N°17
DEUXIÈME PARTIE
Agence des Détectives Armés. 08h29.
- Je suis désolé, Dazai. Mais c'est non.
Le brun sentit ses bras tendus se mettre à trembler. Pas une seule seconde, il n'avait pu envisager que Fukuzawa puisse refuser. Pour lui, il était évident qu'ils devaient agir, que cette situation les concernait au moins autant que la Mafia Portuaire. Mais dans la logique des choses, c'était loin d'être le cas. À part Dazai, aucun membre de l'Agence n'était impliqué de près ou de loin à cette histoire et la sécurité de la ville et de ses habitants n'étant nullement en danger, les détectives armés n'avaient pas la moindre raison de s'y mêler.
Pourtant, Dazai n'en démordait pas.
- Alors, il faut rester là ? Sans rien faire ?
- Nous avons contacté nos collègues de France, d'Angleterre et de Russie, pour les prévenir. De ce que l'on en sait, ce sont les territoires principalement touchés par le commerce d'Archer. Mais ce qu'il trafique en dehors du Japon, n'est pas de notre juridiction.
- Il est en lien direct pour notre pays, au contraire ! Si Chûya et cette Elizabeth vont au bout de ses plans tordus, ils seront rapidement parents de l'être le plus puissant que cette Terre n'ait jamais portée ! Lequel sera revendu au plus offrant et probablement utilisé à des fins criminelles ! Vous comptez attendre qu'il soit trop tard pour agir ?
Jamais Dazai ne se serait permis de parler ainsi à son patron si la situation ne lui avait pas paru aussi critique. Il sentait la panique bouillir un peu plus dans ses veines, à mesure qu'il se savait en train de perdre l'avantage.
Fukuzawa comprenait la détresse de son employé et contrairement à ce que Dazai devait penser, lui octroyer un refus était loin de le réjouir. Il aurait aimé pouvoir lui répondre par la positive et l'aider, mais il y avait bien trop de risques inutiles adjacents pour cela.
- Je ne peux pas commander à Yosano, Kunikida, Ranpo et les autres, de s'engager dans un combat qui n'a même pas commencé, et encore moins pour un membre de la Mafia Portuaire, expliqua-t-il calmement.
- Mais ce n'est pas qu'un simple mafieux ! Il est mon ...
Dazai s'interrompit de lui-même, en prenant conscience de ce qu'il allait dire. Rien. Chûya n'était plus rien pour lui. Du moins, officiellement. Plus aucun titre quel qu'il soit, ne les reliait l'un à l'autre depuis plus de quatre ans. Ami ? Collègue ? En réalité, c'est à peine s'ils pouvaient se considérer comme ennemis. Mais ça, ce n'était qu'en apparence.
À l'intérieur, Dazai brûlait de sentiments contradictoires pour son petit porte-chapeau. Et quoi qu'en pensait leur entourage, ou même Chûya lui-même, le détective ne l'avait jamais complétement abandonné.
- Il est mon partenaire, termina-t-il.
Et alors, pour ce qui sembla être la première fois aux yeux de Dazai, Fukuzawa esquissa un léger sourire.
- Alors, je ne m'en fais pas pour lui, déclara le patron de l'Agence. Tu trouveras un moyen de le sauver. Avec ou sans notre intervention. Après tout, le Double Noir n'a jamais eu besoin de personne d'autre que de lui-même pour s'en sortir, je me trompe ?
Dazai devait bien lui accorder cela. Son patron avait raison. Il n'était pas de duo plus débrouillard que celui qu'il formait autrefois avec Chûya. Seulement, après quatre ans de séparation, étaient-ils toujours aussi indestructibles ? Les choses avaient forcément changé, et pourtant, le détective se refusait à imaginer qu'il ne pouvait rien faire pour sauver son ancien coéquipier. Il était prêt à tout pour le sortir de cette impasse, qu'il y laisse sa peau ou pas.
Mais Fukuzawa était aussi juste sur ce point : c'était une affaire qu'il devait régler sans y mêler ses collègues de l'Agence. William Archer était quelqu'un de suffisamment dangereux pour s'en prendre à eux, s'ils s'impliquaient d'une quelconque manière au sabotage de son plan diabolique.
- Au fond, je suis sûr que tu as déjà réfléchi à un moyen de le sauver, dit Fukuzawa.
- Effectivement ... Mais je crains que cela ne le rebute davantage que l'idée d'accepter ce mariage arrangé.
- Alors à toi de te montrer convaincant.
C'était ce qu'il allait faire. Le mariage de Chûya était prévu six jours plus tard et il n'y avait plus aucune minute à perdre. Que le petit mafieux roux soit d'accord avec la proposition de Dazai ou non, c'était sans doute la seule solution pour l'épargner de ce plan tordu.
Le détective s'efforça de relativiser, comme il le faisait toujours pour masquer les apparences et se pencha respectueusement vers Fukuzawa.
- Merci pour vos conseils, patron. Mais si vous le permettez, j'aurais tout de même un petit service à vous demander.
- Je t'écoute.
- Est-ce que vous pourriez contacter votre ami français qui est venu vous rendre visite à l'Agence, il y a un an ? Monsieur Verne, je crois.
- Jules ? Oui, j'imagine que je peux l'appeler. Pourquoi ?
- Je vais avoir besoin de son pouvoir.
Deux jours plus tard.
Ruelle de Yokohama. 00h37.
Chûya se dandinait nerveusement d'un pied sur l'autre en pestant contre le manque de ponctualité légendaire de Dazai. Minuit trente ce n'était pas minuit trente et sept minutes, encore moins lorsque le rendez-vous était programmé dans une ruelle sombre de la ville, à une heure où la majorité des habitants étaient encore endormis.
Mais le jeune mafieux devait le reconnaître, le retard de Dazai n'était qu'un prétexte au défoulement dont il avait désespérément besoin. Son mariage arrangé aurait lieu quatre jours plus tard, et il n'était pas davantage prêt à cela que deux mois auparavant, lorsqu'Archer était venu lui commander de prendre la main de sa fille. Il mourrait d'angoisse à chaque seconde qui le rapprochait de cette cérémonie et il était bien mal venu, même de sa part, de se servir de Dazai et de ses défauts comme d'un punching-ball, face à sa propre incompétence. S'il en avait le courage seulement, il quitterait la Mafia Portuaire pour se sortir de cette affaire. Mais au-delà d'une question de bravoure, ce serait également l'acte le plus égoïste du monde. Une menace silencieuse planait dangereusement au-dessus de la tête de Kôyô, Akutagawa, Gin, Tachihara et toutes ces autres personnes auxquels Chûya tenait terriblement. C'était la mort assurée pour chacun d'eux, s'il lui prenait l'envie de jouer les déserteurs et il préférait encore passer le reste de sa vie enchaîné à une femme qu'il n'aimerait jamais, plutôt que de se voir priver de sa seule famille.
Il commençait à se faire à l'idée. Il n'avait pas le choix, il ne croyait que très moyennement au fait que Dazai ait trouvé une solution miracle à son problème, comme il l'avait prétendu par téléphone. Chûya n'avait eu qu'à entendre le léger soubresaut dans sa voix au moment de l'annonce pour savoir que ce qu'il avait prévu, n'avait rien de miraculeux. Mais par souci de garder espoir, le petit roux avait accepter discuter de ce plan avec son ancien partenaire. Enfin, ils en discuteraient seulement si ce dernier se décidait à arriver.
- Chûya !
Enfin, il se montrait. Même s'il chercha par tous les moyens à le masquer, le mafieux fut soulagé de voir ce maquereau suicidaire débarquer. Depuis son départ impromptu de la Mafia, Chûya avait une forte peur de l'abandon, et cela se traduisait jusque dans les quelques minutes de retard d'un simple rendez-vous.
- Tu as vu l'heure ? s'énerva-t-il plus pour se décharger d'un poids que par envie de crier.
- Désolé ma limace, mais j'attendais quelqu'un.
Chûya fronça les sourcils, avant de réaliser que Dazai n'était pas venu seul. Derrière lui, un homme au look un peu débraillé, de l'âge de Mori, sans doute, se tenait à moitié endormi.
- Pardonnez mon retard, monsieur Nakahara, s'excusa l'inconnu. Mais en France, il est à peine huit heures du matin et j'avoue ne pas avoir entendu tout de suite le réveil que j'avais programmé sur ma table de chevet.
- De chez vous ? En France ? Mais ...
Cela signifiait donc que cet homme se trouvait encore à son domicile quelques minutes plus tôt ? Le petit roux avait beau faire tous les calculs du monde, il était pratiquement sûr qu'aucune personne normalement constituée ne pouvait passer de l'Europe à l'Asie en si peu de temps. À moins que ...
- Chûya, je te présente, Jules Verne, déclara Dazai. C'est un ami de Fukuzawa.
- Ravi, répliqua simplement Chûya sans vraiment comprendre.
- Pareillement. Mais si vous voulez bien m'excuser, j'aimerais retourner dormir, alors si on pouvait faire ça rapidement.
- Faites, lança joyeusement Dazai. Plus vite on y est, plus vite cette histoire sera derrière nous. On se retrouve dans vingt-quatre heures, comme convenu. Et ne soyez pas en retard cette fois.
- Je ferai de mon mieux.
Sans même prendre la peine d'expliquer les choses à son compagnon du moment, Dazai prit la main de Chûya dans la sienne et lui offrit un sourire aussi peu crédible que rassurant. Le mafieux se sentit nerveux.
- Dazai, c'est quoi ce délire ?
- Tu as confiance en moi ?
- Pas du tout.
C'était terriblement faux. Mais à question stupide, réponse stupide. Évidemment qu'il lui faisait confiance, autrement il ne lui aurait même pas parlé de cette histoire de mariage. Et à en juger par le regard presque tendre que Dazai lui lança, il le savait parfaitement.
À cet instant précis, ledit Jules Verne fit tout l'étalage de son pouvoir baptisé « Le tour du monde en 80 jours », et ouvrit un étrange portail teinté de couleurs vives et attrayantes.
- On part en voyage de noces, déclara soudainement le détective.
- Bordel, qu'est-ce que tu racontes ?
Mais comme Chûya aurait pu s'en douter, Dazai se garda bien de lui répondre et se contenta de l'entraîner à l'intérieur du portail.
Centre-ville de Copenhague. 08h12.
- Le Danemark ? Est-ce que tu te fous de moi ?
- Baisse d'un ton, ma limace. Je ne suis pas certain que les Danois apprécient d'entendre un petit japonais leur hurler dans les oreilles de si bon matin.
- Je suis parfaitement calme !
Enfin, c'était ce qu'il s'évertuait à se répéter comme par espoir que cela devienne vrai. Mais en réalité, il était complétement perdu. Que faisaient-ils ici tous les deux ? Pourquoi Dazai avait commandé à ce fameux Jules Verne d'user de son pouvoir téléportation pour les faire atterrir en Europe ? En quoi est-ce que cela allait régler ses problèmes ? Tout autant de questions auxquelles Dazai refusait de répondre.
Ils déambulaient dans le centre-ville de Copenhague depuis près de vingt minutes et les rues s'éveillaient doucement, au son des transports en commun, des travailleurs en chemin vers le boulot et aux cloches des magasins qui commençaient à ouvrir.
- Ah ! C'est là ! déclara soudain Dazai.
- Là, quoi ?
Mais à l'instar de ses premières interrogations, il n'obtint que le silence. Déjà le détective s'était élancé vers une boutique que la commerçante venait à peine de déverrouiller. Pauvre femme. Avoir Dazai en guise de premier client était bien la dernière façon dont il fallait commencer une journée.
Chûya le suivit malgré lui, ne sachant pas réellement quoi faire d'autre et réalisa, une fois devant la façade, qu'il s'agissait d'une bijouterie. Mais que pouvait-il ficher là-dedans ? Par curiosité et agacement, le manipulateur de gravité pénétra à son tour à l'intérieur et retrouva son camarade de voyage penché sur l'une des vitrines, les yeux rivés sur des ...
Attendez.
- Dazai, qu'est-ce que tu ... ?
- Ah, mon amour ! Viens, je pense avoir trouvé ce qu'il nous faut !
Chûya se sentit honteusement rougir en entendant ce surnom sorti de nulle part et se demanda un instant si Dazai ne parlait pas à quelqu'un d'autre. La probabilité qu'il soit juste devenu complètement fou était tout de fois plus plausible.
Sous la surprise, Chûya peina à s'exécuter et rejoignit Dazai à pas lent et mal assuré, une boule de nœud coincée dans la gorge. Il ne le lâcha pas des yeux tout du long, comme si son visage comportait les réponses à ses questions. Mais le brun restait impénétrable et se contentait de sourire avec légèreté.
Arrivé à hauteur de son ancien partenaire, Chûya le sentit passer un bras possessif autour de sa taille. Un frisson le parcourut du haut de sa colonne vertébrale jusqu'au bout de ses orteils. À quoi jouait cet abruti de maquereau ?
- Qu'est-ce que tu en penses ? lui demanda Dazai.
Chûya baissa les yeux sur l'objet de sa question et il sentit son visage s'enflammer davantage en comprenant qu'il ne s'était pas trompé lors de son premier coup d'œil. C'était bien des alliances qui reposaient dans un écrin, posé sur la vitrine. Deux anneaux en argent aussi simples qu'élégants.
Face à son silence, Dazai resserra sa prise autour de sa taille et déposa un baiser inattendu sur le haut de son crâne.
- Veuillez l'excuser, déclara-t-il à l'intention de la vendeuse. C'est sûrement l'émotion.
- Je comprends tout à fait, répondit-elle. Pour quand aura lieu la cérémonie ?
- Oh non, il n'y aura rien de tout cela. Rien que les formalités à l'hôtel de ville en fin de matinée.
- La discrétion a son charme, elle aussi, reconnut la jeune femme.
Toujours immobile, c'est à peine si Chûya entendait leur conversation, les yeux rivés sur ces anneaux métallisés. Que se passait-il ? Il eut du mal à retrouver sa concentration, alors que Dazai prenait son menton entre ses doigts pour l'obliger à se tourner vers lui.
- Alors, ils te plaisent ? lui demanda-t-il.
Ce fut ensuite dans les yeux de Dazai que Chûya se perdit. Ces derniers, sombres et intenses, semblaient lui commander de jouer le jeu, de lui faire confiance. Car c'était à ce point qu'ils se comprenaient : en un regard seulement.
Mais toujours incapable de prononcer le moindre mot, le mafieux se contenta de hocher fébrilement la tête. Ce à quoi Dazai lui sourit.
- Parfait.
- Je suis désolé, s'excusa Dazai. Mais c'est la seule solution que j'ai trouvée.
Chûya aurait sans doute été choqué de l'entendre formuler des excuses, s'il n'était pas déjà abasourdi par toutes les explications que venait enfin de lui fournir son compagnon de route.
Assis à la sortie d'un parc en attendant l'heure fatidique, Chûya faisait tournoyer l'écrin comportant les deux alliances entre ses doigts.
- Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit avant ? osa-t-il demandé.
- Parce que je savais que tu refuserais.
- Tu ne savais rien du tout, hacha-t-il entre ses dents.
- Peux-tu me dire honnêtement que tu aurais accepté ? De te retrouver enchaîner à moi plutôt qu'à cette Elizabeth ? À un maquereau suicidaire et insupportable plutôt qu'à une riche et magnifique héritière ?
- Évidemment que je t'aurais choisi, abruti !
C'était une déclaration équivoque, mais tous deux choisirent de ne pas y prêter attention. Ce n'était pas vraiment le moment.
Un silence lourd s'installa entre eux.
- Tu crois vraiment que ce sera suffisant ?
- Bien sûr. Tu ne pourras jamais épouser Elizabeth, si aux yeux de la loi, tu es déjà marié à quelqu'un d'autre.
- Il s'agit d'un mariage entre deux hommes. Il ne sera pas reconnu au Japon.
- Au Japon, non. Mais en Angleterre, si. C'est le territoire d'Archer et de ses affaires. D'une part, cela rendra ton mariage avec Elizabeth impossible et puis quelle réputation se ferait son père si ses clients venaient à apprendre que son beau-fils est déjà uni à quelqu'un d'autre ? Quand bien même, toi et Elizabeth auriez un enfant, leurs valeurs le considéreraient comme illégitime. Un bâtard serait vu comme un produit défectueux au milieu d'un trafic comme le sien, aussi puissant puisse-t-il être.
Il n'avait pas tort. Du peu qu'il en avait appris sur Archer depuis leurs retrouvailles, il était du genre à faire les choses bien. Et un bébé né hors mariage était sans doute la dernière chose qu'il voulait.
- Pourquoi le Danemark ? voulut savoir Chûya.
Dazai mit quelques temps à répondre, comme s'il cherchait une bonne façon de formuler ses pensées.
- Parce qu'une fois qu'Archer aura été mis au pied du mur, la législation de ce pays nous permettra de divorcer en seulement quelques signatures de bouts de papier. Et tu seras à nouveau libre.
Sans qu'il ne sache réellement pourquoi les paroles de Dazai n'eurent pas vraiment l'effet salvateur que Chûya attendait. Et s'il ne voulait pas être libre ? Si retrouvé son ancien partenaire était la seule forme d'attache qu'il n'ait jamais recherché dans sa vie ?
- Alors, c'est aussi simple que ça ? On passe par une mairie européenne et on revient en balançant l'acte de mariage à la face d'Archer ?
- En gros, oui.
- Et s'il voit cela comme une provocation et décide de réduire la Mafia à néant ?
- Il ne le fera pas. Cette menace n'avait lieu d'être que pour te forcer à épouser sa fille. Il te l'a dit, il voulait une alliance, plus qu'un ennemi. Archer n'a aucun intérêt à détruire la Mafia, si ce n'est pour se venger de notre parade. Mais il a une réputation à tenir, un commerce discret à faire fleurir. Qu'il réduise à néant l'organisation criminelle la plus dangereuse du Japon et c'est sur lui que les caméras se pencheront. Et je doute que ce soit ce qu'il attend.
Dazai n'avait pas spécialement tort. Et de toute manière, c'était bien là leur seul et unique plan. À si peu de temps de la cérémonie, il était trop tard pour espérer trouver autre chose. Et puis, ce n'était l'affaire que de quelques jours ? Et si par malheur, William Archer décidait de leur faire payer cet affront, alors ils n'auraient d'autre choix que de se battre.
Suite à ces réflexions, Chûya s'efforça de se détendre et tourna la tête vers Dazai.
- Tu comptes me faire une véritable demande ou est-ce que tu vas jouer les égoïstes jusqu'au bout ? plaisanta-t-il.
- Les demandes sont pour ceux qui ne sont pas sûr de la réponse qu'ils obtiendront.
- Tu es bien présomptueux.
- Allons, ma limace, tu sais bien que personne d'autre que moi ne serait capable de te supporter.
- Et l'inverse est tout aussi vrai.
- C'est bien pour ça que personne n'osera remettre en cause ce mariage pourtant monté de toute pièce.
Dazai le gratifia d'un clin d'œil et alors, l'horloge de la place se mit à sonner. Il était l'heure pour eux de se rendre à ce fameux rendez-vous que le détective avait pris soin de programmer tout de suite après avoir quitté le bureau de Fukuzawa.
Il se leva et tendit la main vers son ancien partenaire.
- Si vous voulais bien me suivre, Monsieur Nakahara, nous avons un mariage à célébrer.
Hôtel de ville de Copenhague. 11h39.
Le Danemark méritait parfaitement sa réputation de Las Vegas européen. Le discours des représentants municipaux était concis et précis sans être ennuyeux et ne faisait que rappeler les fondamentaux du mariage.
Dazai fit mine d'être grandement intéressé tout du long, tout en se tenant à distance respectable de Chûya, pour ne pas jouer les fiancés trop enjoués. Le mafieux lui, ne parvenait pas à détacher son regard de ce type aussi grand que farfelu, et le pire, c'est qu'il n'était même pas question de jouer la comédie. Il n'arrivait toujours pas à se dire qu'il était ici, aux côtés de cet homme qu'il aimait depuis six ans, pour un faux mariage censé le libérer d'un pacte avec le Diable.
- Je sais que vous nous avez confié être pressés, mais souhaitez-vous échanger des vœux ? demanda l'un des conseillers.
- Non, ce ne sera pas nécessaire, nous ...
- Si, l'interrompit Chûya. Pour tout avouer, j'aimerais dire quelques mots.
Dazai fut dans l'incapacité de masquer sa surprise et Chûya se sentit de nouveau rougir. Il avait réagi sans doute trop vivement mais c'était la seule occasion qu'il aurait de lui dire ce qu'il avait sur le cœur sans craindre que Dazai ne se moque de lui. Du moins, il ne le ferait pas en public alors qu'ils devaient tous les deux maintenir les apparences. Cette saleté de maquereau aurait tout le loisir de se ficher de son discours une fois qu'ils seraient seuls tous les deux, mais à cet instant, Chûya avait besoin de se décharger de ce poids qui lui pesait sur le cœur depuis des années.
- Écoute, Dazai, je me fiche des raisons pour lesquelles nous sommes ici et des évènements qui nous y ont poussé. Je veux que tu saches ... que je n'aurais jamais voulu me retrouver ici avec quelqu'un d'autre que toi.
Le regard du brun sembla s'adoucir autant qu'il s'agrandit. Il savait très bien que ce que ces paroles signifiaient réellement malgré le double sens qui y était caché.
- Après ce fameux coup de poing avec lequel je t'ai salué pour la première fois, je n'aurais jamais cru que nous nous retrouverions dans une telle situation. Pourtant, et même si à l'époque je te détestais davantage qu'autre chose, je ne regrette pas une seule seconde de ces instants passés ensemble. J'ignore si ce qu'on fait nous mènera réellement quelque part, mais une chose est sûre ... je suis heureux que ce soit avec toi. Alors, merci ...
Malgré ses efforts, Chûya ne parvint pas à relever les yeux vers lui, honteux de son visage rougi et du tremblement nerveux de ses mains.
- À présent, mon but sera de faire en sorte que tu ne regrettes jamais cette décision, acheva-t-il. Je ferais en sorte que cet engagement soit le meilleur que tu aies eu à prendre dans ta vie.
Avant même que Chûya n'ait l'occasion de réessayer de le regarder à nouveau dans les yeux, Dazai vint glisser sa main dans son cou pour l'obliger à lui faire face.
- Nous sommes partenaires, lui dit-il. Je ferai n'importe quoi pour toi. Tu n'as pas à me remercier.
Tellement absorbés l'un par l'autre, ils n'entendirent même pas le petit soupir d'admiration de la conseillère, visiblement touchée par le spectacle qu'ils offraient tous les deux.
- Je n'ai aucun doute quant à votre réponse, mais la procédure veut que je vous pose tout de même la question. Alors : Dazai Osamu, né Shûji Tsushima, voulez-vous prendre pour époux, Chûya Nakahara, né Chûya Kashimura ?
- Oui.
C'était la réponse la plus simple mais aussi la plus pure que Dazai aurait pu donner. Pas de fioriture, ni de belles formules comme il en avait l'habitude pour tromper son monde. Chûya aurait pu simplement se dire que c'était pour en finir au plus vite, mais au fond, il se plut à croire qu'il s'agissait d'autre chose. Entre eux, les mots n'étaient parfois même pas nécessaires.
C'est à peine si Chûya entendit la jeune femme lui poser la réciproque de la question, pourtant, il parvint parfaitement à lui répondre le « oui » qu'elle attendait et qui s'avérait être beaucoup plus sincère qu'elle ne le saurait jamais. Au même titre que Dazai.
Ce dernier se pencha alors vers le plus petit et scella leur engagement temporaire d'un baiser tendre et attendu. Chûya en oublia Archer et son plan, jusqu'au fait que ce mariage avec Dazai n'était qu'une mascarade. Pendant ce court instant où le brun mut ses lèvres contre les siennes avec langueur et passion, il s'imagina que c'était bien réel. Sans véritablement parvenir à ignorer cette petite voix dans sa tête qui lui rappelait que le retour à la réalité serait terriblement douloureux.
À suivre ...
