-HPTN-

La salle d'audience se dresse, hautaine et austère, sur ses courbes généreuses. Piliers macabres aux ornements de fils d'or. Sa parure sobre, presque rancunière, mêle son bois mate à une pierre d'encre. L'ivoire, rouge et noir, affine sa robe si somptueuse et délicate. Et l'échiquier ricane avec son joueur inexpugnable.

Des estrades brusquent son héritage, ils se jouent des défenseurs-leur bancs si étroits et maladroits-. Les pupitres s'en moquent, eux, ils sont beaux.

Jugé de tous les maux, le siège de l'accusé tente de rester noble. On le voit médiocre, infâme. Des chaînes de bronzes salis l'entour, fermement agrippées à ses blessures. Ça le fait grincer des dents. Plus que son apparente antiquité.

Ici, on y dévoile l'adage. Quelques fois juste. D'autres non. On éclaire le malin pour étouffer le bénin. On en délivre une sentence. Comme un vieux concerto. Parfois doux. Souvent calomnieux.

La cour s'installe, sur d'elle, impassible. Elle est suivit du jury, certains sont nerveux, accablés devant la noblesse du lieux, les autres ont la tête hautes. Puis vient les avocats, l'un gangrené, le visage putride. Le greffier dépose plume et parchemins sur son bureau assigné, l'huissier lui regarde le plafonnier. Ensuite fait place les journalistes, leur appareils photos amoncelés de questions, leur carnets au flash vibrant, des débuts d'articles cheminent dans leur tête. Le procès ouvert accueille des citoyens curieux ou malhonnêtes, des couards ou des braves.

Vil, le silence s'abat lorsque la lourde porte s'ouvre. Elle semble si petite dans l'immensité de la pièce. Si timide avec sa poignée d'argent et ses runes discrètes.

Deux gardiens s'avancent. Les tuniques pourpres sublimés de l'emblème des Aurores accroissent leur stature puissante. Ils sont habitués. C'est une danse qu'ils ont maint-fois répété. Leur gestes sont durs, adroits, et peut-être saccadés. Ils sont fait de pierre. Comme le sol sur lequel leur pas résonnent d'avertissement.

Derrière eux, on l'entend: fin espoir un peu trop encombré. On le sent s'effondrer sous un tourment trop bruyant.

Combien d'hirondelles ?

On l'enferme, sur la chaise. Elle grince et chacun grimace.

Combien ? Allez dites-moi.

Seulement là, quand la porte fermée restreint et étouffe l'espace, le Théâtre commence. Il s'exclame sans larmes. Il prononce les premiers mots, ceux qui font taire l'esprit. Et peut-être le cœur. Parce qu'il y a cette tragédie qui s'exhorte de sa voix, un peu roque. Il aime ce qu'il voit. Et sous son rictus on remarque une absurdité. Celle qu'on ignore, pour éviter les remords.

Aucune. Il n'y en a aucune.

Théodore s'amuse. Harry un peu moins. Mais c'est normal. Parce que Théodore n'a plus toute sa tête. Et qu'Harry a encore une luciole d'espoir.

Alors rode démons empourprés.

"Théodore dort dans de l'or. Orgueil sur le seuil. Colère dans son air. Mercure, Mercure sur ses blessures."

Donc, s'il entend des voix résonner tout contre sa poitrine. C'est qu'il n'est pas fou. Et s'il les entend en écho dans son crâne ?

"Au final tout iras bien, tu verras. Peut importe comment cela se termine. Je serai là. Et tout iras bien."

Théodore ne vacille pas. Et il n'a pas mal. Il n'a pas le cœur éméché, ni la tête fracassé. Encore moins les os rouillés et les muscles oxydés. Il n'a pas oublié, n'est pas perdu, et a encore les pieds sur terre. Un peu.

Théodore va parfaitement bien.

Il avoue seulement un tiraillement dans son âme lorsqu'il frôle une pierre trop polis. Il admet aussi une crampe dans ses poumons quand il note l'absence d'une pluie d'étoile. Et ici, il n'y a pas non plus de plafond envoûtant ou de bougies consumées. Pas de carillons joyeux ou de magie radieuse.

Seulement des souvenirs trop poussiéreux sous cette chaise lésée. Et ces bustes d'Asmodée qui d'un seul mouvement, d'une seule pensée les entèrent comme un défaut honteux que l'on veut oublier.

Théodore se sent ainsi, déjà oublié et six pieds sous terre. Il se rappelle: ils sont dans une pièce de théâtre. Et si les spectateurs peuvent encore douter, les acteurs, eux, connaissent la fin depuis le premier scripte. Sauf que, tel un habitué des comédies dramatiques, lui aussi la connait cette fin. Par cœur. Il l'imagine prendre le goût amer d'un alcool de paysan et la senteur délétère de l'essence. Il s'imagine ivre d'elle, avec l'esprit encombrer d'une chape de plomb.

Puis l'arrogante angoisse percute soudainement son astre. Et il respire. Mal. Ça en devient presque flou autour de lui.

"Tu me promets hein ? Tu me promets de rester avec moi ?"

Il y a derrière, un bruit de fond désagréable. Des murmures perfides, et la flatterie des vêtements, des phalanges craquées et le tintement des joyaux. L'auditoire s'agite, le dénouement approche. Il est presque palpable, mais si âpre que la culpabilité survient entre les poumons. Et entre tous ceux qui arrive de justesse à négliger ce sentiment, il y a Harry dont l'âme se gorge de peine, et dont la minuscule luciole qui brillait encore vient de s'éteindre.

Le marteau s'échoue, efface l'air qui l'entour. On entend l'appréhension qui stagne, les prières désordonnées. Mais plus les rumeurs froissées, les respirations tendus.

"Quoi qu'il arrive..."

Théodore, il faut fermer les yeux maintenant pour occulter cet homme tourmenté, dont les bleus s'épanouissent sous ses prunelles. Qui ne contiennent plus aucune pluie d'étoiles. Il faut les fermer pour s'éteindre doucement, sans heurte, avant de tomber une dernière fois, de la mauvaise façon.

"Pour les crimes suivant: Conspiration avec un seigneur des ténèbres, extinction d'une noble famille par assassina du dernier membre, et participation à deux attentats recensés; Mr Lord Théodore Nott Junior est condamné au baisé du détracteur."

"Je t'aime, Théodore."