chûya, calme-toi. Respire.

Impossible. L'avenir obscure que William Archer lui avait prévu défilait sous ses yeux comme un mauvais film apocalyptique, l'empêchant de se détendre. Et au fond, peut-être était-ce mieux de mourir étouffé que de vivre ce cauchemar.

Mais le destin en décida autrement, lorsque Dazai vint l'envelopper de ses bras pour le serrer contre lui. Son corps était frais et puissant et la douceur de son souffle contre sa peau, lui redonna un semblant d'oxygène, comme s'il lui avait insufflé un regain d'énergie.

D'abord figé sous la surprise, puis se refusant à bouger par simple fierté, Chûya finit par s'abandonner à ce contact dont il avait secrètement envie depuis des années. Il s'accrocha à Dazai comme à sa dernière parcelle de vie. Assez ironique pour un suicidaire ?

- Je ne peux pas, murmura-t-il en le regardant dans les yeux. Je ne veux pas de cette vie.

- Ça va aller, je te promets de tout faire pour te sortir de cette situation.

- Et quel pouvoir est-ce que tu peux bien prétendre avoir pour ça ?

- Je n'en sais rien. Mais moi, vivant, je te jure que tu n'épouseras pas cette femme.

- Vivant ? répéta Chûya dans un rire jaune. Mais pour combien de temps encore ?

- Tant que tu auras besoin de moi.

Il ne s'attendait certainement pas à cette réponse de la part de son ancien collègue. Mais il le connaissait suffisamment pour savoir qu'il était tout ce qu'il y a de plus sincère.

Pour appuyer ses mots, Dazai déposa son front contre le sien.

- Pour quelle autre raison serais-je encore là, sinon ?

À suivre ...