+ BONUS

Arrivant en pleine période de soutenance, je n'ai pas eu le temps d'écrire quelque chose de conséquent pour cette semaine. En attendant d'être libérée de mes obligations universitaires, voici un petit bonus qui fait suite au dernier OS. En espérant que cela vous plaira.

Appartement de Chûya Nakahara. 07h41.

Chûya se laissa retomber sur le lit, le souffle court et la peau en feu. Son visage rougi laissait transparaître une fatigue et une satisfaction certaine, qu'il tenta de masquer par une mine indifférente et tranquille. Peine perdue. Dazai, qui reposait désormais sur son ventre et appuyé sur ses avant-bras, à ses côtés, le fixait d'un air tendre et affreusement fier de lui.

- Arrête de sourire comme ça ! lui commanda Chûya en tournant la tête.

- Ce n'est pas de ma faute si tu es aussi mignon après l'amour.

- Je ne suis pas mignon !

Dazai lui répondit par un sourire encore plus large et de deux doigts placés sous son menton, il obligea son amant à ramener son visage vers lui pour pouvoir l'embrasser. Incapable de résister, Chûya se laissa bercer sous ce baiser, bien trop épuisé pour y mettre autant d'effort qu'à l'accoutumée. Il se recula légèrement en sentant Dazai approfondir leur échange.

- Même pas en rêve, lui annonça le mafieux. Tu m'as tenu éveillé toute la nuit, laisse-moi tranquille.

- Je te trouve bien accusateur. J'ai souvenir d'un Chûya plus que consentant et participatif. Et puis, ce n'est pas de ma faute si tu manques d'endurance.

- Je t'en ficherai de l'endurance !

Sur ces mots, Chûya se releva et vint s'installer sur les hanches de son partenaire, reprenant possession de sa bouche. Il sentit Dazai esquisser un rictus contre ses lèvres, et réfléchit un instant à l'idée de le mordre assez fort pour qu'il ne puisse plus jamais aborder ce sourire insupportable.

Mais les doigts de Dazai ancrés dans ses flancs lui firent bien vite oublier sa rancœur, comme à chaque fois qu'il posait les mains sur lui depuis qu'ils s'étaient mis ensemble.

Cela faisait deux mois. Huit semaines qu'ils avaient échangé ce baiser sur la baie de Yokohama, sur un coup de génie (ou du mal, Chûya hésitait encore) d'Atsushi et d'Akutagawa. Forcés de reconnaître leurs sentiments l'un pour l'autre, la suite des choses s'était déroulée avec tant de naturel qu'ils en étaient venus à se demander comment ils avaient fait pour tenir aussi longtemps séparés.

Mais Dazai était Dazai : fier, charmeur et insupportable. Et Chûya était colérique et impulsif. Mais ils n'en restaient pas moins parfaits l'un pour l'autre. Au point où, même des plus fatigués et après des heures d'étreintes brûlantes et passionnées, ils étaient encore incapables de se lâcher.

Et ils seraient très certainement repartis pour un énième round, si le portable de Chûya ne s'était pas mis à sonner.

- Eh merde, marmonna-t-il.

- Laisse sonner, commanda Dazai en déviant ses baisers le long de son cou.

Mais Chûya savait très bien que, étant donné le peu de personnes qui possédaient son numéro, c'était forcément important. Mori ? Kôyô ? Hirotsu ? Akutagawa ? Dans tous les cas, cela sentait les obligations professionnelles et il en grimaça d'avance.

Conscient que Dazai n'arrêterait pas ses petites attentions sur sa simple requête, Chûya tendit le bras vers la table de chevet pour récupérer son téléphone. Il ne parvint pas à décrocher à temps mais tomba sur l'appel manqué et les quelques messages du parrain, lui rappelant joyeusement qu'ils étaient censés se voir tous les deux pour une réunion quinze minutes plus tôt, déjà.

- Je suis en retard, déclara-t-il en se dégageant de la prise de Dazai.

- Mori te réclame et tu accoures ? J'aimerais que tu en fasses autant pour moi, répliqua le brun en s'étalant de tout son mètre quatre-vingts sur le lit.

- Je t'ai accordé toutes mes heures de sommeil depuis plusieurs semaines. Je pense que c'est la plus belle preuve d'affection que je peux t'offrir.

- Affection, seulement ? Tu me vexes, ma limace.

Rhabillé en quatrième vitesse, Chûya observa son amant, une moue exagérée sur le visage.

- Tu vas m'obliger à le dire ? lui demanda-t-il.

- Seulement si tu en as envie, rétorqua Dazai avec un sourire en coin.

Chûya soupira et lissa rapidement sa mèche entre ses doigts. Il récupéra son chapeau et avant de quitter la pièce, il se pencha sur le lit et offrit un baiser à ce maquereau à moitié momifié.

- Je t'aime, lui murmura-t-il.

- Moi aussi, je t'aime.


Locaux de la Mafia Portuaire. 08h05.

Chûya prit soin de passer par la porte de derrière, avec la même discrétion qu'un adolescent en train de faire le mur. Il se glissa dans le couloir, en espérant se faire encore plus petit qu'il ne l'était déjà mais ...

- Tu joues les déserteurs ?

La voix de Mori résonna dans son dos et il étouffa un juron entre ses dents. Il se retourna pour faire face à son patron et s'efforça d'avoir l'air innocent.

- Désolé pour le retard. J'ai eu un ... contretemps.

- Un contretemps brun et bandé de la tête aux pieds ?

Chûya ne sut quoi répondre mais la surprise put se lire sur son visage. Il avait mis un point d'honneur à être le plus discret possible depuis qu'il avait débuté sa relation d'avec Dazai, alors comment Mori avait-il pu ...

- C'est Akutagawa qui vous l'a dit ?

- Oh, Chûya. J'étais au courant avant même que toi et Dazai vous ne le soyez.

Forcément. Mori avait été aux premières de leur évolution, et Chûya avait été bien stupide de croire qu'il pourrait s'en sortir sans conséquence. Pourtant, et contrairement à ce qu'il aurait pensé, Mori ne poursuivit pas sur sa lancée.

- Quoi ? C'est tout ? Je couche littéralement avec l'ennemi et ça ne vous gêne pas ?

- Akutagawa couche aussi avec l'ennemi. Mais toi, au moins, tu as la décence de le faire sous ton propre toit. Lui, il lui arrive encore d'amener Atsushi ici.

Chûya grimaça de dégoût en imaginant son collègue et le petit tigre garou dans ce genre de situation.

- Et ... Ça ne vous fait rien ? voulut savoir Chûya.

- Je suis votre patron. Pas votre mère. Votre vie amoureuse ne me regarde pas.

Mori haussa simplement les épaules et tourna les talons pour rejoindre son bureau. La conversation aurait sûrement dû se terminer là. Mais c'était sans compter un élément qui frappa aux yeux de Chûya aussitôt que Mori lui tourna le dos.

- Non, non, non, c'est trop facile !

Le parrain reporta son attention sur son protégé, l'air innocent.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il.

- Que c'est beaucoup trop bizarre que vous acceptiez que deux de vos meilleurs éléments sortent avec deux membres de l'Agence. Et la guerre que vous vous efforcez de mener contre elle depuis des années ? Ça ne compte pas ?

- Tu veux que je joue les Papa protecteurs et que je tente de vous séparer ?

- Non, ce n'est pas ça. Ce que je veux, c'est que vous assumiez.

- Assumer ?

Chûya tendit vivement sa main vers son patron et attrapa le fin cheveu qui reposait indécemment sur l'épaule de Mori. Il brandit l'objet du crime sous ses yeux, avec un air espiègle.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? lui demanda Chûya.

Le visage de Mori devint livide.

- Un cheveu, répondit-il simplement.

- Je vois bien, mais à qui est-ce qu'il appartient ?

- Comment veux-tu que je le sache ? Il pourrait être à n'importe qui.

- Une couleur argentée aussi atypique ? J'en doute.

- Ça doit être à Hirotsu. On s'est vu en réunion ce matin.

- Il fait au moins quinze centimètres !

Le parrain tourna de nouveau les talons, conscient qu'il était sur le point de faire démasquer.

- Pourquoi vous fuyez, Mori ? lança Chûya sans chercher à se faire discret. Vous avez quelque chose à cacher ?

- Pas du tout, j'ai du travail.

- Vous ne voulais pas enfiler une veste décente avant ? C'est la même qu'hier, non ? Vous n'avez pas dormi dans vos quartiers ?

Mori osa enfin faire face à son employé, le regard fuyant et les mains dans les poches.

- Tu peux baisser d'un ton, s'il te plait ?

- Je rêve ... Vous et Fukuzawa ?

- C'est occasionnel.

- Fichez-vous de moi.

- Bon, ça va, lâcha Mori, avant de se pencher pour parler plus bas. On s'est fréquenté quand on était plus jeunes et ... depuis quelques mois, on a eu l'occasion de se revoir de temps en temps.

Chûya hocha la tête d'un air entendu, se retenant de sourire largement pour ne pas provoquer davantage son patron.

- Il faut croire qu'aucun de nous ne sait résister au charme des détectives de l'Agence, soupira le roux.

- Si on se fait découvrir, dis plutôt le contraire. Les membres de la Mafia Portuaire ont de quoi séduire, eux aussi.

- Sans doute ...

Mori lui offrit un léger sourire et reprit sa route, mais vers ses quartiers cette fois-ci. Sûrement pour changer de veste.

Chûya secoua la tête en souriant.

Il pensa à Dazai et se demanda si son amant avec la même conversation avec Fukuzawa. Au même moment, son portable sonna et il découvrit le nom « Maquereau » affiché à l'écran. Il fallait peut-être qu'il se décide à le changer un jour.

Il décrocha en essayant de masquer toute l'excitation qu'il ressentait chaque fois que Dazai l'appelait.

- Qu'est-ce que tu veux la momie ?

- Ma limace, j'ai le plus grand des scandales à te raconter !

Et c'était reparti pour un tour.