-HPTN-

Théodore a le regard hagard, fixé droit devant lui à travers les barreaux de sa cellule. La folie s'enlise dans son esprit comme un serpent sur sa proie. Terre à Terre -autant qu'il le peut aussi haut dans la tour d'Azkaban- il sait qu'il ne tiendra plus longtemps. Il était né Serpentard et mourrait comme tel.

Théodore n'avait pas d'air. Du moins ni bon, ni pur. Seulement une asphyxie de terreur enfermée avec lui, avec eux prisonniers. La sinueuse gelure gagne du terrain au fil des nuits arctiques. Il la voit du coin de l'œil. Essaye de l'ignorer. Car il imagine la ruine à sa place. De la liberté. De la vie. De l'amour. Avec un minuscule a. Parce qu'il n'aime pas donner de la grandeur aux mots.

Théodore veut fermer les yeux. Pour se plonger dans ses souvenirs. Ceux qui font apparaître des sentiments qui bercent l'amertume. Pour sombrer plus doucement. Mais il est terrorisé. Par ces maudits valets de la mort qui s'amusent à voler les âmes. Innocentes ou coupables.

C'est un jeu pour eux d'écraser leurs poumons délabrés, trop, pour fonctionner correctement. Ils frôlent les barres d'acier de leurs capes brûlées. Et font se distordre leurs esprits enchantés. Ils raniment la peine, et noient l'assurance.

Assis sur le sol d'obsidiennes cabossées, Théodore a mal. Il entend les rires détraqués, les litanies névrosées. Et lorsque le vent lui hurle dans les tympans, n'atténuant pas ces parasites qui l'entourent, il se couvre les oreilles, en vain, pour atténuer la psychose.

Dans son coin, contre les murs humides et blessants, il tente d'ignorer les démons empourprés qui voguent près de sa tête. Parce qu'il sait que s'il les laisse rentrer ce sera la fin, sa fin. Et il n'est pas encore prêt. Alors il se balance, comme un enfant, se berce de mensonges absurdes. Et de son sourire éclatant. Comme une pluie d'étoiles. La plus majestueuse.

Beaucoup proclament que ce sont ses yeux, si vert, et son courage, si grand, qui font de lui quelqu'un de remarquable. Mais Théodore sait: c'est la courbe de ses lèvres lorsqu'il rayonne de bonheur qui le rend exceptionnel.

Théodore fait un pas en avant. Attends quatre secondes. Puis deux petits pas sur le côté. Deux autres crans d'aiguilles. Retour en arrière. Demi-tour. En sens inverse. Puis un tour complet. Il s'ennuie. Et c'est mauvais. Il sait que c'est mauvais. Il s'assit, regarde ses mains. Il les plie, les déplie, puis compte ses doigts. Un par un. Il recommence son jeu, encore et encore, récite des mots. Appris par cœur. Un poème. Puis une lettre. Un antidote. Et son antipode. Bats-toi comme un Nott jusqu'au bout Théodore. Le dos droit, la tête haute, ne jamais courber l'échine.

Il a l'impression que le temps s'écoule à nouveau. Alors la pression s'allège un peu. Juste comme un éclair.

"Théo!"

Les barreaux s'entrechoquent. Ça résonne douloureusement. Comme un gong qui décompte leur déliquescence. Jusqu'à l'échéance. Où ils tomberont dans l'inconscience folie. Là où la morale a perdu sa couronne, détrôné par son antonyme.

"Théo, s'il te plaît... Baise-moi. Avec tes lèvres. Avec tes mains. Et tout ton être. Comme un dernier jour. À chaque fois, comme un dernier jour."

Théodore voudrait qu'Harry soit là. Le prendre dans ses bras. Et poser sa tête contre son cou. Où son parfum boisée fissure l'organe voyou. Théodore voudrait qu'Harry soit là. Lui faire l'amour comme au premier jour. Et embrasser son âme comme un troubadour. Théodore voudrait qu'Harry soit là. L'entendre prononcer son nom. Avec tant d'affection.

"Mon cœur sourit quand il te voit, trébuche quand tu le frôles. Théo, je crois que, il ricane gêné, Oui, je crois qu'il en pince pour toi."

Il sent ce sentiment l'étreindre. Encore un peu. Doucereux contre son cœur.

Ferme les yeux, s'ordonne-t-il.

Ploc. Ploc. Ploc.

Raz-de-marée. Sous ses paupières.

À la fenêtre ouverte, le goutte-à-goutte d'un spectre terrorisé. Miroir biaisé de son visage.

"Bébé Nott bascule! Bébé Nott bascule!"

Et Théodore hurle. Les mains plus fermement sur ses oreilles. Il hurle. N'arrive pas à s'arrêter. Pour les faire taire. Pour ne pas pleurer: parce que ce n'est pas le moment, pas encore. Il a mal. N'a plus de souffle. Sa voix saigne. Sature. Mais les démons n'ont pas peur. Et il tient bon. Il geint. Grave de ses oncles immaculés de noirs son obstination à ne pas sombrer.

Encore un peu. S'il te plaît. Juste un peu. Et les secondes passent. Alors ça va. Ça ira. Pas longtemps, mais ça ira. Et c'est tout ce qui lui faut. Le 'ça va aller' idiot et escroc, mais le 'ça va aller' qui tente de calmer la plaie. Alors il s'y accroche, comme un noyer à sa bouée.

Théodore ne restreint pas, ou plus, la prière éclore et écorcher sa gorge. Il la laisse s'échapper dans l'air, timidement, soudain regorgé d'espoir. D'entendre, de voir le sauveur de ses nuits abattues. Et de ces bribes de bonheur qui l'habitent, et embrasent son corps de regrets empoisonnés.

Au loin, Théodore perçoit la détonation de pas qui approchent, sinistre et déterminée. Le vent tremble dans sa respiration. Il se recroqueville, un peu plus. Inconscient d'une attention accrue, appréhende et attend le soulagement s'abattre sur son corps malmené lorsque la pierre blanche viendra éloigner les maudits valets de la mort. Au moins un temps.

Et alors il rit. Il rit comme tous ces condamnés de cette fichue prison: il lui a fallu être au bord d'un toit plus haut que le ciel, déséquilibré vers le vide caché des nuages. Théodore en vient presque à haïr cet espoir qu'il chérit, pour lui interdire si sournoisement de lâcher prise. Parce qu'à cet instant, il ne souhaite que de se cacher dans les confins les plus reculés de son esprit pour laisser place à la folie. La terreur et l'angoisse l'assaillent quand la voix perfide d'un envoyé du diable s'élève.

"Théodore Nott Junior, votre procès est arrivé. Bonne descente en enfer."

Il ne veut pas vivre sans âme.